‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 2)Chapitre 23 sur 229 · ATELIER DES JACOBINS · texte numérisé non relu

ATELIER DES JACOBINS

Le second des ateliers de filature, réservé aux femmes et aux enfants, devait, en exécution du décret du i o juin 1790, être installé dans le couvent des Jacobins de la l'ue Saint-Jacques. Dès le mdieu de juillet 1 790, M. de Jussieu s'occupa de son organisation; la partie du couvent qu'on devait convertir en atelier, le cloître, n'était pas libre, les religieux l'ayant loué à divers libraires, tels que Nyon aîné, Leclerc, qui y avaient établi des magasins : il fallut songer tout d'abord à faire évacuer ces locaux, et la Municipalité fit transporter à ses frais ces objets de librairie dans les bas côtés de l'église (^'.

Ce fut M. Sabatier, l'un des administrateurs du département des hôpitaux, qui assuma la responsabdité de tous les détails relatifs à la formation et à la conduite de ce nouvel atelier. Il se heurta, comme M. Guignard aux Récollets, aux difficultés qu'opposèrent les religieux, désireux de rentrer dans le monde, mais ne voulant prendre ce parti sans être fixés sur leur état^^l Une autre cause de retard vint aussi du département des travaux publics, qui, chargé d'exécuter les appropriations nécessaires, s'en acquitta avec une lenteur désespérante. Le 20 octobre 1790, M. de Jussieu dut prier son collègue M. Gellerier d'accélérer

'■' Cf. un rapport du 3o octobre '"' Cf. le tome II de notre recueil,

1790 dans le lome il de notre recueil, n°' 2/10 et a/jS. n° i55. '^' Voir le même volume, n° 198.

oLxxiv L'ASSISTANCK Pllin.lQl.K A IMHIS.

ces travaux qu'il réclamait vaiiiemeni depuis quafi'o uiois^'^, attendu que le défaut de place, comme aux Récoliets d'ailleurs, ne lui permettait pas de recevoir un ouvrier de plus; il s'éleva en même temps contre la prétention du département des travaux publics qui voulait à toute force faire entrer aux ateliers de filature 800 enfants employés aux travaux de terrasse, alors que le local des Jacobins était déjà insuffisant pour les ouvriers qu'on y avait admis. Du reste, pour juger de la négligence régnant dans certains services, il suffira de citer ce trait caractéristique. L'entrepreneur du nettoiement de Paris, M. Chéradame, reçut l'ordre, le 9 décembre 1790, d'enlever, dans la cour intérieuie des Jacobins, des tas de graviers très gênants pour le service de l'atelier de filature; malgré des avis réitérés, ces décombres s'y trouvaient encore le 2 mars 1791 ^^^

L'atelier des Jacobins occupait un nombre beaucoup plus considérable de travailleurs que celui des Hécollets; tandis que celui-ci pouvait à peine recevoir /ioo ou 5oo pauvres, le premier avait de la place pour 1,900 à i,5oo. Mais les ouvrières des Jacobins se plaignaient amèrement de leur situation, qu'elles considéraient comme fort précaire. Les fileuses adressèrent une supplique à l'Administration, afin de n'être plus rationnées pour le coton, car on ne leur en donnait que 9 livres par semaine, très mal cardé, et leur travail ne leur procurait plus de quoi subsister; elles demandèrent également à remplacer la soupe et les légumes par du pain, r attendu, disaient-elles, qu'au commencement ces aliments étaient passablement bons, mais que depuis quelque temps ils n'étaient pas dignes d'entrer dans le corps bumain^-^^^. En effet, pour épargner le temps du • pauvre et suppléer à la modicité de son salaire, on distribuait chaque jour dans les ateliers deux portions de riz préparé avec des farines de légumes suivant un procédé économif[ue, le riz et les farines venant des magasins de l'Ecole militaire. Quoi

'"' Cf. le tome II de noire recueil, ^'' Cf. le même volume, 11° stSA.

n" '?.bo. ^'> Ibiii, n° 267.

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qu'il en soil, le régime alimentaire de Talelier des Jacobins ne faisait pas l'éloge de son cuisinier attitré, Jean-Glirysostome Clopin, ancien cuisinier des religieux jacobins, qui fut chargé, le 96 juillet, par M. Sabatier, de préparer la nourriture des ouvriers, et qui, au bout de deux mois et demi, réclama 1,^71 livres 19 sols 5 deniers pour ses débours (^^. Les dépenses de bouche, du 20 juillet au 9.6 octobre, se montèrent à 1,679 livres 1 1 sols 6 denieis, non compris la valeur du riz et des farines de légumes, délivrés gratuitement par M. Bailly.

Les cardeuses, elles aussi, peu satisfaites de leur sort, se plaignirent d'être payées sur le pied de 8 sols la livre, et demandèrent que le prix du cardage fût porté à 1 2 sols, attendu leur profonde misère et leurs charges de famille ^^^; pourtant on trouvait déjà ce prix de 8 sols exagéré en le comparant à celui que payaient les fabricants de couvertures, avec d'autant plus de raison que les caideuses ne subissaient aucune retenue pour l'entretien des cardes. M. Sabatier répondit, le 11 octobre, à ces objections, en représentant que le métier de cardeuse était fort pénible, qu'il usait beaucoup les femmes, que d'ailleurs le cardage pour la lilature du coton devait être beaucoup plus soigné que celui des fabriques de couvertures et, par conséquent, mieux rétribué, et néanmoins, que le prix payé par latelier des Jacobins était assurément inférieur à celui que payaient ces fabricants ^^^

A la même époque, les directrices de latelier des petits rouets, très à l'étroit, sollicitèrent l'établissement d'un second atelier et la mise à part des malheureuses reçues à titre charitable, dont le travail était sinon nul, du moins peu productif (*).

L'atelier des Jacobins, composé de 1,800 ouvriers et ouvrières travaillant sur place, sous la direction de 18 chefs, et de 3oo ouvriers occupés en ville, comprenait un atelier de fila-

^'' Cf. le tome II de notre recueil, '*' CL le lome II de notre recueil,

'■' Cf. le même volume, n" 206. '' Cf. le même volume, n" 208.

cLxxvi L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

ture de coton, avec 3oo ouvrières; un atelier de lilature de chanvre de moindre importance; l'atelier des rouets suisses, de 260 personnes, dont l'utilité était 1res contestée; tandis que les uns en demandaient la suppression pure et simple, d'autres prétendaient que le coton fdé par cette méthode était bien supérieur au coton produit par les rouets ordinaires. 11 y avait en outre un atelier de 286 petits garçons faisant leur apprentissage et un atelier analogue de 160 petites filles (^).

Un anonyme, très au courant des moindres détails de la filature du coton, présenta, le 21 janvier 1791, un mémoire très étudié, relatif à la manière de gouverner une filature pour tirer parti de toute matière et à la discipline à observer, dans lequel il signalait de nombreux abus à réformer dans l'ateli^ des Jacobins et d'importantes économies à réaliser, qui, suivant ses calculs, pouvaientatteindrela somme énormede 80,90/1 livres 10 sols^'^l

Ainsi la perte résultant des apprenties qui prolongeaient quatre à cinq mois un apprentissage dont la durée normale était de six semaines, et qui, au lieu d'accomjdir une besogne ])roductive, passaient leur fil aux autres ouvrières, se chiffrait à elle seule par une somme annuelle de 62,000 livres. En outre, au lieu de dévider le fil avant d'en fixer le payement, on avait pris l'habitude de le payer en fuseaux, ce qui ne permettait pas de juger de sa finesse et occasionnait un déchet de 17,000 livres par an. Les éplucheuses, au nombre de i3o environ, payées à raison de 6 et 8 sols par jour, ne produisaient par semaine que 5o livres de travail, qu'on trouvait trop largement rémunéré; de ce chef-là encore, une perte de 9,860 livres par an. Quant aux cardeuses, elles faisaient perdre 1,800 livres par an, parce qu'elles ne se fournissaient point de cardes. Trois commis et le clief de cuisine pouvaient facilement être supprimés et cette suppression permettrait de réaliser une économie de 2,600 livres.

''' Cf. le tome II de notre recueil, ^'' Cf. le tome II de notre recueil,

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Ces critiques reposaient sur des bases sérieuses, car la fabrication était si défectueuse que certains négociants, qui avaient fait des commandes de fd dans les plus belles qualités du magasin, refusaient d'en prendre livraison lorsque le travail passait sous leurs yeux.

Tout le mal provenait d'un manque d'entente dans la direction. M. Le Blanc, oncle de M. Sabatier, que la faveur avait placé à la tête de l'atelier des Jacobins, était absolument incapable de le diriger ; sa faiblesse favorisait l'insubordination parmi les ouvriers, et son défaut d'ordre entraînait des pertes considérables. Malgré les avertissements réitérés qui lui furent donnés, sa comptabilité se trouvait dans le désordre le plus complet.

Bien que l'atelier eût commencé ses travaux le 27 juillet, il n'y avait encore aucun livre ouvert le 10 septembre, aucune feuille de payement des ouvriers n'avait été transmise à M. Smith , commis des finances, chargé de la comptabilité générale des ateliers de filature, quoiqu'il les réclamât toutes les semaines^'). Il fallut bien prendre un parti ; à la suite d'une visite de M. Bailly et sur les instances de M. de Jussieu, M. Sabatier autorisa M. Hénault, chef de la comptabilité du département des hôpitaux, à ouvrir un journal de caisse et un journal général, et à mettre un peu d'ordre dans les comptes fort embrouillés de M. Le Blanc, puisqu'il n'existait aucun relevé de la fabrication du chanvre et du coton, aucun renseignement sur ce qui pouvait être dû aux ouvriers et fournisseurs de l'atelier.

Cette situation ne pouvait s'éterniser; le département des établissements publics, après avoir usé de toute la longanimité possible, décida, le 2 mars 1791, de congédier M. Le Blanc, en lui allouant une indemnité de 1,200 livres, et nomma en son lieu et place M. Doucet, présenté par M. Le Camus, directeur du Magasin général de la filature, qui réunissait la pro-

*'^ Voiries observations sur la comptabilité de l'atelier des Jacobins, tome II de notre recueil , n°-^G7.

IMI'hlHLMk NATION ALE.

CLxxviu L-ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

bité et l'intelligence à toutes les qualités et connaissances nécessaires pour la direction de l'atelier des Jacobins ^^).

ATELIER DE SALNTE-GE.NEVIEVE.

L'atelier de filature de Sainte-Geneviève, situé rue Bordel, fut établi au mois de février 1790 par M. Bailly, à l'aide des fonds provenant de la souscription de bienfaisance ouverte vers la fin de décembre 1789; ce n'était donc pas, comme les ateliers des Récollets et des Jacobins, une manufacture relevant de la Municipalité, mais une entreprise absolument privée, due à l'initiative personnelle de M. Bailly, qui, du reste, se déchargea complètement de toute gestion et de tout contrôle sur M. Marchais. La direction de cet atelier fut confiée, au début, à un sieur Albert, qui se retira, non sans susciter beaucoup d'ennuis, et fut remplacé par le sieur Tai'ge. Vers le mois de mai 1790, au moment où Tatelier fonctionnait avec le plus d'activité, il comptait 2 4 mécaniques pour filature, plus 8 métiers de tisserands, et occupait à peu près 200 ouvriers, tant cardeurs, fileurs, que tisserands et fabricants de bas au métier, mais à la fin de novembre ce nombre était tombé à 6o^^l

]^|nie Bailly, qui consacrait tous ses instants à des œuvres charitables, recevait de cet atelier des cotons filés en pelotes, et se chargeait de faire tricoter à domicile par de pauvres femmes des bas , dont la façon variait de 1 livre 4 sols à 1 livre 1 6 sols; mais ces bas étaient la plupart du temps grossièrement faits, de mauvaise forme et en conséquence de vente très difficile; il fallait perdre moitié du prix de revient. Quant aux bas au métier, qui se fabriquaient en ville chez dix-huit ou vingt individus, ils coûtaient beaucoup plus cher que dans l'industrie privée. La filature à la mécanique, la façon des toiles et des

'^' Gf, le tome II de noire recueil, '^' Cf. le tome II de notre recueil,

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molletons étaient payées comme clans les fabriques de cette espèce. En somme, la manufacture de la rue Bordet pouvait être considérée comme ruineuse.

A la fin du mois de novembre, les fonds mis à la disposition de M. Bailly par des personnes charitables se trouvant absolument épuisés, le maire de Paris, pour sauver de la ruine l'établissement fondé par ses soins, se décida à en remettre l'administration entre les mains du département des établissements publics, et manifesta son très vif désir de le conserver. Par une lettre adressée aux administrateurs de ce département, le 2 3 novembre (^), il les pria de vérifier les comptes, de constater les dépenses effectuées et de dresser l'inventaire des marchandises, en trop grande quantité, hélas! qui encombraient les magasins. Le département des établissements publics répondit, le 12 décembre ^'■\ qu'il assurerait provisoirement le fonctionnement de l'atelier de Sainte-Geneviève, mnis déclina catégoriquement la mission délicate dont voulait le charger M. Bailly, en ce qui touchait la vérification de la comptabilité. Avant de prendre une décision au sujet de la conservation ou de la suppression de cet atelier, les administrateurs municipaux se livrèrent à un examen approfondi des diverses fabrications cjui y avaient été organisées.

L'établissement de Sainte- Geneviève comprenait : i° un atelier de filature de coton à la mécanique, d'après la méthode anglaise. 17 femmes étaient employées à conduire les machines, 20 autres à donner une première manipulation au (il qui devait y passer; il y avait 26 ouvriers, tant hommes que femmes, pour le cardage et le dévidage. Le département des établissements publics critiqua vivement l'emploi de procédés mécaniques inventés pour économiser les bras dans un atelier qui avait précisément pour but d'en occuper le

^'^ Cf. le loine II de noti-e recueil, ''* Cf. le tome II de notre recueil,

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plus grand nombre possible, d'autant plus que cette méthode ne procurait aucun avanta<je, et que toute l'économie réalisée se bornait à concentrer le même secours dans un nondîre moindre d'individus. En effet, la quantité de matières filées en f un jour par le moyen des machines, où l'on n utilisait (ju'une seule et unique personne, aui-ait au même prix et durant le même espace de temps fourni de l'occupation à six ouvrières. Le prix de revient était le même; une livre de coton de cjualité moyenne, filée au rouet, se payait 2/4 sols à l'ouvrière, et coûtait tout autant filée par une machine; toutefois, la proportion cessait d'être exacte lorsqu'il s'agissait d'obtenir des fils de qualité supérieure, comme ceux qui servaient à la fabrication des mousselines; alors il y avait réelle économie à faire usage de procédés mécaniques.

y" La fabrique des toiles et molletons qui utilisait les cotons filés à l'atelier et employait 8 tisserands et 5 trameuses payés à la tache, ne constituait pas non plus une opération fructueuse; les chanvres filés servant à former la chaîne des toiles se tiraient d'Alencon à des conditions désavantap^euses. Les ouvriers, en petit nombre, il est vrai, recevaient, pour leur travail, le même prix que dans les manufactures particulières, contrairement aux principes adoptés pour les ateliers de secours, où le prix de la main-d'œuvre devait toujours être inférieur au prix courant du pays. Si Ton faisait entrer en ligne de compte 1 intérêt du capital que représentaient les métiers et ustensiles fournis aux ouvriers, ainsi que la valeur locative des ateliers, on arrivait, commercialement parlant, à une perte sèche. En effet, au 3o novembre, il existait en magasin 368 aunes de molleton c[ui avaient été payées à raison de 3 livres 12 sols l'aune, c'est-à-dire 1,327 livres, et qu'on avait dû ravaler à 1,1 06 livres 5 sols, c'est-à-dire à 3 livres par aune.

3" La blanchisserie que l'on avait eu la singulière idée d'annexer à l'atelier de Sainte- Geneviève, dans un endroit absolument dépourvu d'eau, donnait des résultats encore moins

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satisfaisants; on se proposait dans cet établissement d'accélérer et de perfectionner, par l'emploi des agents chimiques, le blanchissage des toiles; si les toiles soumises à ce procédé ne laissaient rien à désirer comme netteté et comme blancheur, au point de vue économique il n'y avait pas lieu de s'applaudir des >> résultats obtenus, carie prix de revient du blanchiment était le double; les toiles qui dans les buanderies ordinaires se blanchissaient à raison de li k b sols l'aune rgvenaient à 9 sols dans la nouvelle méthode; rien d'étonnant à cela, il fallait faire porter les toiles à la Seine pour les dégorger des ingrédients chimiques.

Restaient les fabrications extérieures, c'est-à-dire les bas au métier et les ouvrages de tricot. La première branche, quoique peu importante, n'en était pas moins onéreuse pour la manufacture ; les ouvrages d'estame , produits par 1 6 ouvriers et revenant à 5,170 livres 18 sols 3 deniers, ne représentaient qu'une valeur de 4,388 livres 10 sols. Quant aux divers ouvrages de tricot qui se faisaient au dehors, ils étaient pour la plupart invendables, les défectuosités de la fabrication avaient même considérablement diminué la valeur de la matière première. Pour s'en convaincre, il suflira de citer cet exemple : 376 douzaines de paires de bas de coton et /i/i douzaines de bas de laine, dont la fabrication, y compris l'achat des matières, avait coûté à l'établissement 16,672 livres 10 sols, ne valaient que 7,836 livres 5 sols, et encore ne comptait-on pas s'en défaire facilement à ce prix.

En résumé, aux yeux de l'Administration qui jugeait impartialement les choses, l'atelier de Sainte-Geneviève ne présentait à aucun point de vue une utilité capable de compenser les sacrifices que pourrait entraîner sa conservation, et il était facile de remplacer pour le petit nombre de pauvres que secourait cet atelier les moyens de travail et de subsistance qu'ils en retiraient.

M. Baillv fut oblisfé de se rendre aux raisons données par

ti o 1

les administrateurs du département des établissements pubhcs

CLxxîu L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

et leur répondit, le 20 décembre (^), qu'il ne s'opposait point à la réunion de l'atelier de Sainte-Geneviève aux autres ateliers de filature, pourvu qjue tous les ouvriers de la manufacture supj)rimée continuassent à être occupés.

Le à janvier 1791, pour répondre au désir exprimé par le maire de Paris, MM. Le Camus et Cahours, officiers municipaux, accompagnés de M. JNicolas Le Camus, directeur du Magasin général de la filature, se transportèrent rue Bordet, et pi'océdèrent à l'inventaire des marchandises, effets et ustensiles de l'atelier de Sainte-Geneviève ^^l Ils trouvèrent en magasin un stock énorme de bas de coton et de bas de laine, tricotés à la main, d'une fabrication extrêmement défectueuse, qu'ils estimèrent à raison de 6 à 2^ livres la douzaine. Toutes ces marchandises furent transportées, le 11 février 1791, au Magasin général de la filature, qui se chargea d'en procurer la vente ^^); les métiers et ustensiles furent attribués à l'atelier des llécollets, qui les reçut le 2 mars^'). Quant aux objets existant dans le laboratoire du blanchiment, l'inventaire en fut dressé le 3i janvier par les soins et en présence de M. Marchais et de M. Terwagne, préposé aux opérations de ce laboratoire'^^.

Le 3i mars de la même année, M. Marcliais rendit compte à M. Bailly des recettes et dépenses qu'il avait effectuées pour l'atelier de Sainte- Geneviève. Les dépenses se montaient à 3/1,372 livres 9 sols et les recettes à 36,187 livres 7 sols; il restait dû à M. Marchais i85 livres 2 sols, et après déduction de 1 4 livres 3 sols pour les frais de protêt d'une lettre de change , le compte se soldait par une somme de 170 livres 19 sols à son avoir '"^l

A la date du 5 septembre 1791, M. Bailly et lesadministra-

-'^ Cf. le tome II de notre recueil, '"^' Cf. le ton)e II de notre recueil,

'^' Les registres de comptabilité' furent '*> /èeW., n" 289.

remis à M. Faivre , secrétaire de M. Bail- ^^'> Ibid. , n° 286.

ly. Cf. le tome II de notre recueil, n° 2 85. ^'' /6i(/., n° 292.

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teurs du département des établissements publics arrêtèrent le compte des avances faites sur la caisse des ateliers de filature à la manufacture de Sainte-Geneviève depuis le 27 novembi'e 1790 jusqu'à la fin de mai 1791 ^^^. Les sommes payées ou à payer se montaient à 16,687 l'^res 9 sols 3 deniers; la vente des marchandises, meubles et ustensiles, opérée par les soins du Magasin général de la filature , avait produit 1 3,3 1 7 livres 2 sols 5 deniers; les marchandises restant en magasin étaient évaluées 3,270 livres 6 sols 10 deniers. Ce compte de liquidation est bien postérieur à la fermeture de l'atelier de Sainte-Geneviève, qui eut lieu au mois de février; à ce moment, les ouvriers occupés dans cet établissement furent répartis entre les deux ateliers de filature.

Les ateliers annexes de Ghaillot et de Picpus, créés par M. Bailly avec les fonds de la souscription de bienfaisance, subirent le même sort que ceux de Sainte-Geneviève. M. Lamaignère, commissaire de police de la section des Gliamps-Elysées, accablé de demandes de secours par les malheureux ouvriers employés naguère à l'atelier de Ghaillot et réduits à la misère, se plaignit, le 2 1 décembre 1790, par une lettre à l'adresse du département des établissements publics'-', de la suppression de ce petit atelier; il ajoutait que cette filature serait d'une grande utilité dans ce faubourg de la capitale, qui comptait de nombreuses familles d'indigents, sans moyen de les aider. Le département des établissements publics, dans sa réponse à M. Lamaignère(^\ fit valoir les mêmes arguments que pour l'atelier de Sainte-Geneviève; il ne voyait pas, observait-il, la raison de conserver un atelier qui ne donnait du travail cju'à un très petit nombre de personnes et faisait usage de machines anglaises destinées à économiser la main-d'œuvre, système directement con-

''' Ce comple fui passé double et ''^' Cf. le tome II de notre recueil,

signé de Bailly, Cousin et Le Camus. Cf. n" ?)hli. le tome II de notre recueil, n° 296. '^' IbicL, n" 3/i/i.

CLxxxiv L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

traire au but qu'on devait se proposer dans tout atelier de secours. Quant aux individus appartenant à l'atelier de Chaillot, ils n'avaient qu'à se présenter aux Bernardins et à se rendre ensuite soit à l'atelier des Récollets, soit à celui des Jacobins, oii ils recevraient des matières premières qui leur permettraient de travaillera domicile.

Cet arrangement n'était pas très pratique, aussi deux commissaires furent envoyés par la section des Gliamps-Elysées à l'effet de prier le département d'épargner ce long déplacement aux 190 fileuses de leur quartier, occupées tout l'hiver précédent, qui se trouvaient sans travail et sans pain ^^^ ; le département répondit, le 7 janvier, que le Bureau de filature de la rue Bourbon-Villeneuve avait toujours fourni à la section des Champs- Elysées la filasse dont elle avait eu besoin pour ses pauvres, mais que ce Bureau ne délivrait pas de coton et que les seuls ateliers des Bécollets et des Jacobins étaient autorisés à en confier sous caution à des personnes connues, ajoutant que les moyens de faire distribuer en même temps du chanvre et du coton dans les différentes sections de la capitale étaient à l'étude.

L'éloignement des dépôts de filasse, indépendamment de la perte d'un temps précieux pour la classe indigente, fatiguait inutilement les vieillards et détournait les mères de famille de la surveillance et des soins nécessaires à leurs enfants; le comité de la section de la place Vendôme fil valoir ces raisons, en demandant à M. Bailly la remise d'une certaine quantité de filasse qu'il se chargerait de répartir^-).

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