La Rochefoucauld-Liancourt,séance du 25 septembre
La Rochefoucauld lui-même déclarait qu’on contractait aux ateliers — quand on ne l’avait pas par avance — l’habitude de la paresse. « Les mauvais gâtent les bons » disait-il, et il ajoutait : « Les ate- «liers même utiles ont le funeste effet d'entretenir «les ouvriers dans la dangereuse opinion que le « gouvernement doit les débarrasser du soin et de « la prévoyance nécessaires pour en chercher ». Ce langage ne ressemblait guère à celui qu'il tenait quelques mois plus tôt, alors qu'il proclamait hautement le droit qu'avait l'individu de sommer la société de lui procurer ce qui lui était nécessaire.
Les Comités de section faisaient eux aussi enten-. dre leurs doléances. °
C’est ainsi que le Comité de la section du Temple « sur la motion d’un des membres, qu’un grand nombre d'ouvriers de divers états préfèrent travailler aux ateliers de charité, au lieu de s'occuper de leur métier, a arrêlé que MM.les Administrateurs des travaux de charité seraient priés de n’admettre aux dits travaux aucun ouvrier de la partie de bâtiment et de renvoyer ceux qui pourraient avoir été admis jusqu'à présent » ; les patrons charpentiers émettaient un vœu analogue à l'égard des ouvriers de leur corporation (1).
Devant le changement d'orientation du Comité de mendicité et de la majeure partie du public, il n’était pas à croire qu’on laissât longtemps subsister ces établissements. Par ailleurs, la réaction étail trop violente, pour qu’elle pût se contenter d’une simple
1. Extrait des délibérations du comité de la section du Temple, 4 mai 1791, Tuetey, loc. cit,
mais profonde modification dans leurorganisation. Il fut done décidé que le 20 mai les ateliers de Paris seraient définitivement fermés. C'était d’ailleurs l’époque la plus favorable, car au printemps les tra- ” vaux des champs et des industries saisonnières reprennent leur activité, tandis que par ailleurs, la période des grands froids étant passée, les souffrances de la misère sont par là même moins douloureuses.
La crise économique de cette époque était si terrible que la reprise du travail au printemps ne put avoir lieu, Personne n’osait entreprendre une œuvre ou engager des affaires dans cette période de désorganisation, d'incurie et de perturbations de toutes sortes. On entrevoyait pour le lendemain de trop graves menaces, pour que l'industrie ou le commerce püssent se lancer dans d'importantes opérations, susceptibles de fournir une somme considérable de trayail aux masses ouvrières, C'était la perspective d'une nouvelle période de chômage : chômage non moins dangereux pour la société tout entière que pour l'ouvrier,
Aux ateliers de secours l'habitude de la paresse avait été prise en même temps que celle de manifestations bruyantes à tout propos. Les ateliers fermés, l’armée de la Révolution se trouvait toute prête.
Les membres du Comité de mendicité espéraient conjurer le danger en « rompant » les ateliers, ils ne faisaient qu'en augmenter l'imminence, [ls pensaient que les ouvriers se reclasseraient dans les industries privées, mais l'activité économique étant partout anéantie, beaucoup de ceux qui désiraient vraiement
travailler, et ils étaient le petit nombre, ne purent trouver des emplois. Quant aux autres ils ne cherchatent qu’à prolonger l'agitation, sans travailler et en.vivant aux dépens de la société ; ils ne faisaient d’ailleurs que pousser à ses extrêmes conséquences le principe que La Rochefoucault-Liancourt proclamait au commencement de la Révolution, quand il
déclarait que le citoyen avait le droit de crier à la | société : « Failes-moi vivre! »
Les réclamations des ouvriers contre la fermeture des ateliers décidée par l’Assemblée ne tardèrent pas à se manifester sous des formes diverses. Des pétitions furent remises à l’Assemblée, les unes de forme suppliante et modeste, d’autres mieux rédigées dans leur forme mais d’un {on comminatoire. La pétition des ouvriers des travaux publics de Paris, dont la rusticité même prouvait qu’elle n'avait pas été transmise par quelque exploiteur de la misère du peuple, ne faisait appel qu'aux bons sentiments de patriotisme pour demander à l’Assemblée la réouverture des ateliers (1).
Pétition des ouvriers des travaux publics du département de Paris à l'Assemblée Nationale à l'effet d'obtenir le retrait du décret qui fixe l'époque de la cessation des ateliers de charité.
« Pour quelque coupable vous ne priverez point le vraycitoyen qu'ils sont d’honnette nécessiteux et qu'ils ne seront pas même confondu avec des gens