HOPITAL SALM-LOUIS
L'hôpital Saint-Louis, dont la fondation remontait à Henri IV, était une dépendance de l'Hôtel-Dieu; il occupait un vaste emplacement entre le faubourg du Temple et le faubourg Saint- Martin, les bâtiments très beaux, très spacieux et parfaitement appropriés à la destination de l'hôpital, formaient deux grands carrés concentriques, l'un pour les malades, l'autre pour les employés et les annexes de l'établissement. Cette maison recevait de l'Hôtel-Dieu et d'autres hospices les malades atteints d affections contagieuses ou de scorbut, gale et ulcères; comme il y avait des cours et des potagers immenses, on y envoyait quelquefois des convalescents de l'Hôtel-Dieu pour y prendre l'air et se rétablir plus rapidement. L'enquête du Comité de mendicité constata les mêmes abus qu'à l'Hôtel-Dieu et, dans un hôpital où l'isolement semblait de rigueur, il n'était pas rare de voir plusieurs malheureux couchés dans le même lit, quoique atteints de maux contagieux et des maladies les plus répugnantes. Au 12 avril 1790, on comptait /i66 lits à l'hôpital Saint-Louis, savoir : 3i9 grands, 1-21 petits et 33 berceaux
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d'enfants (^). Dans le cours de cette même année l'Hôtel-Dieu y envoya 8^219 malades, dont 2,862 de la ville et de la campagne et 867 des hôpitaux, dont 826 de Bicêtre, 171 de la Salpêtrière' et 871 de la Pitié, ensemble 8,888 personnes. La mortalité fut de 65o individus, dont 866 hommes et 1 /i8 femmes de la ville et de la campagne et 201 des hôpitaux (-'. Dans les projets de réformes élaborés à la fin du règne de Louis XVI,riiôpital Saint-Louis figurait parmi les quatre hôpitaux qui devaient remplacer THôtel-Dieu, aussi était-il appelé à subir une transformation complète; l'architecte Raymond fut chargé de la direction des travaux, d'après le plan adopté, les nouveaux bâtiments devaient être séparés et placés en lignes parallèles (^'.
L'hôpital Sainte-Anne, fondé par Anne d'Autriche, devait recevoir, comme l'hôpital Saint-Louis, des malades atteints d'affections contagieuses W; il était situé sur les bords de la Bièvre, mais cet établissement resta inachevé et ne fut que très rarement appliqué à sa destination. Au moment de la Révolution, la jjlupart des bâtiments avaient été démolis, et l'on songeait à tirer parti de leur emplacement pour établir l'un des quatre nouveaux hôpitaux projetés.
L'hôpital des Incurables, rue de Sèvres, fondé de 1682 à 168/1 parle cardinal de la Rochefoucauld et Marguerite Rouillé, dame Le Bret, devait, comme son nom l'indique, recevoir les pauvres atteints de maladies incurables, à l'exception toutefois des fous, des épileptiques et des individus ayant des aft'ections
'"' Cf. le n° 58 de notre tome I". ^"' Voir le projet de maison de santé
^^' L. Brièle, Délibérations de l'ancien pour le traitement des chancres et ul-
Burcnu de l' Hôlel-Bicu , p. 277. cèros, pn^senle à M. Bailly par le sieur
'^' Cf. le tome I" de notre recueil, Longuet d'Hauleville, n° 99 de notre
n° 57. tome I".
contagieuses. Celte maison spacieuse, bien aérée, était entourée de vastes jardins, l'un d'eux servant même de promenade publique jusqu'à 5 heures; tout y respirait l'aisance et la propreté; la lingerie surtout était citée comme modèle. L'hôpital des Incurables comprenait deux corps de logis principaux, séparés par une église ou, pour mieux dire, une chapelle, qui fut consacrée, le 1 1 mars i64o, sous le vocable de l'Annonciation de la Vierge; lun de ces corps de logis était destiné aux hommes, l'autre aux femmes. La salle des liommes au rez-de-chaussée et à gauche de l'église formait une croix dont les deux branches aboutissaient à un centre commun, où s'élevait un autel. Aux quatre angles avaient été placés quatre bustes en marbre: ceux de saint Charles Borromée et de saint François de Sales, sculptés par Durand; ceux du cardinal de la Rochefoucauld et de l'évéque de Belley, par Philippe BuysterC). Dans l'église se voyaient quelques toiles remarquables : le tableau du maître-autel peint par Perrier et représentant une Annoîiciation; une Fuite en Egypte, par Philippe de Champagne, décorait la chapelle de droite; celle de gauche était ornée d'un ange gardien du même peintre. Au bas de l'autel se trouvaient deux tombes : Tune, contenant les entrailles du cardinal de la Rochefoucauld; 1 autre, celles de Pierre Le Camus, évêque de Bellev, décédé en mai i652'-.
Les salles de l'hôpital étaient occupées par 4/i6 incurables (199 hommes et 2/17 femmes) qui vivaient côte à côte, chacun dans un compartiment distinct, qu'isolait un rideau tenant lieu de cloison, formant une chambrette garnie d'un lit, d'une table, d'une chaise, d'un réchaud et autres menus objets.
Comme le revenu de l'hôpital se montait à près de /io 0,0 00 livres, chaque incurable coûtait en moyenne /i9 sous par jour. Les commissaires du Comité de mendicité qui visitèrent cette maison déclarèrent que dans aucun établissement hospitalier ils n'a-
'"' Ce sculpteur fit le mausolée du '*' Almanach parisien en faveur des
même cardinal, placé dans l'église étrangers et des voyageurs, 1789, Sainif-Geneviève. n. qot.
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valent vu se produire autant de réclamations contre l'Administration de la part des pensionnaires. Ces malades, d'esprit incpiiet et chagrin, probablement en raison de leurs infirmités irrémédiables, se plaignaient de tout, principalement de la parcimonie avec laquelle on les traitait, de la dureté et du despotisme des sœurs, de la négligence et du mauvais vouloir des domestiques. Les pensionnaires des Incurables consignèrent leurs doléances dans un mémoire qu'ils présentèrent, le 3 décembre 1789, à l'Assemblée nationale, mémoire qui renferme les plus curieux détails sur le régime de cet établissement^').
Sous l'inlluence des idées nouvelles, ils demandaient à ne plus être considérés comme des prisonniers, des esclaves, mais comme des bommes libres, et à ne plus être astreints à solliciter des billets de sortie. En ce qui concernait le coucbage, ils faisaient remarquer qu'on ne cardait plus les matelas et qu'on ne changeait plus leurs draps, comme autrefois, tous les mois. Ils trouvaient insuffisant leur linge de corps (en effet, ils ne recevaient qu'une cbemise par semaine), et voulaient un troisième mouchoir, ainsi qu'un essuie-mains, chaque semaine. Mêmes plaintes pour leur habillement: une pauvre veste de serge non doublée ne les garantissait pas du froid; la paire de bas et la paire de souliers qu'on leur donnait par année ne pouvaient suffire, surtout à ceux que les infirmités ne clouaient pas dans leur lit. Ces déshérités n'avaient même pas les petites douceurs si appréciées des vieillards malades : point de tabac, point de chandelle, ce qui les obligeait à passer une partie de leur existence dans les ténèbres, n'étant éclairés que par quelques réverbères qui s'éteignaient souvent au milieu de la nuit; point de sucre, et pourtant ils n'étaient pas exigeants sous ce rapport, car ils se seraient contentés d'une demi-livre par mois et d'un petit pot de confitures par semaine. Le régime de l'établissement leur semblait foi'tdur, ils demandaient avec
Cf. le tomo I" (lo notre rpciieil, n" 60.
xLii L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.
assez de raison quelle était la nécessité de faire coucher des infirmes à k heures du soir et de les faire lever à 5 heures du matin , juste au moment oiî il leur serait loisible de commencer à goûter un peu de repos , cr les punaises s'étant retirées ri. Ces pensionnaires se plaignaient aussi de la rigueur avec laquelle étaient traités les pauvres malades, qui ne recevaient jamais aucun vin fortifiant, à moins d'être à l'agonie, ou dans les bonnes grâces de la supérieure; ils trouvaient aussi cjue l'alimentation n'était pas assez variée pour des vieillards qui se fatiguaient de manger toujours de la soupe et du bœuf, et auraient souhaité un peu de viande rôtie, de même que pour les jours maigres, ils auraient préféré un peu de limande, de merlan ou de hareng, qu'on ne leur servait qu'une fois par semaine, sous le prétexte de la cherté du poisson. Les pensionnaires des Incurables résumaient leurs griefs en faisant ressortir le peu d'égards que les gens de service avaient pour eux, la partialité des sœurs qui choyaient leurs préférés, et, chose plus grave, leur manque absolu de scrupules et même leurs malversations; à tort ou à raison, on reprochait à ces religieuses de se fournir aux dépens de l'établissement, de ne penser qu'à enrichir leur maison et de s'en retourner à Saint-Lazare chargées de paquets. Elles étaient, disaient les Incurables, au nombre de /la ou 4/», mais 20 bonnes servantes feraient bien leur ouvrage , ce qui serait tout à l'avantage de l'hôpital, car, ajoutaient-ils, si l'on était mécontent de leur service , on pourrait les renvoyer, et rien ne sortirait de la maison. Les commissaires du Comité de mendicité , dont l'impartialité ne saurait être mise en doute, furent obligés de reconnaître que jusqu'à un certain point ces plaintes étaient fondées et que l'administration des Incurables laissait bien à désirer sous le rapport de Tordre, de l'économie et de l'application des règlements. Ils ne voyaient même qu'une solution, la suppression complète de cet hôpital et l'aliénation de ses biens, proposant d'utiliser ces ressources, par l'allocation de pensions annuelles à un certain nombre de pauvres qui soigneraient leurs
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infirmités chez eux, au milieu de parents, d'amis et de voisins. Grâce à cette combinaison, au lieu de 4 A 6 incurables, tous mécontents de leur sort, on pourrait secourir efficacement 1,000 à i,5oo individus de même espèce qui combleraient de bénédictions leurs bienfaiteurs.
HÔPITAL-GÉNÉRAL
L'hôpital de la Pitié, centre à la fois des maisons réunies sous la dénomination d'Hôpital-Général et hôpital particulier, se trouvait à l'extrémité de la rue Saint-Victor, à l'entrée de la rue Copeau, entre les rues du Battoir et du Jardin-des-Plantes; rien n'y frappait l'attention, à part quelques tableaux dans l'église, tels qu'une Descente de croix de Daniel de Volterre, peinture de valeur, mais fort endommagée; un tableau de Louis Boulogne, représentant des petits enfants agenouillés devant une personnification de la Charité; un autre de la Conversion de saint Paul, enfin quelques sculptures, notamment une Pitié en marbre blanc (').
Considéré comme centre de THôpital-Général, la Pitié était le lieu de réunion des administrateurs appelés à statuer sur les réceptions des pauvres dans les diverses maisons de l'Hôpital-Général, et renfermait plusieurs magasins, surtout d'objets d'habillement. La maison de la Pitié était en même temps un hôpital spécialement réservé aux enfants pauvres du sexe masculin, que l'on recevait depuis l'âge de h ans jusqu'à celui de 12, sur un certificat attestant leur indigence, et que l'on élevait jusqu'à leur première communion et leur mise en apprentissage.
On possède sur le régime de cet hôpital les notions les plus
^'' Almanach parisien en faveur des étranfrcrs H voyageurs, 1789, p. 9o5.
xLiv L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.
complètes, qui furent transmises le 17 mai 1790 au département des hôpitaux par les administrateurs de rHo])ital-Général, et accompagnées d'observations détaillées sur les maladies et le traitement des malades à la Pitié, que rédigea M. Brun, cliiruro^ien en chef des maisons de rHôj)ital-Généial, et qu'il prit soin d'adresser au même déparlement, le 1 7 juin suivant^'l Ce rapport très développé a d'autant plus de prix que c'est le seul document de cette nature qui nous soit resté, et fa il vivement regretter la perle de tous les mémoires analogues présentés à cette époque parles médecins et chirurgiens des hôpitaux de Paris; il permet de vérifier et de contrôler les renseignements, d'ailleurs très précis, fournis sur l'état sanitaire de la maison de la Pitié par le rapport de M. de Liancourt.
Les enfants admis dans cet établissement étaient répartis, suivant leur âge, en sept divisions ou emplois; une division spéciale était consacrée à ceux de A à 8 ans; en général, tous les enfants, sauf les plus jeunes, avaient chacun leur lit; en mai 1790, l'hôpital en comptait 1,100 pour 1,896 pensionnaires. Le Comité de mendicité, tout en trouvant ingénieuse l'adoption de lits d'un nouveau système, lits à tiroir, qui pendant le jour rentraient sous les autres, prétendait, non sans raison, que cette disposition ne permettait pas d'aérer sufTisamment la literie et était par conséquent malsaine. Le régime alimentaire de ces enfants était peu varié; les dimanches, mardis et jeudis, ils avaient de la soupe grasse et un quarteron de viande; les lundis, mercredis et vendredis, une soupe de pois, un plat de pois, fèves ou lentilles et du riz.
En ce qui touchait leur instruction, il y avait de grandes et de petites classes. Les petites classes étaient composées d'enfants auxquels on apprenait les premiers éléments de la lecture, de l'écriture et de la religion. Dans les grandes classes, les enfants recevaient une instruction plus ajiprofondie, beaucoup
''> Cf. les n"' G5 et G6 de notre tome I".
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trop approfondie même, surtout pour les matières religieuses: en effet, que penser de l'aberration des administrateurs qui faisaient consacrer cinq heures par jour à des études quasi-tliéologiques, pour mettre des enfants en état d'expliquer à l'archevêque de Paris des propositions comme celle-ci : Jésus-Clirisl jiguré far les patriarches de F Ancien Testament et Jésus-Christ prédit par tous les prophètes! Les commissaires du Comité de mendicité s'élevèrent avec énergie contre une instruction aussi peu rationnelle et déclarèrent que ces enfants n'avaient besoin que de principes religieux, ajoutant que le travail serait leur meilleure sauvegarde. Par une anomalie singulière, ces enfants, appartenant aux plus humbles conditions, n'étaient occupés à aucun travail, sauf les plus grands qui suivaient les convois, et par conséquent façonnés à l'oisiveté, à 1 inertie, ils devenaient pour la plupart des êtres nuisibles à la société. Les administrateurs interrogés à ce sujet se défendirent en objectant que la maison de la Pitié était comme l'égout des hospices particuliers des paroisses, d'où Ton envoyait à la Pitié, pour s'en débarrasser, tous les sujets ditficiles, paresseux, ou d'une conception décourageante; bien plus, que beaucoup d'enfants envoyés par leurs parents à titre correctionnel ne restaient à l'hôpital que quelques semaines. Quel était le résultat de cette éducation sans travail? c'est que les enfants mis en apprentissage dans Paris, pour les trois quarts désertaient leurs maîtres, devenaient des vagabonds et des mendiants, véritables recrues pour les cabanons de Bicêtre. Maintenant il faut bien reconnaître que la plupart des enfants reçus à la Pitié y arrivaient viciés tant au moral qu'au physique; il n'était même pas facile de leur appliquer un traitement; cet hôpital, où i,3oo enfants se trouvaient réunis, ne possédait pas seulement d'infirmerie; ces malheureux allaient périr en masse à l'Hôtel-Dieu, ou en rapportaient la gale qui y régnait à l'état endémique. Vers le milieu de l'année 1790, on comptait à la Pitié 100 enfants galeux et 1 36 teigneux, que l'on soignait suivant la méthode habituelle. Pour la gale , le spécifique
xLvi L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.
employé était une pommade soufrée; pour la teigne, un onguent de poix-résine appliqué sur le cuir chevelu; ce dernier traitement durait de quatre à cinq mois; les galeux et teigneux étaient placés dans des salles particulières. Le scorbut régnait éo^alement parmi ces enfants , mais avec une intensité beaucoup moindre depuis un certain nombre d'années, grâce à un meilleur régime alimentaire comprenant plus de végétaux et de farineux qu'autrefois; les scorbutiques dont l'état s'aggravait étaient envoyés à l'hôpital Saint-Louis. L'Administration indiquait parmi les causes de la corriq^tion de l'air les étoffes huileuses et grossières qui servaient à l'habillement des enfants, et exprima le vœu d'y substituer de gros draps, des flanelles ou des toiles, suivant les saisons. La maison de la Pitié expédiait à Bicêtre tous les sujets qui, par suite de leurs infirmités, ne pouvaient participer à l'éducation commune : les imbéciles, estropiés, épileptiques, dartreux, scrofuleiix et ceux qui étaient sujets à l'incontinence d'urine. Autrefois les enfants atteints de fièvres éruptives recevaient à l'Hôtel-Dieu les soins que nécessitait leur état, mais on se départit de cet usage, sauf pour les malades de la petite vérole, en raison du danger de la contagion, et l'on soigna sur place la scarlatine ou fièvre rouge, avec succès, puisque très souvent ces enfants échappaient à la coqueluche, consécutive de cette affection. On comptait parmi les maladies les plus fréquentes, en hiver, les rhumes, pleurésies, fluxions de poitrine; en automne, les fièvres bilieuses, putrides et la dysenterie; mais il est juste de dire que le service médical ne laissait rien à désirer, aussi la mortalité était-elle très faible , les seuls enfants qui succombaient appartenaient à la catégorie des étiques et étaient en quelque sorte condamnés dès le berceau.
Lors de leur visite à la Pitié, les commissaires du Comité de mendicité, avec leur sens exact des réformes qui s'imposaient dans chaque hôpital, ne purent s'empêcher de faire observer qu'une vigilance mieux entendue aurait dû depuis longtemps
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transformer l'hôpital de la Pitié, et le remplacer par 5 ou 6 maisons à la campagne, oii les enfants auraient trouvé l'air et le mouvement indispensables à leur âge et auraient pris l'habitude du travail , tandis que l'esprit de routine perpétuait à Paris un établissement qui ne rendait aucun service, mais que les administrateurs, observateurs scrupuleux de traditions surannées, tenaient à garder sous leurs yeux et sous leur main.
L'hôpital des Enfants-Trouvés, qui servait de dépôt et d'hospice pour les enfants abandonnés, faisait partie depuis 1670 de l'Hôpital-Général ; il se composait de trois maisons : la maison de la Couche ou de la Crèche, sur le parvis JNotre-Dame, la maison du faubourg Saint- Antoine et l'hospice de Vaugirard; chacune de ces maisons avait une destination spéciale. La première recevait tous les enfants nouveau-nés, la seconde se chargeait de leur éducation à partir de l'âge de cinq ou six ans, et la troisième était réservée aux enfants nouveau-nés atteints de la maladie vénérienne.
La maison de la Couche, dont la façade et l'entrée se trouvaient sur la rue Neuve-Notre-Dame, avait été rebâtie en 17^7 sur l'emplacement de l'église Sainte-Geneviève-des-Ardents, d'après les plans du célèbre architecte Boiïrand. On admirait beaucoup la chapelle décorée par Natoire et Brunetti de peintures représentant la Nativité, l'Adoration des Mages et des Bergers, peintures qui furent même reproduites en c[uinze planches par Fessard; sur l'autel se voyaient deux figures peintes en ronde bosse, saint Vincent de Paul et sainte Geneviève des Ardents.
Les enfants nouveau-nés qu'on apportait à la maison de la Couche y étaient reçus à toute heure du jour et de la nuit; le jour à la porte, et la nuit par les soins d'une sœur et d'une nourrice, sans autre formalité que la production d'un procèsverbal dressé par le commissaire du quartier pour constater le
xLviii L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.
lieu , le jour et l'heuie où l'eufant avait été trouvé, avec le nom de la personne qui le présentait. Le nombre de ces enfants abandonnés s'élevait à environ 6,000 par année, la plupart originaires de Paris; pourtant 700 a 800 venaient de la province, notamment de Bourgogne. Ces petits êtres restaient à l'bopital, qui avait toujours cent berceaux réservés à cet effet, jusqu'à leur mise en nourrice à la campagne, dans un rayon de ko lieues, principalement en Picardie , en Normandie , en Bourgogne et en Champagne, mais les deux tiers succombaient dans le cours du premier mois, viciés qu'ils étaient dès leur naissance par la débauche ou la misère de leurs parents. Une maladie inflammatoire, éminemment contagieuse, le muguet, en moissonnait un grand nombre; une autre affection singulière, assez fréquente chez les enfants apportés à l'hôpital, était l'endurcissement du tissu cellulaire, que les médecins attribuaient à l'intempéiie de l'air au moment de leur naissance; mais le nmguet et les fatigues du voyage étaient regardés comme les causes principales et à peu près permanentes de la mortalité de ces nouveau-nés. Pour encourager les Jiourrices à mieux soigner leurs nourrissons, l'Administration leur allouait une prime de 6 livres à la (in des trois premiers mois, et une prime pareille à la fin du neuvième mois; seulement, par une incurie regrettable, les enfants une fois placés en nourrice semblaient oubliés; ils n'étaient l'objet d'aucune surveillance, d'aucune visite médicale, de façon à signaler leur état de santé ou de dépérissement; un certificat du curé de l'endroit où ils se trouvaient, constatant simplement leur existence ou leur décès, renseignait chaque année l'Administration ([ui ne leur donnait jamais aucune marque d'intérêt. Ceux de ces pauvres petits qui échappaient à tous les dangers de la première enfance étaient, ou conservés parles nourrices qui recevaient une pension de /io livres pour leur entretien jusquà 1 âge de seize ans, ou ramenés entre six et sept ans à la maison du faubourg Saint- Antoine, qui se chargeait de leur éducation jusqu'au moment
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de leur première communion et jusqu'à ce qu'ils fussent en état d'apprendre un métier; les résultats qu'on y obtenait ne paraissaient guère satisfaisants: faute de débouchés, les petits garçons n'étaient occupés à aucun travail, sauf le tricot; les petites filles seules apprenaient la broderie ou la couture et formaient de médiocres ouvrières ou servantes. Cette seconde maison des Enfants-Trouvés avait contenu jusqu'à 800 enfants, mais on en réduisit le nombre à /loo, en raison des dangers de mortalité résultant d'une aussi forte agglomération ^^l
L'hôpital des Enfants-Trouvés, en raison de la protection qu'il accordait à l'enlance abandonnée, attirait tous les regards et recueillait toutes les sympathies; ce fut le seul établissement hospitalier que Louis XVI honora de sa visite. Le 1 0 février 1790, en compagnie de la famille royale, il vint au sortir de Notre-Dame à l'hôpital du parvis au moment où l'on venait d'y apporter un enfant trouvé sous le porche de Saint-Germainl'Auxerrois; il fut reçu par Bailly et parcourut toutes les salles. Après avoir examiné avec un vif intérêt cet asile de la miséricorde, le roi et sa famille témoignèrent leur satisfaction de la propreté, du soin et de l'ordre qui y régnaient ^^^
Effectivement, les deux maisons de la Couche et du faubourg Saint-Antoine, confiées à la touchante sollicitude des sœurs de charité, étaient tenues dans un ordre parfait, avec une propreté méticuleuse.
Les membres du Comité de mendicité se plurent à reconnaître les soins charitables de tous les instants donnés par ces sœurs; du reste, il n'y avait qu'une voix pour célébrer leurs louanges. Deux étrangers de distinction qui, dans les premières années de la Révolution, vinrent à Paris et visitèrent l'hôpital du parvis Notre-Dame, rendirent le même témoignage.
''^ Cf. les réponses aux questions '^' Cf. le Journal de Paris, nuiném
faites par M. de Jussieu sur les hôpi- du i3 février 1790 et les Révolutions de
taux des Enfants-Trouvés, n" 108 du Paris, n" 3i, p. 3o, avec une gravure