‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 2)Chapitre 45 sur 229 · REPONSE DU DEPARTEMENT · texte numérisé non relu

REPONSE DU DEPARTEMENT

M. le Maire,

Nous avons trouvé joint à la lettre que vous nous avez fait l'honneur de nous écrire, le i3 de ce mois, le mémoire de la dame veuve Amiard qui vous a été renvoyé par M. le procureur général syndic du Département pour avoir l'avis de la Municipalité. Nous avons, Monsieur, prié M™^ Amiard de nous donner des détails et renscignemens qui puissent nous mettre à portée d'avoir une opinion sur l'utilité de son établissement, dès quelle nous les aura procurés, nous nous occuperons de l'examen de cette affaire et nous aurons l'honneur de vous renvoyer avec notre avis le mémoire de la dame veuve Amiard.

Minute, Archives nationales, F'* 1861.

r/ll PLAN D'UN HOSPICE D'EDUCATION POUR LES JEUNES DEMOISELLES DE- NUEES DE FORTUNE , SOUS LA PROTECTION DE LA NATION , ET APPROUVE PAR L'ASSEMRLÉE NATIONALE, FAIT PAR M"^ VEUVE AMIARD.

L'éducation qui convient le mieux aux jeunes personnes du sexe se borne à tous les arts, métiers et talens de ménage, dont la connoissance assure dans la suite leur existance clans le monde. On sait que l'Angleterre abonde en établissemens de ce genre, qui se soutiennent par la bienfaisance, et dont les succès ont excité l'admiration de tous ceux qui en ont eu connoissance.

La dame Amiard, toujours constante dans son zèle pour l'éducation du sexe infortuné, et de plus en plus excitée par ce mouvement général que l'auguste Assemblée Nationale détermine vers le bien public, s'empresse de faire part à la Nation ({u'un donateur anonyme d'une maison agréablement située près Saint-Cloud, et plusieurs autres bienfaiteurs, viennent de mettre le comble à son espoir par leur bienfaisance; et elle ne doute plus d'un instant que cet exemple sera suivi par d'autres âmes cbaritables, dont le concours complétera les fonds nécessaires pour consolider cet établissement, lequel aura pour bases les articles suivants :

L Toutes les jeunes demoiselles qui lui seront confiées seront en état de se suffire elle-mêmes; et si le sort leur rend ce que la fortune leur a refusé, elles auront en reconnoissance une éducation (pii les dédommagera; elles auront, en sortant de cette hospice, des talens qui les mettront à portée de se procurer une existance honnête.

II La dame Amiard ne recevra aucune personne au-dessous de sept ans, et encore moins au-dessus de neuf; elle sait par expérience qu'une seule peut nuire à un grand nombre, et pense que ses principes seront goûtés des mères vertueuses.

III. En arrivant on leur donnera l'uniforme de la maison , qui consistera en un fourreau de toile de colon, bonnet monté en mousseline, et fichu aussi en mousseline.

IV. Les élèves coucheront toujours seules; leur lever sera en été à cinq heures du' matin, et leur coucher ù neuf heures; l'hiver, elles se lèveront à sept heures, et se coucheront à huit.

V. Pendant le cours de la journée, elles seront occupées à tout

iMrnntrf.iL NAno>Ai.E,

genre de travail qui conviendra à leur sexe (à l'exception cependant de la danse et de la musique), ainsi que nombre d'autres agrémens qui ne conviennent nullement à des personnes privées des dons de la fortune.

VI. On s'attachera spécialement à leur apprendre à bien lire, écrire, compter, etc.

VIL On leur apprendra à tricotter, travailler en linge de tout genre, en robes, un peu de modes, à blanchir, repasser et broder, et tout ce qui conviendra dans un ménage bourgeois.

VIII. La nourriture des élèves sera saine; on leur donnera, à déjeuner et à goûter, du pain et du fruit, à, dîner, la soupe, le boulli et un plat de légumes, à souper, des légumes, leur boisson sera moitié eau, moitié vin.

La récréation sera d'une demi-heure après chaque repas.

IX. Elles ne sortiront jamais sans être accompagnées d'une maîtresse ou de la directrice.

X. M. le curé de Saint-Cloud se chargera de l'exercice spirituel, qui ne peut être mieux confié qu'à ce digne pasteur.

XL Lorsque les élèves sortiront de cette maison, (dès qu'elles auront atteint l'âge de dix-huit ans), elles seront en état de gagner leur vie d'une manière honnête. La directrice leur donnera un trousseau conforme à leur disposition, et trois cent livres d'argent comptant, qui serviront à leur procurer un établissement.

XIL Toutes celles qui se distingueront par leurs talens obtiendront une médaille d'argent, représentant la vertu et le mérite récompensés; ce qui contribuera beaucoup à leur donner de l'émulation, et à développer leur morale , pour se rendre dignes de cette faveur.

XIII. On s'attachera principalement à leur former l'esprit et le cœur, et par ce moven leur inspirer des sentimens de religion.

Le plan est assez démontré pour que la directrice ose se flatter qu'elle méritera l'estime des personnes qui l'ont destinée à cet emploi honorable, et qui la connoissent n'avoir d'autres intérêts que ceux de mériter la confiance publique. Pénétrée de ce sentiment, la dame Amiard va commencer cette bonne œuvre, mais pour la couronner, elle a besoin que toutes les âmes charitables viennent à son secours.

L'établissement de cet hospice, approuvé par l'Assemblée Nationale, qui on a gardé le plan dans ses Archives, et flont une grande partie de

ses membres l'ont signé, sera dirigé, tant sous la surveillance de monseigneur l'archevêque de Paris, que sous celle de M. le curé de Saint- Cloud.

Toutes les sommes seront portées sur un registre, avec les noms des personnes qui auront souscrit. Il y aura des assemblées, auxquelles on invitera tous les bienfaiteurs à se rendre pour recevoir leur avis sur l'emploi des sommes données, et généralement sur tout ce qui aura rapport à cet établissement.

Pour donner plus de facilité à bien des personnes quiseroient dans l'intention de venir au secours de ce glorieux établissement, et qui ne pourroient le faire, si l'on ne recevoit que de l'argent pour leur souscription, l'on prévient tous les bons citoyens que l'on recevra du linge, comme di'aps, napes, serviettes, toile en coupons, et généralement toutes sortes d'ustensiles quelconques, propres au service et au besoin de la maison, et que l'on saura apprécier tous ces bienfaits d'une manière à faire l'éloge de toutes les personnes qui auront coopéré à cette bonne œuvre.

L'on souscrit à volonté, pour cet établissement, chez M. Castel, notaire, rue Saint-Honoré, et chez M"" veuve Amiard, à l'Assemblée Nationale, au bureau n° a , en entrant par la cour du manège.

Page 1