Tuetey; tbid., v. lettre du 6 décembre
HISTOIRE DE L'ASSISTANCE PAR LE TRAVAIL 3 15 El
enfin par ignorance, le fait continuait de se produire et restait impuni. | | Des plaintes se faisaient pourtant entendre, car les charges du Trésor augmentaient et la misère ne diminuait pas. Au commencement de 1791, notamment, l'agent chargé de recevoir les fonds nécessaires pour les travaux de terrassement, M. Smith est assez mal reçu au Trésor public par M. Dufresne parce qu'il demande 172.000 francs pour le payement des salaires d’une seule semaine. Il écrit pour se disculper une lettre qui mérite d'être retenue (on ne mettait d’ailleurs nullement son honorabilité en jeu). Il commence par déclarer qu'il ne pourra don- | ner de détails circonstanciés parce que toutes les pièces de contrôle qu'on devait lui envoyer ne lui parviennent pas. « Les administrateurs ont sous- « trait à ma révision des feuilles de paye des « ouvriers, el ils ont cessé de me fournir la plus « grande partie des pièces qui justifiaient de l’em- « ploi des fonds que vous me délivrez ; cependant, « Monsieur, voici aux détails près, les motifs de « l’énormité des dépenses dont vous vous étonnez « avec tant de raison.
« L'augmentation successive des ouvriers admis « aux ateliers de secours, sans que l’on exige d’eux « aucune espèce de travail et dont une grande par- « tie ne se présente que le samedi pour recevoir le sa- « laire qu’elle n'a pas mérité ; le nombre effrayant de « cette multitude attirée par la famméantise et son € impunité montant à présent à près de 17.000 in- « dividus, enfin, Monsieur, les dilapidations cau- « sées par les nombreux abus qui affligent depuis
« longtemps cet établissement malgré l’honnèêteté « et la surveillance des officiers municipaux chargés « de cette partie » (1). C'est un homme compétent et impartial qui parle ; il résume clairement en quelques lignes les principales causes de la mauvaise tenue des ateliers, dont les désordres devaient amener la disparition. Son témoignage est d’ailleurs corroboré par bien d’autres, L'abbé Gouttes, par exemple, vient déclarer à la tribune de l’Assemblée Nationale, que si l'intention du législateur est de secourir les malheureux, il n'entend en aucune façon favoriser la fraude et la fainéantise, et il ajoute : «€ Dans plusieurs ateliers composés de plus de 800 hommes, il y en a 200 au plus qui travaillent. Le reste est composé de jardiniers, de maçons, etc., occupés ailleurs la semaine et venant le samedi à l’appel recevoir six livres sur lesquelles ils donnent vingt sous à l'inspecteur »,
La situation était devenue intolérable, les inseriptions augmentaient sans cesse. Leur nombre était de 19.000 en octobre 1790, il passait à 27.000 au commencement de janvier 1791 dans la seule ville de Paris (2). Il fallait avoir recours aux moyens radicaux, il s'agissait ou bien de remanier de fond en comble toute l’organisation et le fonctionnement des ateliers, ou bien de les faire disparaître.