LES OEUVRES DE BIENFAISANCE
Rien ne saurait donner une idée des cruelles souffrances que dut endurer la population parisienne à la fin de l'année 1788 et au début de l'année 1789, alors que les rigueurs d'un hiver exceptionnel rendaient plus poignante et plus terrible la misère; l'Hôtel-Dieu regorgeait à ce moment de malheureux perclus de froid et mourant de faim. Dans des circonstances aussi critiques, la charité publique se montra vraiment admirable et s'ingénia dans toutes les classes de la société à trouver le moyen de secourir les pauvres : aumônes, distributions de vivres, de bois, rien ne fut épargné pour obtenir ce résultat. Les quartiers les plus populeux et par conséquent les plus misérables étaient le faubourg Saint-Antoine et le faubourg Saint-Marcel, c'est là aussi que la bienfaisance trouva particulièrement à s'exercer. Le vénérable curé de l'église Sainte-Marguerite, qui comptait au nombre de ses paroissiens les ouvriers du faubourg Saint-Antoine, pour la plupart dans le dénûment le plus complet, fit distribuer journellement aux indigents une soupe économique, composée de pommes de terre réduites en purée, de pain et d'oignons, qu'il recommanda dans une lettre adressée au Journal de Paris; six mois plus tard, l'avocat Sarot envoyait au même journal ^'^ la recette d'une autre soupe populaire, uiélange de pois ou fèves, de choux et de navets, de lard et de pain cuit, dont le prix de revient était de 100 sols pour cent personnes.
''' Journal de Paris, numéro du 9 juillet 1789.
cxxvi L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.
Le clergé parisien et le Bureau de Ville prirent l'iiiitiiitive d'une assemblée de charité (jui se tint à l'Hôtel de Ville le (j janvier, et décidèrent la distribution de 5o,ooo livres d'aumônes réparties entre les paroisses, savoir : de 3 6,000 livres, soit en argent, soit en nature, par les curés, et de 12,000 livres par l'Echevinage; mais en présence des misères sans nombre à soulager, ce n'était en quelque sorte qu'une obole.
Pour se rendre compte des souffrances des travailleurs, il suffira de rappeler que dans ces temps calamiteux le pain de /i livres valait 16 à i5 sols et qu'un ouvrier, ayant femme et trois enfants, en consommait facilement 6 livres par jour, parce que ce pain constituait le plus gros de sa nourriture; soit pour 22 sols environ; que restait-il sur un salaire de 36 sols pour subvenir au loyer, à l'iiabillement et autres dépenses urgentes? Est-il étonnant de voir, sur le simple bruit d'une réduction des salaires, le mécontentement populaire faire explosion et se livrer à tous les excès qui ensanglantèrent le faubourg Saint-Antoine, lors de l'alTaire Réveillon? Bientôt les événements politiques allaient se précipiter et aggraver encore la situation déjà si précaire de la classe ouvrière, frappée à la fois par le chômage et par la cherté croissante des subsistances.
Après la révolution du i4 juillet 1789, au milieu de toutes les préoccupations qui assaillaient les esprits, l'Assemblée des Electeurs n'oublia point cette situation , et son premier soin fut d'instituer un comité ou bureau de secours, chargé de centraliser et de distribuer les sommes versées par la charité publique. Lorsque le procureur Bessin se rendit, le 18 juillet, à l'Assemblée nationale pour la prier de venir en aide aux habitants du faubourg Saint-Antoine depuis cinq jours sans pain, les Electeurs confièrent au comité des subsistances la mission de répartir les 4 0,0 00 livres souscrites par la députation de Paris et avancées par les notaires, et décidèrent en même temps l'ouverture d'une souscription volontaire pour subvenir aux besoins des pauvres. Dès le 22 juillet, le comité des secours fonc-
INTRODUCTION. cxxvii
lioniiait sous la présidence du conseiller Boucher d'Argis; il reçut successivement 12,000 livres du chapitre de Notre- D;iuie (22 juillet), 3, 000 livres de la ville de Lyon (27 juillel), 12,000 livres des receveurs généraux (3i juillet), 600 livres d'un anonyme (2 août), 12,000 livres de la Caisse d'escompte (7 août), i,5oo livres des Comédiens du théâtre de Monsieur et 6,000 livres des fermiers généraux (i5 septembre). Ce lut ce comité qui distribua des secours aux ouvriers du faubourg Saint-Antoine [k août), ainsi qu'aux blessés et aux familles des morts de la Bastille (2, i3, i5 août).
Par un avis inséré au Journal de Paris (11° du 3 août), le comité provisoire des secours remercia les bons patriotes pour leurs actes de bienfaisance et les invita à les continuer, rr Quelles que soient ces ressources, disait-il, elles sont encore insuffisantes dans les circonstances actuelles; c'est en renvoyant promptement les ouvriers à leurs ateliers, qu'ils ont quittés généreusement pour la défense de la liberté, que l'ordre se rétablira dans la capitale. 1) Le comité priait les citoyens qui voudraient secourir les malheureux d'adresser leurs aumônes à M. Camet de la Bonnardière, à l'Hôtel de Ville. Dès le 21 août, la caisse des secours était épuisée et celle de la Ville dut acquitter les mandats délivrés par le comité en question aux nécessiteux. Dans ces conditions, le comité n'avait plus de raison d'être, et, le 1 0 septembre, l'Assemblée des représentants de la Commune en décida la suppression; ce fut le comité de l'administration générale qui hérita de ses attributions et de ses papiers ('^.
Ce n'est pas seulement la bienfaisance officielle qui exerçait son action : la charité individuelle, elle aussi, multipliait ses eflorls pour soulager les maux de la population parisienne. Le 21 juillet 1789, le district des Petits-Pères, touché des besoins si urgents des citoyens des faubourgs Saint-Antoine et
^'^ Cf. Sigismond Lacroix, Actes de la Commune de Paris pendant la Révolution, 1. 1, p. 535, 536, 5/n et 5A2.
cxxviii L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.
Saint-Marcel, envoya 5oo livres au curé de Sainte-Marguerite et 3 00 livres au président du district de Saint-Mai-cel^^^.Le même jour, les recettes de tous les spectacles furent généreusement abandonnées au profit des pauvres qui avaient le plus souftert dans les circonstances présentes, et remises à M. Bailly; les jours suivants, le Théâtre Français, le Théâtre Italien, l'Académie de musique envoyèrent encore au maire de Paris le montant de leurs recettes. Le 21 juillet 1789, Beaumarchais gratifia les habitants pauvres du faubourg Saint-Antoine, spécialement les femmes et les enfants, d'une somme de 12,000 livres; sa lettre fut reproduite dans le Journal de Paris (n° du 28 juillet) par les soins de M. Taillandier, secrétaire du comité du district de Sainte-Marguerite , désireux d'appeler l'attention sur les indigents si nombreux de son quartier, dans un moment oii la misère publique était si grande et où tant d'événements extraordinaires semblaient se réunir pour l'augmenter encore.
Par un mouvement de générosité spontanée, la garde nationale parisienne voulut également contribuer au soulagement de la classe pauvre. Le lundi 21 septembre, M. de Lafayette, l'état-major et les 60 commandants de bataillon s'assemblèrent aux Tuileries, à l'effet d'aviser aux moyens de procurer des secours aux journaliers de la capitale sans travail, et résolurent d'ouvrir une souscription dont le produit permettrait d'assister le plus grand nombre possible de ces malheureux durant les quatre mois de la saison rigoureuse; les commandants respectifs furent chargés de recueillir les fonds dont l'emploi devait être réglé par un comité composé de femmes d'officiers ^-^
La charité publique profitait des moindres circonstances pour accroître les ressources des indigents. C'est ainsi que, le 22 septembre, lors de la bénédiction du drapeau donné au district de Saint-Etionne-du-Mont par le chapitre de Sainte-Geneviève, la
^'' Cf. Journal de Paris, numéro du '"' Cf. Journal de Paris, numéro du
1 1 juillet 1789. 33 septembre 1789.
INTRODUCTION. cxxis
marquise de Lafayette fit une quête en vue de la délivrance des prisonniers détenus pour dettes de mois de nourrice, quête dont le produit fut augmenté par une offrande pécuniaire des demoiselles du distiict, destinée à tenir lieu du pain bénit; en outre le commandant du bataillon fit distribuer six cents pains do l\ livres aux pauvres.
Au mois de vseptembre 17H9, la situalion de Paris était des plus alarmantes; Bailly déclare dans ses Méinoiros qu'à la dale du 5 septembre, en calculant tout ce qui restait dans les magasins, dans les moulins, il n'y avait de subsistance que pour dix à douze jours et que, passé ce laps de temps, si les grains étrangers n'étaient pas arrivés, Paris se trouverait sans pain. La fin tragique du boulanger François, pendu, le 'm octobre, par la populace ameutée qui l'accusait d'avoir caché une certaine quantité de pains, montre assez combien les esprits étaient surexcités et combien il était urgent, pour éviter de grands malheurs, de porter remède aux souffrances de la classe ouvrière, manquant de travail et de pain. Ces sou lira nces, très réelles, étaient encore exaspérées par les fausses rumeurs que l'on propageait dans le populaire; on ne voulait pas admettre de retard dans l'arrivage des farines, on préférait croire que les boulangers ne voulaient pas cuire^'^; bref, suivant une opinion assez généralement accréditée, la disette dont souffrait la capitale n'était que factice, et la pénurie de pain résultait de noires machinations de gens malintentionnés ''l
Par un mémoii-e adressé à l'Assemblée iiationale, le 9 3 novembre 1789, un anonyme, qui s'inspirait de la soupe économique du curé de Sainte-Marguerite, proposait pour l'alimentation des pauvres la création , dans chaque district, d'une rc marmite nationale 11, dont le fonctionnement serait assuré au moyen d'un prélèvement de 8 livres sur les 1 8 livres par jour que rece-
'"' Cf. M. de Ijescure, Correspon- sources mnuuscntcs de r/nsloirc (k Paris (lance secrète , L II, p. 086. pendant la îlcvoklion française , t. 1,
^"* Cf. noire Rcpcrloire ^encrai des n"' 82^7 et 8382,
ntprtiMr.nit: satton ii-k
csxx L'ASSISTA^C^: PUBLIQUE A PARIS.
valent les députés*'^. L'idée étail originale, mais n'avait aucune chance d'être mise en pratique.
La seule œuvre de bienfaisance présentant un caractère sérieux est celle que Bailly prit sous son patronage au mois de décembre 1-789. Un citoyen proposa, dans le Spectateur national, d'ouvrir en faveur des pauvres de la capitale une souscription de 3 livres par mois pendant les trois ou quatre mois d'iiiver et d'en verser le montant entre les mains du cbef de la Municipalité parisienne, dont tout le monde appréciait le zèle et le dévouement, qui, au début même de ses fonctions, avait assumé la tache écrasante de pourvoir à l'alimentation de Paris, qui avait, de son propre aveu, multiplié les soins et les veilles pour assurer au jour le jour la subsistance d'une ville entière. Comme le maire de Paris connaissait mieux que personne les misères atroces qui, surtout dans la mauvaise saison, torturaient la population parisienne et avaient failli })lus d'une fois compromettre la tranquillité publique, il envisagea comme un devoir civique d'accepter la mission délicate qu'on lui ollrait et il s'inscrivit en tête de la liste de souscription pour 1 0 louis par mois pendant chacun des mois de janvier, février et mars. Aux termes d'avis insérés dans le Journal de Paris (n° du k janvier) et dans la Chronique de Paris (n° du 10 janvier), les fonds provenant de cet appel à la bienfaisance devaient servir à organiser de nouveaux travaux de charité, afin de soulager l'indigence sans favoriser la paresse. M. Bailly chargea l'un des secrétaires de la Mairie, M. Dufour, de recevoir les souscriptions qui, à la date du 10 janvier, atteignaient déjà le chiffre de 2,172 livres.
Dans un rapport inséré au Journal de Paris le 26 juin 1790, M. Bailly rendit compte de l'emploi de ces fonds provenant de la charité publique. \ son point de vue, la manière la plus utile de secourir était de donner du travail aux ouvriers que les circonstances avaient réduits à l'inaction. En conséquence,
"' Cf. notre Répertoire, t. I, n° 8981 .
INTRODUCTIUiN. cxxxi
il fit ouvrir dans deux quartiers difl'érents des ateliers de terrassiers, de 60 hommes chacun, mais s'apph'qua surtout à occuper les femmes et, avec le concours dévoué de M. Marchais, auditeur des Com])tes, organisa quatre ateliers de filature, où toutes les femmes pouvaient être admises sur un certificat du district et du curé. La misère étant plus grande dans les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marcel que partout ailleurs, M. Bailly songea tout d abord à faire profiter de ces nouveaux établissements \sf population de ces quartiers. Comme l'apprêt et la filature du coton, avec la fabrication des toiles écrues, constituaient la principale industrie du faubourg Saint-Marcel, il fit installer dans la maison des chanoines de Sainte-Geneviève l'une de ces manufactures, affectée à la fabrication des toiles de coton et de la bonneterie; il établit un autre atelier pour la filature et le cardage du coton dans la maison des chanoinesses de Picpus, au faubourg Saint-Antoine; un établissement analogue, destiné aux ouvriers des faubourgs du Roule et de Saint-Honoré, fut créé à Chaillot; enfin les ouvriers des faubourgs Saint-Laurent et Saint-Lazare trouvèrent du travail dans l'atelier vacant du sieur Liénard, fabricant de toile de coton au faubourg Saint-Denis. A la date du 96 juin, M. Bailly avait reçu 56,722 livres i3 sols, savoir : 5,2 93 livres de souscriptions particulières, 30,671 livres des membres de l'Assemblée nationale, et 20,828 livres 11 sols, produit de représentations données au profit des pauvres par différents théâtres de Paris. La dépense s'était élevée à 00, 655 livres i5 sols; les ateliers de terrassiers avaient absorbé 11.000 livres; les achats de coton et de mécaniques, ainsi que les journées d'ouvriers payées par M. Marchais, représentaient 13,900 livres; la façon des bas, 2,807 li^'i'ss; le surplus comprenait des allocations à divers ateliers et des secours individuels. Il v avait à ce moment un reliquat de 26,066 livres 18 sols, mais ce boni n'était qu'un leurre, car, le 10 décembre 1790, lorsque M. Dufour, chargé par M. Bailly de centraliser le^s fonds de la souscription pu-
cxxxii L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.
blique et d'en surveiller l'emploi, lui présenta son compte^'^ il se trouvait à découvert de plus de 9,000 livres; la recette s'était montée à 751,837 livres 8 sols et la dépense avait atteint le chiffre de 7^,81 4 livres, indépendamment de 17/1 livres payées depuis la clôture du compte aux pauvres des paroisses de Saint-Paul et de Saint-Benoît.
Par une lettre très pressante, adressée, le i3 janvier 1 790, au président de l'Assemblée nationale ^~\ M. Bailly priait les représentants de la nation de seconder ses vues bienfaisantes. «La misère, disait-il, est extrême à Paris, le travail manque et une infinité d'honnêtes ouvriers sont réduits au désespoir, n Cet appela la charité fut entendu, l'Assemblée décida, le 91 janvier, la nomination de quatre commissaires à l'effet de recevoir les sommes qui seraient offertes par les députés et de les remettre à la Municipalité parisienne, chargée d'en réglei* l'emploi et la distribution (^l Aussi l'on peut dire que l'Assemblée nationale contribua pour une large part au succès de cette souscription, puisque à elle seule elle versa plus de 3 0,0 00 livres. Par contre, Louis XVI et la reine ne prirent aucune part à cette manifestation de bienfaisance; ils témoignèrent cependant leur intérêt à la population indigente dans plusieurs occasions, au début d'octobre 1789, en consacrant 200,000 livres de leur cassette au retrait des vêtements et linge de corps engagés au Mont-de-Piété et, à la fin de mars 1790, en donnant 6,000 livres pour les pauvres du faubourg Saint-Antoine à l'occasion de leur visite à la manufacture des glaces ^'').
Les grandes compagnies financières tinrent aussi à honneur de contribuer au soulagement de la misère publique; l'assemblée générale des actionnaires de là Caisse d'escompte, tenue le 16 janvier 1790, vota un secours de 60,000 livres en faveur
''^ Cf. le tome I" de notre recueil, ^'' Cf. le tome 1" de notre recueil,
'^' Cf. le. tome II de notre recueil. '*' Cf. la Chronique de Paris, nu-
n" fm. mi'rn du .1o mars 1790.
INTRODUCTION. cxixm
des pauvres de la capitale <') et envoya, le -jB janvier, luie dépulation qui, par l'organe de M. Le Couteulx de Ganteleu, pria l'Asseniblée des représentants de la Commune de vouloiibien répartir cette somme entre les dilïérents districts; dans la séance du 9 février, M. Bailly recommanda tout particulièrement à la sollicitude des l'eprésentants de la Commune les j)auvres des districts de Sainte-Marguerite et de Popincourt; le 20 février, les commissaires chargés par l'Assemblée du travail de répartition présentèrent leur lapport et, quoique chaque indigent n'eût qu'un bien faible secours à espérer, l'Assemblée ne voulut pas entrer dans la discussion que ce travail pouvait entraîner, estimant qu'un retard dans la distribution de la somme attribuée présenterait beaucoup plus d'inconvénients qu'une inégalité de lépartition; en conséquence, elle adopta les bases du rapport qui venait de lui être soumis et décida l'allocation à chaque district de la somme portée au tableau suivant (-' :
ÉTAT DES SOMMES À PAYER PAR M. LE CAISSIER DE LA CAISSE D'ESCOMPTE AUX TRE- SORIERS DES DISTRICTS DE LA VILLE ET FAUXBOURGS DE PARIS, ARRETE EN L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES REPRÉSENTANTS DE LA COMMUNE.
Saint-Nicolas-des-Glifimps 9^7^ 6' U^
8aint-Pliih"ppe-chi-Roule i,5[)0^
Saiiit-Nicoias-du-Chartlonnet »i900^
PrcnionliV's de la Croix-Rouge 800^
Vai-de- Grâce et Sainl-Jacques-du-Haul-Pas 6,800^
Saiiit-Honoré 200^
Saint-Louis-de-la-Culture 900^
Petils-Auguslins ^5o^
Les Carmes de'chaussés 1,200^
Saint-Jean-en-Grève. . . , 650^
Capucins Saint-Honoré 1,200^
Récollets 1 ,260^
A reporter 15,8/17^ 6' h
''^ Cf. le Journal de Paris, nume'ro Proccs-vcrbaux de r Assemblée générale du 20 janvier 1790. des représentants de la Commune, t. VI,
'"' Voir rarrèlé en question dans les p. 213-317.
cxxxiv L'ASSISTANCE PlBLKjLi: A PAUIS.
Roport 10,8/17^ 6'
Petit-Saint-Antoine G5ott
Saint-Leu ou la Jussienne Uoo^
Sainle-Upportuue 1,100^
Sainl-Se'verin IxOo^
Saint-Germain-rAuxerrois 1,690^
Carmélites 4oo**
Jacobins-Saint-lIonoré 800^
Filles-Dieu hbo^
Oratoire 280^
Saint-Roch •. 1,000^
Saint-Eustache 900^
Feuillants iBo^
Malliurius 800**
Sainl-Etieune-du-Mont 7,000^
Notre-Dame 85ott
Saint- Jacques-la-Bouclierie 700^
Saint-André-cIcà-Arts 3oott
Saint-Louis-en-risle 65o**
La Sorbonne 1/10^
Popincourt 2,100^
Saint-Magloire 200^
Les Pères de Nazareth 3oo^
Les Capucins du Marais 160^
Saint-Lazare G 00*^
EnFants-Rouges 1 ,000^
Saint-Victor 1,000^
Blancs-Manteaux 200^
Saint-Laurent 1,000^
Saint-Merry 660^
Sainte-Marguerite i,8oott
Petits-Pères 1 5ott
Capucins de la Chaussée-dAntin 700^
Saint-Germain-des-Prés 1,000^
Trinité 800^
Henri IV 600^
Bonne-Nouvelle 1,100^
Saint-Joseph 1,1 oo^
Saint- Jacques-FHôpital iGo^
A reporter 00,867^ 6'
INTRODUCTION. cxxw
Report 50,867^ (? /i'
Filles-Saint-TIiomas aOott
Enfants-Trouvés 5,i oo^^
Jacobins Saint-Dominique 300^
Thcatins (partie de la rue Pkirnel) 850^
Tliéatins (partie du Gros-Caillou) 800^
Saint-Marcel 2,3oott
Cordeliers 1,887^ G' V'
Saint-(Jervais 1,500*^
Minimes 200^+
Total G;],9G4»i2^ 8^^
Ou voit par ce tableau que les quartiers populeux et misérables, tels que ceux du Val-de-Grâce, de Saiut-Etieuue-du- Moiit, de Saiute-Marguerite, de Saiut-Marcel, des EiirauLs- Trouvés et de Popincourl, lureut largement partagés et que la répartition, basée sur le nombre des pauvres et l'aisance relative des babitants, se fit avec l'esprit le plus équitable.
En février et mars 1790, les spectacles parisiens, quoique leur situation ne fût pas très prospère, participèrent aussi à ce mouvement charitable et versèrent entre les mains de l'Assemblée municipale le produit des représentations données au profit des pauvres. Le 'io lévrier, deux députations du Tliéâtre- Français et du Théâtre de Monsieur vinrent apporter chacune i,'>oo livres. Le 2/1 mars, les Comédiens italiens remirent 1,995 livres, montant de la représentation de la veille. Le président de l'Assemblée des représentants de la Commune remercia les acteurs de la Comédie italienne en ces termes :
crLa Commune de Paris verra toujours avec la plus grande satisfaction que des arts alimentés par le luxe et la richesse alimentent à leur tour la classe infortunée de nos concitoyens, n Au même moment, le spectacle des Vaiiétés versait 3,585 livres k sols au profit des pauvres.
L'Assemblée des représcnlants de la Commune, au cours de ses délibérations, fit constamment preuve d'une véritable solli-
cxxm L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.
citudc pour îa classe indigente, et témoigna toujours le plus vif intérêt à ceux qui lui suggéraient quel(|uc moyen d'améliorer leur sort.
Le lundi 29 mars, M. Vigée lut une délibération du district de Saint-Magloire sur un plan proposé par M. Poujaud et communiqué aux soixante sections, en laveur des pauvi'es domiciliés dans la capitale, dont la situation allait devenir encore plus critique par la brusque suppression des aumônes qu'ils recevaient des communautés religieuses. A ce sujet, M. Desmousseaux prit la parole pour exposer qu'il arrivait journellement dans la capitale, tant des provinces du royaume que de l'étranger, un nombre infini de mendiants et de vagabonds et qu'il était nécessaire de faire en sorte de les éloigner; il demanda la présentation d'une adresse à l'Assemblée nationale et la promulgation d'un décret pour repousser au delà des frontières les mendiants étrangers et engager les municipalités du royaume à ra])peler et nourrir leurs pauvres respectifs.
Cette double motion fut renvoyée à l'examen de quatre commissaires. L'Assemblée décida que le département de police serait invité à recueillir tous les renseignemenls possibles pour savoir combien il y avait de mendiants dans la capitale et pour chercber à en restreindre le nombre.
La mendicité était en effet la plaie de Paris à celte époque : ce n'était pas la mendicité humble et résignée, mais celle qui s'imposait par les menaces et la violence. La Municipalité prit l'initiative d'une démarche auprès de l'Assemblée nationale, et, dans la séance du i5 avril 1790, le curé de Ghaillot, à la tête d'une députation, exposa les cruelles souffrances de Paris qui voyait ses plus riches citoyens absents, ses fabriques et ses ateliers déserts, en un mot 120,000 de ses habitants dans une profonde misère, encore accrue parla présence d'une multitude de pauvres et de mendiants étrangers qui surciiargeaient la capitale. Pendant toute l'année 1790, la municipalité parisienne, avec le concoui-s de la garde nationale, donna les instructions
INTRODUCTION. cxxxvu
les plus sévères pour la répression impitoyable de la mendicité, et de mois en mois se succédèrent les ordres de Bailly et de Lafayette à l'effet d'assurer l'exécution des décrets de l'Assemblée nationale en procédant à l'arrestation des mendiants ^'l
Pendant que des nuées d'oisifs et de mendiants obstruaient les rues et importunaient les passants, quantité d'ouvriers, qui ne demandaient qu'à travailler, étaient aux prises avec la misère.
Le 29 mars, l'Assemblée des représentants de la Commune reçut une députation de six ouvriers du district de Saint-Gervais qui, au nom de 3oo travailleurs du même quartier, vinrent demander une occupation qui leur permît de subsister. Après lecture de leur placet, le président leur adressa cette allocution :
cr Honnêtes citoyens, vous appartenez à la classe la plus infortunée du peuple, et par conséquent la plus intéressante. Ne doutez pas que l'Assemblée des représentants de la Commune n'ait les yeux perpétuellement ouverts sur vos besoins et qu'elle ne souffre, pour ainsi dire, autant que vous de la détresse où vous vous trouvez. Elle engagera sans délai l'Administration à saisir les occasions d'employer vos services d'une manière utile pour vous. Les pauvres de Paris auront la préférence parce qu'ils sont plus particulièi'ement nos concitoyens et nos frères.
ff Défiez-vous de tous conseils violents; le passage de la servitude à la liberté est orageux, il n'est dans la société aucune classe qui n'éprouve des pertes, mais il faut dans les temps difficiles savoir souffrir pour parvenir au bonheur que le nouvel ordre de choses nous annonce, ri
La réorganisation de la municipalité parisienne et la nomination des nouveaux administrateurs placés à la tête des cinq départements municipaux modifièrent complètement le fonc-
'"' Cf. notre Répertoire général des sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la Révolution française , t. Il, \\" oSiy-o.^ôy.
cxxvvi.i L'ASSISTANCE PUBLIQIJE A PARIS.
tionnemL'iit do l'Assistance publique, qui, depuis le mois d'octobre 1789, se trouvait dans le lessort du département des bôpilaux et ateliers publics. Ce département ayant été supprimé, ses attributions furent dévolues au département des établissements publics, dont les nouveaux administrateurs lurent désignés dans la seconde quinzaine d'octobre 1790. Dès leur nomination, ces trois administrateurs, MM. Boncerf, Cousin et Le Camus, songèrent à se mettre en rapport avec le Comité de mendicité de l'Assemblée nationale; ils se rendirent, le ^9 octobre, au sein de ce Comité, dont le président leur lit comprendre tout l'intérêt qu'il y aurait, pour assurer la tranquillité publique, à établir au plus tôt un comité de prévoyance. Dans une lettre adressée le même jour aux administrateurs de la municipalité parisienne, le Comité développa ses vues, faisant observer crque les circonstances étaient dures, le travail diminué, les aumônes moins abondantes, que ])lusieurs causes réunies concouraient à l'extension de la pauvi'eté, enfin que l'approche de l'hiver et la possibilité de ses rigueurs rendaient le danger plus grande). En présence d'une situation aussi inquiétante, le Comité recommandait la formation d'un comité spécial, dans la composition duquel entreraient les membres des deux départements des établissements publics et des travaux publics, et qui, sous le nom de comité de prévoyance, mettrait immédiatement tout en œuvre pour prévenir et soulager l'excès d'indigence que l'hiver pourrait occasionner^'^. Les circonstances, en effet, devenaient de plus en plus critiques; on remarquait dans le populaire certaine fermentation qui fit explosion le i3 novembre, lors du pillage de l'hôtel de Castries. Quelques jours après, le Comité de mendicité invita les administrateurs des établissements publics à une conférence fixée au 21 novembre pour étudier de nouveau les moyens de donner du travail aux pauvres de la capitale (^).
'*' Cf. le tome I" tle noire recueil. '"' CI', le loine l" de noire recueil,
INTRODUCTION. cxxxix
Les mêmes administrateurs firent, en février 1791, à la requête du Comité de mendicité, le relevé, dans le ressort du Département, de tous les établissements indépendants des hospices et hôpitaux, ayant pour objet l'assistance du pauvre et des actes particuliers de bienfaisance, tels que l'exercice de l'hospitalité, une distribution d'argent ou de pain, la formation et le soutien d'une école gratuite, et ils l'envoyèrent, le 28 février, au Bureau d'agence générale des biens nationaux pour le compléter et le rectifier (''.
A la date du 9 mars, les membres du Directoiie du Département de Paris, accompagnés de MM. Cousin et La Millière, se présentèrent devant le Comité. Le président leur exposa les principes qui jusqu'à ce moment avaient dirigé la conduite de cette commission de l'Assemblée, et donna lecture du plan général des secours à distribuer dans le département de Paris, plan que nous avons précédemment analysé. Dans la discussion qui s'ouvrit à ce sujet, M. du Tramblay réclama l'établissement d'un comité d'agence de secours pour opérer avec célérité, et M. Cousin déposa un mémoire à l'eifet d'obtenir le quart des spectacles pour les pauvres.
Suivant des traditions anciennement observées, les rentes appartenant aux pauvres des paroisses de Paris étaient payées sur les quittances des curés de ces paroisses; un décret de l'Assemblée nationale, du 9.0 mai 1790, modifia complètement cet état de choses en attribuant la perception et distribution de ces rentes à la municipalité de Pai'is*^'-). En exécution de ce décret, le Corps municipal, par un arrêté du 5 août 1790, désigna M. Vallet de Villeneuve, trésorier de la Ville, pour percevoir les arrérages des rentes en question , sous la surveillance et le contrôle de la commission municipale de bienfaisance, qui fut chargée de dresser un état de ces rentes et revenus.
^'' Cf. le lonie I" de noire recueil, '-^ Cf. le tome I" de noire recueil,
cxL L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.
avec le nombre des pauvres dans chacune des trente-trois paroisses de la capitale (^^. Un autre arrêté du même Corps municipal, en date du 19 août, ordonna le payement aux commissaires du comité de bieniaisance d'une somme de 6,000 livres, tant pour subvenir aux besoins les plus urgents des pauvres que pour acquitter les salaires dus aux maîtres et aux maîtresses des écoles de charité (-1 Nous voyons ici le fonctionnement de cette commission municipale qui remplit un rôle modeste mais très utile, dont il est resté peu de traces.
(') Cf. le tome 1" de noire recueil, 11° 3o. — '■'' Ibid., 11° 3a.
INTRODUCTION. ckli