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LA PRÉVOYANCE, L'AUMÔNE

Nous avons essayé de déterminer le caractère et l'étendue du chômage, de faire comprendre combien il était pernicieux dans sa nature elle-même et terrible dans ses conséquences. Il convient maintenant d'étudier quel remède on y peut apporter. La maladie étant connue, il sera plus facile d'apprécier la valeur du traitement proposé, et de proportionner l'intensité de son application à la gravité de la situation.

Les remèdes sont nombreux et des plus variés, leur classification rationnelle est par là même assez diflicile. Toutefois 1l paraît logique de les catégoriser d’après l'intensité de l’effort, l'importance de la coopération fournie par celui qui subit la crise de chômage et ses conséquences. C'est ainsi qu'on est amené à déterminer trois groupes de remèdes :

1° La prévoyance par l'épargne. la mutualité ou l'assurance ;

3° L'aumône.

La prévoyance est assurément le meilleur des remèdes, il est le plus moral ; il indique un plus haut degré de vertu sociale chez celui qui en fait usage. Grâce à lui la dignité individuelle ne peut être atteinte dans les crises même les plus graves. Son excellence a été tant de fois vantée qu’il est inutile d’insister davantage à cet égard. Qu'il nous suffise de remarquer que dans l'épargne les ressources sont proportionnées à l'effort antérieur en durée et en intensité, une fois les économies dépensées, le prévoyant se trouve dans la même condition que celui qui ne l'avait pas été. Dans la mutualité et l'assurance, au contraire, on ne réclame du prévoyant qu'un effort moyen grâce auquel, quelle qu'ait été la durée de cet effo't, il est mis à l’abri des plus terribles conséquences de certaines crises délerminées. L’épargne semble donc s'adresser surtout à ceux qui peuvent économiser des sommes relativement importantes, pour les autres la mutualité et l'assurance semblent infiniment préférables, car ils sont mis ainsi à l'abri de dangers auxquels ils n’auraient pu se soustraire par leurs propres forces.

Malheureusement la prévoyance n’est pas à la portée de tous, beaucoup sont dans l'impossibilité presque absolue de faire, sur leur salaire, les économies qu’elle réclame. Pour pouvoir mettre de l’argent de côté il faut avoir un salaire suffisant, et régulier. En fait ces deux conditions se trouvent bien rarement réunies, de là l’impossibilité matérielle pour une foule d'ouvriers de la mettre en pratique, comme ils le désireraient. Le salaire est à peine suffisant pour entretenir l’ouvrier et sa famille,

on ne peut guère exiger qu'il se prive même du nécessaire pour assurer les jours plus mauvais encore, qui viendront dans la suite.

Beaucoup de travailleurs se trouvent done, par là même, des clients forcés de l'assistance. D'ailleurs ce n'est guère le moment de prêcher la prévoyance aux malheureux sans aucune ressource et tombés dans une atroce misère. Et c’est le cas que nous avons à envisager. Il ne reste plus pour eux que l’assistance sous les deux formes que nous avons indiquées : l’aumôneet l’assistance par le travail, la première donnée gratuitement au miséreux, la seconde qui exige de lui en retour un effort, ou tout au moins ure preuve de bonne volonté.

Nous parlons ici de l'assistance matérielle ; 1l y a aussi une assistance morale toute aussi utile que la première, puisque la misère humaine est tout à la fois physique et morale. Nous ne pouvons l’étudier longuement car elle sort des cadres que nous avons tracés. Elle se manifeste sous les formes les plus ingénieuses, les plus diverses que suggèrent la charité aux âmes d'élite. Le mot d'assistance comprend en lui-même ces deux éléments matériels et moraux qui ne devraient pas seulement être réunis dans la pensée, mais aussi dans les faits car ils se prêtent mutuellement un appui excellent, indispensable même à l'efficacité du secours. Comme on l’a très bien dit, « assister (ad sistere) c’est au sens latin venir s’as- « seoir auprès de quelqu'un ; c’est de sa personne . €s’approcher d’üne autre personne pour la soute- « nir lui apporter son aide; c'est soulager la fai- « blesse d'autrui par sa force, l’indigence par sa

« propre richesse, la douleur par la compassion, ce « n’est pas seulement donner à autrui ; c’est don- « ner à autrui quelque chose de soi » (1). Donc l'assistance doit être tout à la fois matérielle et morale, mais comme l'assistance morale peut s'adapter à toutes les formes de l’assistance matérielle et qu’elle en dépasse même infiniment les limites, nous devons nous borner à étudier l’assistance matérielle aux valides dans ces deux applications principales : l’aumône et l’assistance par le travail.

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