SECTION I
Les œuvres urbaines
À côté des œuvres privées, se trouvent les institutions organisées par les municipalités. On doit les mettre dans une catégorie à part, car elles ont une organisation bien différente ; les critiques et les éloges qu’elles méritent sont aussi d’un tout autre ordre.
La ville de Paris s’est particulièrement distinguée dans ses œuvres d’assistance par le travail. En dehors des quelques œuvres privées qu’elle subventionne, elle à organisé directement des institutions qui méritent de retenir l'attention.
Refuge ouvroir Pauline Roland
Cet établissement a été ouvert, en 1890, 30 rue Fessard, au milieu du quartier si miséreux de Belleville. [l'est destiné aux femmes. Toutes celles qui se présentent sont admises pourvu qu'il v ait une place vacante, sans condition d’âge, de capacité ou de
résidence. Mais l’œuvre est surtout destinée aux femmes enceintes qui se trouvent être, pour la plupart, des filles-mères. Elles sont reçues pendant leur grossesse jusqu'au huitième mois; à partir de ce moment, on les envoie dans des asiles spéciaux d’où elles sont dirigées sur l'hôpital au moment opportun. On les admet aussi quand elles ont eu leur enfant, et à cet effet on a annexé à l’ouvroir une crèche et une pouponnière. Les mères nourrissent leurs enfants si elles le veulent, et peuvent les voir cinq fois par Jour.
En dehors de cescas, la durée du séjour au refuge ne dépasse guère deux ou trois mois. Le régime d'internat est assez strict, mais pendant les quinze derniers jours de présence, on leur permet de sortir pour chercher une place. Quand elles s’en vont, on leur fait presque toujours don de quelqu'objet utile, linge, vêtements, etc.
Pendant la durée de l'hospitalisation elles sont astreintes à un travail de neuf heures par jour environ. Mais font-elles beaucoup de besogne ? Il est malheureusement difficile de répondre, car leur travail n’est guère susceptible d’une appréciation guantitative ou pécuniaire. Elles sont occupées au blanchissagé, au repassage et au raccommodage du linge de la ville et les stalistiques annuelles, forcément- assez approximatives, ne peuvent donner aucune idée de l’activité de chacune des travailleuses.
Si on en juge d’après une visite aux ateliers, l’ardeur au travail ne semble pas bien vive. Les hospitalisées ne récoivent qu'un salaire variant de
0 fr. 20 à O fr. 40 par jour; elles ne se dounent guère de peine pour augmenter de quelques centimes un gain si dérisoire, et cela se comprend. La rémunération principale consiste dans l’hospitalisation, mais le stimulant au travail semble tout à fait insuffisant.
Par ailleurs, le séjour au Refuge ouvroir Pauline Roland est fort argréable. Les salles sont grandes, claires et bien agencées ; l’aération est parfaitement organisée ; partout règne une propreté méticuleuse. On doit très sincèrement féliciter la ville de Paris d’avoir tenu à ce que les prescriptions de l’hygiène, si utiles au moral et au physique, fussent partout scrupuleusement observées. On surveille strictement la propreté des hospitalisées : à leur entrée elles sont d’abord désinfectées, ce qui bien souvent n'est pas sans besoin ; on leur fait prendre ensuite des bains fréquents. Elles portent toutes pendant la durée de leur séjour un uniforme simple, propre et commode, et à leur sortie on leur rend leurs vêtements personnels que l’on a désinfectés. Parfois, quand ils sont en trop mauvais état, on leur en donne de plus présentables.
Ces soins et ces bienfaits rendent à ces malheureuses la vie si facile et si douce au Refuge ouvroir qu'elles y reviennent aussi souvent que cela leur est possible. Beaucoup des femmesquis’y trouvent, sont des récidivistes. Il y a, il est vrai, une clause qui interdit la réadmission pendant un délai de deux ans ; mais une exception généreuse a été faite pour les femmes enceintes, et il arrive encore assez souvent que peu de mois après leur: départ on les voit
revenir dans la position qui leur donne le droit à l'admission. La mère et l’enfant sont recueillis encore pour quelques mois.
Cest là certainement un sérieux abus contre lequel il serait sage de réagir. Les femmes enceintes et les filles-mères — et ce sont surtout ces dernières qui viennent à l’ouvroir Pauline Roland — ne doivent pas compter à ce point sur l'assistance publique pour pouvoir multiplier indéfiniment leur progéniture.
Il arrive aussi forcément que les femmes d’un âge un peu avancé, qui trouvent moins facilement à gagner leur vie d’une façon ou d’une autre, sont éliminées d’un refuge qui pourrait leur être d’un si utile secours. Ce sont principalement des femmes dans la’ force de l’âge qui sont le plus souvent admises, ainsi que lemontre la statistique suivante, relative à l’année 1896:
Femmes de 15 à 20 ans. . . .. 134 » AOPANIS EAN SEE 324
» 25 AMIUPANS ETES 211