‹ L'Assistance par le travail en FranceChapitre 90 sur 144 · Rapport, t. I, p · texte numérisé non relu

Rapport, t. I, p

sion propre, sans point de ralliement moral était une proie toute trouvée pour les « sectaires » du Luxembourg ou les «violents » des clubs qui cherchaient à recruter de nouveaux adhérents.

Comme les ouvriers des ateliers nationaux étaient généralement des gens tranquilles et pacifiques, ils se laissèrent enrôler pour la plupart sous la bannière de Louis Blanc qui correspondait mieux à leur caractère et à leur goût pour la tranquilité. Tout en continuant à fréquenter les ateliers, ils n’en firent pas moins cause commune avec la commission du Luxembourg.

L'inspiration de Louis Blanc semble bien être en effet l’ « influence cachée » que signalait M. Trélat. Ce refus de partir pour la province ressemblait fort aux procédés de guerre économique, de lutte par la force d'inertie, de grève générale pour lesquelles Louis Blanc avait une préférence marquée. Pas de refus direct d’obéissance, pas de révolte; celui qui devait partir pour la province se contentait de ne pas aller à la gare: c'était le commencement de « la guerre des bras croisés ».

Un autre fait plus caractéristique encore montre bien cette entente. Les délégués du Luxembourg se joignirent à ceux des ateliers nationaux pour déconseiller dans une proclamation au peuple d'assister « à des manifestations qui n’ont de populaire que le titre » (1) ; l'appel fut entendu par un grand nombre

4. Conf. Daniel Stern, loc. cit., p. 130 et Henri Martin, Histoire de la France depuis la Révolution, t. V, p.388. M. de la Gorce reconnaît, lui aussi, que cette fusion eut lieu, mais il pense que ce fut dans une commune pensée de désordre, t. I,

d'ouvriers des atéliers car la plupart ne participèrent pas aux journées de juin : un vingtième seulement manquèrent le 23 juin.

Tous les ouvriers ne s’enrôlèrent pas cependant sous la bannière de Louis Blanc; bon nombre d’entre eux allèrent augmenter la clientèle des clubs les plus turbulents, et ce furent ceux-là qui prirent une part prépondérante aux sanglantes Journées. Ils cherchaient à faire une active propagande parmi leurs camarades des ateliers, par un appel à toutes les convoitises et à toutes les vengeances, mais le nombre de leurs adhérents demeura toujours assez restreint, et leur influence très circonserite (1).

M. Lalanne ne réussissait vraiment pas dans ses entreprises : même ce qu’il faisait de mieux tournait contre lui. C’est ainsi que les améliorations réelles qu’il apporta dans le service de la comptabilité et de la paye fûrent pour lui un nouveau sujet d’impopularité auprès des plus turbulents de ses ouvriers; et comme ces mauvais sujets restaient dans les ateliers sans qu’on osât les renvoyer, ils en profitaient pour ameuter l’opinion contre le directeur et le gouvernement. Ils cherchaient à susciter des désordres par tous les moyens en leur pouvoir.

p. 316. Nous ne partageons pas sa façon de voir. L. Blanc et ses adhérents cherchaient à ce moment bien plus le désordre économique que le désordre matériel. Ce furent les clubs qui organisèrent les émeutes de la rue.

1. V. de la Gorce, tbid., t. I, p. 316. Cour d'assises de la Seine, affaire Jourdan. Voir également au sujet de l'attitude

des clubs le rapport Bauchart et les rapports de police, t. IT, p. 178.

Les sages mesures de M. Lalanne ne servirent qu'à rendre plus intense la sourde agitation qui existait déjà, sans procurer de bien sérieuses économies au gouvernement de la République.

L'amélioration morale et matérielle des ateliers, résultats que M. Trélat et M. Lalanne se flattaient d’avoir obtenus étaient donc bien loin d’être atteints. La situation n’avait fait qu'empirer sous leur direction.

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