‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 2)Chapitre 38 sur 229 · LEUR SOULAGEMENT · texte numérisé non relu

LEUR SOULAGEMENT

i8 décembre 1790.

Paris, le 18 décembre 1790.

La Municipalité, Monsieur, a nommé plusieurs de ses membres pour, conjointement avec moi et avec MM. les présidons des comités de section , conférer sur la situation des pauvres et sur ce que l'on peut espérer pour leur soulagement. En conséquence, j'ai l'honneur de vous inviter. Monsieur, ou à votre défaut l'un de MM. les commissaires de votre section, de vous trouver mardy ai de ce mois, 10 heures du matin, à Thôtel de la Mairie où MM. vos collègues des autres sections sont aussi invités à se rendre pour s'occuper en commun de cet intéressant objet.

J'ai l'honneur d'être, avec un sincère attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur '1^.

Signé : Bailly.

Orifjinal, Diljliollièque nationale, mss. , nouv. acq. fr. 2G7!, foi. aS'i.

(') Celte convocation a été adressée à la section du Palais-Royal.

[l] LETTKEDE M. ALPHONSE LEROY (^), PROFESSEUR EN LA FACULTÉ DE MÉ- DECINE, À M. BAILLY, LUI ADRESSANT LE PLAN D'UNE ECOLE DE MÉDE- CINE ET D'ACCOUCHEMENTS.

3 janvier 1791.

A M. Bailhj, maire de Paris.

3 janvier 1791.

Monsieur le Maire,

J'ai eu l'honneur de vous adresser, le vingt octobre dernier, le plan ci joint d'une école de médecine et d'accouchements et vous avez eu la bonté de me répondre que, les élections terminées de la nouvelle municipalité, vous en prendriez connoissancc et vous le mettriez sous les yeux du Corps municipal. J'ose donc vous réitérer ma demande et joindre un second mémoire à mon premier.

Je vous observe, Monsieur le maire, que ce plan purement administratif ne regardoil directement que vous et la Municipalité, que je n'ai proposé au Corps législatif aucune loi à faire, et que ma présentation à l'Assemblée Nationale n'éloit qu'un pur homage, conséquent au vœu qu'avoit manifesté le Comité de mendicité pour qu'on formât un corps d'instruction sur les accouchements.

J'offre à la pairie le produit de plus de vingt années d'études, de pratique et d'enseignement, je ne propose qu'une sinqile école à étabhr sous les yeux et la protection de la Municipalité, je soumets ce plan à vos lumières et vous prie, s'il mérite votre suffrage, de le présenter à Messieurs du comité des Etablissements publics.

C' Alplion.se -Vincenl-Louis Leroy, pro- esprit de controverse; il fut l'un des adverfesseur d'accouchements à la faculté de saires déclarés de la vnccine. 11 obtint beaumédecine de Paris, né à Rouen le 93 août. coup de succès dans les maladies des femly'ii, mort assassiné par dos malfaiteurs mes et des enfauls et laisse de nombreux le 16 janvier 1816, possédait une vasle traités consacrés à l'étude de ces maladies érudition, nrcïs se lit remarquer par son et des accouchements.

j'ai l'honneur d'être avec respect, Monsieur le Maire, votre très humble et très obéissant serviteur.

Alphonse Leroy,

médocin tle la faculté de Paris, rue Pavée Saint-André des Arcs, n" 8.

Minute, Archives nationales, F'^ 18G1.

[•^] RAPPORT AU CONSEIL MUNICIPAL SUR LE PLAN D'UNE ECOLE DE MEDECINE ET D'ACCOUCHEMENTS PRESENTE PAR M. ALPHONSE LEROY.

1 a février 1791.

Messieurs,

Par un mémoire dont le renvoi a été fait au département des Etablissements publics, M. Alphonse Leroy, docteur en médecine de la faculté de Paris, expose :

Que par un effet de l'insurveillance de nos loix sur l'enseignement public, et notamment sur celui de la médecine, l'art de guérir est resté chez nous bien en deçà du point de perfection où nous avons porté les autres connoissances.

J'observe que la partie de cet art la plus négligée dans notre enseignement est celle dont l'étude avoit paru aux anciens digne d'une attention particulière, celle qui auroit dû spécialement nous attacher par la variété des phénomènes qu'elle présente et par son influence sur la population des états, je veux parler des accouchements et des maladies (pii en sont la suite.

' M. Leroy ajoute que, faute d'un enseignement convenable, l'accouchement est devenu [)armi nous une opération périlleuse, qui entrahie pour beaucoup de femmes la perte de la santé, même de la vie, tandis que le vœu de la nature est de conserver à l'enfant qui vient de naître la mère dont il attend le secours et que, dans ses vues bienfaisantes, la foiblesse de l'un répond en quelque sorte de l'existence de l'autre.

Il se plaint que l'exercice de cet art est abandonné, dans nos campagnes et dans la plupart des villes, à des chirurgiens sans lumières et à des sages femmes sans capacité, qui, bornés dans leur instruction

à une insuffisante lliéorie, ne peuvent en rectifier les erreurs que par celles qu'ils commettent, et acquérir enfin qucl(|u'habilu(Je de leur art qu'aux dépens d'une infinité de victimes.

Il s'étonne qu'à Paris même, où les moyens d'instruction sur certaines parties ont été multipliés presqu'au delà du besoin, on ait tellement négligé la perfection d'un art si important que, dans nos hôpitaux, une loi sévère écarte les élèves des salles d'accouchemens, oùils pourroient s'instruire, comme si l'on avoit craint de soulever, pour l'intérêt même de la nature, le voile dont elle s'est plu à couvrir toutes les opérations relatives à la naissance des hommes.

Le remède à ces maux et le moyen de réparer à cet égard l'oubli de notre ancien gouvernement, seroit d'établir dans la capitale une espèce d'école ou plutôt de séminaire pour l'enseignement théorique et pratique des accouchemens, des maladies des femmes et de la conservation des enfants. C'est ce que propose M. Alphonse Leroy, et c'est à développer le plan et les motifs de cet établissement que son mémoire est consacré.

Le séminaire dont il s'agit, formé au sein delà capitale sous les yeux et sous l'inspection de la Municipalité, réuniroit à la fois le précepte et l'exemple, une école et un hôpital. Là 83 élèves, choisis dans tous les départemens du royaume, viendroient s'exercer également à la théorie et à la pratique. Un séjour de 1 5 ou i8 mois dans l'établissement suffiroit, d'après la nature de l'instruction qu'ils y recevroient et d'après l'emploi surveillé de leur temps, pour en faire d'habiles maîtres, qui, retournés dans leurs provinces, y propageroient les vrais principes et la connoissance d'un art qu'il est si intéressant de perfectionner.

C'est surtout en ramenant vers la médecine cet art, qui jusqu'à présent a été du ressort de la chirurgie, que M. Leroy se flatte de le conduire parmi nous à la perfection dont il est susceptible. Il pense que l'opération de l'accouchement, abandonnée aux soins de la nature, ou du moins aidée des seuls moyens médicinaux, exige rarement le secours de la main, presque jamais celui des instrumens. Il regarde l'emploi de ces derniers comme un prestige dont se servent pour en imposer au vulgaire des hommes plus jaloux de leur fortune que du salut de leurs malades et de l'avancement de la science.

Six cnfans et vingt femmes malades, soit en couche, soit à la suite

«les couches, soit d'autres maladies aiguës ou chroniques, formeroient l'objet de l'instruction pratique. Les élèves recevroicnt cette instruction au lit des malades et seroient ainsi à portée de faire l'application des principes de théorie qu'on leur auroit enseignés dans l'école. Des démonstrations, tant anatomiques que chirurgicales et pharmaceutiques, completteroient cet enseignement, dont chaque élève seroit tenu de se rendre compte par des rédactions que reverroit ensuite le professeur. Toute lecture seroit interdite pour empêcher l'esprit de s'égarer et pour le fixer davantage sur les objets d'études proposés.

Les frais de l'établissement seroient supportés par les départemens, (|ui donneroient pour chaque élève une somme de i,3oo livres, si l'élève n'étoit pas en état de la fournir lui-même. L'auteur du projet ne demande de plus à la Municipalité qu'un local propre à remplir ses vues.

Il avoit d'abord pensé que l'hôpital de la Salpêtrière offroit toutes les commodités et les convenances nécessaires pour un enseignement de ce genre, mais d'après les observations que nous lui avons faites, il a reconnu l'inconvénient de placer, dans un hôpital de femmes, un séminaire de jeunes étudiants, et il dirige aujourd'hui sa demande sur un autre local, dont la valeur même s'accroîtroit par l'exécution de son plan, sur le local de la ci devant abbaye de Saint-Victor.

M. Alphonse Leroy ne demande pour son séminaire que les bâtimens intérieurs et claustraux de celte abbaye. Il observe même qu'ils seroient encore trop considérables, et pour les remplir d'une manière analogue à ses vues d'instruction, il propose d'y transférer l'Ecole vétérinaire d'Alfort, qui dans son éloignement actuel est à peu près aussi inutile qu'elle pourroit l'être au fond d'une province, mais qui, transportée au sein de la capitale, acquerreroit par ce rapprochement le degré d'utilité dont elle est susceptible.

M. Leroy pense que la réunion de ces deux écoles seroit avantageuse aux progrès de l'art. Il observe que l'anatomie comparée peut jetter beaucoup de jour sur l'économie humaine, et que les élèves trouveroient un grand secours pour cette étude dans le cabinet d'anatomie appartenant à l'Ecole vétérinaire, dépôt superbe et précieux qui ne pourroit être mieux placé que dans le voisinage du Cabinet d'histoire naturelle.

Il joint à son mémoire un plan des terreins dépendans de la ci

devant abbaye de S-Victor, et qui font aujourd'hui partie des domaines nationaux. Ces terreins, considérables par leur étendue, acquerreroient une grande valeur par le voisinage des deux établissemens proposés. M. Leroy indique les rues et communications qu'il conviendroit d'ouvrir pour rendre ces terreins accessibles et en tirer un meilleur parti. Le plan qu'il a tracé, en donnant une nouvelle vie au quartier de Saint-Victor, à ce quartier si intéressant par sa population et sa misère ,,présenteroit l'avantage de faciliter l'accès du Jardin du Roy, auquel on n'arrive aujourd'hui que par une rue boueuse, étroite et souvent embarrassée.

M. Leroy ajoute que c'est surtout dans un moment où la capitale a vu tarir les sources trompeuses de son ancienne splendeur, qu'il lui convient d'établir sur les arts et les sciences les fondemcns d'une prospérité plus durable. Il pense que 3 ou Aoo consommateurs attirés dans Paris par l'établissement ne sont pas une ressource à négliger, et que les avantages, même de ce genre, qui résultent de son plan, compenseroient et au delà les sacrifices qu'exige son exécution.

Nous avons examiné avec beaucoup de soin le projet de M. Alphonse Leroy, et nous ne pouvons qu'applaudir aux sentimens de patriotisme, d'amour des arts et de l'humanité qui le lui ont fait concevoir. L'idée de répandre par toute la France, au moyen d'une école centrale où toute la France viendroit s'instruire, des principes et une pratique uniforme dans l'exercice du plus important des arts, est une idée que vous accueillerez sans doute avec empressement. Trop longtemps une routine aveugle ou une confiante présomption furent les seuls guides de l'homme qui se mêloit d'aider, ou plutôt de contrarier la nature dans la pratique des accouchemens. Il faut aujourd'hui que la nature ellemême forme par une utile expérience ceux qu'elle jugera dignes d'être ses ministres. L'établissement proposé par M. Alphonse Leroy nous paroit propre à remplir cet objet et à sauver de la mort une infinité de mères et d'enfans, qui périssent, victimes de l'ignorance et de i'impéritie.

Quant aux avantages d'un autre genre, qui résulteront de cet établissement, ils nous paroissent démontrés par leur simple exposition. Nous estimons en conséquence qu'il convient à la municipalité de Paris de favoriser de tout son pouvoir l'exécution du plan dont il s'agit, et pour obtenir les autorisations nécessaires, de renvoyer avec

une instante recommandation le mémoire de M. Alphonse Leroy aux Comités de mendicité et d'aliénation de l'Assemblée nationale.

Nous avons en. conséquence l'honneur de proposer au Corps municipal le projet d'arrêté suivant :

Sur le compte rendu au Conseil municipal par le département des Établissemens [)ublics d'un mémoire présenté par M. Alphonse Leroy, docteur en médecine de la faculté de Paris, et tendant à provoquer l'établissement d'un séminaire de médecine pour l'enseignement théorique et pratique des accouchemens, des maladies des femmes et de la conservation des enfans, lequel séminaire seroit établi dans les bâtimens claustraux de la ci devant abbaye de S' Victor, et destiné à recevoir des élèves de chacun des départemens du royaume; sur le compte pareillement rendu de la possibilité ([u'il y auroit de réunir à cet établissement l'Ecole vétérinaire d'Alfort et le cabinet d'anatomio ap[)artenant à cette école;

Le Conseil municipal considérant que l'établissement proposé par M. Alphonse Leroy est seul capable de détruire l'empyrisme qui règne dans la pratique des accouchemens et de propager les vrais principes d'un art si intéressant pour l'humanité; que la réunion qui pourroit être faite à cet établissement de l'Ecole vétérinaire d'Alfort, en fixant au sein de la capitale un nouveau genre d'instruction, contribueroit beaucoup à en étendre l'utilité, qu'il en résulteroit encore d'autres avantages non moins considérables, et particulièrement celui de mettre à la portée des étuchans en médecien un riche cabinet d'anatomie, dont le secours pour abréger l'enseignement seroit infiniment précieux ;

A unanimement arrêté de renvoyer avec instante recommandation le mémoire de M. Alphonse Leroy aux Comités de mendicité et d'aliénation de l'Assemblée nationale '''.

.Minute, Archives nationales, F'' i86i.

î" Ce rapport est accoinpanué d'un mé- maladies des femmes , des accouchements et

moire de i5 pages, impriuié chez Didot de lu conservation des enfants, présenté à

ci intitulé : Motifs et plan d'établissement l'Assemblée nationale par M. Alphonse Le

dans l'hôpital de la Salpétrière d'un sémi- Roy, doctew régent et professeur en la Fa-

naire de médecine pour l'enseignement des culte de médecine de Paris.

lu L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

[3] LETTRE DE M. PASTORET À M. BAILLY, LUI ADRESSANT LES Me'mOIRES DE M. ALPHONSE LEROY SLR LE PROJET D'UNE ECOLE DE MEDECINE.

1 1 mai 1791.

J'ai l'honneur, Monsieur, de vous faire passer le plan d'une école de médecine et deux mémoires de M. Alphonse Le Roy, dont AI. Cousin a depuis longtems dans son portefeuille le rapport à l'ordre du jour. Je vous prie de vouloir bien inviter la Municipalité à entendre ce rapport le plus promtement possible et le renvoyer au Directoire avec les pièces ci jointes.

Signé : Pastoret.

Copie, Archives nationales, F" 1861.

[/l] LETTRE DE M. BAILLY AU DEPARTEMENT DES ETABLISSEMENTS PUBLICS, LUI ADRESSANT LA LETTRE DE M, PASTORET AVEC LES PIEGES RELATIVES AU PROJET D'UNE ECOLE DE MEDECINE,

i3 mùi 1791 »

MM. des Etahlissements publics.

Paris, le i3 may 1791 .

J'ai l'honneur, Messieurs, de vous faire passer avec la lettre de M. le procureur général sindic, les pièces relatives au plan d'une école de médecine, sur lequel il paraît que vous êtes prêt à faire le rapport. La letlre de M. Pastoret vous fera connaître le vœu du Directoire pour qu'il soit fait le plus promptement possible.

Le maire de Paris, (Signé) : Baillv.

Original signé, Archives nationales, F'* 1861.

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