‹ L'Assistance par le travail en FranceChapitre 78 sur 144 · Moniteur du 30 mai 1848, p · texte numérisé non relu

Moniteur du 30 mai 1848, p

2. Garnier-Pagès, loc cit., p. 156. Nous aurons l'occasion d’apercevoir d’une façon plus manifeste encore les résultats de cette paresse, quand nous examinerons les résultats finan-

ciers.

sont les serruriers, les chapeliers (aussi bien que les ouvriers visés dans le cas cité par M. de Falloux), qui demandent une augmentation de salaire; ce sont les ouvriers du papier peint qui demandent à transformer le contrat de travail en un contrat d'association. Ils veulent travailler dans des conditions nouvelles, mais dire qu'ils ne veulent travailler à aucun prix nous semble une évidente inexactitude. Nous sommes donc en présence d’une véritable grève, les ateliers nationaux servant à fournir des secours aux grévistes.

La grande difficulté contre laquelle avait à lutter le commissaire délégué aux ateliers nationaux était toujours l'insuffisance du travail à donner aux ouvriers. Malgré ses abjurations pressantes, les ingénieurs du corps des ponts et chaussées ne se pressaient pas de faire sortir de leurs cartons, les projets de travaux qui auraient été si utiles à tous les points de vue. M. Thomas eut recours à une innovation assez heureuse, qui permit d'utiliser les talents d’un certain nombre d'ouvriers. Il créa des ateliers professionnels, notamment pour les cordonniers et les tailleurs qui fabriquaient des souliers et des vêtements destinés à être fournis aux ateliers au prix de revient. Il contraignit tous ceux qui, faisant partie des ateliers de terrassements, appartenaient à l’une de ces deux professions, de venir travailler à l'atelier de leur métier, sous peine de se voir rayer des contrôles. On n'arrivait pas, en effet, à fabriquer des vêtements et des souliers en assez grande quantité pour satisfaire aux demandes qui affluaient, Il eut peut-être été sage de tenir compte de la

concurrence désastreuse que ces travaux faisaient à l’industrie privée, déjà si gravement atteinte. Quoiqu'il en soit, on travaillait avec une grande activité à ces ateliers : c'était déjà un résultat appréciable. On arriva à appliquer le salaire à la tâche, et peutêtre les ateliers nationaux auraiént-ils eu un tout autre avenir, si de pareilles tentatives avaient été rapidement généralisées.

Peu de temps avant la dissolution complète des ateliers, quelques jours avant les émeutes de Juin, le travail à la tâche fut décrété dans tous les ateliers : on n'eut pas letemps de le voir fonctionner régulièrement (1), car les journées sanglantes empêchèrent sa mise à exécution. Cette mesure devait d’ailleurs conduire à une certaine injustice pour des ateliers où travaillaient indistinctement les ouvriers de toutes les professions : il eût élé immoral de récompenser ceux qui avaient une capacité technique correspondant aux travaux à exécuter et, par là même, pouvaient arriver à donner un bon travail sans effort sérieux, — et de priver d’une partie de leur salaire ceux qui se seraient donné beaucoup plus de mai pour un moins bon résultat, faute d'apprentissage en ce genre d'occupation. Comme la plupart du temps on donnait des travaux de terrassement, un manœuvre, même paresseux, serait arrivé à gagner beaucoup plus qu’un employé de commerce ou un typographe actif et zélé.

Les conditions étaient toutes différentes pour les ateliers professionnels où M. Thomas avait fait

Page 1