‹ L'Assistance par le travail en FranceChapitre 77 sur 144 · V. Garnier-Pagès, loc. cit., p. 159 et suiv · texte numérisé non relu

V. Garnier-Pagès, loc. cit., p. 159 et suiv

représentant, M. Sevaistre, déclarait à la tribune : «1° que le travail ne manque pas dans un grand «nombre d’ateliers, et que, cependant les ateliers « sont déserts ; 2°que beaucoup d'ouvriers ont aban- « donné le travail de l’atelier, qui leur offrait un sa- «laire de 4, Set 6 fr. par Jour, pour se faire inscrire «aux ateliers nationaux où ils ne gagnent que 4 ou «9 fr.; 3°enfin qu'ilexiste à Paris une sorte d’inti- « midation, organisée par quelques meneurs enne- «mis de l’ordre des travailleurs et de la République, «pour empêcher les ouvriers de retourner aux tra- « vaux industriels privés (1) ».

M. de Falloux, soutenant un projet déposé par lui et concernant la réorganisation des ateliers, constate la même situation en citant à l’appui un exemple qui venait de se produire. — « On y est «entré (dans les ateliers nationaux) parce qu’on n’a- « vait pas d'ouvrage, on refuse d’en sortir lors même « que l’ouvrage se présente, ou bien on impose des « conditions inacceptables. La presse a retenti récem- «ment d’un fait malheureusement authentique, et «qui se produit {ous les jours sous des formes diffé- «rentes. Une commande considérable était arrivée de « l’une de nos colonies, les ouvriers des ateliers na- «tionaux auxquels on s’adressa pour y satisfaire de- « mandaient une rétribution tellement exorbitante, «que la commande a dû être transportée à l’étran- «ger.Plusieurs de nos provinciaux appellent aussi vai- «nement le secours des bras qui leur manquent ; le

1. Moniteur du 31 mai, p. 1214, du 15 septembre 1848, p. 2458 ; Conf. Vanlaer, Loc. cit.; Thomas, Loc. cit., p. 127 et suiv. ; rapport de M. Marie.

« même refus est opposé à leurs instances (1) ».

Ün autre orateur proteste, il est vrai, contre ces allégations, déclarant que les exemples qu’on donne ne sont que des exceptions. Un autre représentant vient le contredire en montrant qu’ils sont, au contraire, très nombreux.

Quel que fût le nombre des cas de ce genre, il n’en demeure pas moins vrai que les ouvriers qui agissaient de cette façon poursuivaient un but. Quel était-1l ? Etait-ce uniquement la paresse qui les poussait à agir ainsi? Le peu de travail que l’on donnait à faire aux ouvriers dans les ateliers nationaux suffirait à le laisser supposer.

La population, en voyant passer les brigades, les raillait en disant : « Ah! voici de braves gens qui vont jouer au bouchon ! » (2).

S'il existe dans la population miséreuse un nombre relativement considérable d’individus qui ne veulent accepter aucune besogne régulière, aucun travail sérieux, ce sont, à vrai dire, des cas exceplionnels, des cas pathologiques provenant d’un affaiblissement de caractère, plutôt que d’une volonté positivement arrêtée. [Il nous semble que, dans la plupart des cas de refus de travail que nous citent les orateurs ou les auteurs du temps, une intention précise, un plan concerté semblent généralement avoir inspiré cette manière de faire. Ce

Page 1