LES ATELIERS DE FILATURE
Dans les premiers iiiomeiits de la Révolution, on n'avait pensé qu'à organiser des ateliers de charité pour les hommes, dont le désœuvrement et la misère étaient une menace constante pour le corps social; mais il y avait les femmes et les enfants, non moins dignes de pitié, et qu'on ne pouvait em- ])loyer à des travaux de terrassement. L'ouverture d'ateliers de lilature, où femmes et enfants trouveraient une hesogne commode, appropriée à leurs facultés physiques, préoccupa de honne heure les esprits. Le département des hôpitaux eut à exammer de nombreux projets d'ateliers publics de filature, présentés par divers particuliers; voici un aperçu de quelquesuns de ces projets qui renferment parfois des vues neuves et originales et qui donnèrent lieu à d'intéressants rapports.
Vers la fin d'octobre 1789, un mécanicien connu par d'ingénieuses inventions, le sieur Hildebrand, proposa, sans succès d'ailleurs, de former un établissement pour la filature et la fabrication des toiles; on lui objecta la difficulté d'écouler les produits, à moins de se borner à la fabrication de todes tout à fait grossières, et l'on ne semble pas avoir donné suite à sa demande de commissaires pour l'examen de ses plans et machines ^^K
Au mois de mai suivant, un ancien manufacturier en toile de coton du faubourg Saint-Antoine, obligé de suspendre son industrie par suite de l'inqjossibilité de lutter contre la concur-
*'' Cf. le tome 11 de notre recueil, 11" 107.
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rence anglaise, offrit à M. Bailly de se charger de rorganisatioii d'un atelier susceptible d'occuper loo personnes, où l'on fabiiquerait des siamoises, c'est-à-dire des étoffes fd et coton à l'instar de celles de Troyes. Quoique ce fabricant mît l'outillage nécessaire à la disposition de la Municipalité, il renouvela en pure perte ses offres de service '').
A la même époque, la veuve Pallouis, qui exploitait une fabrique assez prospère à Versailles, pour la préparation et la fdature d'une soie connue sous le nom de vraie galelte on galette de Suisse, envoya un mémoire tendant à l'établissement d'une manufacture analogue sous les auspices de la Municipalité; tout en reconnaissant la perfection de sa fabrication, le département des hôpitaux jugea que cette filature de soie ne trouverait que fort peu de débouchés à Paris et, par conséquent, ne pourrait fournir un travail utile et durable aux pauvres de la capitale ^-^
Le 1 /i juin 1 790 , le secrétaire trésorier des pauvres du district de la Trinité adressant ses remerciements à M. Bailly pour l'envoi de riz et de fécule de pommes de terre destinés à l'alimentation des indigents de ce district, fit l'offre d'un local dépendant de l'hôpital de la Tiinité à l'effet d'installer un atelier de filature'^'.
Au mois de novembre de la même année, le sieur Duclos, marchand mercier au Palais-Royal, dont la boutique avait été conq)lètement dévalisée en une nuit, fit parvenir plusieurs mémoires à la municipalité parisienne pour l'adoption d'un procédé secret de son invention, permettant de doimer au colon filé dans les ateliers la teinture rouge des Indes et de le rendre propre à la fabrication des mouchoirs. Sans prendre aucun engagement, on voulut bien consentir à faire l'essai de sa teinture (*l
Pendant ce temps, un sieur Martin Martinet, se présentant sous les auspices des Comités d'agriculture et de mendicité , demandait la concession gratuite d'un local pour l'installation d'une
'^' Cf. le tome II de notre recueil, ''' Cf. le tome II de notre recueil,
n" 109. nMi3.
<') Ibid.,n'' 110. '*) Ibid., n°i57.
INTRODUCTION. clxi
manufacture propre à tirer parti d'une qualité de soie jusqu'alors sans valeurC); et un sieur Dellecourt,*dans la louable pensée d'utiliser les loisirs des nombreux enfants de la Pitié, qui croupissaient dans l'oisiveté, proposait de leur donner une occupation sérieuse en établissant dans cet hôpital une manufacture de toiles de fil et de coton de toutes couleurs (2).
Dans un mémoire présenté le 8 décembre 1790 aux officiers municipaux (3), les sieurs Hugon et Posse, l'un fai3ricant, l'autre contremaître à Abbeville dans la manulacture de Vanrobais, par conséquent au courant des meilleurs procédés de fabrication, développèrent un système d'après lequel ils offraient de prendre à leur compte un atelier public de fdature pouvant occuper 3,000 à A, 000 ouvriers, moyennant l'allocation d'une somme de 60,000 à 80,000 livres pour frais de première installation, et d'une subvention de '200,000 livres payable au fur et à mesure des besoins, indépendamment d'une somme de 1 sol 6 deniers par individu, auquel on fournirait le matin une ration de soupe et le soir une ration de légumes.
Enfin, au mois de septembre 1791, un sieur Tonnellier, bourgeois de Paris, d'une part, et une dame Houbron, d'autre part, soumirent à M. Bailly des projets d'établissement de manufactures de blondes et dentelles pour occuper un certain nombre de petites filles de 7 à 1 2 ans, et les soustraire ainsi à la dépravation qui régnait dans les ateliers de filature; c'était à la fois un atelier d'apprentissage et une école d'instruction chrétienne, le but que se proposaient les auteurs de ces conceptions généreuses était assurément des plus méritoires W.
Ces propositions variées, qui se recommandaient toutes par un vif désir de contribuer au soulagement de la classe ouvrière, demeurèrent à l'état de projet. Les seuls établissements formés à Pans, en vue d'occuper utilement les femmes et les enfants,
"> Cf. le tome II de notre recueil, <') Cf. le loine II de notre recueil
''^ /i'V^-, n" loç). (") M/,/.,,r 188 et 191.
iMi'Rurmc NiTTo\Mr.e
cAii L'ASSISTANCE PUBLIOUK A PARIS.
éinftnenl de l'action combinée des pouvoirs ])ublics et de la Municipalité.
Dans le programme des nouveaux ateliers de charité institués par le décret du 3o mai 1790 figurait l'organisation d'ateliers de fdature.Un décret de l'Assemblée nationale, du 10 juin lygo, autorisa la municipalité de Paris à faire évacuer le couvent des Récollets du faubourg Saint-Laurent et celui des Dominicains de la rue Saint-Jacques, afin de les convertir provisoirement, soit en dépôt pour mendiants infirmes, soit en atelier de travail pour les mendiants valides. La Municipalité chargea les départements des hôpitaux et des travaux publics, chacun dans la sphère de ses attributions, d'organiser des ateliers de filature. Dès le mois de juillet, le département des travaux publics fit dresser par M. Poyet, architecte de la Ville, un devis estimatif^') des travaux nécessaires pour l'établissement d'ateliers de filature dans ces deux couvents, travaux évalués, pour celui des Récollels à 1,600 livres, et pour celui des Jacobins à 6,3 16 livres, puis un règlement détermina les conditions du travail dans ces ateliers (^^.
Voici les principales dispositions rpii furent arrêtées. Le travail devait être limité à la filature du cpton et du chanvre; ne pouvaient être admis aux ateliers que les femmes, les enfants audessous de 16 ans, ainsi que les vieillards hors d'état de travailler la terre, et à la condition expresse : 1^ d'être domiciliés à Paris depuis six mois pour les pauvres nés dans le royaume, et depuis un an pour les étrangers; 2° de présenter un certificat d'indigence du curé de leur paroisse. Les femmes devaient s'acquitter de leur besogne dans des locaux distincts de ceux des enfants et des viedlards, sous la surveillance d'une maîtresse d'atelier, tandis que les hommes travaillaient sous la conduite d'un inspecteur. Chaque établissement comportait un atelier
''' Cf. le lome II do noire recueil, n" i ."ii. — *' Jhid.. v," i.'îy.
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d'épreuve permeltanl de répartir les pauvres suivant leur capacité, et un atelier d'instruction pour les initier aux procédés de fabrication. A la tête de chaque maison était placé un directeur charufé de suivre les travaux, de teuir les registres de recettes et de dépenses, de recevoir et distribuer les matières, de vérifier les comptes des inspecteurs et maîtresses de travail, de maintenir les règlements et de veiller à la police intérieure de l'établissement. Les ateliers devaient s'ouvrir à 7 heures du matin et se fermer à 7 heures du soir. Une fois entrés dans les ateliers, les pauvres ne pouvaient en sortir, mais il leur était accordé une heure pour déjeuner et une heure pour dîner, de 9 à 1 o heures du matin pour le premier repas et de 9, à 3 heures après midi pour le second. A chacun de ces repas, on distribuait aux pauvres, à titre de secours et sans préjudice de la rémunération de leur travad, une portion de riz et de légumes cuits, délivrés gratuitement par ordre de M. Bailly au magasin de l'École militaire; chaque pauvre devait apporter son pain et un récipient pour mettre ces aliments que l'on servait hors des ateliers dans des sortes de réfectoires. L'heure des repas était, comme celle de la rentrée dans les ateliers, annoncée par une cloche. Le coton et le chanvre se distribuaient par paquets de ^5 à 100 livres aux inspecteurs et maîtresses d'atelier, qui en étaient comptables et devaient tenir un registre des livraisons partielles faites à chaque ])auvre, ainsi que de la rentrée des fils. Le prix de la filature, tant du coton que du chanvre, se trouvait réglé ])ar un tarif affiché dans les ateliers avec des échantillons des diverses sortes de fils. Le payement des salaires s'elFectuait le dernier jour de chaque semaine sur des états certifiés par les inspecteurs et maîtresses de travail, et contrôlés par un administrateur du département des hôpitaux. Ces états, divisés par colonnes, contenaient le nom de chaque pauvre, son numéro d'enregistrement, la quantité et le prix du fil qu'il avait filé. Quant aux enfants admis à l'atelier d'instruction, ils ne devaient recevoir qu'un salaire de 3 sols par jour durant leur
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apprentissage. Le directeur était astieint à envoyer jour par jour au département des liôpitaux un tableau certifié du nombre des pauvres existant dans l'établissement, et chaque semaine, un double de l'état dressé pour le règlement des salaires.
La dépense prévue pour l'exploitation des deux ateliers des Récollets et des Jacobins se montait à 1 2,/ioo livres par année, savoir : C,ooo livres ])our les appointements des deux directeurs; 1,600 livres pour ceux de deux commis chargés de répondre aux gardes nationaux qui amèneraient des pauvres ou aux malheureux qui viendraient demander de l'ouvrage; 1,200 livres pour les gages de deux portiers, qui remplissaient en même temps l'office de garçons de magasin pour manier les ballots et faire les gros ouvrages; quatre maîtresses d'atelier, à raison de 600 livres chacune, et deux maîtres d'atelier pour les garçons payés également 600 livres; seulement le nombre des maîtresses d'atelier n'était pas rigoureusement fixé et devait dépendre du nombre des pauvres qui se présenteraient aux travaux de filature. On évaluait à 1,200 dans chacun des ateliers le nombre des ouvriers pouvant filer individuellement une demi-livre de coton par jour, ce qui, à raison de Ao sols la livre, nécessitait une avance de 72,000 livres pour le premier mois; la façon et le cardage de ce coton estimé 3o sols la livre exigeaient encore une avance analogue de 36, 000 livres; ces débours n'étaient que momentanés, attendu qu'on pensait les récupérer par la vente des cotons ('). Mais la dépense dépassa de beaucoup les prévisions; là, comme partout ailleurs, se glissa le favoritisme qui créa de nombreuses places. L'atelier des Jacobins à lui seul comprenait 18 employés qui coûtaient i5,38o livres, celui des Récollels 10, payés io,5oo livres, soit 20,880 livres, au lieu des i2,4oo livres inscrites au budget de ces ateliers.
'' Voir l'aperçu de la dépense que ne'cessiteront les ateliers de filature, t. Il de notre recueil, n" isg.
INTRODUCTION. clxv
Dès Torigine, le fonctionnement des ateliers de fdatuie souleva de grosses difficultés. Comme ces établissements étaient réservés aux femmes et anx enfants au-dessous de 16 ans, le département des travaux publics fit faire le relevé des enfants occupés dans le^ ateliers de terrasse pour les renvoyer aux ateliers de filature, et prévint M. de Jussieu, chargé de la direction du département des bôpitaux, que ces enfants étaient au nombre de 700; celui-ci objecta dans sa réponse que ces enfants ne consentiraient probablement pas à recevoir le modique salaire de 3 sols comme apprentis, après avoir touché la paye de 20 sols comme terrassiers ''^. D'un autre côté, le procureur de la Commune et le lieutenant de maire au département de police expédiaient aux ateliers de filature de jeunes détenus pour les y occuper^'-^, sans se rendre compte que ces mauvais sujets, habitués à une vie errante et turbulente, ne resteraient pas dans lefe ateliers ou y introduiraient un élément de désordre. Il résulte, en effet, d'une lettre du département de police à celui des établissements publics que l'on se donnait parfois beaucoup de peine pour faire admettre dans les ateliers de fdature de jeunes vagabonds qui refusaient d'y entrer ^^K Malgré les observations présentées par M. de Jussieu, M. Cellerier insista pour la réception dans les ateliers de fdature des jeunes gens audessous de 1 8 ans qu'en vertu des règlements d ne pouvait absolument pas conserver dans les ateliers de terrasse ^*l
line autre question, non moins grave au point de vue financier, était celle du chômage des ateliers pendant les jours fériés. M. de Jussieu, par un sentiment d'humanité fort respectable, permettait aux femmes et aux enfanis d'y travailler les jours de fête et même les dimanches; son collègue du département des travaux publics, M. Cellerier, dut lui représenter que si les ateliers de filature restaient ouverts les jours fériés,
''' Cf. le lome II de noire recueil, '■^' Cf. le lome II de notre recueil,
n" i/jo, i/iZI, i53. n" lia, 177.
-' Ib{d.,n" i/i9. w Ibid.^n" ifili.
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on serait oblige d'agir de même pour les ateliers de terrasse, qui occupaient alors 18,000 ouvriers, et Ion imposerait une charge énorme au Trésor public ^'^.
L'admission des pauvres dans les ateliers des Jacobins et des Récollets occasionna de nombreux abus de nature à faire dévier ces institutions charitables de l'objet qu'elles se proj)Osaient. Le département des hôpitaux s'en fit rendre compte et reconnut : 1° que des femmes et des enfants employés à des travaux de fdature chez des particuliers les avaient abandonnés dans l'espoir d'obtenir aux iiouveaux ateliers un salaire plus élevé; 2" que de faux indigents étaient parvenus à surprendre la religion des conn'tés des sections et à obtenir indûment les certificats nécessaires pour leui- admission; 3" que les j)auvres, porteijrs des certificats, se présentaient journellement en foule aux bureaux du département, rue des Bernardins, et troublaient le quartier par leurs clameurs; les femmes surtout, en nombre considérable, s'amassaient aux j)ortes des Bernardins, et connue elles étaient obligées de stationner et de revenir pbisieurs fois, elles s'aigrissaient et devenaient quinteuses; à ce propos le secrétaire de la section du Jardin-des-iMantes faisait cette réflexion ironique : crEn tout temps, ces femmes ne valaient pas grand' chose et encore moins quand la bile était en fermentation ^'-^n
Le département des hôpitaux, désireux de porter remède à ces abus, prit un arrêté, le 5 octobre 1790^^, et décida: 1° que le prix du travail oflert aux pauvres dans les ateliers de filature serait toujours inférieur à celui des travaux de même nature dans les fabriques particulières de la capitale; -2°, 3° que les ouvriers réclamés par leurs patrons et convaincus d'avoir abandonné des filatures seraient exclus des ateliers, comme ceux qui , possédant des moyens d'existence, auraient induit en erreur
^'' Cf. le tome II de notre recueil, giiiai, porte les signatures de MM. Bailly,
n' i46. de Jussieu, de Langlard, Guignai'd et
^'' Ihid., n" 1 5 1 . Sabatier. Cf. le tome 11 de notre recueil ,
•^' Ce règlement, qui existe en ori- iT 100.
INTRODUCTION. cuxvii
les comités des sections et obtenu des certificats d indigence; à'^ que les comités des sections seraient priés de prendre des informations exactes sur le sort et la condition des personnes qui se présenteraient pour demander du travail dans les ateliers de fdature, afin de ne les adresser au département qu'après avoir acquis la certitude de leur droit à recourir à l'assistance publique; 5" qu'il ne serait délivré dans les bureaux du département, en l'hôtel de Pontij^nv, rue et cloître des Bernardins, aucun billet pour l'admission des pauvres aux ateliers, les dimanches et lètes, et, pour les autres jours, que les billets ne seraient distribués que de 9 heures à 2 heures dans la matinée et de 5 heures à 8 heures le soir; en conséquence, que les pauvres ne pourraient stationner à d'autres moments auprès des bureaux, sous prétexte d'y attendre la délivrance des billets, et que ceux qui auraient causé le moindre trouble ne pourraient plus être acceptés aux ateliers.
Dans la pratique, on fut obligé de mettre des restrictions à 1 admission des pauvres; les ateliers ne pouvant contenir qu'un nombre très limité d'individus, celui des Jacobins de 1,900 à i,5oo et celui des Récollets de /loo à 5oo, le département des hôpitaux dut réduire à vingt-cinq par jour le chiffre des billets d'entrée. Et pourtant à ce moment la misère était effroyahle; pourrait-on croii'e, si l'on n'avait un témoignage officiel émané du département des établissements publics, qu'au début de l'année 1791 on ne comptait pas moins de 9,000 femmes indigentes qui manquaient absolument de pain et qui couchaient sur la paille comme des chiens (')? En présence d'une situation aussi lamentable, M. Bailly invita le département des établissements publics à prendre les mesures les plus promptes pour l'admission de toutes les femmes qui manifesteraient l'intention d'entrer dans les ateliers de filature ^^l Indépendamment de ces malheureuses, dont le dénument éclatait à tous les veux, il v
'"' Cf. le lome II de notre rrcucil, n' 169. '■'' Ibid., n" 171, f]!i.
cLxviii L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.
avait des mères de famille que des restes d'une louable lioiite empècliaieol d'afficher leur misère et dont la condition n'était pas moins digne d'intérêt ('). L'Adnn'nistration pensa qu'il serait convenable de donner aux pauvres mères de famille se trouvant dans l'impossibilité de quitter leur logis la faculté de travailler chez elles, et autorisa les directeurs des ateliers à leur confier une certaine quantité de coton ou de clianvre, à la condition qu'une personne coiniue répondit pour elles de la valeur des matières qui leur seraient remises.
C'était le Trésor public qui se chargeait d'assurer le fonctionnement des atehers de fdature, en pourvoyant mois par mois à leurs dépenses; les fonds versés par le Trésor dans la caisse des ateliers, du i*''" novembre 1790 au 3i octobre 1791, s'élevèrent au chid're de 755,000 livres^"^^. D'après une lettre adressée, le 8 mars 1791, an Comité de mendicité par le département des établissements publics, la dépense faite pour l'atelier des Jacobins, du 01 juillet 1790 au 3i janvier 1791, atteignit le chiffre de 108, 559 livres i5 sols, soit 11 livres
5 sols par journée d'ouvi-ier; la dépense de l'atelier des Récollels, durant la même période, s'éleva à /43,^i9 livres 9 sols
6 denieis, soit 10 livres par individu ^^. Le nombre des individus occupés à l'atelier des Jacobins pendant ces six mois fut de 188,796, celui des ouvriers de l'atelier des Récollets, pendant le même espace de temps, de 82,554.
Tandis que les ateliers de charité proprement dits constituaient à peu près une perte sèche pour l'État, eu égard au peu d'utilité des travaux entrepris, par contre les ateliers de filature produisaient des ouvrages dont la vente compensait dans une certaine mesure les sacrifices faits pai* le Gouvernement; c'est ainsi que M. Le Camus, l'un des administrateurs du département
^'^ Voir le tome II de notre recueil, tiers de filature, tome II de notre re-
n° i55. cueil, n° 190.
'■' Voir l'état général des sommes '^' Voir le tome II de noire recueil,
fournies par le Trésor public aux ate- n" 179.
INTRODUCTION. clxix
clos établissements publics, versa au Trésor, le 3 avril 1791, une somme de 80, 388 livres 26 sols, montant de la vente d'ouvrages fabriqués dans les ateliers; le 8 juin suivant, une nouvelle vente produisit 35, 000 livres; le 17 août, M. Le Camus annonçait un nouveau versement de 2 5, 000 livres, produit des ventes efiectuées au Magasin général de la filature^/). En somme, malgré quelques abus qu'il était difficile d'éviter, l'institution des ateliers de filature donna d'excellents résultats, que les pouvoirs publics reconnurent en conservant ces ateliers par le décret du 16 juin 1791, alors que ce même décret supprimait totalement les ateliers de secours.