Moniteur du 20 mars
2, Vanlaer, Le chômage de l'ouvrier. Ateliers nationaux, 1848. Correspondant, 10 septembre 92, p. 242.
Garnier-Pagès, Histoire de la Révolution de 1848, Paris 1862, p. 153.
Ibid. p. 151. — 11 convient toutefois de noter que tous les chiffres cités par différents auteurs ne correspondent pas toujours. (Conf. de la Gorce, Histoire de la seconde République, Paris 1887, et Vanlaer, Le chômage de l'ouvrier). M. Breton, qui parle aussi de la question dans son article sur « La Constitution de 1848 » (Annales de l’école des Sciences Politiques), tombe dans l’'exagération inverse quand il écrit : « Le droit au travail, proclamé par le gouvernement provisoire, et l'organisation du travail, tenté par lui, avaient ouvert des ateliers au Champ-de- Mars à 6.000 travailleurs qui furent 30,000 le lendemain, et 100.000 au bout de 15 jours » (c'est-à-dire le 20 mars). Or de tous les documents quenous avons sous les yeux.ilrésulte qu’au 31 mars, le chiffre des inscriptions n’atteignait pas 30.000.
voulait bien les accueillir ; on ne leur donnait que des indications vagues et insuffisantes pour qu'ils prissent le temps de chercher leur chemin. Voici d’autres procédés analogues qu’on utilisait à l’égard des travailleurs pour leur faire perdre du temps : — «Les ouvriers furentemployés,raconte M.de la Gorce, « à arracher sur les boulevards les arbres abattus en «février ; on les envoya dans les pépinières des envi- «rons pour y chercher des plans nouveaux ; on les «expédia dans les forts pour en rapporter les outils « nécessaires (1), on mettait à allonger ces courses «autant de soins qu’on en eût misen d’autres temps « à les abréger. Ajoutez à cela quelques réparations «de chemin de ronde ou de halage, quelques extrac- « tions de cailloux, quelques terrassements. Cest «dans ces objets dérisoires quese dépensait l’activité «de cette armée populaire si témérairement rassem- «blée, si savamment hiérarchisée » (2).
La hiérarchie « si savante » inventée par M. Thomas, servait plutôt à rendre pire le mal qu'à en atténuer la portée. Une de ses inventions, particuhèrement funestes, fut la désignation des chefs d’escouade par l'élection.
Comment, avec ce système, exiger de ces fonetionnaires qu'ils usassent avec sévérité de leur autorité, vis-à-vis de ceux qui venaient de la leur confier ? Bien
1. M. Thomas, qui cite aussi cet exemple, ajoute ce détail vraiment topique : au début, on avait envoyé chercher les pelles et les pioches par charrettes, mais comme on trouvait que cela allait trop vite, dans la suite on n’employa que des hommes à ce transport.
2. De la Gorce, Histoire de la seconde République, Paris, 1887, p. 279. |
loin de commander les hommes de leur escouade, ils les gènaient le moins possible pour rester dans leurs bonnes grâces. — « D’autres, dit un auteur qu’on ne «peut suspecterd’hostilité envers le nouveau régime, « Garnier-Pagès, firent métier de recruter des cama- «rades c’est-à-dire des partisans, d'inscrire des noms « qui figuraientsur plusieurslistes, de simuler même «des personnes qui n’existaient pas » (1). De la sorte, ils étaient sûrs de conserver une influence prépondérante sur leur escouade et de pouvoir en même temps garder pour eux une partie de la paye qu'ils étaient chargés de remettre aux hommes (2). Il en résultait une augmentation injustifiable du nombre des inscriptions el une honteuse dilapidation des deniers publics.
Si Garnier-Pagès critique à juste titre la composition des échelons inférieurs de la hiérarchie, Thomas n’a pas moins raison de se plaindre vivement des collaborateurs qu’on lui donne, qu'on lui impose, pour les postes supérieurs. — « L'administration « des ateliers nationaux disait-il, était devenue une «sorte d’exutoire pour chacun de ces MM. du pou- «voir, par où ils écoulaient soit les protégés de « leurs amis, soit Les solliciteurs et les coureurs de
places, parasites inévitables, courtisans éhontés « et le plus souvent malheureux, victimes hono- « rables de la faim qu’avaient amenée le désordre «et le discrédit du gouvernement ». Et comme, ajoutait-il encore, « il ne fallait alors mécontenter