‹ L'Assistance par le travail en FranceChapitre 37 sur 144 · Minute, 2 p. Archives nationales. D vr, 10, no · texte numérisé non relu

Minute, 2 p. Archives nationales. D vr, 10, no

2. M. Gaufrès dit, dans son étude si documentée sur l’assistance par le travail, qu'en décembre 1791, il y avait 31.000 ouvriers à occuper et à payer, coûtant 900.000 mille livres par mois, sans préciser pourtant, si, dans ce nombre, figuraient ceux qui travaillaient en province.

Le premier parti nous eût paru de beaucoup préférable; avec beaucoup de persévérance, d'énergie et d'activité éclairée on aurait pu arriver à faire rendre aux ateliers toute l'utilité qu'ils étaient susceptibles de donner. On considérait les ateliers de secours comme une institution détestable parce qu'ils n'avaient pas réalisé les espérances qu'ils avaient suscitées, sans discerner si la cause de l'échec provenait d’un vice essentiel de l'institution ou de la mauvaise application qui en avait été faite. Nous reviendrons sur cette question pour apprécier les responsabilités qu’il nous suffise de constater que le Comité de mendicité, malgré la sagesse dont il avait maintes fois fait preuve, se laissa entrainer par le préjugé du moment et il proposa de «rompre les ateliers », Pour prendre une décision aussi grave il n'avait pas d’ailleurs jugé prudent d’en assumer seul la responsabilité, et quatre autres Comités s'étaient joints à lui pour délibérer (Comité des finances, d'agriculture, de commerce et des domaines).

La Rochefoucauld-Liancourt fit le rapport et proposa à l’Assemblée un décret qu'elle ratifia et qui prit la date du 16 décembre 1790.

Ce décret ne faisait d’ailleurs que préparer la fermeture définitive des ateliers, en répartissant sa population sur divers points du terriloire, Une somme de 15 millions était allouée pour ouvrir des chantiers de travail dan$ les départements, chacun d’eux recevait pour commencer 80.000 fr. Les travaux devaient être exécutés « sous l'autorité et la surveil-

lance immédiates du directoire des départements, par les districts et les municipalités ».

La circulaire du Ministre de l’intérieur du 26 décembre explique le décret, et rappelle que «le tra- « vail est le seul moyen dont une nation sage et « éclairée puisse secourir l'indigence » ; mais elle se tait naturellement sur un des objets essentiels du décret qui était celui-ci : éloigner et disséminer une populalion qui pouvait être dangereuse pour la sécurité commune et l’ordre établi. Un certain nombre de départements entreprirent des travaux, d’autres distribuèrent les fonds en aumône, d’autres enfin « les partagèrent par district à raison «de la population et les laissèrent subdiviser « ensuite dans la même proportion par la munici- « palité de façon que des sommes au-dessous de six « livres furent distribuées par la municipalité. Un « grand nombre de départements employèrent ces « fonds en réparations des grandes routes, bien « que l'entretien de celles-ei eût une dotation par- « ticulière » (4).

Les ouvriers ne mirent aucun empressement à retourner en province, de telle sorte que le nombre des présences aux ateliers de Paris ne fut guère diminué. Dans ces conditions, on n’osait dissoudre immédiatement les ateliers, et un désordre complet continuait à régner.

Mais l'opinion publique s’élevait de plus en plus vivement contre celte institution, les plaintes se faisaient entendre de toutes parts.

Page 1