‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 2)Chapitre 2 sur 229 · IN TRO DICTION. XI · texte numérisé non relu

IN TRO DICTION. XI

les (lames adiiiiiiistratrices. Le Comité ne crut pouvoir mieux ré{)oiKlre aux intentions de l'Assemblée, qu'en iiisérant dans son rapport le texte même de ce ménioire. M. de la Rochefoucauld (Ml donna lecture le 21 janvier 1791, et l'Assemblée décréta (|ue l'établissement connu sous le nom de Charité materneUe continuerait à recevoir une allocation de 9,000 livres par mois sur les fonds de la Loterie (^^. Ce fui une faveur toute s[)éciale; on voit, en ellet, parles délibérations du Comité de mendicité, àladate du i*'"' novembre 1790, que la Société philanthropique de Paris, présidée par M. de Béthune-Charost, vit repousser une demande de subvention de 3 0,0 00 livres qu'elle avait présentée; le Comité ne put qu'exprimer le regret de ne pouvoir venir en aide à une association aussi honorablement utile, aussi bienfaisante (^'.

Le Comité de mendicité ne considéra point sa tache comme terminée par la rédaction et publication des lumineux rapports de M. de la Rochefoucauld -Liancourt; il crut de son devoir de continuer à s'occuper avec un zèle et une activité très méritoires des établissements hospitaliers de la capitale, où il v avait (ant d'abus à corriofer, tant de réformes à introduire. Mû par cette pensée, il adressa, le 5 décembre 1790, au Ministre de la justice une lettre remarquable, qui témoigne des sentiments les plus généreux et les plus élevés, pour appeler son attention sur la situation lamentable des malheureux enfermés à Bicêtre et à la Salpétrière, et pour tiemander tous les adoucissements à leur sort qui pourraient se concilier avec le respect dû aux lois et à la société. M. Duport du Tertre répondit au Comité, le \'i décembre (^', qu'il compatissait vivement aux souffrances endurées par les infortunés prisonniers de Bicêtre et de la Salpétrière, et qu'il s'eiïorcerait, de concert

'"' Cf. ie tome I" de ï Assistance pu- '^' Ces deux leUres furent insérées par

hlique n Paris pendant la Wvolulion, les soins du Comité au il/oHïto/r ?/H/yfr-

n" 21. sel, n° du 20 décembre 1 700. Cf. aussi

'' Ihi.l. , n" 1 1 . le tome 1'' de nnlie recueil, n" 87.

x,i L'ASSISTANCE PLBLIQLE A PAKIS.

avec les commissaires nommés par le Hoi. de substituer aux rigueurs d'un régime arbitraire une exacte proportion entre les délits et les peines, ajoutant qu'il avait promis jadis, lois de sa première visite à ces malheureux, de n'épargner ni soins, ni démarches, ni sollicitations pour adoucir l'horreur de leur destinée. Le i'2 janvier 1791, il vint visiter Bicêtre en compagnie de M. de Liancourt. Le -26 janvier suivant, le Comité, (idèle à sa mission d'humanité et de progrès, écrivait à M. Cahier de Gerville, procureur-syndic adjoint de la Commune, afin de lui signaler les abus barbares qui pesaient sur les pauvres admis dans les maisons de l'Hôpital-Général, et, comme rien n'était plus difficile que de rompre avec des habitudes séculaires, il revenait sans cesse à la charge; le 1 1 avril, ce môme Comité adressait une nouvelle lettre, cette fois au Directoire du Dé])artement de Paris, où il montrait, preuves à l'appui, la nécessité de changer promptement les usages féroces (|ui existaient à Bicêtre et dans les autres hôpitaux. Du leste le Comité de mendicité ne laissait passer aucune occasion de réprouver les prntiques condamnables suivies sous l'ancien régime; il fit obserxer. le i5 avril 1791, aux membres du comité des hôpitaux 'que riiabitude de vendre les eftets des morts et d'en frustrer les parents, ainsi que la coutume de ven(he les lits, ne découlaient pas d'une loi, mais d'un simple règlement.

Une question de la plus haute importance, celle des aliénés, qui en principe, étaient jugés incurables et ne suivaient aucun traitement dans les maisons oii ils étaient renfermés, préoccupa également le Comité de mendicité, qui en lit l'objet d'une étude approfondie. C'est ainsi que, le 2/1 janvier 1791, il accusait réception à M. Doumey, économe de la Salpètrière , de son tableau concernant les folles de cette maison, mais en déclarant que ce document ne remplissait pas parfaitement les vues du Comité. Le 7 février suivant, il demandait aux administrateurs de l'Hôtel-Dieu quelle étnit, dans le nombre des fous et des folles traités annuellement à 1 Hôtel-Dieu : 1" la

INTRODUCTION. xin

proporlioli des individus domiciliés dans Paris et dans la partie du territoire devant former son département; 2° celle des aliénés qui lui étaient envoyés du dehors, de même que pour les autres malades reçus dans la maison. Les administrateurs de riiôpital des Petites-Maisons eurent à répondre aux mêmes questions. Le Bureau de l'Hôtel-Dieu prit connaissance, le 9 février, de cette lettre et chargea M. Martin, l'un des administrateurs, de se rendre au Comité et de représenter l'impossibilité de faire droit à la demande qui lui était adressée, les malades n'étant jamais inscrits avec la mention de leur lieu d'origine, mais simplement avec celle de leur domicile. M. de Liancourt reconnut le bien fondé de ces observations et pria le Bureau de s'enquérir auprès des aliénés en état de s'exprimer de l'endroit d'où ils étaient venus; des ordres furent donnés pour que cette statistique fût dressée immédiatement (^). Toujours au même point de vue, le Comité, désireux d'obtenir des renseignements précis sur le nombre des fous et des folles détenus à Paris, écrivit à ce sujet à M. Lair, inspecteur général des pensions et maisons de force de Paris.

La sollicitude du Comité de mendicité s'étendait aussi sur les revenus destinés à l'entretien des pauvres et il ne put voir sans inquiétude la diminution des ressources qui alimentaient les établissements hospitaliers de ta capitale. Le 26 février 1791, le Comité invita l'économe du Saint-Esprit, ainsi que les admim'strateurs de l'Hôtel-Dieu, à lui faire connaître, aussitôt qu'il leur serait possible, dans quelles proportions le décret supprimant les entrées avait amoindri les revenus de THôpital-Cénéral et de l'Hôtel-Dieu, et combien chacun de ces hôpitaux avait touché, l'amiée précédente, pour le (juart des pauvres provenant des spectacles. A la date du 16 mars, ayant à statuer sur une réclamation de 1 90,000 livres dues à l'hôpital des Enfants- Trouvés par le Gouvernement, le Comité décida de tenter une

L.BfièU' , DélUri-iilinits de raiicipu Hiirmii de l'Hàlel-Di u , p. 97S, 279.

x'iv L'ASSISTANCE PUHMQIIK A PAI'.IS.

démarche auprès de M. de Moiitesqiiiou pour obtenir : i" le payement des 100,000 livres portées eu l'état de distrii)ution; 2" la présentation à l'Assemblée nationale de l'état général de tous les hôpitaux du royaume. Le 27 mai 1791 , les conimissairesdes jiôpitaux vinrent au Comité ety exposèrent la situation critique des maisons hospitalières, demandant les moyens de sortir d'embarras; il leur fut représenté qu'ils avaient diverses ressources à leur disposition, savoir : 1° la souscription pour la construction de quatre nouveaux hôpitaux; 2° les loteries. Le 3 juin suivant, les Comités de mendicité et des iinances réunis, apprenant que le Département de Paris étail sur le point de solliciter des secours pour les hôpitaux de la capitale, prièrent M. Dufresne de vouloir bien leur communiquer les édits et arrêts du Conseil portant création d'une loterie en faveur de ces hôpitaux, et autorisant une souscription pour édifier quatre nouveaux hospices, et d'y joindre une note faisant connaître la destination reçue par ces fonds '•^).

Au premier rang des établissements charitables figurait celui qui avait pour objet d'assister les enfants abandonnés; cette assistance qui se pratiquait dans les diverses maisons des Enfants- Trouvés, prenant les enfants au berceau et ne les quittant que lorsqu'ils étaient à même de gagner leur vis, était la source de nombreuses difficultés, où le Comité de mendicité eut plus d'une fois à intervenir; le 22 octobre 1790, ayant reçu tout un dossier de plaintes contre les enfants-trouvés mis en apprentissage, il envoya ces mémoires au comité de police de la Commune, le priant de les lire attentivement et de prendre les mesures nécessaires pour mettre un terme aux désordres dont on se plaignait. Le Comité de mendicité avertit en même temps les administrateurs de l'Hôpital-Général, qui transmirent leur réponse le 1" novembre 1790.

'"> Voir les procès- verbaux du Comité de mendicité. Archives nationales, AF*I i5, fol. 37 r", 90 r, 100 \\ 109 r\

IMIUJDUCTION. \v

(3ii voit combien fut considérable l'action exercée par le Comité de mendicité en ce qui concerne les établissements hospitaliers de la capitale. A la fin de la législature, avant de clore ses travaux, le Comité résuma ses observations en un rapport sur une nouvelle distribution des secours dans le Département de Paris ^^l Après avoir déclaré que Paris devait fournir à la France l'exenq^le de tous les essais tentés pour la salubrité des maisons d'assistance publique, le perfectionnement de l'art de guérir, enfin pour toutes les améliorations qui pourraient tendre au soulagement de l'espèce humaine, le Comité était obligé de reconnaître que dans aucun lieu du monde les établissements charitables n'avaient plus besoin d'une entière réforme; en conséquence il demandait :

1° L'organisation des secours à domicile pour les malades et les vieillards;

2° La répartition des hospices à raison d'un pour quatre sections, indépendamment des grands hôpitaux indispensables pour les études médicales, et réservés aux malades non domiciliés;

3" La création de deux maisons de convalescents;

li° L'établissement de deux hôpitaux pour le traitement des maladies vénériennes, attendu l'insuffisance de celui de Bicêtre, qui pouvait à peine soigner Goo malades sur les 2,000 qui se présentaient;

B** L'installation de deux hôpitaux consacrés à la guérison de la fohe, jusqu'alors traitée seulement à l'Hôtel-Dieu, l'une de ces maisons réservée aux aliénés qui seraient reconnus incurables;

6° La suppression de la maison de la Pitié et autres analo-

^'' Rapport sur la nouvelle dislribulion des secours dans le De'partemenl de Paris. Archives nationales, ADWIII" i5A.

crues, renlretieii et rédiiration fies enfants-trouvés à la campagne;

1° L'hospitalisation des vieillarrls et infirmes des deux sexes dans trois maisons;

8° L'institution de maisons de santé et d'une maison de prévoyance dans la capitale, ainsi que de caisses d'épargne pour l'ouvrier;

9° La création d'un hôpital d'inoculation;

10° La fondation de deux maisons de répression pour les mendiants vagabonds;

11° L'encouragement des associations de bienfaisance, telles que la Charité maternelle et la Société philanthropique;

12" La création d'une agence de secours, ou comité de huit personnes, placé auprès du Directoire du Département, ayant la haute main sur les comités de surveillance de quatre personnes, institués auprès de chacun des établissements charitables du Département.

Dans ce vaste plan de réformes, les moindres détails étaient prévus, le chiffre même de la dépense était calculé et le Comité prenait soin d'indiquer les emplacements des hôpitaux et hospices dans Paris. Indépendamment des quatorze hospices distribués par sections, il comptait deux hôtels-Dieu, l'un au parvis Notre-Dame, l'autre à Saint-Louis; deux hôpitaux vénériens à Saint-Jacques et à Popincourt; deux maisons de convalescence à Chaillot et à la Roquette; deux hôpitaux de fous à Charenton et aux Chartreux; trois asiles de vieillards infirmes et incurables à la Salpêtrière, aux Petites-Maisons et aux Incurables; deux maisons d'enfants-trouvés au parvis Notre-Dame et au faubourg Saint-Antoine; une maison d'inoculation à Saint-Mandé. l'Oratoire, Longchamp; deux maisons de correc-

INTR(3I)UCTI0N. xvu

lion à Saint-Lazare et Bicetre; nne maison de prévoyance aux Bons-Hommes de Passy.

Ce rapport si documenté se terminait par un état des fous et épileptiques des deux sexes renfermés dans les liôj)itaux de Paris, savoir: l'Hôtel-Dieu, la Salpétrière, Bicetre, Charenton, les Petites-Maisons et les dix-huit pensions privées^'^, comprenant 377 maniaques, 602 insensés et 822 épileptiques.

Si les pouvoirs publics attachaient une haute importance à la réorijanisation ou pour mieux dire à l'organisation de l'Assistance publique dans la capitale, la Municipalité parisienne, dans les moments critiques qu'elle dut traverser, se montra à la hauteur de la situation; elle comprit l'urgence de prêter une attention toute particulière au soulagement des misères sans nombre qui, au début de la Révolution, frappaient tous les regards; aussi, lorsqu'elle s'occupa d'organiser provisoirement les diverses brandies de son administiation (8, 9 octobre 1789), l'un des huit départements ou services qu'elle établitfut spécialement alTecté aux hôpitaux et ateliers de charité et placé sous la direction de M. de Jussieu, qui prit le titre de lieutenant de maire; il était secondé par cinq conseillers administrateurs : MM. Baignères, Guignard, Sabatier, de Langlard et de la Saudade^'). Ce département eut en partage la surveillance et l'inspection des hospices, hôpitaux et de tous les établissements charitahles. Dans la nouvelle organisation municipale,

'"' Les plus connues de ces maisons Laignel, de la veuve Timon et de la

de santé recevant des aliénés étaient dame Marie de Sainte-Colombe, tous

les pensions des sieurs Belhommo, rue fournirent des états nominatils de leurs

de Charonne, Escourbiac, rue du Clie- pensioimaires au Comité des lettres de

min-Vert, Huguet, rue des Martyrs, cac!:et. (Arcbives nationa'es, DV, 5,

des demoiselles Douay et Lacour, rue n° Gi.)

de lîelUlbnd, des siem-s Bardot , Du- '^' Cï.?.l\oh\(inel, Le personnel mu-

buisson, Es([uii-os, Marcel, Massé, nicipal. de Paris pendant lu Ucvolulion ,

l^icquenot, Valrin, de la demoiselle p. '^58.

IMi-ItlMMIIi: NAT:ONAI,fc.

xvm L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

mise en vigueur à la suite du décret-ioi du 21 mai 1790, le département des hôpitaux et ateliers de charité fut sujjprimé; le service des hôpitaux fut rattaciié au département des établissements publics, et celui des ateliers de charité au département des travaux publics. Les administrateurs qui avaient l'assistance publique dans leurs attributions prirent possession de leur service et y déployèrent la plus louable activité. Dès le mois d'avril 1790, M. de Jussieu, lieutenant de maire de ce département, voulant se rendre un compte exact des vices et des abus du régime des hôpitaux pour y porter remède, adressa aux économes et administrateurs de chacun de ces établissements un questionnaire détaillé, ouvrant ainsi une vaste en(juête sur l'administration hospitalière. M. de Jussieu reçut dans le courant du mois de mai un ensemble de mémoires contenant, article par article, les réponses à chacune de ses questions. On possède le texte conq)let des réponses qui furent envoyées à M. de Jussieu par toutes les maisons de rHôj)ilal- Général, savoir : Bicètre, la Sal|)ètrière, les Enfants-Trouvés, les hospices de \augirard et du Saint-Esprit, l'hôpital de la Pitié, la maison de Scipion; on a conservé également les notices rédigées à cette occasion sur fhôpital de la Charité et la maison de Charenton, ainsi qu'une instruction sur le fonctioimement du Grand Bureau des pauvres et de l'hôpital des Petites-Maisons; malheureusement les mémoires touchant l'Hôtel-Dieu et les maisons qui en dépendaient, comme l'hôpital Saint-Louis et les Incurables, ne nous sont point parvenus. D'autre part, les administrateurs de certaiîiS établissements hospitaliers alimentés par la charité privée refusèrent de se soumettre à cet examen, notamment ceux de l'hospice de Saint-PJiilippe-du-Roule, fondé par M. Beaujon, qui dénièrent à la Municipalité le droit de s'occuper de cette maison charitable, dont l'administration, disaient-ils, n'avait été confiée à aucun officier public. Le département des hôpitaux ne voulut point se rendre aux raisons alléguées et persista à en revendiquer la surveillance ; pour clore

INTRODUCTION. xix

ce débat, quatre commissaires furent chargés de procéder à une enquête.

Les réponses aux questionnaires envoyés par M. de Jussieu lui fournirent les éléments du rapport qu'il adressa, au nom du département des hôpitaux, à l'Assemblée des représentants de la Commune, rapport qui devait servir de base à la Municipalité pour la réorganisation de l'Assistance publique et former le pendant de ceux présentés au nom du Comité de mendicité à l'Assemblée nationale. Dans la séance du 19 avril 1790, M. de Jussieu commença la lecture de la première partie de son travail sur l'amélioration des hôpitaux confiés à sa surveillance. Le jeudi 6 mai, sur la demande des administrateurs chargés du département des hôpitaux, l'Assemblée des représentants de la Commune entendit la suite du rapport de M. de Jussieu. Il lut d'abord un mémoire sur l'hôpital des Incurables, dans lequel étaient exposées les nombreuses et importantes réformes à y introduire. Aux termes d'une lettre adressée le 1 2 mai au Bureau de l'Hôtel-Dieu (^\ cet éminent administrateur, très soucieux de ses devoirs et désireux de justifier la confiance de la Municipalité, crut devoir protester contre l'admission des malades aux Incurables, prononcée un peu à la légère, et demanda qu'il fût procédé d'urgence, avec sa participation, à une visite approfondie de l'hôpital. Le Bureau de l'Hôtel-Dieu répondit assez vertement quà son avis ce n'était pas dans des temps de trouble et d'anarchie, suivant l'expression employée par M. de Jussieu, qu'il convenait d'apporter une sévérité rigoureuse à l'application des règlements, surtout à la veille du moment où la Municipalité allait assumer la responsabilité de l'administration des lîôpitaux. Dans un autre mémoire, relatif à rijôj)ital de la Charité, le chef du département des hôpitaux, qui faisait équitablement la part de l'éloge et du blâme, reconimt que le régime de cette maison ne laissait rien à désirer et

''* L.^vièle, Délibérations de l'ancien Bureau de l'Holel-Dieu, p. 971.

combla d'éloges mérités cries bons religieux attachés à cet hôpital, dont le zèle, aussi éclairé qu'iiifaligal)le, rendait souvent à la société des êtres intéressants (jui dans d'autres Q)aisons seraient devenus la proie de la mort^). A ses yeux 1 hôpital de la Charité était un établissement iiihniuient utile et parfaitement tenu; il porta le même jugement sur l'hôpital des Convalescents et la maison de Charenton, tous deux régis par les frères de Saint-Jean-de-Dieu. M. de Jussieu termina son exposé |jar la lecture de deux mémoires très complets sur les Hospitalières de la place Royale et de la rue MouiTetard, et profita de l'occasion pour rendre hommage au concours dévoué que lui ])rêtait l'un de ses collaborateurs, M. de Langlard. L'Assemblée vota l'impression de ce compte rendu du département des liôj)ilaux et son envoi au Comité ecclésiastique ^^^.

On sait que, lors de la réunion des Etats généraux, le cahier général du tiers état avait mis crau nombre des pi-emiers et des plus importants travaux de l'Assemblée de Paris de s'occuper des hôpitaux de Paris v); aussi la première assemblée des représentants de la Munici])alité tint à hoimeur de suivre ce programme, et ses délibéi'ations témoignent de l'intérêt de tous les instants qu'elle portait aux établissements hospitaliers de la capitale. Quelques exemples permettront de s'en rendre compte.

Le h février 1790, l'Assemblée des représentants de la Commune, saisie d'une réclamation faite au nom des malades de Bicêtre par M. Colon de Dirol, chirurgien de cet hospice, s'émut de l'état déplorable dans lequel se trouvaient ces infirmes et renvoya le mémoire en question qui avait été imprimé au département des hôpitaux, en l'invitant à rechercher immédiatement les moyens propres à améliorer le sort de tant de malheureux, et à présenter un rapport à ce sujet à l'Assemblée. Le même joui-, l'un des directeurs de Tliôpital du Saint-Esprit, l'abbé Petit, vint plaider la cause des orphelins élevés dans cette

'"' Procès-verbaux de l'Assemblée générale des représentants de la Commune,

t. VII, p. 7.3.

INTRODUCTION. xxi

maison, et, dans un exposé historique, chercha à démontrer que ]a réunion des biens de cet hôpital à l'Hôpital-Général lui avait été funeste; en conséquence il demanda le retour à l'ancien état de choses et dans ce but l'airectation d'un local assez spacieux pour contenir les Aoo orphelins, enfants de bourgeois de Paris, qui devaient y être élevés, aux termes des lèglements constitutifs de cet établissement. Le 19 avril, un projet de règlement concernant les Incurables , élaboré par les soins du comité des rapports de la Commune, fut renvoyé au département des hôpitaux.

L'Assemblée des représentants de la Commune devait parfois intervenir dans les conflits qui surgissaient entre les médecins des hôpitaux et l'administration hospitalière; c'est ainsi que le petit Bureau de la Pitié ayant destitué M. Chambon, médecin à la Salpètrière, l'Assemblée fut saisie de raiïaire, décida d'abord, à la date du 8 mars 1790, le maintien provisoire de M. Chambon dans ses fonctions de médecin, et le surlendemain, après avoir entendu la lecture contradictoire d'un mémoire justificatif de l'intéressé et des délibérations prises par les administrateurs de l'hôpital, désigna six commissaires avec mission de faire un rapport à la fois sur ce différend et sur le régime de la Salpètrière. Les représentants de la Commune furent également appelés à se prononcer dans un débat analogue entre les administrateurs de l'Hôpital-Général et M. Aubry-Dumesnil, greffier de la direction de cet hôpital.

Dans l'œuvre de réorganisation de l'Assistance publique, l'Assemblée des représentants de la Commune prit surtout à cœur d'alléger les souffrances de ces malheureux hospitalisés qui peuplaient les maisons de l'Hôpital-Général et qui y végétaient dans les conditions les plus misérables. Ainsi, le 7 juin 1790, cette Assemblée entendit la lecture d'un mémoire présenté par plusieurs des pensionnaires vivant en ménage dans l'hôpital de la Salpètrière, qui se plaignaient de Tinsuflisance de la nourriture et des entraves mises par l'Administration à leurs sorties. Afin de statuer en connaissance de cause, l'Assemblée

ixii L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

désigna deux commissaires qui, de concert avec le département des hôpitaux, firent leur rapport, le samedi sO Juin, et proposèrent le projet d'arrêté suivant, adopté à l'unanimité :

cr L'Assemblée, d'après le compte qui lui a été rendu par ses commissaires, a renvoyé la demande des pauvres des ménages de l'hôpital de la Salpêtrière au départemeut des hôpitaux, qui est invité à prendre, de concert avec l'administration de celte maison, les mesures nécessaires pour accorder la liberté que les pauvres des ménages réclament, avec l'ordre nécessaire dans cet établissement (^). 11

Lors de la discussion qui s'ouvrit le 2 juillet, au sujet des troubles provoqués par les prêtres de la Salpêtrière, eu particulier par l'abbé d'Estanges, la question du régime des malheureux reçus dans ce vaste hô])ital revint sur le tapis. L'un des commissaires informa l'Assemblée des représentants de la Connnune du triste état dans lequel se trouvaient ces pauvres, attendu qu'ils étaient tous infectés de la gale, et annonça qu'un médecin se chargeait de leur guérison. Un autre membre de l'Assemblée ayant réclamé une nourriture meilleure et plus abondante, M. de Jussieu fit observer fort judicieusement que depuis un an les revenus de cette maison avaient subi une diminution de plus d'un million, soit par la fraude des entrées sur les boissons, soit par le refus des spectacles d'ac(|uitter les droits des pauvres^-', et qu'en conséquence il était très difficile d'accorder les adoucissements demandés par ses collègues, ajoutant qu en ce qui concernait la gale, tous les moyens mis en œuvre resteraient impuissants, tant qu'on ne pourrait pas changer de dortoirs les malades soumis au traitement, et que malheureusement le grand

Procès-verbau.T de l'Assemblée gé- talions théâtrales . notamment sur celles

nérnlc des représentants de la Commune , de 1 Opéra ; mais l'Assemblée avait ren-

t. VIII, p. 181, 607. voyé toutes les questions relatives aux

^^' Le 2 avril précédent, M. de Jus- spectacles après l'organisation définitive

sieu avait lu à l'Assemblée un mémoire de la Municipalité. Procès-verbau.r de

pour réclamer le quart perçu au profit V Assemblée générale des représentante de

des pauvres sur le produit des représen- la Commune, t. VII , p. 1 ^ .

INTRODUCTION. xxni

nombre des pauvres ne permettait pas d'en laisser de vides. Sur ces explications, l'Assemblée, plus affligée que surprise de ces détails, et regrettant de ne pouvoir y remédier sur-le-champ, décida de passer à l'ordre du jour.

Le ao juillet suivant, M. Cousin, l'un des administrateurs au département des établissements publics, commissaire dans l'atraire de l'abbé d'Estanges, chapelain de la Salpétrière, donna lecture d'un mémoire où il formulait de graves critiques; l'insuffisance et mauvaise qualité de la nourriture, la malpropreté résultant de la négligence , et la gale dont les progrès résistaient à tout traitement : tels étaient les faits lamentables qui avaient frappé ses regards. Ce mémoire, oii M. Cousin à côté du mal indiquait le remède, produisit une vive impression sur l'Assemblée et donna lieu à une discussion animée. Les uns pensaient qu'il fallait inviter les administrateurs de l'Hôpital-Général, depuis longtemps au courant des maux innombrables dont soufTraient les pauvres de la Salpétrière, à exposer ce qu'ils avaient fait pour les atténuer. D'autres membres estimaient que, comme M. de Liancourt, président du Comité de mendicité, accompagné de plusieurs médecins, s'était transporté dans les hôpitaux pour en étudier le régime et l'améliorer, il convenait de renvoyer le mémoire de M. Cousin au Comité de mendicité; d'autres encore jugeant cette marche trop lente, demandaient le renvoi du mémoire au département des hôpitaux pour connaître ses vues sur le règlement proposé par M. Cousin; d'autres enfin inclinaient pour la nomination d'une commission spéciale. Cet avis prévalut et l'Assemblée des représentants de la Commune désigna trois comnn'ssaires à l'efTet de recliercher, conjointement avec le département des hôpitaux et le procureur syndic de la Commune, toutes les améliorations dont le régime des maisons hospitalières serait susceptible, sous le double rapport de l'intérêt général de l'établissement et de celui des pauvres en particulier.

La Salpétrière, plus que tout autre hôpital, en ressentait le besoin urgent et se trouvait dans les conditions hygiéniques les

xxiv L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

plus détestables. Son insalubrité était notoire; le 16 septembre 1790, l'un des médecins attachés à cette maison, M. Vaillant, crut devoir dénoncer à l'Assemblée des représentants de la Commune l'existence d'une voirie placée au midi de cet hôpital, dont le voisinage lui semblait très dangereux pour les pauvres y renfermés, et il en réclama l'éloignement par un mémoire qui fut renvoyé aux déparlements réunis des'hôpitaux et de la police pour en rendre compte dans le plus bref délai ^^K

Ce n'est pas seulement sur les asiles officiels de la maladie et de la vieillesse que se portait la sollicitude des représentants de la Commune; ils réservaient le meilleur accueil à tous ceux qui se consacraient au soulagement des misères humaines et les encourageaient non en paroles, mais par des subventions d'autant plus méritoires que la situation financière de Paris était à cette époque fort précaire. Voici un curieux exemple du généreux appui accordé par la Ville. Depuis 1779, un chirurgien renoueur des camps et armées, Dumont de Valdajou donnait gratuitement ses soins à une foule d'estropiés et de blessés qu'il pansait et auxquels il distribuait les médicaments nécessaires. Louis XVI s'intéressa personnellement à cette œuvre philanthropique et fit allouer au sieur Dumont de Valdajou, sur les fonds de l'Extraordinaire de la Guerre, une subvention annuelle de 2,000 livres, avec une indemnité de logement de 1,000 livres: au mois d'août 1789, l'adnn'nistration de la Guerre voulut supprimer l'allocation servie à Dumont de Valdajou et son élève, mais Louis XVI désapprouva cette mesure par une note de sa main, conçue en ces termes :

Bon à conserver, attendu que ce sont deux sujets précieux pour r humanité par leurs talens et les secours qu'ils donnent aux pauvres^'-K

Malgré le désir exprimé par le Roi, six mois plus tard Dumont de Valdajou fut privé de son traitement; il n'en continua pas

'■' Procès-verbaux de r Assemblée gé- '■' Cf. le tome I" de noire recueil

nérale des représentants de la Commune , sur Y Assistance publif/ue à Pans pendnnl t. 1\, p. /iG. la Révolution, n" 8.

INTRODUCTION. xxv

moins à recevoir et à traiter gratuitement, deux fois par semaine, tous les malades qui se présentaient, mais il se pourvut à la fois auprès de l'Assemblée nationale ('^ et de l'As/semblée des représentants de la Commune pour obtenir le rétablissement de sa subvention. Le 16 juin 1790, M. de Langlard; administrateur au département des hôpitaux, présenta un rapport à ce sujet aux représentants de la Commune et déclara qu'il avait assisté au pansement gratuit fait par le chirurgien en question; que, dans une séance de trois heures, plus de cent personnes des deux sexes avaient reçu les soins empressés et discrets du sieur Dumont et de son élève, pour les hommes, et de la dame Dumout, pour les femmes; aussi croyait-il devoir proclamer que l'établissement en question n'était pas seulement utile, mais encore précieux et indispensable dans une ville comme Paris. L'Assemblée prit alors l'arrêté suivant, dont nous reproduisons textuellement la teneur, parce qu'il montre comment les représentants de la Commune comprenaient et encourageaient l'exercice de la charité :

ff L'Assemblée , considérant que, malgré son état provisoire, elle ne peut, sans manquer à la confiance de ses commettants, laisser périr, faute de secours, un établissement que le département des hôpitaux lui a assuré être non seulement utile et précieux, mais encore écononn'que pour la ville de Paris, puisqu'il vient à la décharge des hôpitaux, a arrêté que provisoirement seulement et jusqu'après la formation de l'assemblée de Département, la Municipalité de Paris sera chargée de continuer au sieur Dumont de Valdajou le même traitement qu'il recevoit ci-devant du Département de la Guerre, et de lui en payer les arréiages échus depuis le i^'" janvier dernier ('-^. n

''' I.a pétition adressée par Dumont le 9.3 août suivant au Comité de nien-

de Valdajou, chirurgien-renoueur des dicité.

camps et arme'es, de'monstrateur de la '^' Procès-verhaux de l'Assemblée gé-

ville de Paris, à l'Assemblée nationale, nérnk des représenlnuls de la Commune,

est du 19 juillet 1790; elle fut renvoyée t. VIII, p, ayo-^y/i.

Nous avons vu le département des hôpitaux de la Municilité parisienne élaborer, au moivS de mai 1790, un plan général de réforme pour l'amélioration des établiss 'Uients charitables de la capitale; cette œuvre resta stérile ou tout au moins semble n'avoir pas abouti, par suite des circonstances qui enlevèrent Tadministration hospitalière à l'autorité municipale. Le 2 mars 1791, les administrateurs de l'Hôtel-Dieu et des Incurables, se trouvant aux prises avec de très grosses difficultés résultant de l'accroissement des charges et de la diminution des revenus, et désireux de substituer un régime actif et énergique à une administration qui n'exivstaitplus qu'à titre précaire et nominal, renouvelèrent la démission qu'ils avaient déjà donnée le 19 août 1789 et notihèrent au\ maire et officiers municipaux, d'une part, et au Corps municipal, d'autre part, leur intention de se retirer définitivement à partir du 1 5 avril. Sur le désir exprimé par M. de Lessart, ministre de l'intérieur et des finances, le Directoire du Département fut mis au courant de la situation. Gomme à la même époque les administrateurs de l'Hopital-Général donnèrent également leur démission, le Directoire du Département profita de l'occasion qui s'oiîrait à lui pour se substituer aux administrateurs de l'Hôtel-Dieu et de l'Hôpital-Général. Dès le 29 mars, il annonça au Bureau de l'Hôtel-Dieu qu'd se proposait désormais crde donner des soins efficaces et d'apporter un zèle éclairé à la surveillance des hôpitaux considérés comme établissements d'utilité générales, dont il revendiquait la haute direction, en vertu du décret du 29 décembre 1789, qui chargeait les administrations départementales, sous l'autorité du Roi, de l'inspection et de l'amélioration du régime des hôpitaux, hôtels-Dieu, établissements et ateliers de charité, prisons, maisons d'arrêt et de correction. Le Directoire invita en conséquence les anciens administrateurs de l'Hôtel-Dieu à lui laire parvenir tous les renseignements qui le mettraient à même d'acquérir une connaissance exacte du régime intérieur et économique de cet établissement

INTRODUCTION. xxvii

charitable. Le Bureau démissionnaire répondit le i*^"" avril qu'il avait fourni au département des hôpitaux de la Municipalité un grand nombre de pièces dont le Directoire pourrait obtenir communication , et insista sur la nécessité absolue de s'occuper de la réorganisation d'une administration qui n'existait plus; le 6 avril, il envoya l'état général des maisons hospitalières de l'Hôtel-Dieu, l'état des malades reçus en 1790 à l'Hôtel-Dieu et à l'hôpital Saint-Louis, l'état des revenus de l'Hôtel-Dieu, un autre état des créances, de la caisse et de l'argenterie, ainsi qu'un relevé approximatif des sommes dues par le même établissement ^^l

Comme il était urgent de remplacer les administrateurs démissionnaires, le Directoire créa, par arrêté du 11 avril, une commission composée en partie de médecins, à l'aide de laquelle il se proposait d'administrer directement. Une lettre de M. Pastoret, en date du i3 avril, notifia le remplacement des anciens administrateurs par MM. Montlinot, Cabanis, Thouret, Cousin et Aubry-Dumesnil. A partir de ce moment, le Directoire du Département prit en main l'administration immédiate des grands hôpitaux de Paris et ne laissa plus à la Municipalité que l'exécution servile de ses arrêtés et les détails fastidieux de cette régie. La Municipalité, probablement pour ne pas entrer en conflit avec le Directoire du Département, dut bon gré mal gré accepter la nouvelle situation, jusqu'à un certain point illégale, parce qu'elle résultait de dispositions législatives mal définies, car, si le Corps municipal pouvait invoquer la loi du 27 juin 1790 qui lui attribuait l'administration des établissements appartenant à la Commune ou entretenus de ses deniers, le Directoire du Département se croyait non moins fondé à revendiquer cette même administration aux termes de la loi du 29 décembre 1789, qui le chargeait expressément de la surveillance des hôpitaux et hospices, cette partie de ses fonc-

''' Cf. L. Brièle, Délibérations de l'ancien Bureau de l'Hétel-Dieu, p. -389 , aSS.

xxvm L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

tions n'ayant été exercée par l'auloi-ité municipale qu'à litie provisoire.

En 1 789, les jiopitaux de Paris pouvaient se diviser en deux classes, les uns destinés au soulagement des malades, les autres servant d'asile à Tindigence et à la vieillesse. La liante direction de ces établissements hospitaliers appartenait à deux administrations entièrement distinctes: i°le Bureau de l'Hotel- Dieu, 2" le Bureau de l'Hôpital-Général.

Le Bureau de l'Hotel-Dieu, qui avait son siège au parvis Notre-Dame, adniiiiistrait non seulement l'Hotel-Dieu propre- [uent dit et la maison de convalescence qui en dépendait, mais encore l'hôpital Saint-Louis, l'hospice des lncnral)les et l'hôpital de la Santé ou de Sainte-Anne; il était présidé par l'archevêque de Paris avec le concours des premiers présidents des cours souveraines (Parlement, Chambre des comptes et Cour des aides), du jirocureur général du Parlement et des premiers magistrats de la cité (les lieutenant général de police et prévôt des marchands, remplacés en 1790 par le maire) qui étaient tous membres de droit. Dix administrateurs laïques, choisis dans les rangs élevés de la bourgeoisie, et un receveur général charitable complétaient le Bureau.

Le Bureau de l'Hôpital-Général , qui siégeait à la Pitié, avait à sa tête les mêmes membres-nés que l'Hôtel-Dieu; dix-huit administrateurs laïques et un receveur général charitable s'occupaient des détails de cette vaste administration. 11 avait dans son ressort l'hôpital de la Pitié, les hospices de Bicêtre et de la Salpêtrière, l'hôpital des Enfants-Trouvés, uni à l'Hôpital-Général en 1670, qui se composait de la maison de la Couche, située rue Neuve-Notre-Dame, de la maison du faubourg Saint-Antoine et de l'hospice de Vaugirard, l'hôpital du Saint-Esprit et la maison de Scipion. L'hôpital des Enfants-Trouvés avait absorbé en

INTRODUCTION. vxix

1772 les biens de l'hôpital des Enfants-Rouges et devait également s'enrichir de ceux de l'hôpital Sainl-Jacques-aux-Pèlerins, qui lui avaient été attribués par lettres patentes de mai 1781. A côté de ces deux groupes d'étajjlissements hospitaliers fonctionnait le Grand Bureau des pauvres, fondé au xvi*^ siècle, institution municipale dans le principe, mais qui passa sous la tutelle du Parlement. Il avait d'abord son siège place de Grève, et en dernier lieu rue de la Chaise. A sa tète se trouvait le procureur général du Parlement, assisté de 16 membres honoraires et de 8 administrateurs laïques. Le principal objet de ce Bureau était l'assiette d'une taxe charita])le sur tous les habitants de Paris, indistinctement, taxe qui se percevait, par les soins de commissaires des pauvres, dans chaque paroisse. Des bureaux de charité paroissiaux étaient chargés de distribuer le produit de cette contribution entre les vieillards âgés de plus de 60 ans et les enfants, à raison de 1 9 sols par semaine aux premiers et de 6 sols aux seconds. En 1789, 1,172 vieillards et /igâ enfants bénéficièrent de cette aumône, dont le chiffre annuel s'élevait à 62,000 livres. Le Grand Bureau des pauvres était, sous l'ancien régime, le seul organe de l'assistance publique à domicile. Deux liôj)itaux en dépendaient, celui des Petites-Maisons pour les vieillards et celui de la Trinité pour les enfants.

L'Hôtel-Dieu, dont on fait remonter la fondation à une haute antiquité, fut, sous la monarchie, l'asile du pauvre par excellence, celui qui recevait tous les malades, quelle que fut leur origine, à l'exception toutefois de ceux qui étaient atteints d'affections syphilitiques, scrofuleuses ou épileptiques. De tout temps, surtout au wiif siècle, on s'était élevé contre l'exiguité de son emplacement, l'insalubrité des salles encombrées de malades, et l'accumulation dans un espace aussi resserré de cuisines, de bûchers, de buanderies, d'étuves à sécher, de maga-

siiis de toutes sortes, de tueries de gros bestiaux, de fonderie de suif, enfin d'une iniinité d'objets nécessaires au service d'un aussi grand établissement. L'installation de toutes ces annexes dans les souterrains, immédiatement au-dessous des salles de malades, constituait un danger permanent; on en eut la preuve irrécusable dans maintes occasions, surtout lors du terrible incendie de la nuit du .'io décembre 1772, qui dévora une partie des bâtiments de l'Hotel-Dieu. Le feu se déclara précisément dans la chandellerie et embrasa en un clin d'œil les boucheries, les écuries, un grenier à fourrages, le bâtiment de la communauté des religieuses et les salles des malades connues sous le nom de l'inlirmerie, des salles Jeanne et du Légat. On eut à peine le temps d'évacuer ces pièces et de ti'ansporter les malades dans l'église de Notre-Dame; quelques-uns sortirent par la porte de la chapelle de la Vierge donnant sur la rue du Marché-Palu, qu'on dut enfoncer à coups de hache, d'autres s'échappèrent ])ar deux grilles près de la rivière, rue de la Bùcherie, vis-à-vis l'église de Saint-Julien-le-Pauvre, brisées en toute hâte. La conflagration fut épouvantabf e ; ce fut seulement au bout de deux jours qu'on parvint à se rendre maître du feu et l'on eut grand' peine à préserver les maisons de la rue Neuve- Notre-Dame. Dans l'après-midi du 3i décembre, les /i5o malades qui avaient trouvé un asile dans la cathédrale furent réintégrés à l'Hôtel-Dieu; les 3, /i et 5 janvier, on releva dans les décombres fumants de la salle du Légat douze cadavres, fa plupart féminins, compfètement caf cinés; on eut encore à dépforer fa mort de deux maflieureuses qui, fa nuit même de f'incendie, s'étaient sauvées en chemise et réfugiées chez une ferraiffeuse de fa rue de fa Bûcfierie, oii effes périrent de saisissement et de froid. Nombre de pompiers furent victimes de feur dévouement, deux furent écrasés par la chute de pans de murs et six autres bfessés plus ou moins grièvement (^).

'*' Cf. le procès-verbal du commissaire Dorival , du 3o de'cerabre 1 779, qui donne jour par jou r les plus curieux détails sur cet incendie. (Archives nationales , Y 1 2 465 .)

INTRODUCTION. xxxi

Celle calaslrophe appela ratteiition sur l'Hôtel-Dieu et, à la fin de raiiiiée 1786, l'architecte Poyet composa un mémoire sur la nécessité de transférer et de construire F Hôtel- Dieu de Paris, suivi d'un projet de translation de cet hôpital. Ce mémoire fut soumis à l'examen d'une commission de FAcadémie des sciences, qui, maljTré le refus ahsolu de tous renseignements opposé par les administrateurs de l'Hôtel-Dieu, j)résenla,le ^2 décembre 1786, un volumineux rapport, dû aux lumières de Tenon ''\ où furent signalés, avec preuves à l'appui, l'insuffisance et l'insalubrité de l'Hôtel-Dieu, par suite de l'usage d'entasser les malades jusqu'à /i et 6 dans un lit, le danger résultant de la multiplicité des étages au-dessus de magasins de matières inflammables, l'infection de l'air causée par l'admission de malades atteints d'affections contagieuses, l'impossibilité d'y réussir les opérations chirurgicales en raison de la pourriture d'hôpital, la déplorable installation des femmes en couche, dont le ti-eizième succombait, enfin la mortalilé considéraide de l'Hôtel-Dieu comparée à celle des autres hôpitaux. L'Académie des sciences conclut en déclarant que IHolel-Dieu était le plus incommode et le plus insalubre de tous les hôpitaux, mais rejeta le plan de M. Poyet, comme olfant l'inconvénient de rassembler trop de malades dans un même local, et recommanda l'établissement de quatre hôpitaux, chacun pour 1,200 malades, qui seraient j)lacés à Thôpital Saint-Louis, à l'hôpital Sainte-Anne, sur le terrain des Célestins et près de l'École militaire.

Toutes ces réformes restèrent à l'état de projet, et lorsque arriva la Révolution, rien n'était encore changé; aussi les commissaires du Comité de mendicité durent signaler les mêmes lacunes , les mêmes inconvénients. Il faut cependant rendre justice aux louables tentatives du corps médical, dans les dernières années

''' I^erappoj't de Jacques Tenon forme vcmbrc i-jSG. Rapport des commissaires

un gros volume in-/i° de 128 pages, ctiargés par F Académie de l'examen du

mûluU: Extrait des registres de rÀca- projet d'un nouvel Hôtel- Dieu. Paris,

demie royale des sciences , du aa no- 1786. (Archives nationales, ADXIV 4.)

xxxii L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

de l'ancien régime, j)onr améliorer l'état sanilnire de l'Hotel- Dieu. Vers la lin de l'année 1789, le célèbre Desanlt, cliiiurgien en chef de l'Hôtel-Dieii, proposa et fit accepter par les administrateurs un certain nombre de moditications à la sidK; Saint-Paul, consistant en la suppression de trois tambours de charpente qui formaient saillie, en l'établissement de commodités à l'anglaise, en l'enlèvement d'une pierre à laver, en la diminution de l'espace occupé par la chapelle au profit des malades et en une nouvelle distribution des lits dans la salle Saint- Paul, ])ermettant de placer 820 lits au lieu de 21 o^'^. L'Administration rencontra une vive résistance chez les 72 religieuses augustines chargées du service des salles à l'Hôtel-Dieu, hostiles de pai'Ii ])ris à toute innovation, qui s'entêtèrent et prétendirent même engager une instance au Parlement. M. Necker fut obligé d'intervenir auprès de M. Joly de Fleury, procureur général de cette Cour, pour le prier de faire cesser cette opposition, d'autant plus ])réjudiciable (|ue les chaleurs se faisaient déjà sentir et allaient augmenter les inconvénients du mauvais air, pernicieux surtout dans une salle destinée aux blessés. A ce propos, M. Necker observait très judicieusement tr qu'il lui paraissait contraire à tous les principes de l'administration des établissements de charité que des religieuses, qui devaient être uniquement vouées au service des pauvres, pussent s'arroger une autorité temporelle et arrêter l'exécution de ce qui avait été arrêté par les administrateurs et par ceux-là seuls à qui une pareille autorité devait appartenir (^^. M. de Liancourt,dans son rapport fait au nom du Comité de mendicité, dut reconnaitie que l'opposition systématique des religieuses aux réformes salutaires décidées par les administrateurs avait éclaté avec scandale et amené une guerre intestine des plus regrettables, déclarant hautement qu'il fallait attribuer à l'empire exercé

'"' LA]nl'\o, Délibérations de l'ancien '"' Cf. le loine I" de notre recueil,

Bureau de l'IIôiel-Dieu, p. 5! 36. 11"' 38 et Sy.

INTRODUCTION

dans l'Hôtel-Dieu par les religieuses qui s'insurgeaient contre toute aulorité^'Ha perpétuité de plusieurs abus; dans leur omnipotence, elles allaient même jusqu'à empiéter sur le domaine des médecins et, lorsqu'il leur en prenait fantaisie, elles considéraient leurs prescriptions comme nulles et non avenues. Une adresse que les sœurs de l'Hôtel-Dieu envoyèrent en 1791 à l'Assemblée nationale afin d'être autorisées à recevoir des novices et à l'aire contracter des vœux solennels, contrairement à la législation qui n'admettait plus que les vœux simples, pro- \o(pia uiïQ grande fermentation parmi les i55 domestiques des deux sexes attachés à l'hôpittd, profondément blessés pnr les insinuations tnalveillantes des Hospitalières qui montraient sous un jour peu favorable les r^ mercenaires âe toutes religions, qui n'étaient d'aucunes, de toutes les mœurs, excepté les bonnes -n, suspectes en outre cr d'intempérance, d'immodestie, d'incontinence, de scandale et de larcin v. Les commissaires des hôpitaux s'occupèrent de cette affaire, et, le 29 juin, les religieuses durent désavouer publiquement les expressions injurieuses contenues dans leur mémoire, et proclamer en présence du commissaire de la section de Notre-Dame qu'elles n'avaient jamais eu l'intention d'inculper directement ou indii-ectement les personnes des deux sexes attachées au service de la maison ^'^l Les sœurs qui attaquaient avec violence la classe des domestiques, faisant preuve pai" là de peu de charité chrétienne, n'étaient pas elles-mêmes exemples de tout reproche; on les accusait d'être très partiales

''* Uu ciirioiiN. exemple du despolisme des ivlig-ieuses de l'Hôlel-Dieu se Irouve dans une Jellre adressée le 96 mars 1790 à la Clironijue de Paris (n" du 97 mars) par le sieur Boulels, i'un des chirurgiens de cet hôpital ; il y raconte les persécutions de tout genre que dut endurer la sœur Saint-Clément, religieuse professe, âgée de 2.5 h 96 ans, pour avoir manifesté le désir

de reprendre saliherté ; elle fut enfermée dans rinlirmerie, baignée, saignée et douchée pendant cinq jours, el il fdhit l'intervention du président du districl de Notre-Dame et du Comité ecclésiastique pour faire cesser ce scandaleux conflit. Voir le n° 5G du tome l" de notre recueil.

^'' L. Brièle . Dclibérnliom de l'ancien Bureau de V Holel-Dieit , p. 987, 990.

tMlM'.tMLniE NATKINALL.

et de prodiguer à certains malades privilégiés les petits soins, les attentions, au préjudice du plus grand nombre, et l'on demandait même leur remplacement par de pauvres veuves beaucoup plus recommandables ^'l

Tous les témoignages s'accordent à révéler l'existence de nombreux abus dans l'organisation de l'Hôtel-Dieu. Quels étaient ceux qui appelaient une réforme urgente ? i ° L'entassement , dans des salles relativement exiguës, des malades qui n'avaient point le volume d'air suffisant; a*" l'babitude déplorable de les coucher jusqu'à /i et 6 dans le même lit, ce qui présentait les plus graves inconvénients dans les cas de fièvres malignes, de petite vérole, de rougeole et surtout de gale; 3" la distribution arl)ili'aire des aliments aux malades, sans tenir compte des sujets qui étaient à la diète, et le gaspillage qui en était la conséquence; U° le maintien des convalescents dans les mêmes salles et dans les mêmes lits que les malades, la prolongation inutile de leur séjour dans l'hôpital, enfin les promenades qu'ils faisaient à moitié nus sur la partie découverte du pont Saint-Charles.

Comme l'on sait, l'Hotel-Dieu avait été en partie détruit par l'incendie de 1772; sa reconstruction se fit sur les dessins et sous la conduite de M. de Saint-Far, architecte des hôpitaux; elle n'était pas terminée en 178g. Le nouveau bâtiment donnait sur la rivière et en partie sur la rue du Marclié-Palu; il s'étendait depuis le Petit-Pont jusqu'au delà'du pont dit de Saint-Charles et faisait retour sur la rue. L'édifice comptait quatre étages, avec 2/1 croisées de façade sur la rivière, le rez-de-chaussée était en voûte surbaissée et en briques. Deux ponts faisaient communiquer les bâtiments de THôlel-Dieu situés des deux côtés du petit bras de la Seine; l'un, connu sous la dénomination de pont Saint-Charles,. donnait accès à la salle du même nom; l'autre, le pont au Double, sur lequel avait

''' Voir le plan pour la suppression de i'Hôtel-Dieu, pre'senté par le sieur Nicolson, avocat, dans le tome 1" de notre recueil, n° 45.

INTRODUCTION. xxxv

été édifiée une salle que longeait un passage public pour les piétons, conduisant rue de la Bûcherie, en face de la rue du Fouarre; à l'extrémité de cette salle, dénommée salle Saint- Thomas, se voyait du côté de la rue de la Bùclierie un portail dont l'architecture exécutée sur les dessins de Gamard était assez estimée^^). Nonobstant tous ces remaniements, l'Hôtel-Dieu avait encore au moment de la Révolution des parties très anciennes; sans parler des salles voûtées, remontant au moyen âge, qui se trouvaient le long de la rivière et qui n'ont disparu que de notre temps, on peut rappeler la belle façade du xni'' siècle, qui se développait à l'entrée de la rue de la Cité auprès du Petit- Pont, et présentait une partie ornée de riches sculptures; cette façade a été démolie au commencement de ce siècle ('^).

En 1790, l'Hôtel-Dieu renfermait 26 salles (^^ dont i3 destinées aux hommes et 12 aux femmes; au ta avril, ces salles étaient garnies de 1,701 lits, dont 676 grands, 176 moyens pouvant coucher chacun deux malades séparés par une cloison de planches, d'où leur nom de lits à cloison, 87/1 petits lits et 77 berceaux (''l Dans le cours de l'année 1790, THôlel-Dieu qui, au i'^'' janvier, avait 2,887 personnes en traitement, reçut 27,463 malades, dont 2/1,880 de la ville et de la campagne, 969 des hôpitaux et 1,687 enfants nouveau-nés, soit en tout 29,860 personnes; sur ce nombre, il en mourut 8,679, dont 1,898 hommes et i,A65 femmes, 171 enfants et i/i5 sujets des hôpitaux (^^. D'après le calcul fait par les commissaires du Gomité dé mendicité, chaque malade coûtait de 29 à 80 sols par jour. Malgré les revenus considérables dont jouissait l'Hôtel-

'*' Almanacli parisien en faveur des aux fous, la salle Saint-Jérôme servait

étrangers etdesvoyageurs,i'j82,]).iîio. pour les opérations, la salle Saint-

Tliiéry, Guide des amateurs et des étran- Landry pour les femmes grosses , et la

gers voyageurs h Paris, 1789. salle Sainte-The'rèse pour la crèche.

'■^' Cf. F. de Guilhermy, Description ^*' Voir le tome I" de notre recueil ,

archéologique des monuments de Paris, n°/i9. p. 367. '^' L.Brieie, Délibérations de l'ancien

^^^ La salle Saint- Louis était réservée Bureau de l'Hôtel-Dieu, p. 277.

xvxvi L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

Dieu, qui montaient à près de i,3oo,ooo livres, la situation de ce vaste établissement, au milieu de l'année 1790, était extrêmement précaire, au point que les administrateurs adressèrent, le 16 juin 1790, un mémoire à M. Necker ])our lui exposer la détresse dans laquelle se trouvait la caisse de l'Hotel- Dieu, les causes de cette détresse, les sommes ([ui lui étaient dues et les moyens de venir à son secours ^'l

Les causes de cet embarras financier étaient : 1 "les dépenses que l'administration de l'Hôtel-Dieu avait été obligée de l'aire pour l'aménagement de nouvelles salles, notamment pour la réunion en une seule salle des salles Saint-Landry et Sainte-Monique affectées aux femmes en couclie; y" les avances consenties par la caisse de f Hôtel-Dieu pour le payement des droits d'entrée auxquels cet bôpilal était assujetti depuis le i5 juin 1788; B^faugmentation croissante du prix des denrées depuis plusieurs années, augmentation portant principalement sur le blé, la viande, le vin et le bois et ayant occasionné un surcroît de dépense de plus de 100,000 livres pour le blé en 1789 et de 4o,ooo livres pour le vin en 1790; A° faugmenlation du nombre des consonmiateurs par suite des rigueurs de fliiver de 1788 à 1789, de la quantité de pauvres venus des provinces et de celle des ouvriers sans occupation, qui amenèrent autant de malades dans le cours de l'Iiiver de 1790 que durant 1 hiver précédent; 5" les retards éprouvés par l'Hôtel-Dieu dans le payement de ce qui lui était du. Les sommes réclamées par la caisse de fHôtel-Dieu étaient : 1° celles que devait le Gouvernement, tant pour faumône des femmes convalescentes que pour fabonnement de l'octroi sur le vin et sur le sel, s'élevant au chiffre de 869,608 livres 6 sols 6 deniers; 9° le montant des rentes arriérées de fHôtel-Dieu sur la Ville et le Domaine, représentant une somme de 396,979 livres; 3° les droits des pauvres dus par les spectacles, notamment fOpéra, formant un

^'^ Voir ce mémoire dans le lome 1" de notre recueil, n° à8.

INTRODUCTION. xxxvn

arriéré de 27,620 livres. Ces trois chapitres réunis donnaient un total de 772,^00 livres 6 sols 6 deniers. La caisse de FHôtel- Dieu se trouvait tellement obérée que les administrateurs durent avouer leur extrême pénurie; à la date du 28 juillet 1 790^'', ils avaient pour plus de 5oo,ooo francs de mémoires à solder, dont ils ne savaient oij prendre le premier écu; c'est à peine s'ils pouvaient suffire aux dépenses courantes payables l'argent à la main; en conséquence, ils insistèrent pour obtenir un règlement de /i 0,000 livres pour les nouvelles constructions de rHôtel-Dieu ,1e payement de dix-sept annéesd'arrérages d'une aumône de 3,6 00 livres pour les convalescentes, et l'indemnité proniise à l'Hôtel-Dieupour les droits d'entrée à raison de l'augmentation des consommateurs. Le 7 août 1790, M. Dufresne annonça l'allocation d'une somme de 20,000 livres à valoir sur celles dues à l'Hôtel-Dieu; c'était bien peu de chose en présence de l'arriéré énorme que révélait le mémoire des administra teurs^'-).

Pour compléter ce tableau de la situation de l'Holel-Dieu, il nous semble intéressant de noter les impressions d'un étranger, l'Allemand de Halein, qui fit un voyage en France dans le cours de l'année 1 790 et qui ne manqua pas de visiter les grands établissements hospitaliers de Paris et de Lyon, et de les mettre en paiallèle. Voici en quels termes il s'exprime dans la curieuse relation de son voyage, traduite par M. Chuquet et que notre savant confrère a bien voulu nous communiquer ^^^ :

rfj'ai eu occasion de comparer Lyon et Paris en visitant l'Hotel-Dieu. Ij'liôpital parisien n'a pas de salle aussi grande, aussi haute, aussi imposante que l'hôpital lyonnais. Je n'y ai pas trouvé tout à fait la propreté qui m'avait plu à Lyon. A Paris, deux ou trois malades couchent ensemble dans le même lit; à Lyon, chacun a son lit; à Paris, il faut, pour coucher

^'' Cf. le lome I" do notre recueil, Theil Dmlschlaïuh , (1er Schiveitz unâ

n"' 5o, 5i. Frunchreichs bci einem Reise voin Jalire

^"^' Cf. le même volnine, n" 5i. ^7/)^^' flaiiiboiiro-, 1791, a" parlie,

^'' J. A. von Halcin, lilicke aiif' cinnm p. •^Gy-^.Cx).

seul, avoir des protections. On compte maintenant à l'Hôtel- Dieu 4,5 00 malades à peu près, et l'hiver passé, il y en avait un instant 7,000 à la fois. On y voit, du reste, des aménagements qui manquent à l'hôpital de Lyon. L'eau est amenée par des tuyaux dans toutes les chambres, même dans celles des étages supérieurs, et une machine qu'un homme met en mouvement ne cesse de chasser le mauvais air et d'aspirer l'air frais. Quatre-vingts religieuses environ servent les malades. Elles étaient, à Lyon, habillées de noir; elles sont, à Paris, vêtues de blanc, et, ce qui m'étonna, cependant très propres. J'entrai à côté dans la salle des morts. Sept morts étaient encore là, enveloppés de leur blouse; ils avaient trépassé dans la journée, et c'est l'habituel tribut quotidien; tout près, une quantité de planches mal jointes pour des cercueils. ■»

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