‹ L'Assistance par le travail en FranceChapitre 80 sur 144 · Thomas, loc: cit · texte numérisé non relu

Thomas, loc: cit

volonté n’est pas niable, il n’en est pas moins évident qu'il commit de nombreuses fautes qu'il aurait pu et dû éviter. Les reproches qu’on lui a adressés ont été souvent éxagérés par l’animosité des partis ou les rivalités personnelles, mais son administration n’a que trop prêté à de pareilles attaques.

Tout d’abord on ne peut rendre Emile Thomas responsable du manque de travail qui fut la source de tant de désordres. Il n’a jamais cessé de protester contre l’impéritie et le mauvais vouloir du corps des ponts et chaussées, qui seul pouvait lui donner des travaux suffisamment importants pour occuper tout le monde, et qui, soit par esprit de rivalité de corps, soit par regret d'un régime déchu, ne donna pas signe de vie pendant tout le temps que M. Thomas resta à la tête des ateliers. Peut-être mème ne furent-ils pas complètement étrangers à son remplacement par un de leurs collègues.

Emile Thomas fit de son mieux pour organiser dans Paris autant de travail qu'il en put trouver; mais il ne cessait de protester contre le trop grand uombre d'ouvriers qu'on lui envoyait (il était hostile au droit du travail), et contre le peu d'ouvrage qu’on lui procurait.

Le point sur lequel on peut lui adresser les repro-

4. La commission qui fut chargée de faire une enquête sur les ateliers nationaux, peu de temps avant la disgrâce de M. Thomas, était composée de sept membres dont trois appartenaient au corps des ponts et chaussées ; l’un était président, M. Mary, et un autre rapporteur, M. Lalanne, qui devait être le successeur d'Emile Thomas. On aperçoit dans tout le rapport une hostilité préconçue contre le directeur.

ches les plus justifiés, c’est l’organisation intérieure des ateliers et particulièrement le paiement des salaires.

Evidemment l'ordre et la discipline étaient difficiles à maintenir au milieu d’une foule composée d'individus de toutes natures et de toutes provenances, sur lesquels on avait des renseignements peu nombreux et souvent inexacts. Le premier devoir du directeur n’en était pas moins clairement indiqué : il ne devait accepter dans les ateliers que les individus ayant strictement, d’après les lois et règlements en vigueur, le droit d'y entrer ; il devait, en outre, faire une revue exacte du nombre des travailleurs inscrits aux ateliers, en indiquant la profession à laquelle ils appartenaient. Bien que l'administralion centrale de la rue de Monceau ne comptât pas moins de 250 employés, que les ateliers fussent savamment hiérarchisés, en théorie du moins sinou en fait, on ne put jamais obtenir ces renseignements essentiels. On recevait aveuglément aux ateliers tous ceux qui se présentaient avec un certificat de leur mairie, sans chercher à savoir s’il n°y avait pas de double emploi. Les nouveaux arrivants formaient des brigades qui augmentaient tous les jours el qu’on payait presque sans vérification. De nombreux exemples de fraude prouvèrent combien la surveillance faisait défaut: |

« Les signatures apposées sur les feuilles d’émar- « gement sont suspectes, disait un rapport officiel. « On trouve des signatures dissemblables pour un « même nom. Il est notoire que des signatures « Sobtenaient pour 25 centimes. Et ces détourne-

« ments étaient fréquents, car on estime à un cin- «€ quième ou à un sixième le nombre des signatures « qui paraissent fausses » (1).

Un autre rapport, fait par des membres de la Cour des comptes, délégués spécialement à l’examen de la comptabilité des ateliers (2), reconnaissait les mêmes faits et les précisait encore davantage, en déclarant que les preuves des fraudes existaient « soit dans les signatures visiblement contrefaites, soit dans les émargements donnés par les individus dont l’absence est constatée par la correspondance administrative. Tantôt ce sont des feuilles où la même main a évidemment émargé pour un grand nombre de titulaires ; tantôt ce sont d’autres feuilles où la signature du même individu est tout à fait différente du jour au lendemain. Tantôt, enfin, ce sont des brigades où pendant quinze jours, pendant un mois, aucune absence n’est mentionnée sur les états : ce qui est certainement une présomption grave de fraudes ».

La comptabilité se faisait, au début surtout, de la facon la plus primitive, on se bornait à inscrire chaque jour la recette et la dépense sur un simple carnet. Mais, dès le 25 mars, E. Thomas obtint, sur sa demande, qu’un inspecteur des finances fût attaché aux ateliers pour y organiser Je service financier. À partir de ce jour, la comptabilité fut

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