LES- ŒUVRES D'ASSISTANCE PAR LE TRAVAIL À RÉGIME D'EXTERNAT
Le travail à domicile ne peut guère s'appliquer qu’à un nombre de pauvres relativement restreint, presque uniquement aux mères de famille. La combinaison que nous allons étudier maintenant peut convenir, dans une certaine mesure, à tous les miséreux qui se présentent. Elle est des plus simples ; elle se rapproche beaucoup en apparence de la situation, normale de louvrier, puisqu'on fait venir l’assisté dans un atelier où il doit travailler un certain nombre d'heures, pour retourner ensuite chez lui en emportant généralement son salaire. Pour apprécier les mérites ou les dangers que peut présenter cette assistance, il faut bien distinguer les cas qui peuvent se rencontrer. |
Femmes. — Toutes celles qui ne sont pas mères de famille et dont la présence n’est pas indispensable chez elles peuvent parfois être plus avantageusement occupées dans un atelier collectif qu’à leur foyer. Les connaissances en couture de beaucoup d’entre elles sont extrêmement restreintes, et ont, dans ce cas, besoin d'être développées, d’abord pour éviter les malfaçons et donner une plus grande valeur à leurs travaux, ensuile en vue
de leur procurer pour l’avenir un gagne-pain qui apportera dans leur intérieur un supplément de ressources, souvent nécessaire. Cet enseignement ne peut être donné aux femmes qui travaillent à domicile ; il faut se contenter du travail tel qu’elles Papportent, et cela, au plus grand détriment de l’œuvré, de leur salaire, et de l'amélioration de leur valeur économique. |
Pour diverses raisons, il peut sembler parfois préférable aux directeurs d'œuvres d'employer les femmes à un autre travail que celui de la couture. A Lyon par exemple, M. le professeur Berthélemy a fait confectionner des couronnes mortuaires en perles ; on ne pouvait laisser faire à domicile un travail de ce genre qui nécessite une direction expérimentée ; sans cela, la matière première aurait été entièrement gâchée et le temps consacré au travail, perdu. Au contraire, cet atelier étant dirigé par des personnes compétentes, on est arrivé à des résultats très satisfaisants. Une fois la durée du travail écoulée, l'ouvrière peut rentrer chez elle. Si sa présence n’y était pas utile le jour, elle peut y devenir nécessaire le soir par le retour au foyer des autres membres de la famille qui, eux aussi, étaient à leurs occupations. Elle rentre à temps pour préparer à Lous le repas du soir. Rien d’essentiel n’est ainsi dérangé dans l’économie domestique.
Hommes. — Le travail à domicile est assez rarement employé pour les hommes ; il n’a guère d’autre raison d’être que l’économie pour l’œuvre d’un local et d’une surveillance continuelle. Le travail à l’atelier lui est donc préférable à tous les poiats de vue.
La présence permanente de l’homme au foyer est loin d’être aussi utile que celle de la femme. Le travail qu’on pourrait lui procurer chez lui est d’ailleurs difficile à trouver et rarement rémunérateur. L'ouvrier a l’habitude d'aller à un atelier à des heures régulières et d'y être soumis à une surveillance et à une discipline, il est bon de la lui conserver.
Enfin,.il est d’autres avantages qui se manifestent pour tous d’une manière générale, hommes ou femmes. C'est ainsi que l'adoption de ce système supprime la nécessité ou du moins l'urgence de l'enquête, indispensable pour accorder un travail à domicile. Pour confier des matériaux à l’ouvrier qui les emporte chez lui, il faut avoir l’assurance qu'ils ne seront pas dérobés ; dans le travail de l'atelier ce risque n’existe pas ; la surveillance générale de l’atelier suffit pour empècher le détournement. L’utilité de l’enquête subsiste cependant ; mais le point important est qu'on peut accorder de suite un secours au pauvre sans attendre la fin des investigations; par le fait qu’il accepte un travail on a déjà. une présomption en sa faveur. Tout le monde y gagne : l’œuvre el le pauvre. L'enquête, n'étant pas aussi urgente que dans le cas précédent, peut être menée avec plus de soin ; on peut obtenir des renseignements plus nombreux, plus précis, plus exacts. La tâche de faire des enquêtes est parfois très délicate et, à certaines époques où les demandes de seconrs sont plus nombreuses, elle devient écrasante et risque d’être insuffisamment bien remplie. Dans l'atelier, on peut juger des dispositions de
l’assisté ; c’est une enquête préalable qui sert à contrôler les renseignements que l’on peut obtenir par ailleurs et permet de le secourir sans retard.
Si l'œuvre gagne par la façon dont l'enquête est faite, le pauvre de son côté profite de la rapidité avec laquelle il est secouru. Beaucoup de malheureux, surtout les plus intéressants, ne se résignent à avoir recours à l’assistance que lorsqu'ils sont à bout ; il faut que la misère les ait fait déjà cruellement souffrir pour qu'ils se décident à tendre la main. N’est-il pas barbare d’être obligé de refuser un secours, de prolonger des souffrances à cause des délais nécessaires pour faire une enquête ? Dans des cas d'aussi atroce misère, il faut agir promptement, non seulement pour arrêter la cruelle souffrance physique, mais aussi pour prévenir les désastres de toute nature qui pourraient en résulter. L'enquête provoque forcément des retards, sources d’angoisses pour le pauvre quand ils ne lui sont pas funestes.
Bien que le travail à l'atelier présente ces avantages incontestables, il ne faut pas pour cela en conclure qu'il est le seul bon ou qu’il est supérieur au travail à domicile. Chacun des systèmes employés présente ses avantages et ses inconvénients, et ceux-ei sé balancent d’une façon toute différente suivant qu'il s’agit de tel ou tel cas particulier. Par certains côtés, le travail à l'atelier est moins bon que le travail à domicile. Nous avons déjà signalé quelques-uns des avantages de ce régime pour les mères de famille ; plusieurs autres nous restent à examiner,
La population qui fréquente les œuvres d’assis-. tance par le travail, bien qu’elle ait été déjà le résultat d’un sélectionnement général, est loin d’avoir les qualités désirables. Grâce à des subterfuges connus par eux, certains mandiants professionnels parviennent à entrer dans ces ateliers et à y rester fort longtemps sans rien faire. La science des œuvres charitables a fait des progrès, mais la science de les voler en a fait aussi.
En dehors de ce milieu foncièrement perverti, il existe une foule d'individus dont la légèreté de conduite, la mollesse de caractère ont été les causes de leur déchéance. Ce sont des êtres faibles, et leur misère, loin de les porter à réagir contre leurs penchants, les anémie au moral comme au physique. Ils sont prêts à recevoir les plus mauvaises empreintes. Le milieu dela misère est hélas si abaissant, si démoralisant, que ces malheureux ne tardent pas, si on ne les préserve de ce voisinage dangereux, à imiter les exemples et àsuivre les conseils des « praticiens ».
C’est le danger qui peut exister dans les ateliers d'assistance ; les pires pervertissent les meilleurs. Dans le travail à domicile, au contraire, aucune influence délétère ne peut s'exercer. Le foyer est encore, dans ce cas-là le gardien de la moralité.
Ce danger n'est pas inévitable cependant, et il existe des œuvres qui ont su s’en préserver. Malheureusement nous connaissons à Paris et nous pourrions citer telle œuvre où, à ce point de vue, l'esprit général est déplorable. Le rapporteur de la commission chargée de faire une enquête sur les
colonies agricoles en Algérie en 1849, proclamait l'importance capitale du choix du directeur pour le succès de ces colonies. Nous pourrions en dire autant pour les ateliers d'assistance par le travail actuels ; tant vaut l’homme, tant vaut la chose, Il ne suffit pas de faire de nombreuses statistiques, de tracer des courbes et de prononcer des discours pour qu’une œuvre réussisse matériellement etsurtout moralement. L'expérience nous a montré que les œuvres, même les mieux patronées, qui étalaient les plus beaux résultats statistiques n'étaient pas toujours celles qui avaient eu effectivement les résultats les plus utiles et Pinfluence la meilleure.
La plus ancienne des œuvres à régime d’externat est la société d'assistance par le travail des VITE et XVIIe arrondissements, fondée en 1891 ,sous la présidence de M. Lalance. Elle a pris une extension considérable ; en 1897, elle a procuré dans ses ateliers plus de 42.900 demi-journées (1). La plus grande partie des assistés sont admis sur la présentation de bons délivrés par les sociétaires. Chaque bon donne droit à 3 heures de travail avec un salaire de Ofr. 75. La journée complète est de 6 heures et est payée Lfr. 50. Quand un hospitalisé demeure dans la circonscription il peut être autorisé à rester plus longtemps que les bons délivrés.ne le lui permettraient. Cette faveur n’est accordée qu'après enquête. Les femmes ne peuvent travailler que trois heures par Jour. Les assistés font des ligots résinés, des buchettes, les femmes des sacs en papier, du triage