fr
Il y a encore actuellemeut 85.000 fr. de fonds placés en réserve. Si l’œuvre fait un bien considérable on voit aussi qu’elle fait beaucoup et de très bonnes affaires. Ce résultat prouve combien le courant de sympathie pour la misère est puissant à Paris, combien il est généreux et fécond quand il
1. Le chiffre du salaire des hommes n'ayant pas été fourni, pour obtenir au moins une indication d'ensemble, nous l’avons cherché en multipliant le nombre de journées indiqué, 16.988, par le salaire qui est de 2 fr. Ce chiffre ainsi obtenu doit être inférieur à la vérité puisque plusieurs ouvriers sont payés 5 fr. par jour.
Marcel Lecoq
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rencontre une œuvre réellement bierfaisante sachant faire profiter amplement les déshérités des ressources inépuisables de la charité.
A côté des œuvres qui s'occupent spécialement soit des femmes, soit des hommes il ÿ en a d’autres qui s'adressent spécialement aux enfants et aux jeunes gens. Elles sont aussi intéressantes et sont peut-être plus touchantes encore, car elles disputent à la misère physique et morale et aux pires corruptions, de petits êtres faibles encore, incapables et irresponsables. Une des œuvres les plus connues dans cette catégorie est celle de M. Rollet, la Maison de Travail pour jeunes gens, 13, rue de l’Ancienne Comédie (1).
x | 4. Nous n'avons pas la pensée de faire.entrer dans le cadre de cette étude les œuvres s’adressant aux enfants et jeunes gens qui, en général, n’ont aucun caractère économique. Cependant, nous devons faire une exception pour l’établissement de M. Rollet, car il nous a été démontré, par les statistiques de l’œuvre, que presque tous les assistés sont âgés de 16 à 18 ans et peuvent, par conséquent, être classés dans la catégorie des ouvriers. Dans ces conditions, l'œuvre de M. Rollet doit être considérée comme faisant partie des sociétés d’assistance par le travail. Voici quelle était la répartition des enfants par âge, en 1894 :
Agés de moins de 13 ans , . . . . .. 24 PASSA ANSE. 2 PNR res 17
D'LRE AA D ANSE CENT AE re 15
Enfants y AO AG ia TE PCM 194 Dr AO SAT ANSE EME CRE 152 DATES ARE CT 229
| Dies pus” dé 18 40e LUN, 295 Nombre des jeunes gens admis . . . .. 1.022
Encore faut-il tenir compte de ce que le placement des jeunes enfants se fait beaucoup plus rapidement que celui des jeunes gens, en sorte qu’ils séjournent peu à l’œuvre.
Ouverte en 1894 elle a déjà répandu ses bien: faits sur un grand nombre d’enfants. Voici comment elle est organisée. Tout garçon, de 13 à 18 ans, qui se présente en se disant sans asile ni travail, est admis, même sans papiers d'identité. Une fois entré, S'il travaille avec bonne volonté, on lui accorde une hospitalité complète, comprenant la nourriture ét le coucher. Souvent même on lui donne des vêtements ; car &il se conduit bien il obtient chaque jour un ou plusieurs bons qu’il peut échanger contre du linge, des vêtements ou des chaussures. Le travail consiste surtout dans le triage des graines, dans la confection d'étiquettes.
Pendant tout le temps du séjour de l'enfant, on le suit, on l’étudie pour voir ce dont il est capable et ce qu’on peut attendre de lui. Quand la direction a formé son opinion à son égard, elle cherche à le placer, tâche difficile et délicate même pour les adultes et plus éncore pour les adolescents. On en envoie le plus grand nombre possible en province, à la campagne, on s'efforce de les diriger vers l'agriculture ; mais beaucoup n’en veulent à aucun prix. Ce ne sont guère que les plus jeunes, ceux de 13 où 14 ans qu’on peut espérer ÿ maintenir. Dès qu'ils ont dépassé cet âge ils veulent rester en ville ; lorsque, ‘cédant à de pressants conseils, ils consentent à partir, ils ne tardent pas à y revenir.
M. Rollet à pris, en faveur de ses jeunes gens placés, une mesure très généreuse. Il les autorise à venir, pendant les premiers temps de leur apprentissage, manger et coucher à la maison. On leur
relient pour cela quelques sous sur leur salaire. Ce prélèvement est proportionné au salairegagné et non au service rendu. On leur facilite ainsi l’accès des métiers à apprentissage qui, s'ils ne fournissent pas immédiatement un salaire suffisant, sont les seuls qui puissent assurer une situation suffisamment ré munératrice dans l’avenir. Cest leur rendre un immense service que de leur permettre d'acquérir aussi des moyens d’existence qui peuvent les préserver de {ant de misères et de tant de dangers. Malheureusement la charge serait trop lourde si on voulait l’accomplir jusqu'au bout, et on est obligé de n’accorder cette faveur qu’à un petit nombre.
Parmi ces jeunes gens il y en a qui ne peuvent s’assujettir à aucun emploi sédentaire ; il leur faut le changement, le grand air, la liberté. Aussitôt qu’on cherche à les amener à la vie régulière, si douce qu’elle soit, aussitôt qu’ils sentent le plus léger frein, ils s'échappent. Souvent ce ne sont pas les plus mauvais. L’aumônier de la maison nous a cité un cas très caractéristique de ce genre. Un enfant de 14 ans, très bien doué, intelligent, d’une nature honnête et confiante s'était particulièrement fait aimer de ses directeurs. On n'’hésita pas à le placer comme domestique chez un homme de mérite et de générosité peu commune qui, séduit lui-même par les aimables dispositions de l’enfant, s’y attacha sincèrement. Un beau matin l’enfant disparut. Le maître vint annoncer à l’aumônier cette fuite inattendue et tous deux inquiets et désolés passèrent la journée entière sans nouvelles. À 9 heures du soir, l'abbé voit entrer le petit fugitif dans sa
chambre. « D'où viens-tu petit ? — De me promener. — Pourquoi es-tu parti? — Parce que je ne pouvais pas rester enfermé. Je suis allé du côté de Versailles, et puis, cet après-midi, j'ai pensé que jé ne vous avais pas dit au revoir ; alors je suis revenu sur mes pas ». Voilà une reconnaissance bien touchante et qui montre combien le cœur parle encore chez ces pauvres petits errants. On lui pardonna doucement, il reprit sa place; mais la nature nomade lemporta encore sur les bonnes résolutions. Il partit de nouveau, se fit arrêter sur la grande route, et, peu après, commença à goûter du régime de la prison. Dieu sait combien il y reviendra de fois le pauvre petit chemineau !
D'ailleurs, ce sont souvent ces enfants de nature indépendante et indomptable qui viennent demander asile à la maison de travail. Ils ont fui leur famille et meurent de faim. Que faire d’eux ? S'ils sont réclamés par leurs parents, la police vient les chercher; mais, le plus souvent, personne ne les réclame. En outre, s'ils sont d’un trop mauvais exemple pour les autres, on est obligé de les mettre dehors et on ne prévoit que trop ce qu'ils sont appelés à devenir. Il est même arrivé à quelques-uns de nos jeunes vauriens de cambrioler la maison même de leur bienfaiteur, M. Rollet, qui est pourtant à leur égard d’une générosité, d’une bonté sans égales, d’aucuns disaient excessives.
Tous heureusement ne sont pas pervertis. Il en est même dont la bonne et franche nature résiste aux contagions malsaines. Le plus grand nombre n’est pas doué de ce privilège, et, après avoir, au
début, souffert du contact des pires, ils les ont imités, d’abord par faiblesse de caractère, puis par cette sorle d’émulation du mal qui naît spontanément dans les mauvais milieux, alors qu'on a tant de peine à y faire germer l’émulation du bien. D’ailleurs, qui a pu déposer dans le cœur de ces pauvres abandonnés les notions les plus élémentaires du bien et du mal! Beaucoup d’entre eux sont orphelins ; beaucoup d’autres, plus malheureux encore, appartiennent à des parents dénaturés qui les exploitent, ou les délaissent et dont ils ne reçoivent que de mauvais traitements et de pires exemples. Ces pauvres petits deviennent presque forcément pervertis. Quelle douce et noble tâche de ranimer ce cœur d'enfant, d'y retrouver et d’y faire éclore les germes de bons sentiments déposés dans l’âme de toute créature humaine, de les cultiver, de les voir grandir et se manifester au dehors! Cette régénération est possible, elle est fréquente, elle est l'œuvre de l’amour. Ces pauvres petits, que personne n'a aimés, qui n'ont jamais senti le contact bienfaisant d'une tendresse, s’épanouissent et se transforment sous l'influence d’une affection ; les mauvais penchants s'apaisent, la moralité renaît, l'âme s’éveille et grandit par l'exercice de ses facultés les plus élevées,
C'est pourquoi l’action morale doit avoir une part prépondérante surtout dans les œuvres qui concernent les Jeunes gens ; grâce à elle on peut arriver à des résultats qu’il serait absolument impossible d'obtenir autrement. Nous ajouterons même, cette action doit être religieuse car, selon nous, c’est la
seule qui puisse être absolument efficace. L’âme de lenfant, quand elle n’est pas faussée, est essentiellement religieuse ; elle a besoin d’idéal et d'amour. La religion seule peut soigner ses plaies, fortifier sa volonté et donner aux nobles facultés de son âme les éléments vilaux qui sont nécessaires.
Malgré des difficultés financières très considérables (le bilan de 1894 s’est soldé par un déficit de 22.000 fr.), l’œuvre de M. Rollet a continué de s’accroître sans que la situation en devienne plus obérée pour cela, au contraire. En 1894 on a admis 1.022 jeunes gens; en 1895, 1.035 ; en 1897, 1.506, Le déficit de 22.000 fr. n’était plus, l’année suivante, que de 4.000 fr., et aujourd’hui, grâce à de puissants appuis, l'œuvre se trouve en assez bonne posture.
Le nombre des placements de jeunes gens a heureusement progressé: il était en 1895 de 304, dont 108 à Paris; en 1897 il a passé à 1,336, dont 515 à Paris et 821 dans les départements, L'année 1898 présente des résultats analogues. Le pourcentage du placement a passé de 29 à 89 pour cent. Chaque année un certain nombre d'engagements dans les . armées de terre et de mer sont contractés par des jeunes gens de l’œnvre, en 1894 il n'y en a eu 25. Quelques rapatriements sont aussi opérés quand les circonstances le permettent.
Malgré l’admiration que nous inspire le dévouement des personnes qui s'occupent de cette œuvre, malgré tout l'intérêt que nous lui portons, l'impartialité nous empêche de passer sous silence la critique de quelques impérfections qui nous ont
frappé. Ce n’est pas d’ailleurs rendre un service que de taire la vérité quand on est appelé à apprécier et à Juger.
Le défaut primordial, à la Maison de Travail est le manque d'énergie dans la surveillance et la discipline. Les enfants ne font pas grand’ehose à l’atelier. C’est ainsi qu’en 1895 les 1.035 enfants, travaillant 8 heures par.jour, n’ont pu arriver à produire que 2.603 fr. 30 de travail. L'enquête sur les œuvres d'assistance par le travail, faite à cette époque pour le Comité central des œuvres de travail par M. Bouloumié — enquête très complète et très documentée à laquelle nous avons empranté bien des renseignements — signalait que l’assisté coûtait en moyenne 40 fr. et produisait T fr. Ce dernier chiffre est, paraît-il, plus beau que la réalité. Nous nous sommes renseigné auprès de M. Rollet luimême qui nous a déclaré que, sur un budget de 40.000 fr. environ, 1l ne comptait guère obtenir par le travail de ses jeunes gens plus de 2.500 à 3.000 francs L'année 1895, où les assistés ont fourni 2.600 fr. de travail, se trouverait par conséquent dans la moyenne. Prenons ces chiffres pour base de nos calculs : chacun des 1.035 hospitalisés coûte près de 40 fr. et ne produit que 2 fr. 51 pendant toute la durée de son séjour. Si on avait consacré les efforts de ces jeunes gens à leur faire apprendre un métier technique, on pourrait s'expliquer qu’il y eût beaucoup de malfacons, et encore comprendrait-on difficilement que dans un atelier bien dirigé le produit fût aussi minime. Mais pour un travail aussi simple que le triage des graines de café
ou la confection des étiquettes, si faible que soit le salaire, le produit devrait être plus appréciable. C'est le manque de sévérité envers ces enfants paresseux, légers et indisciplinés qui produit ce fâcheux résultat.
L'insuffisance de la discipline empêche d’apprécier ces jeunes gens à leur juste valeur ; aussi, bien souvent, des erreurs regrettables viennent dérouter les prévisions de la direction. Il n’est pas étonnant que les placements s’en ressentent. Tous les patrons n’ont pas l’inépuisable indulgence de M. Rollet pour pardonner les sottises, voire même les indélicatesses dont il est parfois la victime.
Si nous n'avons:voulu épargner les critiques à cette œuvre si intéressante, c’est précisément à cause de l’admiration que nous avons pour la généreuse pensée qui a présidé à sa fondation, el nous voudrions que, la réalisant pleinement, elle arrive à sauver complètement un plus grand nombre de ces pauvres petits. Peut-être serait-il préférable de réduire le nombre des admissions. Il faudrait aussi éviter à ces enfants une promiscuité d'autant plus dangereuse qu’elle est constante ; elle les pervertit quand ils ne le sont pas auparavant, et.en tout cas elle les empêche de s’amender. S'il y a du bien à faire, même parmi les plus mauvais, qu'on le tente aussi, mais qu'on ne les mélange pas sans surveillance à ceux qui ne sont pas encore complètement tombés. Une catégorisation sérieuse est plus nécessaire parmi les enfants que partout ailleurs : elle n’est pas faite chez M. Rollet. L'œuvre gagne-
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rait, croyons-nous, à restreindre son action ou à la dédoubler.
Telles sont les trois œuvres les plus importantes et les plus caractéristiques de l’assistance par le {travail avec régime d’internat : la Maison hospitalière du pasteur Robin, l'Hospitalité du Travail de la sœur Saint-Antoine et la Maison pour jeunes gens de M. Rollet.
Ce régime de semi-claustration de l’indigent doit-il être préféré aux autres systèmes ? C’est ce qu'il convient d'examiner maintenant. La solution ne saurait être absolue, il faut distinguer suivant les cas. Si pour une mère de famille, le travail à domicile est très généralement préférable, si pour un homme marié, ayant un foyer, le travail à régime d’externat est, en principe, le meilleur, pour toutes les autres catégories de, miséreux, le travail à régime d’internal nous paraît devoir être adopté de préférence. L'organisation doit varier dans une large mesure suivant les circonstances de lieux et de personnes. C'est ainsi que la discipline et la surveillance doivent être exercées d’une façon toute différente suivant qu’il s’agit d'hommes, de femmes ou d'enfants. Mais sous des formes diverses une règle persiste, celle de l’hospitalisation complète organisée par l’œuvre elle-même. C'est ce principe qui, approprié quant à son application à chaque catégorie, nous semble excellent pour la majorité des pauvres qui encombrent nos grandes villes,
Ayant donc mis de côté les mères ou les pères de famille vivant à leur foyer, si nous examinons les
conditions morales de tous les autres miséreux, ainsi que les moyens de les ramener à un niveau plus élevé de moralité, d'activité, d'utilité économique, nous pouvons constater deux choses ;: c'estqu'il faut, d’abord, connaître à fond individuellement chaque sujet, et lui donner ensuite, grâce à des procédés appropriés à sa nature, des saines habitudes et des bons principes qu'il a souvent perdus, le fortifier moralement et économiquement. N'est-ce pas là une semi-éducation à faire ou à refaire ? Or quel est le meilleur régime d’éducation pour les caractères mous et affaiblis, susceptibles de se laisser entraîner par toutes les influences du dehors généralement les plus mauvaises ? Quand la famille n'existe pas ou ne remplit pas dignement son rôle d’éducatrice, c’est évidemment un internat rationnellement organisé qui doit avoir nos préférences.
L'ambiance dans laquelle végète le pauvre le voue forcément à l’abattement, à l’affaiblissement. Pour le fortifier il faut d’abord le soustraire à cette influence délétère, puis l’aider à reconstituer les forces de son corps, les facultés de son intelligence, et enfin lui donner autant que possible une formation professionnelle.
Pour arriver à ce résultat le régime d’internat nous semble incontestablement supérieur à celui de l'externat. Grâce à ce procédé, on peut arriver à connaître « l’état d'âme» de chacun, à discerner le remède approprié à la crise physique, économique ou morale qu'il traverse, à appliquer selon les différents cas un traitement rationnel, et enfin à obtenir une guérison complète.
Pour qu'un remède produise les heureux résultats qu'on en peut attendre il faut observer deux condilions : 1° éviter que des imprudences ne viennent détruire son efficacité naturelle : 2 l’administrer avec discernement et régularité. Il en est de même pour la cure morale qui nous occupe. Quel bienfait ces êtres débilités peuvent-ils ressentir d’un traitement fortifiant si chaque jour ils vont perdre dans la fréquentation des cabarets et dans les bouges que sont les logements de nuit, la dose de force et d'énergie qu’on s’est efforcé de leur faire acquérir ? Pour appliquer régulièrement un remède, il faut que le malade reste constamment sous une surveillance éclairée qui devra être d’autant plus stricte que le sujet sera plus profondément atteint. L'atonie de toutes les facultés résultant de la misère doit être soumise à un régime identique.
Les résultats pratiques sont d’ailleurs parfaitement concordants avec la théorie. Quelles que soient les critiques particulières que l’on puisse adresser aux œuvres que nous venons d'examiner, il n’en reste pas moins qu’elles donnent des résultats très supérieurs aux œuvres à régime d’externat, notamment en ce qui concerne le produit du travail et le placement des assistés, excellent symptôme de l'amélioration générale. Les pauvres sortent de ces maisons bien meilleurs pour la plapart qu'ils n’y sont entrés ; on ne peut en dire autant de tous ceux qui fréquentent des institutions plus ouvertes.
Un régime d’internat bien organisé et surtout bien dirigé peut seul, à notre avis, être appliqué
avec succès à la catégorie de pauvres que nous envisageons. [l les préserve du contact des influences malsaines qui les environnent et leur donne les qualités morales et économiques nécessaires dans la lutte pour la vie.