‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 2)Chapitre 4 sur 229 · tome I" de notre recuoil. représentant cette visite · texte numérisé non relu

tome I" de notre recuoil. représentant cette visite

lui-r.iMi.nii: sation.ile.

L L'ASSISTA.NCE FL'BIJQLK A l'AUlS.

Voici ce que rapporte rAlleniand de Halem (jui fit un vovage

à Paris en i 790 •

cf C'est avec un plaisir extraordinaire que j'ai visité aussi l'hôpital des Enfants-Trouvés. On ne peut désirer plus d'ordre et de propreté. Huit enfants avaient été apportés dans la nuit précédente. Ils ne restent dans la maison que quelques jours jusqu'à ce qu'on ait fait venir de la campagne des nourrices qui les emmènent au village et les élèvent. Je fus aise de voir avec quelle attention les religieuses — dont vingt sont ici chargées du service — s'occupaient de ces petits êtres. Nous dûmes regarder toutes leurs armoires remplies de linge, et elles nous expliquèrent avec une extrême obligeance comment on recevait les enfants et quelles précautions on ])renait pour les reconnaître plus tard. 3, 600 à peu près avaient été présentés cette année, du 1" janvier au 12 octobre. wNe sommes-nous pas de bonnes mères nourrices? -n me dit en souriant l'une des sœurs. Je lui fis un compliment et répondis qu'après ce que j'avais vu, je pardonnais à Rousseau d'avoir confié ses enfants à cet éttd)lisseinent^^l n

Un autre compatriote d'Halern, Kotzebue, raconte en ces termes sa visite à l'hôpital des Enfants-Trouvés, qui lui laissa la plus vive impression :

crNous trouvâmes à Notre-Dame à peine une douzaine de personnes quiétaientagenouillées çà et là, sans faire attention à nous. Auprès d'un des gros piliers, je vis une religieuse avec six petites filles vêtues de même : fcCe sont des enfants trouvés, dit notre cr guide, leur maison n'est qu'à quelques pas d'ici, t)

ffNous nous y rendîmes aussitôt, et je te remercie, ô mon Dieu, de ces premiers moments doux et gais de la nouvelle année. On nous conduisit dans une- grande salle qui contenait sur quatre rangs cent petits lits; dans chaque lit était un enfant,

''' Cf. G. A. von U.a\em, Blickc au/ i'/90. Hambourg, 1791. 9* partie. einem Theil Deutscidanda , der Schiveiz p. aôy-'TÔg (traduction rie M. Cliuuiid Frankieichs bcieiner Rem vomJalne <]uet).

INTRODUCTION. u

aucun n'avciil plus tFuu an; tous, du reste, proprement lavés et emmaillotés, sur tous un drap de lit blanc comme la neige qui vient de tomber, l'air pur et tempéré, pas la moindre mauvaise odeur

«Une vieille religieuse vint au-devant de nous et nous reçut avec la plus ouverte sérénité : fr Venez-vous , dit-elle, visiater ma nombreuse famille? je suis une heureuse mère, j'ai déjà «eu aujourd'hui, comme cadeau de nouvel an, dix petits enfffants. . . TîElle nous les montra, on était en train de les laver et de les nourrir. Une foule déjeunes filles adultes, elles aussi des enfants-trouvés, étaient assises devant la cheminée, se passaient alternativement les petits nouveaux venus et rendaient ainsi à ces pauvres créatures ce qu'on leur avait fait autrefois. On aurait pu croire que ces cent enfants allaient pousser des cris violents, ininterrompus, mais on n entendait que peu de piaillements : preuve qu'ils se trouvent bien et que rien ne leur manaue,

ffLa maison des Enfants-Trouvés a, l'année passée, accueilli 5,8/i9 enfants, et elle entretient 17,000 nourrices à la campagne, mais la bonne vieille religieuse se plaignait de la peine qu'elle avait maintenant à trouver des nourrices, parce qu'on ne lui donne plus d'argent et que l'Assemblée nationale ne s'est pas encore occupée de l'hôpital. Elle nous montra comment on nourrissait les enfants avec du riz et du lait, méthode qu'elle n'approuvait pas du tout. Il y a quelques années, on avait voulu supprimer toutes les nourrices et introduire d'une façon générale cette manière d'alimenter les enfants, mais on avait dû bientôt renoncer à ce dessein.

rr J'eus le frisson lorsqu'elle parla de tous les enfants qui apportent ici le poison vénérien. Ils n'ont jamais manqué, nous disait-elle, depuis 35 ans qu'elle était directrice dans cette maison, mais jamais elle n'en avait tant vu que depuis dix années; par bonheur, ces enfants vivent rarement plus de dix semaines.

u, L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

ff Avec toute la conscience du devoir accconij)li, avec l'assurance et le calme qui en résultent, la brave sœur de charité nous raconta que, bien qu'elle soit chaque jour occupée de tous ces enfants vénériens, galeux et lépreux, qu'elle les lave, les nettoie, les frotte d'onguents, elle n'a pas été une seule fois en trente-cinq ans infectée par la maladie, et pourtant elle n'emploie d'autre préservatif que de l'eau pure.

a Cette religieuse appartient sûrement aux êtres les plus heureux, non seulement de Paris, mais du monde entier. Je n'ai encore vu que sur peu de visages une tranquillité, une sérénité aussi douce. Elle portait le ciel dans son cœur et cela lui donnait tout le charme de la bonté, de l'indulgence, de la tolérance qui devraient régner en ce monde. Elle s'occupait aussi des enfants déjà un peu grands, comme le ferait la mère la plus tendre, et tous lui témoignaient une extrême confiance et lui parlaient hardiment et sans crainte. Elle nous montra une mignonne petite fille et nous pria de lui demander où on l'avait trouvée, cr Dans la neige, -n répondit la pauvre petite créature.

cr Au-dessus de la porte de la salle est une tablette avec cette inscription : Mon père et ma mère m'ont abandonné, mais le Seigneur a pris soin de moi. t)

ffUne chambre particulière contient le linge de ces petits délaissés; du plancher au plafond, elle était entièrement pleine de linge blanc.

ffNous quittâmes, les larmes aux yeux, la bonne vieille religieuse. Je n'oublierai jamais l'heure que j'ai passée là^^lr»

Ce n'est pas seulement, comme on serait tenté de le croire, le fruit de l'inconduite que des malheureuses venaient cacher à l'hôpital des Enfants-Trouvés; nombre d'enfants légitimes y

*'' Kolzebue, Meinc Vlucht nach Pnris im Wintcr f/ffO. Leipzig, i7f)i. p. aëy-ay-î ( Iraduciion do M. Gluuiiiet).

INTRODUCTION

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