‹ L'Assistance par le travail en FranceChapitre 28 sur 144 · Turgot, Mémoire, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Turgot, Mémoire, loc. cit., p

le curé, mieux placé que tout autre à cette époque pour connaître les gens, leurs mœurs et leurs besoins. Une fois l’admission prononcée on s’efforçait de créer des ateliers de famille, ou le père était responsable de la discipline et de l’exécution du travail. Ce mode d'organisation présentait d'immenses avantages ; il était simple car il évitait l’épineuse difficulté da bon choix des chefs d'équipe ; il était pratique, car la discipline se trouvait organisée du même coup sans mollesse ni sévérité excessives, et assurait une responsabilité complète en cas d'indiscipline ; il était juste enfin, puisqu'il permettait de répartir équitablement la tâche suivant les forces et la capacité de chacun.

Quand pour un motif ou pour un autre la création d’un atelier de famille n’était pas possible, on organisait des brigades de 5 à 10 individus. Le chef de la brigade jouait le rôle de père de famille : c'est à lui qu’on assignait le travail à accomplir et il était chargé d’en assurer l’exécution pendant le cours de la semaine; il devait aussi veiller au m&intien dela discipline parmi ceux qui étaient sous ses ordres. a

Les salaires n'étaient réglés qu’à la fin de chaque semaine, au moment de la réception du travail; mais des acomptes journaliers étaient versés pour permettre à chacun d’acheter ce qui lui était ahsolument nécessaire.

On fournissait la nourriture dont on prélevait le montant sur les salaires à verser à la fin de la semaine.

Les personnes au-dessus de 16 ans avaient seules

droit aux salaires de fin de semaine. Les enfants audessous de cet âge ne recevaient que la nourriture journalière. Turgot nous en donne lui-même les raisons. « Les brigades sont composées d’hom- « mes, femmes et enfants. Or ceux-ci mangent « presque autant qu'une grande personne tout en « fournissant beaucoup moins de travail. Comme « les acomptes ont servi à la nourriture égale pour € tous, pour un travail. inégal, il est juste que le « reliquat à toucher au moment de la réception du « travail ne soit distribué qu'entre les personnes « de plus de 16 ans. D'autant plus que les enfants « au-dessous de cet âge n’ont pas besoin d’autre « chose que de leur nourriture. De nombreuses « charges, au contraire, pèsent sur les personnes « plus âgées » (1). Des gratifications supplémentaires étaient accordées aux chefs de brigades, pour la peine et la responsabilité qu'ils avaient.

Le salaire cependant devait rester constamment au-dessous du cours normal, pour ne pas provoquer la désertion en masse des ateliers privés, ce qui aurait augmenté encore la gravité de la crise qui pesait sur le pays.

Les conditions exceptionnelles dans lesquelles se trouvait la France, à la fin de l’ancien régime, empêchent de se rendre compte, à première vue, de toute la valeur des ateliers de charité créés par Turgot.

Dans une crise aussi grave, 1l n’est pas étonnant qu'une modeste institution d’assistance n'ait pu

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