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CHAPITRE VII

A côté des ateliers nationaux et des colonies agricoles algériennes qui avaient été la conséquence de leur dissolution, existaient d’autres institutions ayant aussi pour but de soulager, par le travail, les nombreuses misères de cette période critique. Soit qu’elles s’adressassent à une catégorie spéciale d’individus, soit qu'elles fussent organisées par de simples particuliers, elles se distinguaient fort nettement des ateliers nationaux.

Les associations ouvrières fondées sur le plan indiqué par Louis Blanc, ne sont pas, à proprement parler des œuvres d’assistance. Elles rentrent pourtant d’une certaine manière dans le cadre de cette étude, car elles étaient «toujours ouvertes au travailleur qui se présente, en demandant du travailet en acceptant les conditions fraternelles de la maison (1) ». Elles concouraient ainsi à secourir les pauvres valides par le travail. Toutefois, leur fonctionnement étant exclusivement basé sur un plan d'organisation générale du travail, nous ne pouvons

1. Exposé général fait par Louis Blanc à la Commission du gouvernement pour les travailleurs. Moniteur du 27 avril 1848.

entreprendre même de l’analyser, à plus forte raison de l’apprécier en théorie et en pratique. Nous nous bornerons à le mentionner comme un des moyens dont pouvaient profiter les ouvriers sans travail pour sortir de leur misère. Le principal atelier était celui des tailleurs : on y confectionnait des tuniques et des pantalons commandés par le gouvernement pour la troupe. Il était installé dans la prison de Clichy, mise gratuitement à sa disposition, et comprenait jusqu’à 1.500 ouvriers gagnant no Red deux francs par jour.

L'Etat avait fait aussi de fortes commandes à deux ateliers de moindre importance fondés sur le même modèle, celui des selliers (1) et celui des ouvriers fileurs. Enfin un autre atelier avait été organisé par les passementiers. Mais toutes ces institutions ne tardèrent pas à disparaître quand l'Etat cessa de leur fournir des commandes et des subsides (2).

Des chantiers de travail, qui, ceux-là, n’étaient inspirés par aucune conception idéologique, furent ouverts à Beaumont (Oise), pour venir en aide à toute une catégorie de citoyens des plus intéressants (3). Les gardes municipaux, sans emploi depuis la Révolution de février et complètement dénués de ressources, avaient essayé de se faire admettre dans les ateliers nationaux pour y gagner leur vieen travaillant. Mais bientôt, reconnus par les ouvriers

4. Il était installé dans la Caserne de l’Allée des Veuves aux Champs-Elysées.

2. V. Moniteur du 2 mai. Rapport Bauchart, loc. cit. p. 45. 3. V, Garnier-Pagès, Hisioire de la Révolution de 1848, p.154,

1ls avaient été tellement malmenés qu'ils avaient été obligés de renoncer à s’y présenter. Ils se trouvèrent dès lors dans la plus noire misère. Le gouvernement se préoccupa de leur situation si digne d'intérêt et put les faire embaucher dans les environs de Paris. Ils travaillèrent alors à l'extraction du minerai de fer. Un salaire modique leur était versé par l'Etat, qui se le faisait rembourser par les propriétaires de la mine. Leur conduite et leur ardeur au travail furent, paraît-il, exemplaires et contrastaient singulièrement avec le personnel des ateliers nationaux de Paris.

On créa encore des ateliers pour les femmes. Leur organisation ne donna pas lieu à de bruyants débats, ils ne firent pas beaucoup parler d’eux et pourtant, sans être d’un entretien onéreux, ils donnèrent des résultats très féconds. Même dans des périodes de prospérité économique la situation de la femme‘obligée de travailler est très précaire ; elle était bien pire encore à ce moment où toute l’activité économique du pays était suspendue. Aussi les femmes réclamaient-elles, comme les hommes, du travail et du pain. « Le gouvernement résolut de leur trouver de l'occupation, nous raconte M. Garnier-Pagès, et chargea de ce soin M. À. Duclerc, frère du sous-secrétaire d'Etat aux finances. Quelques jours après des locaux étaient choisis dans les douze arrondissements de Paris, des commandes considérables de calicot étaient exécutées, et les femmes pouvaient se mettre à confectionner des chemises pour les soldats. Pen-

dant les trois où quatre premiers mois qu'ils fonctionnèrent, ces ateliers reçurent trente ou quarante mille femmes, ainsi préservées de la plus affreuse misère et des terribles conséquences qu’elle entraine pour la femme. On donna aussi du travail à domicile à beaucoup d’entre elles sans qu’on ait eu à s’en repentir. Quand on procéda à la liquidation et que toutes les dépenses furent payées, on remboursa presque intégralement au Trésor toutes les sommes qu’il avait avancées (1) ».

Le succès extraordinaire de ces ateliers, le bien qu'ils firent, le peu d’argent qu'ils coûtèrent est assurément digne de remarque : le fait est si rare dans les annales de l’assistance qu’il mérite d’être retenu. Il prouve que lorsque de pareilles entreprises sont dirigées par des personnes intelligentes, pratiques et dévouées, lorsqu'on éloigne toute idée de réclame politique ou de perturbation sociale, il est possible d'obtenir d'excellents résultats tant au point de vue des personnes assistées que des finances de l’œuvre. Nous retrouverons d’ailleurs quelques rares exemples du même genre qui se sont présentés en France depuis cette époque.

Dans une période aussi troublée, à côté d’institutions similaires qui périclitaient, entraînaient après elles de terribles secousses, 1l est intéressant de remarquer ces deux dernières institutions (celles des gardes municipaux à Beaumont, et celles des femmes dans les divers arrondissements de Paris) qui donnèrent de si excellents résultats. Une direc-

1. V. Garnier-Pagès, loc. cit. p. 55, v. aussi Larousse (Ateliers nationaux).

tion sage et ferme avait obtenu de tous un travail assidu, une application continuelle ; on ne cherchait à attirer que ceux qu'on pouvait réellement et efficacement assister; les promesses n’allaient pas audelà des possibilités ; de chimériques espérances n'étaient pas éveillées, pour laisser place ensuite à d'immenses déceptions, à de bien explicables rancunes et à de sanglantes vengeances. Ce fut tout le secret de la réussite de ces institutions.

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