‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 2)Chapitre 8 sur 229 · MAISON DE SAIISTE-PÉLAGIE · texte numérisé non relu

MAISON DE SAIISTE-PÉLAGIE

La maison de Sainte-Pélagie, qui se trouvait sur la place du Puils-de-l'Hermite, servait, sous la monarchie, à la fois de maison de force et de maison de retraite. Fondée par M""® de Miramion pour retirer du vice des femmes de mœurs déréglées, elle comptait au nombre de vses bienfaitrices Madeleine Blondeau, veuve de Michel d'Aligre, dont un magnifique mausolée dans la chapelle, dû au talent de Goyzevox, rappelait la mémoire. Depuis 175/1, Sainte-Pélagie était sous la direction des Hospitalières de Saint-Thomas-de-Villeneuve; on y recevait et enfermait, eji vertu de lettres de cachet, des femmes et filles débauchées; malgré l'abolition des ordres de détention arbitraire, au mois d'avril 1790, il s'y trouvait encore 5 prisonnières détenues par ordre du Roi, savoir : une religieuse folle, une autre convaincue de vols, une religieuse de l'Ave-Maria exclue de son couvent pour la méchanceté de son caractère, une bourgeoise de peu de conduite et pas assez intelligente pour gouverner sa maison, enfin une autre personne séquestrée depuis 1760 on ne savait pour quel motif, et qui restait de son plein gré dans la maison ('l Indépendamment de ces prison-

*'"' Cf. les n"' 9 10, 211 (lu lomc 1" de notre recueil.

Lxxxviii L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

nières, Sainte-Pélagie recevait encore des filles et femmes repentantes et surtout des malheureuses séduites qui , afin d'échapper au déshonneur, venaient chercher un refuge et cacher leur jrrossesse. Elles étaient au nomhre de 1 3 , pavaient toutes une pension, fixée au minimum à Aoo livres, et jouissaient d'une entière liberté; leur nom de famdle n'était même pas connu et elles prenaient un nom de sahite. Dans la partie de la maison de Sainte-Pélagie, du côté de la rue de la Clef, ayant entrée et sortie sur la rue Copeau, se trouvait un pensionnat dit de Saint- Thomas de Villeneuve, pour l'éducation de jeunes demoiselles, au nombre de /lo, qui payaient d'abord 3oo, puis 35 o livres de pension, en raison du renchérissement des vivres. A l'intérieur de cet établissement vivaient en chambre i6 pensionnaires de bonne volonté. Sainte-Pélagie ne possédait comme revenu que 6,787 livres de rente et le produit fort précaire des pensions, aussi cette maison avait-elle beaucoup de peine à se soutenir, malgré une économie sévère dans sa gestion. La supérieure, nommée parle Grand-Bureau de l'Hôpital-Général, et chargée de la comptabilité, rendait tous les trois mois ses comptes aux administrateurs de cet hôpital; elle était secondée dans la dn^ection intérieure de la maison par 7 religieuses et A sœurs converses, avec 3 domestiques et 1 portier.

Dans une rue du quartier Saint-Marcel, faisant suite à la rue du Fer-à-Moulin , nommée autrefois rue de la Barre, aujourd'hui rue Scipion, on admire encore aujourd'hui l'hôtel Scipion, bâti au xvi*" siècle par un riche financier italien, Scipion Sardini, hôtel qui se compose d'un corps de logis de la Renaissance, avec arcades, armoiries et médaillons sculptés. Cette somptueuse demeure, qui au xvn*^ siècle servit d'asile pour des femmes et enfants en bas âge , fut convertie en magasin général des vivres de l'Hôpital-Général, d'où chaque

INTRODUCTION. lxxxix

matin se faisaient les envois de pain, de viande et de chandelle servant à la consommation des diverses maisons de cet Hôpital. M. Regnard, ancien commissaire au Châtelet, était, en qualité d'économe, à la tête de cet important service qui occupait 7 û employés de toute espèce. La notice très complète sur le régime et la manutention de Scipion, qu'il transmit à M. de Jussieu, le 28 avril 1790, permet de se rendre un compte exact du fonctionnement de cette régie compliquée (^^. L'Hôpilal-Général achetait ses provisions de blé dans les provinces, le faisait moudre dans ses moulins de Gorbeil, au nombre de dix, et convertir en pain dans la maison même de Scipion, qui du reste a conservé ce caractère spécial , puisqu'elle est devenue la boulangerie des hôpitaux. Vingt-quatre boulangers cuisaient environ 20,000 livres de pain par jour, et 6 panetiers veillaient au chargement et à l'expédition du pain dans les différentes maisons de l'Hôpital-Général qui en consommaient 18,/i/io livres par jour; la Salpêtrière figurant dans ce compte pour 7,980 livres et Bicêtre pour 6,000 livres. En ce qui concernait la viande, c'était un sieur Bayard, entrepreneur des vivres à la boucherie des invalides, qui, en vertu d'un marché passé avec l'administration de l'Hôpital-Général, devait fournir les bestiaux nécessaires à la consommation dans toutes les maisons dudit Hôpital. Quatre garçons bouchers, sous la surveillance d'un commis, procédaient à l'abatage et à la distribution des viandes, (jui étaient payées au sieur Bayard à raison de 1 0 sols 2 deniers la livre, et, déduction faite de la valeur des abats, suifs et cuirs, revenaient à 8 sols la livre, soit à un cinquième audessous du prix moyen de Paris. L'Hôpital-Général prit livraison , en 1789, de 1,8/12 bœufs, 908 veaux et 7,6/17 moutons, qui donnèrent en viande un poids total de 1, 42 1,628 livres. La chandelle consommée par les établissements charitables dépendant de l'Hôpital-Général se fabriquait dans la maison de Sci-

'' Cf. les n" 12/1-126 du tome V' de notre recueil.

xc L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

pion qui, pour l'année 1789, en fournit '25,5^9 livres aux divers hôpitaux et vendit le surplus de la fabrication, soit 90,^36 livres. Les commissaires du Comité de mendicité qui visitèrent la maison de Scipion ne négligèrent aucun détail; c'est ainsi qu'ils manifestèrent leur étonnement en voyant (ju'on achetait toutes fdées pour la fabrication des chandelles les mèches qui auraient pu fournir du travail à quelques pauvres de i'Hôpitai-Général.

Page 1