‹ L'Assistance par le travail en FranceChapitre 61 sur 144 · Moniteur 27 fév. 1848, p · texte numérisé non relu

Moniteur 27 fév. 1848, p

2. Ibid. 28 fév. Toutefois (in cauda venenum) le Ministre continuait : « Ouvriers de Paris,vous voulez vivre honorablement par le travail, les efforts du gouvernement tendront,

Cet appel aux ouvriers était signé de M. Marie, ministre des travaux publics.

Des esprits méfiants, qu'on aurait qualifiés de pessimistes, auraient pu faire remarquer que dans l’application d’une mesure aussi importante concernant l’organisation du travail, le nom de Louis Blanc ne paraissait pas el que, au contraire, figurait celui d’un des membres du gouvernement qui lui était notoirement hostile. Mais à ce moment on ne s’attarda pas à ces réflexions ; les socialistes, tout à la joie de voir entrer aussi rapidement dans la voie de la réalisation une de leurs revendications les plus chères, ne soupçonnaient pas les dessous politiques de l'affaire. Ils ne connaissaient pas le but tout différent du leur, que se proposaient le ministre des travaux publics et le parti modéré.

Les modérés avaient accepté volontiers la décision transactionnelle prise par Louis Blanc, de se contenter de la présidence de la Commission du Luxembourg. Si on redoutait quelque peu « ce Congrès de salariés », on savait aussi que leur président, s’il enseignait des théories erronées, prêcherait plutôt de bons sentiments d'humanité, et saurait au besoin contenir les plus violents en modérant leur ardeur. D'ailleurs « on ne pouvait moins accorder aux ouvriers, soldats de cette révolution faite au nom du travail, qu'une enquête sincère et libre sur ces questions de travail qui étaient

soyez-en sûr, à vous aider à l’accomplissementdecette volonté » la suite devait prouver le sens que le ministre entendait donner à cette phrase, mais au moment de sa publication elle ne provoqua aucun soupçon.

leur politique et leur vie » (1). Il suffirait seulement de savoir rendre platoniques les vœux qu'ils pourraient émettre, sans provoquer chez eux une {rop grande effervescence. Louis Blanc, à la présidence de cette Commission, ne serait pas dangereux, tandis qu’il eût été impolilique de lévincer catégoriquement et de le persécuter. Les cent ou deux cent mille prolétaires qui marchaient à sa voix, auraient pris fait et cause pour lui, el se seraient révoltés. |

Cetle façon de procéder était très diplomatique, mais d’une réussite incertaine, étant donné l’immense ascendant que Louis Blanc conservait sur la foule. Il était nécessaire pour réussir de discréditer son système, de désillusionner les ouvriers à son égard, de provoquer une certaine agitation contre lui; c'est ce qu'on réussit à faire en créant les ateliers nationaux. Il paraît certain que c’est bien là le rôle que le gouvernement entendait faire jouer à cette institution d'apparence socialiste. Autrement, pourquoi évincer d’une fondation celui qui en aurait été l’inspirateur ? Louis Blanc, pour sa part, n’en doutait pas et montrait combien « les logiciens du laisser faire, ces prôneurs aux abois, trouvaient un avantage immense à nous imputer de pareils désordre (ceux des ateliers). Quelle bonne fortune pour les tenants de la vieille économie politique, s'ils parvenaient à donner le:change à l’opinion, s'ils parvenaient à présenter comme l'application suprême de l’organisation du travail, les ateliers natio-

Page 1