Moniteur, 19 mai 1848, p
est par conséquent favorable au principe du rachat et expose toutes les raisons théoriques et pratiques, permanentes et momentanées qui militent en sa faveur. Il examine en même temps les voies et moyens pour arriver au but qu’il se propose.
= Le second document est « le rapport fait par le citoyen Bineau, au comité des finances, sur le projet de décret relatifà la prise de possession des chemins de fer par l'Etat » (1). Il conclut au rejet des propositions de M. Duclerc en réfutant les arguments sur lesquels il s’est basé.
Les deux partis opposés fondent leurs opinions sur des considérations si nombreuses, d’une portée si étendue qu’il nous est impossible d'entrer dans une discussion qui nous entrainerait bien loin de notre sujet. Le seul point sur lequel notre attention doit se porter est celui de savoir si le rachat des chemins de fer par l'Etat pouvait être une mesure propre à faciliter la solution de la question des ateliers nationaux. M. Duclerc s’est appuyé sur cel argument que M. Bineau a cherché à réfuter.
Le projet de loi comportant la dissolution des ateliers devait aussi, pour éviter la trop grande misère des ouvriers et enlever toute raison à l’émeute, décider la mise en application d’un moyen qui pût donner « l'élan à la circulation et à la consommation, qui fût une richesse pour le pays, une ressource pour le budget, une force pour l'État, un secours pour l'industrie, une facilité pour le commerce, un moyen pour l’agriculture,
4, Ibid., 9 juin, p. 1315.
un progrès pour tous (1) ». Ce moyen si merveilleux, au dire de ses protagonistes et du gouvernement en particulier, devait être le rachat des chemins de fer, Il était seul capable de fournir au grand nombre des ouvriers qui allaient subitement se trouver, sinon sans travail, car ils n’en n'avaient jamais eu depuis février, mais sans ressources, une occupation immédiate en rapport avec la capacité du plus grand nombre, productive pour la nation et saine pour le travailleur. Voici d’ailleurs ce que déclarait le ministre après avoir reçu l’approbation de la commission exécutive qui l'avait chargé de déposer son rapport dans le plus bref délai : « Un mot sublime est sorti du peuple : « Nous avons trois « mois de misère au service de ia République ». Si vous rachetez les chemins de fer et si, dans ce cas, vous adoptez les moyens d'exécution que J'aurai l'honneur de vous proposer, nous serons d'ici peu de jours en mesure de ranimer le travail dans les usines et sur un grand nombre de points du territoire (2) ».
En donnantune plus grande activité aux chantiers de construction des voies, en multipliant leur nombre, on arriverait à provoquer une grande demande de main-d'œuvre, surtout chez les terrassiers, hommes de journées et ouvriers du bâtiment ; or, ils étaient de beaucoup les plus nombreux dans les ateliers (3). Les terrassements, les travaux d’art, la
1. Garnier-Pagès, Moniteur du 19 mars 1848, p. 162, 2. Exposé des motifs du projet de loi, Histoire de la Révolution de 1848.