Rapport de M. Louis Feine, loc. cit. p
3. Sur les 207 assistés ayant quitté les ateliers pendant les 2e et 3° trimestres de 1898) :
42 ont été placés directement par l'Union :
101 — rapatriés en province ; 4 —. hospitalisé ; 2 — secourus par leur famille ;
22 se sont placés eux-mêmes étant les hôtes de l'Union ; 8 ont été renvoyés pour causes diverses :
et31 sont partis sans laisser d'indications,
Comme on le voit, les rapatriements tiennent une place importante dans les préoccupations de l’Union, Et ce ne sont pas des départs fictifs, comme cela ne se produit que trop souvent. Les billets de chemin de fer ou les bons de secours accordés dans un but de bienfaisance et de préservation, ne sont que trop fréquemment vendus au rabais par ceux qui les ont obtenus, et l’argent qui en provient est utilisé chez le marchand de vin. M. Biny, le dévoué directeur de l’Union, prend de grandes précautions pour que de pareils faits ne puissent se produire. Il écrit aux parents de province pour savoir s'ils consentent à reprendre le jeune vagabond ; avant de l’embarquer, il cherche à lui procurer une place; il écrit si cela est nécessaire, pour lui reconstituer son dossier de travail, lui obtenir les duplicata de certificats égarés. Enfin, quand toutes ces correspondances sont échangées, toutes ces mesures prises, il fait accompagner son protégé à la gare jusqu’au départ du train, pour éviter les défaillances fréquentes, qui, au dernier moment, en dépit des meilleures promesses, pourraient empêcher de s’arracher aux attraits dangereux de la grande ville.
A ce point de vue, les directeurs d'œuvres similaires ne sauraient trop s'inspirer de la conduite de leur collègue du VI® arrondissement. Le but final de l'assistance par le travail est d'empêcher le déclassement, et de reclasser au besoin le chômeur qu'eile prend sous sa protection. Pour y parvenir l'œuvre
ce qui donne une proportion de 80 pour 100 pour lesquels œuvre utile a été accomplie.
ne doit négliger aucun moyen de replacer ce « déraciné » dans son milieu primitif; elle doit lui procurer tous les appuis, toutes les références dont il peut avoir besoin pour rentrer dans sa voie et sy affermir, évitant ainsi que ce malheureux ne devienne une deces trop nombreuses épaves sociales ballotées par les flots, poussées au hasard par des vents contraires, sans direction, sans force et sans utilité. |
Nous devons signaler quelques autres sociétés fondées sur le même modèle. La Socièté d'assistance par le travail du II° arrondissement, 5, place des Petits-Pères. créée par M. Blachette, admet, elle aussi, ses assistés sur la présentation de tickets délivrés par des sociétaires ; la rémunération consiste en bons de repas et de logement. Le travail est moins prolongé qu'au VI arrondissement ; il ne dure que de 11 heures à 5 heures : tout le reste du temps doit être consacré à la recherche du travail. La durée moindre du travail explique, sans le justifier, le rendement moindre qui n’est par Journée de 6 heures que de 0 fr. 28 et s’élève parfois jusqu’à 0,404 selon la nature de l'ouvrage, ce qui équivaut à un rendement de #4 à 6 centimes par heure. Au [l* arrondissement, le coût de l’hospitalisation est plus élevé : 2 fr. 16 au lieu de 2,05 dans le VE.
La durée de séjour à l'établissement est très limitée, le maximum est de 15 jours et la moyenne ne dépasse pas 7 jours 1/4.
Enfin, en ce qui concerne les placements et les rapatriements, aucune comparaison ne peut être
établie entre les deux œuvres. La Société du [l° arrondissement comme la plupart des œuvres semblables, a beaucoup de peine à reclasser les individus qu’elle secoure. Elle n’a même pu opérer aucun rapatriement; tous ceux qu’elle a offerts ont été refusés.
En province, plusieurs œuvres du même genre ont été fondées : à Bordeaux notamment, il en existe une qui semble fonctionner dans de bonnes conditions. Le salaire est de 1 fr. 25; il est payé en argent à ceux qui sont chefs de famille et il est versé aux autres partie immédiatement, partie à la caisse pour former un pécule. Le travail est à la tâche, et c’est la raison qui explique d’aussi bons résultats financiers ; mais la durée du séjour n’est que de 12 jours au maximum.
Le Havre possède aussi une institution analogue : « La Société centrale havraise de secours: ». Le payement en nature n’est pas obligatoire. On met à la disposition des assistés des bons pour un prix déterminé (même des bons de vêtements). Le travail se fait à la tâche et est d’une valeur absolue de 4 fr. à 1 fr. 50 par jour. Le prix de vente couvre exactement le prix de la main d'œuvre, le salaire étant lui aussi de 1 fr. à 1 fr. 50 par Jour. Les assistés sont occupés à la confection de coterets ou au triage du café. Ce travail relativement peu remunérateur en lui-même n'est ni intéressant ni instructif pour l’assisté.
A Lyon nous trouvons encore une œuvre intéressante du même genre. Le paiement du salaire se fait en nature. Le travail n’est pas entièrement à la
tâche, mais il y a un minimum de 50 margotins imposé; au delà, le supplément de travail est payé à raison de 1 centime le margotin. Cette combinaison d’un minimum fixe de salaire jointe à une rémunération à la tâche nous semble très heureuse.