‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 2)Chapitre 16 sur 229 · HOSPITALIÈRES DE SAIINT-THOMAS-DE-VILLE.\ELVE · texte numérisé non relu

HOSPITALIÈRES DE SAIINT-THOMAS-DE-VILLE.\ELVE

La communauté des Hospitalières de Saint-Thomas-de-Villeneuve, établie rue de Sèvres, comprenait 2/1 religieuses, consacrées exclusivement aux soins des malades et à l'instruction de la jeunesse, indépendamment de celles qui faisaient leur noviciat poui- être envoyées dans les hôpitaux; ces sœurs de charité exerçaient l'hospitalité envers les pauvres, en recevaient tous les jours 3o à lio auxquels elles donnaient du pain, de la soupe et de la viande ; elles pansaient tous les blessés qui

^'^ Cf. le tome I" de uotre recueil, 11° 198. ^-' Ibid.,n"' 19^-196.

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se présentaient, leur fournissant les remèdes, compresses et linge nécessaires à leur pansement, et soignaient également les adultes et les enfants atteints de la teigne, auxquels elles délivraient le iinge et les emplâtres (^^.

La maison royale de l'Enfant-Jésus, rue de Sèvres, dont rétablissement en 1718, dii aux soins charitables de M. Languet de Gergy, curé de Saint-Sulpice, fut confirmé par lettres patentes de décembre 1761, avait pour but : i'' de fournir des moyens de subsistance à de pauvres femmes et filles sans condition et sans ouvrage, en leur procurant du travail, et de leur donner en même temps les instructions nécessaires sur la religion et les devoirs de leur état; 2** d'élever un certain nombre de demoiselles d'extraction noble, mais pauvres. Au début de l'année 1 7 9 0 , les femmes et fdles pauvres secourues par la maison de l'Enfant-Jésus, au nombre de 35 ou 36, étaient occupées à filer et recevaient du pain, du bouillon et une petite rétribution en argent; on accordait à quelques-unes la nourriture des domestiques. L'assistance de ces indigentes occasionnait une dépense de 6,000 livres. L'entretien et l'éducation des demoiselles nobles pauvres, gratifiées d'un petit trousseau à leur sortie, coûtait environ 1 5,600 livres; il v en avait 26 entretenues au moven de fondations et 2 pour lesquelles le Roi payait 1,900 livres de pension.

Neuf dames Hospitalières de Saint-Thomas-de-Villeneuve, assistées de huit sœurs converses, avaient la régie intérieure de la maison, le soin des pauvres et s'occupaient de l'éducation des jeunes demoiselles. La domesticité de cette maison, qui constituait une assez forte dépense, coûtait 6,525 livres par an; le service des emprunts contractés à l'effet de remplacer les vaches

^'^ Cf. le tome I" de notre recueil, n" 90^.

Mviii L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

dans les temps d'épizootie et en vue d'autres besoins pressants, absorbait une somme de Zi,2 A3 livres 3 sols /i deniers par année. Pour suffire à toutes ces charges, il n'y avait que 2o,/ioo livres 1 II sols en rentes provenant de fondations et 3,7 3 o livres de pensions et loyers. Quant aux immeubles, indépendamment des deux grands corps de bâtiments dont se composait la maison de la rue de Sèvres, y compris deux vastes jardins, lacommunauté possédait une maison à l'entrée du village d'Issy et l'enclos de Châteaufrileux dans la plaine de Vaugirard avec quelque peu de terres^^l

L'ne œuvre qui se rattache étroitement à l'Assistance publique est celle des Filles-du-Sauveur. Leur maison, sise rue de Vendôme, recueillait un certain nombre de malheureuses que le libertinage ou la nécessité avaient engagées dans une vie désordonnée et qui voulaient se repentir de leurs fautes, delà le nom de Filles-Pénitentes qui leur fut donné; en 1790 elles étaient au nombre de 90. Les administrateurs de la Municipalité parisienne qui visitèrent cet asile, le 19 juin 1790, reconnurent : 1° que la maison des religieuses du Sauveur était tenue avec un ordre, une intelligence, une propreté et une édification dignes d'exciter un vif intérêt; 9" que les fdles pénitentes, après avoir passé un certain temps dans la retraite, oii elles pouvaient réfléchir sur leurs égarements et se former au travail, étaient libres de rentrer dans le monde aussitôt qu'elles le voulaient; 3° que des fdles pénitentes au sortir de cet établissement étaient devenues des mères de famille intéressantes et respectables par leurs vertus; li° que cette maison qui avait pu se suffire à ellemême avec ses faibles revenus et le produit du travail des pénitentes ne pourrait désormais subsister que si l'on augmentait ses ressources par un prélèvement sur les revenus de la maison

'"' Cf. le tome I" de notre recueil, n" -303.

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du Bon-Pasteur ou de celle des Filles-de-Sainte-Valère^^). Effectivement, la situation des Filles-du-Sauveur était des plus criliques, ne possédant que 7,076 livres de revenu fixe, elles le complétaient par le travail des pénitentes produisant 10,000 livres en moyenne; sur ces 17,076 livres, elles devaient consacrer /j,ooo livres par année aux réparations des bâtiments de leur communauté et 2,600 livres aux frais des médecins, chirurgiens et médicaments; il ne restait donc disponible pour l'entretien d'une centaine de personnes que 8,976 livres, soit 96 livres 9 sols par année pour chaque individu, ou 5 sols 3 deniers par jour. Aussi l'alimentation laissait singulièrement à désirer : ko livres de viande par jour devaient sutlire à la nourriture de cent personnes, il ne se buvait jamais de vin que lorsque le cliirurgien l'ordonnait aux malades. Pour comble d'infortune, la maison du Sauveur était obérée de 28,089 '^~ vres 2 sols dues à divers ouvriers et fournisseurs (^).

Dans le cours de l'année 1791, ces religieuses se trouvèrent dans la plus profonde détresse, ayant vu tarir des sources éventuelles de revenus qui contribuaient à alléger leurs charges ; le i3 mai 1791, elles représentèrent à l'Administration des biens nationaux que la suppression des secours accordés jadis par la Police et l'archevêque de Paris, la cessation des quêtes et des aumônes, la perte du loyer des chaises depuis la fermeture de leur église, la privation de leur maigre revenu, qu'elles n'avaient pu toucher depuis le i'^'' janvier, mettaient un établissement aussi utile à deux doigts de sa perte; elles imploraient des secours dont le besoin était si pressant, disaientelles, que le moindre retard exposerait la vie de près de cent infortunées, dont quelques-unes étaient malades et toutes à la veille de manquer du plus strict nécessaire. M. Jallier de Savault, otlicier municipal, témoin de cette cruelle situation, cer-

"' Cf. le tome I" de notre recueil, '"' Cf. le tome I" de notre recueil,

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tifia qu'il n'(Hait pas d'établissement plus utile, plus économique et mieux tenu que celui des Filles-Pénitentes-dii-Sauveur; l'Administration des biens nationaux, touchée d'une telle misère, accorda, le jour même, un secours provisoire de 1,200 livres pour subvenir aux premiers besoins^'). Le 91 septembre 1791, un commissaire, nommé par la section du Temple à l'elFet de procéder à une enquête sur l'utilité ou l'inutilité de l'établissement des Filles-du-Sauveur, conclut dans son rapport (^^ au maintien de cette maison, qui rendait les plus grands services à la société '^^ et était administrée avec un ordre et une économie exemplaires, les dettes n'ayant été contractées que pour la reconstruction de murs tombant en ruine et pour l'établissement de cloisons dans les dortoirs, oij le rapprocbemont des lits offrait de graves inconvénients pour la moralité publique. Le même commissaire demanda la réouverture de l'église des Filles-du-Sauveur, afin de suppléer à celle de Saint-Françoisd'Assise trop encombrée, et l'aménagement d'un petit bâtiment dans une des ailes de la maison, qui servirait d'écoles publiques pour les enfants du quartier.

HÔPITAL DES QULNZE-VLNGTS.

L'hôpital des Quinze-Vingts était l'une des plus anciennes institutions charitables de la monarchie; on fait remonter sa fondation à saint Louis, qui créa cet hôpital en 1260 pour 3 00 pauvres aveugles; ils occupaient dans le principe un vaste enclos rue Saint-Honoré, vis-à-vis la rue de Richelieu, mais leur habitation était malsaine et incommode, en raison du voi-

^'' Cf. le tome I" de noire recueil, appeler l'attention sur la triste situalion n°' 91 5 et 216. desjeunes tilles se'duites et abandonne'es, '■' Ibid,, n° 917. qui ne savaient que devenir, et obser- "' Le marquis de Villette , dans une vait à ce propos que les maisons de corlettre adresse'e à la Chronique de Paris, rection ou de charité' effrayaient et liunumérodu G janvier 1790, crut devoir miliaient ces infortune'es victimes.

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sinafre d'un cimetière et de l'exiguïté des locaux dans lesquels les aveugles vivaient entassés. Comme elle était située au centre de Paris, dans un des quartiers les plus chers, et qu'elle représentait un prix de location très élevé, le cardinal de Rohan, supérieur des Quinze-Vingts, à titre de grand aumônier de France, proposa, au mois de décembre 1779, de vendre son enclos et d'installer l'hôpital dans un local plus spacieux; cette combinaison fut adoptée, et les Quinze-Vingts furent transférés, en juillet 1780, au faubourg Saint-Antoine, dans l'ancien hôtel des Mousquetaires noirs, où les aveugles se trouvent encore aujourd'hui. L'ahénation de l'enclos des Quinze-Vingts, consentie moyennant une somme de 6 millions, dont 5 devaient être versés au Trésor Royal et un million consacré à l'achat de l'hôtel en question, fut la source de réclamations fastidieuses de la part des acquéreurs, et d'imputations calomnieuses dirigées contre le cardinal de Rohan, que l'on accusa d'avoir dilapidé le produit de cette vente^^^; les unes et les autres furent portées à la tribune de l'Assemblée nationale, qui les renvoya au Comité des rapports; l'un de ses membres, M. Merle, présenta, le 7 avril 1791, un rapport très étendu ('^^ embrassant les objets suivants : 1° une pétition des Quinze-Vingts se plaignant de l'administration de l'hôpital; 2° une réclamation des sieurs Maynier et Laugier, anciens administrateurs, destitués; 3° les revendications des acquéreurs de l'ancien enclos des Quinze-Vingts.

L'association des pauvres aveugles hospitalisés dans la maison des Quinze-Vingts avait conservé jusqu'à la Révolution un caractère ecclésiastique; le nom de //'ère qu'ils portaient, la tenue d'un chapitre, la renonciation forcée à la moitié de la propriété de leurs biens, au préjudice même de leurs enfants légitimes, trahissaient ce caractèi-e. Trois cents frères ou sœurs habitaient

^'' Cf. le tome 11 de notre recueil, **' Cf. le tome II de notre recueil,

n"' 5 et 6. n" 8.

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l'hôpital des Quinze-Vingts dans les conditions les plus confortables, chaque ménage occupait une chambre qui auparavant servait de logement à deux mousquetaires. On distinguait les pensionnaires de cet hôpital en aveugles et en voijants; en vertu des anciens règlements, un frère aveugle ne pouvait épouser qu'une sœur voyante, et réciproquement, parce que sous la monarchie la mendicité des aveugles dans la rue et dans les églises constituait l'un des revenus les plus nets de l'hôpital, et que ces mendiants avaient besoin de guide pour circuler au dehors. Le nombre trop considérable des sœurs voyantes (jusqu'à 88) et leur fainéantise occasionnèrent des abus et des désordres contre lesquels il devint nécessaire de réagir.

Avant 1777, les frères des Quinze -Vingts touchaient, les uns 9/10 livres, les autres io5 livres par an pour toute subvention ; au moment de la Révolution on allouait à chaque frère et sœur aveugles mariés 90 sols par jour, soit ho sols par ménage; aux frères et sœurs aveugles mariés à des voyants non admis à la fraternité, 3o sols par ménage; aux frères ou sœurs non mariés, 20 sols à chacun; chaque enfant au-dessous de lâge de 16 ans recevait 3 sols par jour, et à l'âge de 1 2 ans entrait en apprentissage; les veuves de frères aveugles (au nombre de 26) bénéficiaient, 19 de i5 sols et 6 de 12 sols par jour. Indépendamment des allocations accordées aux frères et sœurs qui logeaient dans l'hôpital, des pensions étaient attribuées à /i83 aveugles externes, dont 8 ecclésiastiques et 2 5 gentilshommes, qui touchaient 3 00 livres chacun; les /i5o autres étaient des pauvres dotés de 200 à 60 livres par tète.

Les aveugles habitant la maison des Quinze-Vingts jouissaient de la plus complète liberté, les portes de l'hôpital s'ouvraient à 5 heures du matin pour ne fermer qu'à 1 0 heures un quart du soir, en hiver, et 1 1 heures un quart en été, et il était loisible de sortir et de rentrer sans même en prévenir l'Administration.

Les conditions requises pour l'admission aux Quinze-Vingts

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étaient la nationalité française, la pauvreté, la profession de la religion catholique et l'âge de 2 1 ans au moins. Dès leur entrée, les frères ou les sœurs juraient en chapitre et en présence des administrateurs, sur la perte de leur âme : 1" d'assister dévotement aux messes et offices et de se confesser au moins six fois par an; 2" de faire l'apport et l'abandon de tous leurs biens, meubles et immeubles. On voit les conséquences absurdes que pouvait entraîner une jurisprudence qui allait jusqu'à prononcer l'exliérédation des enfants. Quatre frères, sous le nom ûe jurés, 2 voyants et 2 aveugles, exerçaient dans l'intérieur de la maison une sorte de juridiction de police, en vue du maintien de l'ordre et de la surveillance des mœurs; ils touchaient 220 livres d'honoraires chacun et se reuouvelaient deux par deux tous les ans. Indépendamment de ces k frères jurés , il y avait encore S frères capilulanls, nommés chaque année, et à la tôte de ce chapitre se trouvait un frère minislre; mais ces frères capitulants, quoique représentant les aveugles de la maison, c'est-à-dire un élément essentiellement populaire, furent systématic[uement écartés des délibérations les plus importantes par les 6 gouverneurs placés à la tête de l'administration, sans compter le directeur général administrateur, qui ne relevaient que du grand aumônier de France, supérieur général de l'Iiôpital; cette mise à l'index justifiait jusqu'à un certain point la méfiance et les plaintes des aveugles, bien que depuis 178A leur sort fût incomparablement meilleur.

L'un des abus les plus criants constatés aux Quinze-Vingts était l'exagération des frais du culte : S prêtres, ayant à leur tête un chefcier, se trouvaient chargés de l'administration spirituelle, et, sans préjudice de leur logement, du bois et du sel qu'ils recevaient, absorbaient, tant pour leurs honoraires que pour les dépenses de l'église, la somme énorme de 21,016 livres, et cela se passait dans une maison de charité. L'administration temporelle coûtait 1 7,026 livres par an, ce qui semblait également excessif. On comptait que chaque aveugle, pour les

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frais du culte ci d'administration, payait A8 livres, c'est-à-dire plus qu'aucun contribuable n'avait à supporter pour sa part des charges de l'Etat.

Originairement, les revenus de l'hôpital des Quinze-Vingts consistaient surtout dans le produit des quêtes faites à son profit clans toutes les églises, quêtes qui, à Paris, étaient affermées par des aveugles et adjugées au plus offrant et dernier enchérisseur. L'aliénation de l'ancien enclos des Quinze-Vingts, qui augmenta dans de notables proportions les ressources de la maison, permit d'améliorer le sort des frères, de leur interdire toutes quêtes et d'allouer des pensions à /i83 aveugles externes. Pour l'année 1791, les revenus de l'hôpital des Quinze- Vingts, constitués par des loyers de maisons, des rentes et des fermages, s'élevèrent à la somme de 306,778 livres, et les charges se montèrent à 991,8/19 livres; nous voyons dans le compte de cet exercice^'), qui se chiffre par un excédent de 13,999 livres, que les frais du culte avaient été ramenés à de justes proportions et n'absorbaient plus que 9,609 livres, tandis que les dépenses d'administration atteignaient 1 7,60/1 livres. Le Comité de mendicité, dans le rapport qu'il présenta en 1791 à l'Assemblée constituante, fit remarquer avec raison que l'hôpital des Quinze-Vingts, eu égard à la proportion des aveugles étrangers à Paris, qui était de 679, pour seulement 179 du Département, appartenait à la nation entière et ne devait pas être compris parmi les établissements hospitaliers de la capitale; il demandait en conséquence la suppression de cette maison et l'allocation de pensions «ux aveugles qui cesseraient d'être hospitalisés, et, en attendant cette solution, réclamait la nomination d'un administrateur et la promulgation de règlements même provisoires, moins surannés, qui remplaceraient avec avantage le régime gotlnqtœ sous lequel vivait depuis des siècles l'hôpital des Quinze-Vingts.

'■' Cf. le tome II de notre recueil, n° 18.

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