Loc. cit., p
sol, devait être pour eux un pressant encouragement pour abandonner leurs anciennes habitudes.
Le nombre des plus paresseux, qui étaient aussi les plus mauvais sujets, devait donc diminuer peu à peu; car, sans travail, s’ils ne mouraient pas de faim,— le gouvernement leur assurant pendant un temps donné leur nourriture, — ils devaient du moins toujours rester dans une profonde misère et, dans ces conditions, ils ne cherchaient qu’une chose, c'était à rentrer en France. Quand la misère ne les chassait pas, c'était l'autorité elle-même qui s’en chargeait, lorsqu'ils ne mettaient pas leur concession en valeur.
Les éléments de la colonie devaient donc s’assainir ainsi avec le temps, et tous devaient se mettre, de gré ou de force, plus ou moins vite à l'ouvrage. Un tel état d’esprit ne pouvait venir, et se généraliser, qu'avec le temps.
En voici d’ailleurs un exemple. Le défrichement des terres et la construction des maisons que le gouvernement devait attribuer aux nouveaux colons était généralement faits par le génie, avec le concours de la population immigrée, dans la plus grande mesure du possible. (était un moyen de faire avancer plus vite les travaux en retard, et de procurer aux colons un salaire dont ils avaient grand besoin pour se vêtir et compléter l’insuffisante alimentation fournie par l'Etat.
Pourtant beaucoup refusèrent de travailler et restèrent oisifs, les uns par simple inclination à la paresse, les autres par principe, considérant que le salaire était trop bas, ou que ce genre de travail était contraire à leur dignité. — « On ne peut pas,
disait le rapporteur, ou on ne veut pas manier le pic du terrassier, où porter l'oiseau du maçon... d’où il suit que l'argent manque au logis et que la misère y monte à vue d'œil (1) ». Tels étaient les divers caractères des hommes qu’on avait envoyés coloniser l’Algérie, tels étaient leurs goûts, telles étaient leurs tendances; avec de semblables ouvriers, il eût fallu des circonstances particulièrement favorables pour que l’entreprise réussit à souhait. On ue rencontra pas ces circonstances favorables : des fautes de toutes sortes compromirent cette œuvre qui aurait pu donner des résultats si féconds pour le bonheur du peuple et l’avancement de la civili-
sation.
L'organisation des colonies agricoles.
Les difficultés ne provenaient pas seulement de la nature des colons, de leur caractère, de leur origine: elles venaient encore de l’organisation qu’on donna aux nouveaux établissements. Là encore la hâte, la précipitation, l’imprévoyance se firent sentir d’une manière désastreuse. Le choix de l'emplacement des nouveaux villages, qui devait être une des questions les plus importantes, les plus graves, les plus délicates à résoudre, fut souvent déterminé de la façon la plus arbitraire et la moins pratique. Dans
cerlains endroits, on s'était occupé plus de la situa-
tion pittoresque que de la position la plus commode pour les habitants ; quelques villages manquaient d’eau, n'ayant à proximité ni puits, ni rivière ; d’au-