‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 2)Chapitre 9 sur 229 · MONT-DE-PIÉTÉ · texte numérisé non relu

MONT-DE-PIÉTÉ

Le Mont-de-Piété, établi par lettres patentes du 9 décembre 1 777 au profit des pauvres de i'Hôpitai-Général , était au siècle dernier considéré comme une annexe de cette immense administration. S'il formait une direction indépendante, ses opérations étaient surveillées et contrôlées par six des administrateurs de I'Hôpitai-Général. L'argent prêté à 2 deniers pour livre par mois constituait le revenu de cette maison ; en déduisant l'argent emprunté pour satisfaire à ces prêts, il restait un bénéfice de 5 p. 0/0 qui payait les frais d'administration, le surplus devait rentrer dans la caisse de I'Hôpitai-Général; mais au moment de la Révolution le bénéfice était nul, les frais d'établissement du Mont-de-Piété, très considérables, ayant atteint le chiffre de 1,700,000 livres. Les commissaires du Comité de mendicité s'accordèrent à louer sans réserve la comptabilité simple et bien ordonnée de cette maison, et reconnurent que ce système de prêts, quoique encore défectueux , offrait l'avantage inappréciable d'arracher bien des malheureux aux griffes des usuriers qui pullulaient dans la capitale; néanmoins l'organisation de caisses nationales ou municipales, concourant au même but, leur semblait de beaucoup préférable. Lorsque Louis XVI revint à Paris au mois d'octobre 1 789 , il conçut la pensée charitable de contribuer au soulagement des pauvres à l'entrée de l'hiver, en prenant à sa charge le retrait des dépôts de linge de corps et de vêtements

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au-dessous de 2/1 livres '^l La remise gratuite de ces objets se fit sur la présentation de certificats de domicile et de bonne conduite, délivrés par les districts; cette opération donna lieu à de nombreuses fraudes , et quantité de procès-verbaux furent dressés par les commissaires au Ghâtelet, à feffet de constater la présentation de reconnaissances fausses ou altérées pour obtenir le retrait de ces nantissements. Vers la fin de l'année 1790, fun des fonctionnaires du Mont-de-Piété, Goncedieu, connu par son rôle important en 1792, pour avoir eu la velléité d'y introduire des réformes qu'il exposa dans un ouvrage livré à la publicité, se vit en butte à l'hostilité des administrateurs et faillit perdre sa place; il ne fallut rien moins que l'intervention du Comité de mendicité pour qu'on ne lui fît pas un crime de ses bonnes intentions ^-K La nature même des opérations qui se pratiquaient au Mont-de-Piété nécessitait la présence permanente d'officiers de police, chargés de veiller à l'exécution des règlements, d'empêcher l'engagement d'effets volés ou escroqués, et de statuer sur les nombreuses contestations qui se produisaient à chaque instant au sujet des objets déposés en nantissement. Le lieutenant général de police avait délégué à cet effet un commissaire du Ghâtelet et un inspecteur de police, le premier pour prendre connaissance des délits et punir les coupables, le second pour faire les recherches nécessaires et arrêter les prévenus. Depuis nombre d'années, le commissaire Fontaine et l'inspecteur Noël s'acquittaient de ce double service à la satisfaction générale. Au moment de la suppression des commissaires au Ghâtelet, M. Fontaine proposa de substituer aux fonctions qu'il exerçait un bureau de surveillance du Mont-de-Piété, qui remplirait le même oflice. Le Gonseil de ville, entrant dans ces vues, accepta en principe rétablissement de ce bureau, qui serait composé de

<■' Cf. le n" 21 du tome II de notre ''^ Cf. les n"' 2/1-26 du tome II de

recueil. notre recueil.

xcii L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

deux commis, sous l'inspection immédiate du déparlement des étaJ3lissements publics, mais l'administration du Mont-de-Piété , d'après le rapport de M. Bosclieron, fit observer que les fonctions du commissaire près le Mont-de-Piété étaient dévolues pour le civil au juge de paix et pour le criminel aux commissaires de section; en outre elle jugea inutile et dangereuse la création d'un bureau qui donnerait à la Municipalité la gestion directe du Mont-de-Piété et risquerait d'introduire le désordre et l'anarchie dans cet important établissement, et pour bien marquer que son opinion ne comportait aucun blâme à l'adresse des anciens fonctionnaires, elle proposa de confier à M. Fontaine les recherches très délicates pour les engagements de bijoux et objets précieux, et de conserver à M. Noël une partie de son traitement ^^K

Dans la rue de Sèvres, à l'angle de la rue de la Chaise, se trouvait l'hôpital ou pour mieux dire l'hospice des Petites-Maisons, qui occupait l'emplacement de l'ancienne maladrerie de Saint-Germain-des-Prés; sa fondation remontait au xvi^ siècle. Des lettres patentes du ii novembre ibbk avaient autorisé les commissaires du Parlement à faire construire un ou deux hôpitaux pour y installer et nourrir des pauvres en petites loges, d'où le nom d'hôpital des Petites-Maisons donné à ce nouvel établissement. Il dépendait du Grand-Bureau des Pauvres et était affecté k koo pauvres vieillards de l'un et de l'autre sexe, mais de l'aumône du Grand-Bureau seulement. En 1790, le nombre des hospitalisés, tant au préau qu'à l'infirmerie, s'élevait à 558. Pour être admis dans cet asile, il fallait faire partie des pauvres du Grand-Bureau compris sur le rôle de ceux que l'on désignait pour entrer par rang d'âge, à partir de 70 ans,

'■' Cf. les n" 97 et -jS du tome II de notre recueil.

INTRODUCTION

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être veuf ou célibataire. Les valides vivaient au préau, étaient logés dans une chambre pour deux, et chauffés; ils recevaient 3 livres par semaine pour leur nourriture. Les malades ou impotents étaient traités et défrayés de tout à l'infirmerie où ils restaient aussi longtemps qu'ils voulaient. La mortalité, en moyenne de 80 individus par année, était relativement assez faible, eu égard à l'âge avancé de ces vieillards (1). Cette maison était remarquable par son ordre et sa propreté et contrastait avec la tenue des établissements analogues de l'Hopital-Général; aussi les commissaires du Comité de mendicité se déclarèrent-ils très satisfaits de l'organisation des Petites-Maisons, qu'on pouvait donner comme modèle à suivre pour l'assistance des vieillards. Le seul abus dont ils se plaignirent visait la préférence accordée à certains pauvres qui, grâce à un versement de i,5oo ou de 2,^00 livres, obtenaient un tour de faveur et étaient reçus immédiatement, soit au préau, soit à l'infirmerie, enlevant de la sorte autant de places à des pauvres plus âgés et dénués de ressources. Une maladrerie, pour employer le langage du temps, ou pour mieux dire une infirmerie spéciale, recevait un certain nombre de vénériens, qui étaient parfaitement soignés en payant un prix convenu avec le chirurgien de la maison, prix qui ne pouvait être inférieur à i65 livres. L'hôpital des Petites-Maisons admettait aussi /lo à 5o aliénés des deux sexes moyennant une pension de 3oo à /loo livres; on les enfermait dans des loges analogues à celles de Bicêtre, mais plus confortables; là, au moins, ils n'étaient plus exposés à la curiosité indiscrète des visiteurs; l'Administration, mue par un sentiment d'humanité des plus louables, avait interdit formellement de les exhiber en public, comme cela se pratiquait dans toutes les maisons de fous. Leur admission n'était prononcée qu'après une visite faite par le chirurgien delà maison, en présence de deux administrateurs qui adressaient un rap^

'■' Cf. lo n" 1 î!7 (In lome I" do notre recueil.

xciv L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

port au procureur général du Parlement. Un bâtiment spécial, ayant son entrée vers le milieu de la rue de la Chaise, servait d'hôpital pour les jeunes enfants de l'aumône du Grand-Bureau atteints de la teigne, habituellement au nombre de 9.0 à aB, qui n'avaient à débourser qu'une somme de 3o livres pour la toile nécessaire à leurs pansements.

Quarante sœurs grises de la Charité de Saint-Lazare soignaient les pauvres de l'infirmerie, les aliénés et s'occupaient de la cuisine ainsi que des lessives. Les revenus de la maison se montaient à 990,000 livres, les dépenses à 2 58, 000 livres; par conséquent, fait assez rare, il y avait un excédent à peu près de 5o,ooo livres par année, que l'on employa en aménagements. En 1781, fut commencée une nouvelle infirmerie, pouvant contenir 60 lits; en 1788 un bâtiment bâti au fond du préau procura 119 places de plus; en 1787, autre salle neuve pour infirmerie de 36 lits. Les constructions nouvelles destinées à remplacer de vieux bâtiments tombant en ruine réunissaient toutes les conditions voulues d'espace, de confort et de salubrité.

L'hôpital des frères de la Charité, qui occupait dans le principe la maison des Petits-Augustins, fut transféré, au commencement du xvii*^ siècle, dans une grande maison, rue des Saints- Pères; l'église, dont la première pierre fut posée en 161 3, ne fut achevée qu'en 1788, date de la construction du portail sur les dessins de l'architecte de Cotte. Nombre de tableaux de maîtres connus décoraient cette église; on y remarquait surtout une Apothéose de saint Jean-de-Dieu par Jouvenet, Abraham donnant l hospitalité aux anges, et la Samaritaine de Restout, la Résurrection de Lazare par Galloche, qui, paraît-il, avait représenté dans ce tableau tous les membres de sa famille; la Multiplication des pains par Halle, sans compter d'autres toiles de Verdot, Cazes. Dans une des chapelles se voyait une Vierge en marbre de Lepautre

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et le tombeau de Claude Bernard, dû le pauvre prêlre, mort en odeur de sainteté, tombeau orné d'une figure en terre cuite coloriée, d'une exécution remarquable, par Benoît^^l

L'hôpital de la Charité, spécialement affecté aux pauvres atteints de maladies aiguës et aux blessés, renfermait 208 lits distribués en six salles très spacieuses, oii chaque malade, couché isolément, avait au moins six toises d'air à respirer. On ne recevait, aux termes des fondations, aucun vénérien ou galeux, en un mot, aucun individu atteint de maladie contagieuse ou incurable. Le régime alimentaire était excellent; voici l'énumération de tous les repas que faisaient les malades. A G heures du matin, un bouillon ou potage; à 9 heures, dîner composé de potage, viande (notamment de volaille pour les plus faibles), d'œufs, avec du vin comme boisson; à midi et demi, goûter, soit du bouillon, soit des panades, des fruits cuits, confitures; à 5 heures, souper composé trois fois par semaine d'un rôti de volaille, de veau ou de mouton, et les autres jours de viande bouillie ^^l Par une regrettable habitude, on ne recevait de malades dans l'hôpital que les lundis, mercredis et vendredis, jours de sortie des malades guéris, et encore seulement des catholiques; en outre les nouveaux arrivants étaient à peine couchés qu'on les invitait à se confesser.

Comme l'hôpital de la Charité était en même temps un noviciat'^) pour l'ordre de Saint-Jean-de-Dieu, contenant plus de cinquante frères, les exercices du culte avaient une grande importance : deux messes par jour se disaient dans les salles, sans préjudice des prières soir et matin et de fréquentes lectures spirituelles; trois fois par semaine il y avait procession du saint

^'' Cf. Abnanach parisien, 1789. moire des fi'ères de la Chanté, à l'eflet

^"' Voir la notice adressée au dépar- de conserver un ordre aussi utile que

lement des hôpitaux, n''i3o du tomel" celui de ces religieux hospitaliei^, en

de notre recueil. les autorisant à recevoir des novices.

^'' M. Bailiy transmit, le 8 mars Cf. le n" 128 du tome I" de notre re-

lyyo, h l'Assemblée nationale un mé- cueil.

xcvi L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

sacrement. JNéanmoins les religieux de la Charité entouraient des soins les plus assidus leurs malades, visités journellement par deux médecins de la Faculté, dont les ordonnances étaient exécutées avec une ponctualité remarquable. On traitait dans leur maison les coliques de plomb des peintres et l'on recevait, du printemps à l'automne, les pauvres atteints delà pierre qui venaient s'y faire opérer. La recette de l'hôpital s'élevait à 267,000 livres, la dépense atteignait le chiiïre de 253, 000 livres, par conséquent le compte se soldait par 6,000 livres de déficit, mais il convient d'ajouter que cet établissement avait à la fois le caractère d'hôpital et celui de communauté religieuse , que les diverses rentes perpétuelles ou viagères et autres charges absorbaient par année une somme de 122,2 16 livres, à déduire des 267,000 livres, et qu'avec les 125,000 livres restant, l'hôpital suffisait à l'eiitrelien de 3i3 personnes, savoir: 216 malades, 5o religieux, 2 aumôniers et A5 domestiques; sur cette base la journée de malade ne revenait guère qu'à 3o sols. On calculait qu'avec la plus-value probable des biens de cet hôpital, son revenu dépasserait un jour le chiflVc de 100,000 écus.

D'après le mémoire explicatif envoyé par les religieux de la Charité à l'Assemblée nationale ^^^ le déficit constaté provenait de la cessation des quêtes et aumônes qui rapportaient 8,000 à 10,000 livres par an, et d'ailleurs l'hôpital n'aurait jamais pu équilibrer ses recettes et dépenses, ni construire de nouvelles salles, si l'Ordre de la Charité ne lui était venu en aide par des subsides extraordinaires. Les commissaires du Comité de mendicité rendirent pleine justice à leur administration en ces termes fort élogieux : cr 11 est bien à désirer que ceux qui succéderont aux frères de la Charité héritent de leur zèle et de leur habileté dans le traitement des malades; il faut convenir qu'aucun établissement de ce genre ne paraît comparable à celui que ces religieux ont formé, r

''^ Cf, le n" i3j du tome I" de notre recueil

INTRODUCTION. xcvii

HOPITAL DES COi\VALESCE>TS.

L'hôpital des Convalescents de la rue du Bac, annexe de riiôpital de la Charité, fut établi en 16I12 par Angélique Faure, femme de Claude de Bullion, surintendant des finances, spécialement en faveur des malades convalescents sortant de la Charité, et autorisé par lettres patentes d'octobre i656. Grâce aux fondations dues aux libéralités successives de M. Gervaise, chanoine de Reims, du cardinal de Mazarin et du marquis de Sache, le nombre des lits, de 8 dans le principe, fut porté à 19, et les religieux de la Charité en ayant fondé 5, le total des lits disponibles était de 2/1, mais par une étrange anomalie on n'y recevait ni prêtres, ni soldats, ni domestiques. Les convalescents qui occupaient les 2/1 lits de cet hôpital étaient choisis parmi les malades les plus indigents de la Charité et y passaient huit jours francs, quelquefois même quinze, à l'effet de reprendre les forces nécessaires pour 3e livrer aux travaux pénibles de la classe ouvrière. Le mouvement d'entrée et de sortie se faisait les lundis, mercredis et vendredis, à raison de 8 chaque fois. L'hôpital des Convalescents ne disposait que d'un revenu net de 3i,65/i livres, avec lequel il fallait pourvoir annuellement à l'entretien de 9 4 malades, G religieux, 2 aumôniers, 1 cuisinier, 3 domestiques et 1 jardinier. Le Comité de mendicité jugea la dépense excessive eu égard à la petite quantité de malades secourus, fort bien traités, il est vrai, mais qui à ses yeux pouvaient être trois fois plus nombreux ^^K

MAISOxN DE SANTÉ DE LA BARRIERE D'ENFER.

Les religieux de la Charité possédaient également près de la '"' Cl', le n" i33 du tome I" de noire recueil.

IM1'[UML[11C NATIONAL!:.

icviii L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

barrière d'Enfer une maison de santé pour soigner dans leurs maladies les ecclésiastiques et militaires pauvres; cette maison, construite sur les dessins de M. Antoine, fut inaugurée le 3i juillet 1781; elle se trouvait dans une situation très salubre, entourée de vastes jardins, et contenait 16 lits en une salle au rez-de-chaussée; le prix de la journée de chaque malade revenait à li livres; en réalité les malades n'y figuraient qu'accessoirement et cette maison de santé était plutôt un séjour d'agrément pour quelques pensionnnires et les frères qu'on y logeait.

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