Loc, cit., p. 6 et suiv
des colons pour un travail et'une répartition communautaires. Êt, chose bizarre, c’étaient les membres d’une assemblée réactiounaire qui étaient obligés de vanter à ces anciens socialistes le bienfait de l’association, de la solidarité, et d’enrayer ce que cet individualisme pouvait avoir de trop excessif.
Bien que le plus grand nombre des colons fussent devenus d’ardents partisans du régime individualiste, pour que chacun pût profiter du fruit de son labeur, il y en avait pourtant quelques-uns qui n'entendaient pas travailler de leurs mains. Peutêtre était-ce même pour répudier toute solidarité avec ces vaniteux et ces paresseux, que les travailleurs préféraient mettre en pratique la maxime de. « Chacun pour soi». Travailler de ses mains, travailler à la terre étaitau-dessous d’eux,etils ne voulaient pas déchoir. « Tout métier leur est bon, dit le rapport, sauf celui de cultivateur ». Leur niveau de moralité était souvent à la hauteur de leur ardeur au travail.
Etaient-ils bien nombreux ? La phrase suivante du ministre de la guerre le laisserait croire : — «On a trouvé chez la plupart une volonté absolue de ne rien faire, une insubordination complète, et des habitudes vicieuses » (1). Le général d’'Hautpoul noircissait peut-être un peu le tableau pour le besoin de sa cause, car il répondait à une interpellation au sujet des mesures d’éviction qu'avait dû prendre le gouverneur de l'Algérie, contre un certain nombre de sujets trop paresseux, trop démoralisés, ou trop remuants.
1, Moniteur, 5 juillet 1850, p. 2292,
M. Louis Reybaud est d’une tout autre opinion à ce sujet, car il considère que «c’est l’insignifiante exception et non la règle » (1).
Lequel des deux a raison? Il est fort à croire qu’au début les paresseux devaient être fort nombreux. Les conditions dans lesquelles avait vécu la population parisienne, pendant l’année 1848, étaient bien peu faites pour conserver chez tous le goût et l'amour. du travail. Les théories en vogue, les circonstances du moment, les habitudes prises, tout conspirait à dégoûter d’un travail âpre et persévérant. Il ne faut pas non plus perdre de vue que les plus pauvres étant généralement les plus faibles, au point de vue: physiologique comme au point de vue économique, sont moins portés que d’autres à l’activité et à la persévérance dans l'effort ; or les émigrants étaient généralement choisis parmi les plus besoigneux.
Mais une fois qu’on aurait modifié toutes ces circonstances de temps et de lieu, il était permis d'espérer que le caractère de tous ces travailleurs se modifierait profondément (l’exemple de l’évolution de leurs théories sociales est significatif à cet: égard). [ls pouvaient voir le résultat de leurs efforts les récompenser presque immédiatement. Ils avaient un champ immense dans lequel ils pouvaient dépenser leur activité, et ils savaient que tout le résultat de leur travail reviendrait entre leurs mains. Enfin l’exemple de ceux de leurs voisins qui se mettaient à l'ouvrage et en étaient abondamment récompensés par la fécondité naturelle du