CHAPITRE PREMIER
Parmi les causes qui amenèrent la grande commotion politique et sociale que fut la révolution de Février 1848, on peut distinguer deux éléments principaux qui provoquèrent ou occasionnèrent ces évènements.
D'une part il $’était dessiné dans les dernières années du règne de Louis-Philippe, un mouvement d'opinion s’orientant vers une République plus ou moins sociale, à la suite des écrits et des discours de polémistes très éminents, tels que Proud’hon, Louis Blanc, Lamennais, etc. Dans la classe bourgeoise,
4. « Un rapport adressé par M. Delessert, préfet de police, au président du Conseil, en date du 19 janvier 1847, constate que dans l’année 1846 les publications socialistes ont été plus nombreuses que pendant les années précédentes ; que la tendance vers les idées de révolution sociale est plus vive que” jamais, et mérite une attention sérieuse. Il signale parmi les ouvrages dangereux : /es Evangiles avec des notes et réflexions, par Lamennais ; Le systéme des contradictions économiques, de Proud'hon ; L’essai sur la liberté, de Daniel Stern, etc., etc. » Stern, Histoire de la Révolution de 1848, p. LXVIIT, introduction, note.
aussi bien que dans le peuple les idées d’organisalion du travail, de droit au travail, de communisme avaien{ fait des progrès considérables. Mais en même temps que se préparait la guerre au capitalisme s’organisait la lutte contre le libéralisme et l’individualisme. Le libéralisme laissait les ouvriers isolés et sans défense ; la loi Chapelier de juin 1791, leur interdisait de s'entendre sur « leurs prétendus intérêts communs (1) » précisément, à cette époque, pendant laquelle le prolétaire aurait eu plus besoin que jamais d'entente et d'appui pour lutter avantageusement contre les circonstances économiques qui le terrassaient. Quant à l’individualisme, voie ce qu'en disait Louis Blanc, et beaucoup de ses contemporains pensaient comme lui :
« De l’individualisme, disait Louis Blanc, sort la « concurrence, de la concurrence la mobilité des « salaires, leur insuffisance... (et il la peignait en termes émouvants), arrivés à ce point, c’est la dissolution de la famille ». Il montrait encore que la misère devait normalement toujours engendrer une misère plus grande. « La concurrence produit la misère ; c’est un fait prouvé par des chiffres.