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CHAPITRE PREMIER L'ASSISTANCE PAR LE TRAVAIL A DOMICILE

L'œuvre la plus ancienne, la plus importante de ce groupe, est assurément celle de M. Mamoz, dont nous avons déjà indiqué l’origine. Examinons-en, maintenant, le fonctionnement actuel.

L'œuvre du faubourg Saint-Honoré a pour but de fournir aux mères de famille, honnêtes et pauvres, du travail de couture à faire chez elles. L'œuvre donne cette occupation aux mères de famille, sans pour cela exclure les femmes isolées, mais le but principal est de venir en aide à la mère sans ressources, chargée d'enfants, ou n'ayant que des ressources insuffisantes pour lesnourrir. C'est pour cette raison que le travail est donné à domicile : le rôle essentiel de la femme, en effet, est de garder le foyer, de veiller à son entretien, à sa bonne tenue. La misère qui survient ne supprime pas son rôle; bien loin de là, elle en augmente les charges et met à contribution toutes les qualités de la ménagère, dont la tâche est plus lourde que jamais.

Est-ce le moment de retirer la femme de son intérieur ? Elle y est toujours utile; elle y devient indispensable dans cette période de crise. Si elle s’éloignait du foyer dont elle est la gardienne au moment du danger,comment ne serait-il pas détruit ?

Les œuvres d’assistances par le travail à domicile ont surtout le mérite de comprendre cette nécessité impérieuse et elles ont pris des mesures non seulement pour ne pas éloigner la femme de sa maison, mais encore pour l’y retenir. ,

De sérieuses difficultés semblaient pourtant mettre obstacle à ce genre de secours. Si une présence suivie, un travail assidu n'étaient pas exigés des femmes secourues, toutes celles qui voudraient augmenter leurs ressources, quelles qu’elles fussent, viendraient à l’œuvre d’assistance sous le prétexte d’une misère plus ou moins réelle pour demander du travail. Il n’était ni possible ni désirable d’en fournir à tant de monde. |

Cet obstacle n’élait pas le seal : en admettant qu'on put restreindre le nombre des postulantes, on pouvait craindre que parmi les personnes qui obtenaient des matières à œuvrer, il ÿ en eut de peu scrupuleuses, s’appropriant ou vendant les marchandises qu'on leur avait confiées.

C'est pour remédier à ces deux dangers que M. Mamoz institue en 1875, un service de renseignements parfaitement organisé, grâce auquel il est bientôt fixé sur la véracité des déclarations d’une quémandeuse.Il peut juger alors s’il peut lui donner des secours et lui confier des fournitures. |

Ce service de renseignements est particulièrement délicat. Il est facile, quand on n’a pas l'habitude de ce genre d'investigations, d’être trompé par les témoignages intéressés ou complaisants du concierge et des fournisseurs, par des renseignements insuffisamment éclairés, ou inspirés soit par une malveil-

lance, soit par une sympathie excessives des voisins.

C'est surtout un travail de couture que l’on donne à faire à l’œuvre du faubourg St-Honoré. Il est certainement le meilleur à bien des points de vue. En premier lieu, c’est le travail technique le plus ordinairement, souvent le seul, connu des femmes. Les autres occupations que l’on pourrait procurer, comme le triage des grains de café, l’éventaillage des corsets, la confection des sacs en papier, ne sont pas techniques,puisqu’elles n’exigent aucune formation antérieure et ne peuvent, par conséquent, donner lieu qu’à une rétribution tout à fait dérisoire.

Le travail à l’aiguille a un autre avantage : l’ouvrage qu'il produit est d’un écoulement relativement facile et rénumérateur. Le marché en est beaucoup plus large que pour les autres objets dont nous parlions. On peut espérer se défaire plus facilement de la marchandise, en l’utilisant dans le cas où on ne peut la vendre. Le travail de couture bien dirigé doit rembourser, sinon l’intégralité, du moins une grande parlie du salaire payé (1).

Naturellement le travail se fait aux pièces, et la rémunération est, d’une manière générale, assez supérieure au taux normal. «Il n'est pas rare que certaines façons payées 0 fr. T5 chez M. Mamoz, soient côtées 0 fr. 60 dans les premiers établissements de commerce et tombent par prélèvements successifs à 40 et même 30 centimes dans les mains du réel exécutant » (2).

4. Quand ces travaux ne sont pas faits avec assez de soin, il arrive parfois qu’on ne peut même pas rentrer dans le prix de la matière première.

2. L'assistance par le travail à Paris, Réforme sociale, 1889, tE, p: 796.

Bien que le salaire soit proportionné en principe au travail produit, il est souvent accordé un « sursalaire » à de pauvres vieilles femmes qui ne peuvent avancer autant que les jeunes. Le taux moyen du salaire journalier est de 1 fr. 50, ce qui est en somme, dans ces circonstances, une rémunération très raisonnable. Il peut même monter au double pour les travaux d'écriture.

Si le travail donné par l’œuvre de M. Marmoz est généralement, pour les femmes, la couture, il n’est pas exclusif. C'est ainsi qu'à partir de 1878 on y adjoignit la cordonnerie, en 1884 les travaux d'écriture pour hommes et femmes. Cette dernière innovation mérile spécialement d’être relevée, car elles’adresse à une catégorie spéciale du personnel des ateliers, qui n’est pas la moins malheureuse et qui est beaucoup plus nombreuse qu’on ne pourrait le supposer. Le nombre des employés de commerce, des professeurs sans places, des déclassés de toutes les caté- “gories est effrayant ; et c’est à ceux-là que sont destinés les travaux d'écriture (1).

Avec des salaires relativement aussi élevés, on pourrait craindre que les assistés ne s’arrangeassent de façon à prolonger leur assistance au delà du temps strictement nécessaire; mais en pratique il en peut être rarement ainsi pour deux raisons. La première c'est que les personnes chargées de la direction connaissent très bien les gens auxquels elles ont affaire. En second lieu, le séjour des assistés est proportionné à la quantité de secours que fournit

4. V. notamment Vaulaer, Le chômage de l'ouvrier, Correspondant, du 25 novembre.

pour leur compte le sociétaire qui les a fait entrer aux ateliers ; le séjour se trouve par là même forcément limité.

Le salaire est payé en argent. Cependant, si l’assisté le demande, on peut lui en donner une partie en bons qui leur procurentune réelle économie chez les fournisseurs. Cette combinaison est, paraît-il, particulièrement appréciée par les mères de famille.

La plus grande difficulté à laquelle se heurte l’œuvre de M. Mamoz comme toutés celles de son genre est la pénurie des débouchés. Les adhérents de l’œuvre envoient bien souvent des protégés, ils donnent de l'argent, mais du travail jamais ou presque jamais. — À peine 5 pour cent des sociétaires cherchent-ils à en fournir. Ce serait pourtant un des meilleurs moyens de venir en aide à l’œuvre et de lui permettre d'étendre la sphère de son influence bienfaisante (1).

A l’ouvroir du V*° arrondissement, fondé par M®* de Pressensé, rue du Val-de-Grâce, on se plaint également de la difficulté d'écoulement des produits. Cette œuvre fonctionne sur les mêmes bases que celle de M. Mamoz. Les salaires doivent y être un peu plus élevés, carils varient de 6 à 20 fr. par semaine. On cherche à ne travailler que sur commande, mais il est difficile d’y parvenir. Il a été distribué pour 7.652 fr. de salaires en 1891-99, et 13.433 fr. en 1894-95.

Une œuvre de travail à domicile a été annexée en 1892 à l’œuvre de l’Hospitalité du travail sur

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