TEMPOREL
Les malades sont reçus dans l'hôpital les lundy, mercredy et vendredy, jours où on renvoyé les malades guéris. Lorsque les circonstances l'exigent, on peut les recevoir et renvoyer tous les jours.
On ne leur laisse des hardes qu'ils aportent que celles de dessous, et jamais leurs chemises, chaussures et honnets que la maison fourny. ainsy (jue la robbe de l'hôpital que personne n'est dispensé de mettre.
Les hardes de dessus, linges, souliers, bonnet ou chapeau, sont envclopés sous un numéro qui est répété et au bras du malade, par un parchemin roulé qui y est attaché, et sur le registre d'entrée. Le tout est remis à la caze de ce numéro au garde-robbe, où il y a autant de cazes que de lits. Si le malade sort, on luv rend ce qu'il a aporté: s'il
HOPITAL DE LA CHARITÉ. ^ill
meurt, le tout apartient à l'hôj)ital. Dans ce tout, on n'entend que ce qui sert à vêtir; quelque argent, bijoux, des billets, des effets seroient rendus, ainsy qu'une somme considérable.
Le lit de chaque malade est composé du bois, d'une paillasse, d'un matelas, qui est rebattu très souvent, de a couvertures, de U paires de draps, d'un traversin, d'un oreiller, d'une housse de drap verd pour l'hiver, d'une pour l'été en bazin, plus d'un bassin à cracher, d'une tasse, d'une cuillère, d'une écuelle, d'un petit plat, le tout en étain. Il y a aussi des biberons pour alimenter les plus malades, des bassins aussi d'étain entourés de bourlets, des urinaux de fer-blanc et d'étain pour ceux qui ne peuvent se lever et des chaises de commodités à raison d'une pour deux lits.
Les malades sont dirigés par deux médecins de la Faculté de Paris, ils servent par semestre. L'un d'eux vient tous les jours à 6 heures du matin. Deux religieux, l'un apothicaire, l'autre infirmier, écrivent ce qu'il ordonne , et c'est sur cette ordonnance qu'on les conduit, sauf les événemens qui peuvent arriver dans les 2a heures et auxquels l'infirmier, qui est toujours un homme de santé, pourvoit. Les blessés, que le médecin voit aussi, ont deux religieux chirurgiens, un major, un substitut, un gagnant maîtrise séculiers. Tous ces olliciers sont à la nomination du prieur; on en excepte le gagnant maîtrise qui doit son état à sa capacité, jugé par le collège de S-Cosme. Les pansements, les opérations se font entre huit et neuf heures du matin ; il y a plusieurs élèves, tant en rehgieux qu'en séculiers, qui pansent sous les ordres des chefs.
Les malades déjeunent avec un potage ou un bouillon selon leur état à 6 heures du matin. Ensuite on fait leurs lits en entier, il y a des lits de camp pour ceux qui ne peuvent se lever, ny rester sur les chaises. A 9 heures, ils dînent avec potage, bouillon, viande, parmy laquelle il y a de la volaille pour les plus foibles, œufs, panades. On donne du vin à ceux qui en peuvent boire. A l'issue de ce dîner on balie les salles; à 10 heures on donne du bouillon à ceux qui ont pris médecine. A midy et demy les malades goûtent; ce repas es! en bouillon, en panade, en vin, en fruits cuits, en confitures, selon les saisons, le goût, l'état des malades et (pie l'infirmier le juge à [)ropos.
A 5 heures on soupe, et trois fois la semaine, c'est-à-dire le dimanche, lemardy et lejeudy, on donne du rôty à ce repas, on volailles.
/il2 L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.
veau et mouton. Car les autres jours cette viande est bouillie matin et soir; il y a aussi à ce soupe, outre tout ce qu'on ;i dit pour le dîné, des prunaux pour ceux qui doivent prendre médecine le lendemain.
Après que les malades sont servis, le prieur à la suite des grâces, qui a été précédé du benedictté répété à tous les repas, suivant le Bréviaire romain, le prieur leur donne processionnellement l'eau bénite; il est assisté de plusieurs religieux qui avec luv psalmodient l'office de la Vierge. Cet acte de piété est terminé par un salut en l'bonneur de là mère de Dieu; après ([uov, on racommode les lits des malades et vers les huit heures tous se disposent à se coucher.
C'est à cet épocpie, c'est-à-dire à huit heures, que les religieux commencent la garde de nuit; il y a un religieux dans chaque salle. Outre les secours que les malades exigent, ils donnent à ceux (jui sont marqués sur une liste de l'infirmier, entre lo et 1 1 heures, des bouillons.
A minuit, les religieux sont relevés par d'autres religieux qui s'occupent à vuider les chaises.
A k heures, ils sont aussy relevés et les religieux qui leur succèdent s'occupent à tout préparer pour l'hospitalité; les jours de communion, à disposer les malades; après, la communauté se réunit, comme on l'a déjà dit, pour donner le déjeuné et faire les lits. Voilà ce (jui se répète tous les jours dans l'hôpital de la Charité depuis qu'il existe. Il n'y a que les seuls religieux qui fassent l'hospitalité, aucun domestique ne paroît dans les salles.
Les malades (jui peuvent aller ont un grand chauffoir pour l'hiver.
En été une cour agréable, plantée d'arbres, pour se mettre à l'ombre.
On ne reçoit dans l'hôpital ny vénérien, ny gallcux, ny petite véroHe, ny en général aucune maladie contagieuse ny incurable. C'est la condition de la fondation des lits; et lorsqu'un malade est reconnu attaqué de ces maladies, on l'envoyé à l'Hôtel-Dieu.
Les malades, même les eiifans, sont seuls dans les lits.
L'hôpital jouit des privilèges des grands hôpitaux de Paris, ainsy qu'il a été reconnu tout récemment par arrêt du Conseil , qui convertit en argent les privilèges dont ils jouissoient.
Minute, Archives nationales, F'* i86i.
HOPITAL DE LA CHARITÉ. Zil3
MÉMOIRE DES RELIGIEUX DE L\ CHARITE À L'ASSEMRLe'e NATIONALE, TEN- DANT À DÉMONTRER QUE L'HOPITAL NE PEUT SUPPORTER LA CHARGE DE L'IMPÔT SUR TOUS SES BIENS, AVEC DES e'tATS PROUVANT D'ARORD QUE LA RECETTE EST AU-DESSOUS DE LA DEPENSE DEPUIS LA CESSATION DES QUÊTES, ENSUITE QUE LA De'pENSE N'EST SUSCEPTIBLE D'AUCUNE Re'duCTION , ÉTATS ACCOMPAGNES D'UN TABLEAU DES BIENS SUSCEPTIBLES DE L'IMPÔT.