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CHAPITRE II LES ATELIERS DE CHARITÉ

A mesure que l'hôpital général déclinait, une autre institution d'assistance prenail une extension de plus en plus considérable: c’étaitles ateliers de charité. Louis XIV et Louis XV en avaient ouverts à diverses reprises, mais ce fut sous Louis XVI surtout qu'ils acquirent leur plus grand développement, grâce au génie organisateur de Turgot. Avant de devenir ministre, il s'était initié au détail du fonctionnement de ces ateliers, dont il avait créé un certain nombre de 1761 à 1774, alors qu'il était intendant à Limoges. À cette époque il avait été aux prises avec de nombreuses difficultés de tous ordres, mais grâce à son intelligence, à son activité, à son dévouement, il arriva, sinon à les vaincre, du moins à les réduire dans une mesure considérable. A la crise politique et économique qui se manifestait de jour en jour plus terrible, vint se Joindre une nouvelle cause de souffrance et de trouble: une disetteaffreuse éprouva la population pendant les deux années de 1770 et AT

Plus tard, quand sa renommée de bonté et de sagesse lui eut ouvert l’accès du pouvoir, Turgot n'eut qu’à étendre l’application des mesures qu’il avait prises pendant son intendance. Elles relèvent

toutes de la même conception. En étudiant les unes, on connaît les autres. Pour soulager tant dé misères et calmer la lourde agitation qui se manifestait de toutes parts, il employa deux moyens : d’une part il augmenta les ressources d'assistance de son intendance en demandaut une contribution volontaire aux personnes aisées; il la transformait au besoin en imposition d'office quand cette taxe des pauvres manquait ou ne rentrait pas assez abondante.

Il considérait en effet que « le soulagement des hommes qui souffrent est le devoir de tous et l'affaire de tous. »

L’exécution de cette mesure, dirigée avec beaucoup d'ordre et de promptitude, fournit des sommes assez considérables.

Turgot chercha d’autre part à soulager plus efficacement la véritable misère par un meilleur emploi des fonds dont 1l disposait. Il surveilla d’une façon très rigoureuse la distribution des secours, pour qu'ils ne fussent donnés qu’à ceux qui en avaient réellement besoin, et dans la mesure du plus strict nécessaire. & IL importe, écrivait-il, que tous les « vrais besoins soient soulagés, et que la fainéantise « ou l’avidité de ceux qui auraient reçu d’ailleurs « des ressources, n’accepte pas des dons qui doivent « être d’autant. plus soigneusement réservés à la « misère et au défaut absolu de ressources qu'ils « suffiront peut-être à peine à l'étendue des maux « à soulager ». La difficulté n’était pas dans la détermination du but à atteindre, objectif invariable de tous les philanthropes éclairés, elle résidait surtout dans l’organisation des moyens à employer pour

opérér cette classification et cette sélection des pauvres.

* [les partagea d’abord en deux catégories : dans l’une était les infirmes, les vieillards, les jeunes enfants auxquels il attribuait des secours gratuits. « Les autres ont besoin de salaires », déclarait-il, et il se miten mesure de leuren procurer.

Turgot comptait que letravail éloignerait ceux que nous appelons « les professionnels de la mendicité ». Il les poursuivit d’ailleurs avec une grande sévérité, d'autant plus légitime, qu’il procurait d’une manière plus complète du travail aux vrais pauvres. valides. Pour donner de l’ouvrage à cette foule oisive etsans pain, il fit d’abord appel à l'initiative privée. — .CIl semble que tous les propriétaires aisés pour- « raient exercer une charité très utile et qui neleur « serait aucunement onéreuse en prenant ce temps « de calamité pour entreprendre dans leurs biens « tous les travaux d'amélioration, ou même d’em- « bellissement dont ils sont susceptibles. S'ils se « chargent d'occuper ainsi une partie des pauvres « compris dans les Etats, ils diminueraient d’autant « le fardeau dont les bureaux de charité sont char- « gés ». Il faisait d’ailleurs remarquer que ce n’était qu'une avance de fonds, car vraisemblablement le calme une fois revenu, ces améliorations ne tarderaient pas à leur procurer un surcroît très notable de ressources, et à leurs biens une augmentation de valeur. Ur

Malgré ces encouragements Turgot supposait bien que l'initiative privée, livrée à elle-même, abandonnée à son inclination trop souvent égoïste, ne

donnerait pas fout ce qu'on pouvait en attendre; aussi examinait-il, dans l'instruction qu'il envoyait à ses subordonnés, les conditions dans lesquelles devraient être organisés des travaux publics où l’on pourrait employer beaucoup de bras.

Il ne dissimulait pas les difficultés auxquelles donnait lieu l'établissement de pareils ateliers publics, mais grâce à sa connaissance approfondie des choses et des hommes, jointe à des sentiments sincèrement humanitaires, il parvint à établir une organisation plus complète et plus sage que toutes celles qui l'avaient précédée, et que la plupart de celles qui l’ont suivie.

Les ouvriers les plus forts et les plus habiles ne sont jamais ceux qui ont le plus à souffrir du chômage; ilen résulte cette notion,qu’on ne doit jamais perdre de vue dans l’organisation des secours de ce genre : que les chômeurs sont généralement des ouvriers de moindre qualité. C'était donc pour ceux-là qu'il fallait organiser des ateliers et Turgot le sentait fort bien. « Comme le but de cet établissement, « écrivait-il, est de procurer du secours aux per- « sonnes qui ont les plus grands besoins, avec le moins « de moyens pour y subvenir, il est indispensable d’y « admettre toutes celles qui sont en état de travail- « ler, hommes, femmes, vieillards et jusqu'aux « enfants » (1).

Voici la raison par laquelle il légitimait l'emploi de tous les bras oisifs qui se présentaient, quelle que fût leur force ou leur habileté. « Lorsque la chè- « reté élève la denrée au-dessus des facultés du peu-

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