‹ L'Assistance Publique à Carcassonne: Avant la construction de l'Hôtel-Dieu, 1269-1723Chapitre 14 sur 24 · Lallemand, Hist. de la charité, t. NL, p · texte numérisé non relu

Lallemand, Hist. de la charité, t. NL, p

ee pe endroits que la dixième partie des habitants. Voici d'autre part ce qu’en dit la traduction de la petite chronique manuscrite de France ou de Saint-Denis. « ltem en celuy an, fu une mortalité de gens en Provence et en Languedoc venue des parties de Lombardie et d'Oultremer.,si très grant qu'iln'y demoura pas la sixième partie du peuple et dura en ces parties de la Langue d'Oc qui sont au royaume de France par huit mois et plus ». à

Ce fut peut-être la plus terrible épidémie qu’eut a supporter la province. Le fléau se découvrit à Carcassonne au commencement du carême de l’année 1347 et dura jusqu’à la Pentecôte.

La ville qui avait déjà souffert l’année précédente d’une forte inondation de l’Aude et qui avait épuisé ses ressources pour payer de nombreux subsides afin de concourir à la défense contre les Anglais, dut s'imposer de dures privations. Elle paya un large tribut à cette terrible maladie qui laissa après elle bien des deuils et des misères. Les Cordeliers qui étaient assez nombreux à cette époque, moururent tous, et dans un petit village voisin de Carcassonne, Montolieu, le cimetière n’était pas assez grand pour contenir -tous les cadavres. La population effrayée, sachant qu'aucun remède n’avait d'efficacité, s'enfuyait au loin, et d’ailleurs à cette époque nous savons que les médecins eux-mêmes,se laissaient quelquefois entrainer et abandonnaïient leurs malades. Claudiac qui « afin d'éviter l'infamie n’ose s’absenter » le déclare en ces termes: « La peste fut inutile ‘et hon-

teuse pour les médecins, d'autont qu'ils n'osaient visiter les malades de peur d'être infectés ; et quand ils les visitoient n'y faisoient gueres et ne gagnaient rien ; car tous les malades mouroient ». Ieureusement des dévouements surgirent : l'évêque de Carcassonne Gaucelin Degean, distribua tous ses revenus pour le soulagement des pauvres et les communautés religieuses se dévouèrent au soin des malades que tout le monde abanäonnait. Parmi eux, les pères

Jacobins se signalèrent principalement. Ils allaient

tous les jours en procession assister les mourants et ensevelir les morts. Ils n’échapèrent pas à la conta-

gion ; ils furent attaqués à leur tour et 4o d’entr'eux

en moururent.

On ne savait à quoi attribuer cette terrible maladie. Certains disaient que Dieu punissait le luxe des vêtements, la rapacité et la cruauté des gens de guerre ; d’autres accusaient les juifs ces malheureux boucs émissaires de toutes les calamités publiques, d’avoir renouvelé les crimes dont on les avait accusés quelques années auparavant et d’avoir empoisonné les fontaines. Tous s'entendaient pour exercer sur eux de terribles vengeances car s'ils n'étaient pas coupables, c'était toujours œuvre méritoire de les massacrer, pour racheter les péchés.

Des mendiants furent arrêtés dans la région, on les disait porteurs de poudres suspectes pour empoisonner l’eau et ils avaient été payés par les Anglais. On

les condamna à mort et on les fit périr au milieu des supplices les plus affreux. Cinq furent exécutés à

AN © Carcassonne, quatre à Narbonne et deux à Lagrasse. Ils furent tenaillés, écartelés et enfin brûlés.

Cependant quelques hommes de science, prétendaient que la maladie était due à la conjonction de deux planèles : c'étais l'avis dé la « Faculté de médecine de Paris qui, consultée l’année suivante par le roi, répondit que l’origine éloignée et première de la cruelle épidémie était due aux constellations célestes. Dicamus igitus quod r'emota causa et primeria istius! pestilentiæ fuit et est aliqua constellatio celestis. Aristote ne l’enseigné-t-il pas dans son livre sur les éléments où il dit que la mortalité, les dépopulations du pays proviennent de la conjonction de deux astres Saturne et Jupiter (1) ». Se basant sur ces idées, un poète de Montpellier, Simon de Covin, composa un poème dans lequelil attribue la maladie à l'influence néfaste du Soleil et de Saturne.

Que fit-on pour combattre l'épidémie ? Tout le monde savait que la maladie était contagieuse et que lorsqu'une personne était atteinte dans une maison toutes les autres tombaient malades en quelques jours, aussi les immeubles infectés étaient signalés: et soigneusement évités. :

Les remèdes conseillés étaient de peu d'importance, les médecins recommandaient l'isolement des malades, l'usage d’une eau irréprochable, purifiée avec des aromates, l’air pur, les viandes légères, le bon vin, l’exemption de fatigues et de soucis. Ces

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