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LES TRAVAUX DE SECOURS AVANT LE XVIII° SIÈCLE

Il arrive souvent que l’on pousse les recherches historiques jusqu’à la manie. Il semble, quand on étudie un sujet, que l’on doive remonter jusqu’à l’origine du monde pour trouver quelque source plus ancienne et plus ignorée.

Les partisans de cette façon de procéder croient donner plus de poids à la théorie qu'ils soutiennent, mieux réfuter l'opinion de leurs adversaires, en invoquant un passé très reculé, une civilisation très ancienne, voire même des théories ou des procédés depuis longtemps abandonnés.

Dans les sciences économiques, où les études historiques sont particulièrement délicates, un pareil système présente plus de dangers que dans aucune autre science. Les phénomènes d'ordre sociologique sont tellement complexes, ils se rattachent si étroitement à une foule de circonstances, de toute origine et de toute nature, que leur étude ne peul être séparée de la connaissance approfondie des contingences qui les entourent. Etant, comme l'a dit Auguste Comte, la plus élevée des sciences.

Marcel Lecoq 9

elle les résume toutes : il faut donc que toutes les autres soient parfaitement connues et appréciées, pour qu'elle ait des chances sérieuses d’arriver à des expositions logiques, à des déductions valables. Les partisans de l’assistance par le travail n’ont pas échappé à cet abus du désir de remonter aux sources, au risque de faire fausse route en invoquant à tout propos un passé trop lointain, une histoire sociale trop imparfaitement connue. On a voulu mettre en parallèle Rome et son esclavage, le primitif royaume de France avec son servage, et notre démocratie moderne avec son salariat libre. Donner du travail à qui n’en avait pas, c'était autrefois, le plus généralement, rendre l’esclave à son joug, réduire l’homme libre à la condition coloniaire (1). Etait-ce là une assistance ? Il nous semble que c'était plutôt une pénalité, une coercition par mesure de sécurité publique ; on ne tenait aucun compte de la dignité personnelle des malheureux. L’esclavage. et le colonat, ainsi compris, pouvaient empêcher le vagabondage et la mendicité, mais on ne cherchait pas à améliorer par ce moyen la situation matérielle des pauvres; on n’essayait pas de rendre à l’homme sa dignité et son indépendance, ce système lui faisait perdre l’un et l’autre. Il ne pouvait d’ailleurs en être autrement dans une nation aristocratique, comme celle qui existait à Rome, où régnait le mépris du travail et de la liberté individuelle. Tout homme qui avait besoin de travailler pour vivre n’était plus digne de porter le nom d'homme, et, par là même, il

1. Rescrit des empereurs Gratien, Valentinien et Théodose, 12 des Calendes de juillet 382 (voir Code Justinius, X1, 23).

devait perdre toutes les prérogatives qui découlaient de ce titre.

On n’est guère mieux inspiré, à notre avis, quand on fait remonter l’assistance par le travail à l’époque du servage. L’hommelibre, devenu pauvre, est obligé de demander aide et protection au seigneur, et ce sera aux dépens de sa liberté qu'on lui donnera assistance ou travail (1). |

A cette époque, tout imprégnée de doctrines romaines, le travail manuel était encore considéré comme une marque avilissante de sujétion ; les gens riches, qui ne travaillaient pas, pouvaient seuls être libres.

Cette prétendue assistance par le travail ne pouvait suffire. D'abord, on était loin de redouter autant le servage que l'esclavage et la sanction n'effrayait pas autrement les coupables. En outre, le servage étant une mesure purement féodale, ne pouvait être appliqué que par les seigneurs ; aussi l’était-il d’une façon très incertaine, très variable d’un lieu à un autre.

Le roi se vit forcé de prendre de son côté des mesures pour forcer les pauvres à chercher du travail ; mais il ne se chargeait naturellement pas de leur en procurer. La fustigation, la marque au fer chaud, le pilori, la prison, le bannissement, les galères même, furent employés sans succès pour effrayer les « personnes tant hommes que femmes » qui « truandant les aucuns et les autres, se tiennent en tavernes et bordeaux, gens oiseux ou Joueurs de déz ou enchanteurs ès rues qui soient sains de

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