‹ L'Assistance par le travail en FranceChapitre 69 sur 144 · Moniteur 46 mars 1848, p · texte numérisé non relu

Moniteur 46 mars 1848, p

l’aumône, leur disait-il, que de la convertir en rémunération d’un travail utile au pays. Encouragez donc l'établissement d'ateliers de charité, auxquels puissent prendre. part chacun dans la proportion de ses forces physiques... J'attends de vous, à cette occasion, citoyen commissaire, tout le zèle, et toute la sollicitude que réclament les souffrances du malheureux » (1).

Les travaux n'étaient pas en effet entrepris avec autant d’ardeur en province qu’à Paris ;‘1l s’ensuivait un exode déplorable des ouvriers sans travail vers la capitale. Les ateliers, déjà bien insuffisants, pour la population parisienne, ne devaient plus apporter qu’un secours dérisoire à la masse des malheureux venus de tous les coins de la France, dans l’espoir d’y trouver un emploi. Cette insuffisance des ateliers provinciaux contribua pour ane large part à l'échec de ceux de Paris.

Les ouvriers sans travail domiciliés à Paris pouvaient se faire inscrire au bureau central de la rue de Bondy. De là on les envoyait dans les divers ateliers pour y chercher une place. Dirigés successivement de Chaillot à St-Mandé, de la barrière du Maine à Romainville, ils revenaient de là exténués et irrités, sans avoir trouvé d'occupation. Les chantiers avaient plus d'ouvriers qu’ils n’en pouvaient occuper; aussi se renvoyaient-ils les uns aux autres les travailleurs que le bureau central leur expédiait. Dès cinq heures du matin, la rue de Bondy devenait le siège d’un rassemblement tumultueux, et jus-

4; Emile Thomas. Histoire des ateliers nationaux, p. 22.

qu'au soir le bureau et la mairie elle-même voyaient se produire dans leurs cours une émeute permanente » (1).

On ne parvenait pas à ouvrir suffisamment d’ateliers pour y caser tous ceux qui demandaient, qui réclamaient du travail, puisque c'était leur droit.

Dans les premiers mois de mars 1848, on ne pouvait occuper ou plutôt embaucher, car on ne leur donnait pas grand’chose à faire, que quatre à cinq mille ouvriers, alors qu'il v avait dix-sept mille inscrits non pourvus d'occupation. On estimait, il est vrai, à un cinquième le nombre des doubles emplois, mais la situation empira rapidement et bientôt la crise se manifesta dans toute sa gravité.

Un ingénieur, M. Thomas, fut placé à la tête des ateliers.

On espérait trouver en lui un homme aux larges conceptions, doué en même temps d'énergie, de sens pratique, et d’une philantropie éclairée. Le plan de campagne qu'il avait eu l’occasion de développer, soit devant M. Marie, ministre des travaux publics, soit à l'Hôtel de Ville, faisait bien augurer de sa nomination.

M. Thomas voulait, réalisant l’idée saint-simonnienne d'organisation semi-militaire des ouvriers, maintenir la discipline surtout par des moyens d'influence morale, « que la justice et la bienveillance rendraient faciles à acquérir, disait-1l, dans un contact permanent avec eux » (2). D'ailleurs, il ajoutait : « les moyens de compression manquent ;

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