‹ L'Assistance par le travail en FranceChapitre 76 sur 144 · Garnier-Pagès, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Garnier-Pagès, loc. cit., p

2. Rapport de Falloux à la séance du 29 mai. Moniteur du 20 mai 1848, p. 120.

personne », il se plaignait d’être obligé d’accueillir tous les collaborateurs qu’on lui envoyait journellement, quelle que fût leur valeur, quelle que fût leur origine (1).

Cependant tous ces inconvénients, si graves qu'ils fussent, n’étaient que la conséquence plus ou moins directe d’un seul mal essentiel : l'insuffisance des travaux. Le ministre des travaux publics, M. Marie, réunit à plusieurs reprises les chefs de services des ponts et chaussées, mais il ne put obtenir d'eux que des objections quand il faisait des propositions fermes, ou des réponses dilatoires quand il faisait appel à leur initiative personnelle.

Tous les travaux qu’on exécuta, au début tout au moins, furent entrepris à l’instigation de personnes étrangères au corps des ponts et chaussées. Dans une réunion du 16 mars, où M. Marie avait employé en vain tous les moyens pour tirer les ingénieurs de leur apathie voulue, un des collaborateurs du ministre se leva et déclara que puisque personne du corps technique ne pouvait trouver de travail pour un seul ouvrier, il allait lui-même indiquer quelques entreprises pouvant occuper 2.000 personnes, et en fait la plupart de ces travaux furent exécutés. Voici ceux qu’il proposa :

1° Abaissement des terrains de l’abattoir Montmartre, et leur transport au bas fond du cimetière avoisinant ;

4. C’est ainsi, dit-ilailleurs, qu’un jour le ministre des travaux publics m’envoya d’un seul coup, avec injonction d’examiner leurs réclamations, six cents personnes, artistes dramatiques, peintres, sculpteurs, dessinateurs, ex- HATPRIOTES de maison de banque ou de commerce.

2° Déblais et remblais des rampes d'Iéna et tracé d’une nouvelle rue sur ce terrain ;

3° Abaissement de la pelouse de Chaillot et le transport du déblais sur les terrains bas avoisinants;

4° Chemin de hallage de Neuilly.

Il avait proposé aussi la confection d'un immense

cirque pouvant contenir 20.000 spectateurs, et situé dans les plaines qui avoisinaient la barrière du Trône, mais il n’insista pas sur ce projet qui ne fut pas exécuté.

- Enfin Thomas proposa lui-même de faire en cailloutis les chemins de ronde des fortifications, il pensait pouvoir y appliquer de 6 à 806 hommes de beaucoup d’arrondissements différents, et particulièrement de ceux de la périphérie, qui n'étaient pas les moins malheureux.

Tous ces travaux n'avaient pas une bien grande valeur, mais ils n'étaient pas inutiles et permettaient de faire usage d’une partie de cette immense quantité de forces humaines, aujourd’hui inactives et demain peut-être révoltées.

Dans une réunion du 23 mars, le ministre de l'intérieur demanda l’achèvement du Louvre, et le maire de Paris celui de la rue de Rivoli. |

Ces propositions suscitèrent quelques objections de la part de Marie, Flocon et Garnier-Pagès. Ces objections, intéressantes en elles-mêmes, méritent d’être rapportées, ainsi que les raisons pour lesquelles on ne s’y arrêta pas. Pour les travaux du Louvre, on estimait qu'une République pouvait faire un emploi plus utile de ses fonds que de les consacrer à la construction de palais dont Paris était déjà

abondamment pourvu. Pourtant l’achèvement du Louvre fut convenu, après qu’on eut décidé que la bibliothèque nationale et des expositions industrielles et artistiques y seraient instailées. Le Louvre devait dorénavant porter le nom de « Palais du Peuple » (1).

- En ce qui concerne la continuation de la rue de Rivoli, on fit des objections d’un autre ordre. Si l’utilité de cette grande percée, devant aérer tout un quartier qui en avait grand besoin, n’était pas contestée, quelques membres du gouvernement trouvaient cependant que ces travaux exigeaient des déboursés considérables pour l'acquisition des immeubles à exproprier, avant qu'on püût fournir du travail aux ouvriers démolisseurs.Or, à ce moment, le gouvernement était tellement à court d'argent qu’il avait été obligé de faire suspendre l’achat des maisons qui devaient faire place aux Halles. En outre, la procédure d’expropriation, toujours fort longue, ne permettait pas d'espérer que les travaux pussent être commencés de sitôt. Bien que ces objections fussent sérieuses, on passa outre, et l’expropriation immédiate fut arrêtée. On s’y décida pour deux raisons. D'abord, parce que les fonds nécessaires allaient être fournis par l’aliénation de terrains situés entre la rue Richelieu et la rue Vivienne. Ensuite, et c'était la considération la plus importante, une grande quantité de travail devait

1. La restauration de toutes les sculptures du Louvre fut également décidée quelque temps plus tard (le 25 avril). Beaucoup de sculpteurs se trouvaient en effet sans travail,

être offerte par ce moyen aux ouvriers du bâtiment, qui se trouvaient être en grande majorité dans les ateliers nationaux.

En effet, non seulement l’expropriation des immeubles nécessiterait le transbordement des industries dans de nouveaux locaux qui auraient besoin d’être aménagés; non seulement la démolition des bâtiments fournirait un emploi à de nombreux travailleurs; mais surtout il était évident que quantité d'importantes constructions privées (1) ne manqueraient pas de s'élever dès que la nouvelle rue serait ouverte (2).

Cette évolution dans l’état d'esprit des sphères gouvernementales est à noter et nous aurons l’occasion d’y revenir. Au début de la crise, toutes les préoccupations s'étaient tournées vers la recherche de travaux à entreprendre par l'Etat : bientôt on n’attribua plus à cette question qu’une importance relative et on chercha surtout à procurer du travail à l’industrie privée, seule capable d'occuper un si orand nombre d'ouvriers sans travail. On cherchait à les reclasser dans leur milieu primitif, plutôt qu'à fonder pour eux des ateliers nouveaux.

Il paraît prouvé que beaucoup d'ouvriers refusaient d'accepter du travail dans les ateliers privés et voulaient rester dans les ateliers nationaux, même avec une rémunération bien inférieure. Un

1. On devait donner une prime à toute reconstruction immédiate d’une maison bordant la rue, en l’exemptant d’impôts pendant un certain nombre d’années.

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