CHAPITRE m
LKS ATKLIKRS DE CIIARITK.
Quoiqu'elle multipliât ses efforts, la charité publique était impuissante à soulager les misères imprévues qu'engendraient mille causes, telles qu'un chômage prolongé, la disette ou la cherté des subsistances. Pour venir en aide aux ouvriers laborieux et valides que des moments de crise laissaient temporairement sans ressources, l'ancien régime eut recours aux ateliers de charité qui avaient l'avantage de substituer aux aumônes, blessantes pour la dignité humaine, un salaire, modique assurément, mais perniettant aux malheureux de subvenir aux besoins les plub urgents.
L'organisation de ces ateliers de secours remonte au mois de décembre 1788. X la suite de la destruction des récoltes par la grêle désastreuse du i3 juillet précédent, l'administration municipale de Paris, se préoccupant du sort misérable qui menaçait la classe pauvre à l'entrée de l'hiver, appela l'attention du Gouvernement sur l'urgence d'occuper les ouvriers dans la saison on les travaux ordinaires seraient suspendus. Le directeur général des finances, conformément aux instructions de Louis XVI, ordonna la formation de plusieurs ateliers et confia aux édiles parisiens le soin de leur assigner une activité utile. Le 2 décembre, le Bureau de la Ville prit les dispositions nécessaires pour l'ouverture de divei's ateliers au quai d'Orsay, à la descente du pont Saint-Nicolas, au ruisseau du quai Le Pelletier, à celui du port Saint-Paul, au quai de la Tournelle, audessus du quai des Miramiones, à la rue des Barres, au bras
cxLii L'ASSISTANCE PIBLIQUH A l'AHIS.
du Mail, au débouché do la rue Iliiutoville, enfin dans les îles de Charenton. Les travaux projetés étaient naturellement des terrassements, des déblais et remblais. On décida d'admettre indistinctement tous ceux que le besoin et le défaut de ressources forceraient à se présenter, les obli[jeant seulement à se munir de pelles et de pioches, et le salaire de la journée fut fixé au maximum à i 8 sols et môme au-dessous, de i o à 1 5 sols, suivant qu'il s'agissait d'ouvriers, de veuves ou d'enfants.
Les rigueurs excessives de l'hiver de 1788 à 1789 et la misère qui en était résultée, ainsi que l'affluence des malheureux qui, ne trouvant chez eux ni ouvrage ni subsistance, étaient venus en chercher à Paris, déterminèrent le Gouvernement à ouvrir, au mois de mai 1789, de nouveaux ateliers, quoiqu'il n'y eut aucun ouvrage utile pour occuper tant de bras, mais il fallait avant tout faire vivre ces individus dénués de ressources; par suite de la cessation complète des travaux de la campagne et de l'exorbitante cherté des grains, ces ateliers prirent bientôt une extension considérable. Dès le mois d'août 1789, la municipalité parisienne sentit la nécessité d'occuper les milliers d'ouvriers sans travail jetés sur le pavé de Paris, que l'oisiveté et le dénûment poussaient aux pires extrémités; elle utilisa les ateliers de charité déjà existants; celui de Montmartre surtout, où le Gouvernement occupait à peu près 2,000 ouvriers sous prétexte de charité (^\ reçut un accroissement extraordinaire et compta jusqu'à 18,000 ouvriers. Des individus appartenant à toutes les conditions sociales sollicitaient leur admission dans cet atelier. rrJ'ai vu, rapporte Bailly dans ses Mémoires, des marchands, des merciers, des orfèvres implorer la faveur d'y être employés à 20 sols par jour;ii des revendeuses de fruits à la halle, réduites aux abois, se travestirent en hommes pour entrer à l'atelier de Montmartre et gagner le même salaire.
L'effervescence qui régnait à Paris, depuis les graves événe-
''^ Cf. le Courrier (k Vcr.^ai lies à Paris ,^m' Corsas, t. Il, n" A'i, p. ^69.
INTRODUCTION. cxUu
iiieiils de juillet 1789, avait développé dans des proporlioiis inouïes l'esprit de méfiance, prompt à enfanter et à adopter des chimères. Dans les premiers jours du mois d'août, le bi'uit s'était répandu que les travaux de la butte Montmaitre avaient pour unique objet d'y élever des fortifications et d'y placer de l'artillerie contre les Parisiens; là-dessus, f imagination populaire s'était ennammée et avait conçu de vives alarmes. Le district du Petit-Saint-Antoine, pour répondre aux allégations contenues dans une brochure du cbevalier Quesnay de Beaurepaire, prit l'initiative d'uiie visite de ces travaux, dont le procès-verbal fut imprimé sous forme de placard-affiche. Gomme ce curieux document est certainement fort rare (M. Tourneux ne semble pas favoir connu), il n'est pas sans intér<M d'en reproduire le texte :