Loc. cit., p
tres avaient de l’eau tellement mauvaise qu’on ne pouvait la boire sans danger (notamment dans la province d'Oran). Quelques villages avaient été fondés dans des plaines peu ou point fertiles qui ne pourraient jamais nourrir les habitants qu'on y expédiait. — « lei c’est le manque de bois, voit-on encore dans le rapport, là c'est l’éloignement des grandes voies decommunication,qui vouent ces établissements à une existence précaire. Il en est où le terrain de mauvaise qualité ne rétribuera jamais, autrement que d’une manière avare, les efforts les plus persistants. Il en est d’autres où la lande est couverte de bruyères (1) si enracinées que les frais de défrichement y équivalent à ce que coûterait, dans plusieurs de nos provinces, un fonds de bonne qualité et en plein rapport » (2).
Voilà pour l’emplacement des concessions et des villages, voici maintenant l’accueil que trouvèrent les colons arrivant de France. Rien n’était prêt pour les recevoir. On improvisa des campements avec des tentes ; on construisit en hâte des bara-. ques et quelles baraques ? Quelques hâtives constructions en planches mal jointes, bientôt détériorées par les intempéries, laissant pénétrer la chaleur et le froid, aussi bien que le vent et la pluie : telles étaient les habitations dont devaient se contenter, pendant de longs mois, les nouveaux arri-
1. Certains territoires étaient couverts de palmiers nains dont les racines entremélées étaient très difficiles à arracher ; pour les rendre cultivables, il fallait compter sur une dépense de 50 à 200 journées de travail.
DMLOC UE D 2
vants. « Mal défendus contre les intempéries, les colons l’étaient plus mal encore les uns contre les autres. Dans ces baraques sonores où les cloisons n’atteignaient pas le faîte, les ménages se voyaient condamnés, par la contigüité, à une sorte de vieen commun qui ne tournait au profit ni de la concorde, ni des mœurs » (1). Cette promiscuité malsaine n'était pas la seule cause de démoralisation, le désœuvrement leur était non moins fatal.
Si on avait fait choix, pour expatrier les ouvriers, du moment le plus opportun au point de vue politique, on ne s'était nullement placé au point de vue du résultat moral et économique qu'il aurait fallu atteindre. Il était trop tard, en effet, pour commencer les labours et les ensemencements ;: non seulement, e’était du temps dépensé en pure perte, mais, comme le faisait très bien remarquer le rapporteur, on perdait beaucoup en sacrifiant Îles avantages du premier élan.
Beaucoup auraient bientôt pris l'habitude du travail si, profitant de l’enthousiasme du début, ils avaient pu se mettre à l’œuvre dès le jour de leur arrivée; ils s’énervèrent et s’amollirent dans un désœuvrement non moins pernicieux que celui des ateliers nationaux de Paris.
L'incapacité, l’insouciance n'étaient pas les seuls reproches que l'on adressait à l’administralion : on l’accusait encore de partialité. Pourquoi, dans quel-. ques provinces, construisait-on des théâtres, quand
4, Ibid,
dans d’autres régions des centaines, des milliers de personnes n'avaient pas de maisons pour se mettre à l’abri des intempéries ? Pourquoi dans certaines localités refusait-on aux colons en haillons de leur faire des avances de vêtements, de chaussures, ou d’autres objets indispensables, quand ailleurs on leur en accordaïit pour une valeur de 75 fr. ? Pourquoi les directeurs comblaient-ils certaines familles pendant que d’autres, non moins intéressantes, restaient dans un honteux dénûment ? Pourquoi toutes ces ces inégalités ? La précipitation avec laquelle on opéra peut seule expliquer les abus que nous venons de signaler (1), et atténuer, dans une bien faible mesure, la responsabilité des agents du gouvernement.
Les colons n'avaient pas seulement a lutter contre leurs habitudes pernicieuses, contre un climat torride, contre les imprévoyances, les retards, les
1. Que de critiques ne pourrait-on pas encore relever ? Incapacité de prétendus moniteurs de culture qui n’en savaient pas plus que les colons qu’ils avaient à former, — mauvaise qualité des outils livrés aux ouvriers, une quantité de pelles ou de charrues se brisaient ou se faussaient, — insuffisance et mauvaise qualité de la nourriture, insuffisance des infirmeries et des hôpitaux comme nombre de lits, matériel, personnel (malgré son activité et son dévouement), comme médicaments. Il y eut une morbidité considérable due en grande partie à l’insalubrité de plusieurs des nouvelles concessions, Dans la province de Constantine, par exemple, il y eut dans les infirmeries et les hôpitaux 2.000 fiévreux sur 4.500 âmes, sans compter les personnes qui furent soignées à domicile. Au village de Robertville, 450 personnes sur 460 étaient malades. La liste de ces doléances serait longue encore si on la voulait faire complète ; il nous semble inutile d'y insister davantage, ayant signalé au point de vue qui nous occupe les plus importantes critiques.
Marcel Lecoq 18
DTA QUATRIÈME PARTIE
erreurs et les injustices de l'administration, ils avaient encore à compter avec le mauvais vouloir des colons plus anciens qu'eux. Ces derniers étaient jaloux des secours de toute sorte que leur accordait l'Etat. Ce n’était pas sans amertume qu'ils considéraient combien on favorisait les nouveaux venus et combien le gouvernement avait fait peu de choses pour eux ; ils comparaient les efforts faits par eux et les difficultés qu'ils avaient vaincues à l’incapacité et à la paresse des ouvriers parisiens. Ils réclamaient en vain, depuis longtemps, des travaux publics qui auraient certainement donné une grande prospérité à la colonie; on les leur avait toujours refusés en prétextant l'insuffisance des ressources ; — et pourtant le maximum de ce qu’ils demandaient eût été été loin de coûter aussi cher que l’entreprise aléatoire qui avait été si hâtivement conçue et si déplorablement organisée. |
La commission d'enquête réclamait qu’on miît fin à tous les abus qu’elle signalait ; elle demandait notamment l'application de plusieurs mesures propres à améliorer sensiblement l’état des colonies. A son avis il ne fallait plus envoyer de célibataires, qui étaient toujours les moins travailleurs et les plus dévergondés, ni des ouvriers d’art, difficiles à transformer en bons agriculteurs. Elle insistait particulièrement sur l'importance du choix dés directeurs. Elle avait été à même de se rendre compte de la différence que la qualité du chef pouvait entraîner dans l’organisation dela colonie. —1lfautserappeler, en effet, que ces directeurs, officiers délégués spécialement pour
cette mission, possédaient sans contrôle, tous les pouvoirs judiciaires, politiques et administratifs les plus étendus, de telle sorte que s'ils pouvaient faire beaucoup debien, ils pouvaient être aussi quelquefois portés à abuser de l’autorité absolue qui leur était confiée. Des cas de ce genre s’étaient assez souvent produits ; le ministre de la guerre le reconnaissait : lui-même. Par contre, divers exemples cités dans le rapport démontrent combien un chef juste et intelligent pouvait se faire apprécier de ses subordonnés et leur procurer malgré les défauts de l’organisation, malgré les difficultés de toute sorte, une prospérité de jour en jour grandissante (1).
Enfin, une autre mesure à laquelle la commission semblait attacher une certaine importance, était l'allocation de dix centimes accordée aux colons, dès le début, et qui avait été supprimée dans la suite. M. Reybaud montre dans quel état pitoyable de malpropreté se trouvaient les colons, ainsi que leurs vêtements, qui étaient en guenilles, faute de pouvoir acheler du savon, du fil etdes aiguilles. En effet si l'Etat accordait le vivre et le couvert, il ne donnait pas autre chose; les familles se trouvaient par là même réduites à une mauvaise tenue et à une saleté dégradante et démoralisante, quiconcouraient encore à décourager les colons et à rabaisser leur caractère et leur dignité.
Les résultats matériels et moraux des colonies agri-
4. « Le succès d’une colonie, disait le rapporteur, dépend du choix du directeur... C’est une question de conduite et de procédés ». Rapport, loc. cit., p. 9.
coles n’élaient pas bien brillants, mais ils s’amélioraient peu à peu.
Au 30 juin on avait défriché, pour les 32, villages comptant 4.502 familles, 3.966 hectares de terre soit :
94 hectares par village ; 88 ares 09 cent. par famille.
La plus grande partie de ces défrichements avaient été exécutés par les Arabes et le génie.
Les dépenses étaient déjà très considérables.
On avait dépeñsé sn. Em 20e 8.685.911 fr. 90 Il restait à dépenser: 10000 14.922.282 fr. 48 SUIE: AUTO LATE EN MEME 23.608.194 fr. 38
ce qui donne une moyenne de :