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Louis Blanc, Réglementation du travail, introduction

Marcel Lecoq 0

Channing a mis admirablement en lumière les - conséquences désastreuses de la misère pour la dignité du foyer. « Dans les demeures de l’indigence, dit-il, bien des choses refroidissent les sentiments les plus délicats. Une famille entassée dans une seule pièce, souvent étroite, qui doit servir à la fois de salon, de cuisine, de chambre à coucher, de chambre d'enfants et de malade, manque nécessairement de propreté, d'ordre et de bien-être, à moins d’une grande énergie morale et d’un profond respect personnel. Les membres sont sans cesse exposés à se mêler d’une façon génante. Les convenances sont difficilement observées, la femme mal tenue et sale perd son charme. Les jeunes filles grandissent sans cette réserve et cette délicatesse qui sont la principale défense de la chasteté. La grossiereté de manière et de langage, conséquence trop certaine d’une vie en commun, devient l'habitude d'enfance, elle endurcit l’esprit que plus tard le vice ne degoûtera plus. Le manque d’un intérieur propre et rangé est un des plus grands maux de la misère. Entassés dans l’ordure, les pauvres cessent de se respecter les uns les autres » (1). De son côté Louis Blanc nous fait un tableau analogue de l’influence antiéducatrice de la misère. « Voici un malheureux, dit-il, qui a pris naissance dans la boue de nos villes. Aucune notion morale ne lui a été donnée. [l a grandi au milieu des enseignements et des images du vice. Son intelligence est restée dans les ténèbres. La faim lui a soufflé ses ordinaires tenta-

À. Les droits et les devoirs des pauvres, Charpentier, 1879, p. 278.

tions. La main d’un ami n’a jamais pressé sa main. Pas de voix douce qui ait éveillé dans son cœur flétri les échos de la tendresse et de l'amour» (1).

La classe malheureuse et la classe criminelle ne sont que trop voisines, la pente est glissante pour tomber de l’une dans l’autre, et les occasions de chutes ne manquent pas.

La plupart des grands criminels ont été habitués de bonne heure à la mendicité ou au vagabondage.

«Knobbock, rapporte M. Maxime du Camp, condamné dans une affaire qui fit grand bruit, il y a peu d'années, Marchandon exécuté sur la place de la Roquette pour un assassinat commis dans d’horribles circonstances, portaient tous les deux, au temps de leur enfance, les lettres que leurs mères écrivaient pour se faire donner le pain quotidien qu’elles refusaient de demander au travail » (2).

Vacher, dont tout le monde connaît la série de crimes particulièrement atroces, était un vagabond qui ne pouvait se fixer nulle part et demandait la plus grande partie de ses ressources àla mendicité. Et l’on pourrait citer des centaines d’autres exemples de ‘criminels ayant commencé par être des mendiants professionnels. Il faut bien savoir que les coupables, les criminels ne sont pas aussi différents des autres qu’on se l’imagine, disait très justement M. Gaufrès, 1ls ont les mêmes facultés, les mêmes instincts, la même organisation. Ge qui est faible en eux, c’est la volonté, la possession de

4. Louis Blanc, Réglementation du travail, introduction. 2. L'assistance par le travail, loc. cit., p. 314.

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soi, le caractère ; c’est en un mot le principe qui musèle en nous la bête. On tremble à la pensée qu’une charité malexercée use et brise ce frein » (1).

Voilà comment un sans-travail peut tomber avec une facilité beaucoup trop grande, hélas ! du chômage dans la misère, de la misère dans Île pau périsme et du paupérisme dans la criminalité (2).

Ce résultat est dû à des défaillances successives provoquées par le désœuvrement, l'affaiblissement progressif de l'énergie individuelle ; mais il est occassionné aussi par la façon aveugle dont sont distribuées les aumônes.

Ce n’est qu’une petite minorité qui tombe aussi bas, il est vrai, mais on peut vraiment se demander comment de semblables déchéances dans de telles conditions ne se produisent pas plus souvent.

Rien n’est fait pour aider ces malheureux à remonter la pente dangereuse sur laquelle ils glissent et qui les entraîne au précipice. Rien ne les en éloigne et tout les y attire. Aucun conseil ami ne vient leur signaler le danger, aucune main ne se tend pour les retirer de ce mauvais pas. Repoussés, au contraire, de partout, ils ne trouvent bon accueil qu’auprès de ceux qui ont passé par ces mêmes épreuves el se sont laissés aller jusque dans les bas fonds. Ceux-là leur donnent des conseils, mais quels conseils ! Ils les engagent à faire commeeux puisqu'ils ont réussi : ils ont de l'argent el ne travaillent jamais. Et ces

1. Discours de M. Gaufrès à la Société d’assistance des Batignolles-Monceaux, 7 février 1892.

2. Conf. en outre L'assistance par le travail, de Maxime du Camp.

malheureux cèdent aux conseils des sans-travail d'hier, les mendiants d’aujourd’hui, les criminels de demain, pressés qu'ils sont par le besoin, découragés par trop d’insuccès, désorientés par une longue inaction, débilités enfin au moral et au physique par des épreuves et par des privations sans nombre. (est pourquoi le paupérisme compte tant de nouvelles recrues, voilà pourquoi il est si néfaste pour une société.

Les Remèdes

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