‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 2)Chapitre 93 sur 229 · HÔPITAL DU SAINT-ESPRIT, CLOÎTRE DES BERNARDINS · texte numérisé non relu

HÔPITAL DU SAINT-ESPRIT, CLOÎTRE DES BERNARDINS

Celte maison a été fondée en 1862, pour y élever des enfans, garçons et filles, nés dans la ville ou fauxbourgs de Paris, orphelins de père et de mère, bourgeois ou artistes.

M. Roncelin, ministre, pour le spirituel, même maison.

M. Desmagny, greffier du bureau, à la Pitié.

M. Berthellier, chef du bureau de la comptabilité de l'Hôpital Général . chargé des fonctions d'économe , receveur.

M. Viel, architecte des maisons de fHôpital Général, de l'Académie des sciences et arts de Rouen, rue et près S' Jacques du Haut-Pas.

REPONSES AU\ QUESTIONS FAITES PAR M. DE JLSSIEU SUR LES MAISONS DU SAINT-ESPRIT ET DES ENFANTS-TROUVES.

Mai 1790.

ENFAMS-TROUVÉS.

ARTICLE l".

Quels enfans sont reçus dam cet hôpital?

On reçoit indistinctement à cet hôpital tous les enfans qu'on y apporte.

Quelles formalités exige-t-on pour leur admission ?

La seule formalité exigée est la présentation à une ordonnance de commissaire de police, laquelle contient ordinairement une description sommaire du tems et du lieu de la naissance de l'enfant, ainsi que de ses vétemens et des papiers trouvés sur lui.

Quel est, année commune , le nombre des enfans reçus, et combien en reçoiton par jour?

On joint ici un abrégé historique de cet hôpital, où l'on trouve, page 7 et suivantes, le nombre progressif des enfans que l'on y a reçus depuis son établissement.

Ce nombre varie-t-il en plus ou en moins d'une manière sensible suivant les saisons ? quelle est la saison, quels sont les mois les plus chargés ? Les tems de calamité publique, de cherté, de disette amènent-ils ordinairement plus d'enfants à l hôpital ?

On joint aussi un tableau du nombre des enfans reçus mois par

30/i L'ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS.

mois pendant les dernières années; ce qui répondra au surplus des questions du présent article.

Malgré les dclTenses sur l'importation des enfans des provinces, on en apporte encore environ huit cens par année.

Quel est:, ^^^ ^^ totalité des enfans reçus, le nombre à peu près de ceux que Von reconnoît attaqué du mal vénérien ? Que deviennent ces enfans et quels moyens sont employés pour les conserver ? Quel succès obtient-on de l'usage de ces moyens ?

On en a envoyé à l'hospice de Vaugirard 1,2 A3 depuis le 1" août 1780, époque de l'établissement de cet hospice, jusqu'au 1" février 1 '7()o. (î'est à quelques uns près qui ont trompé les yeux des olficiers de santé, tout ce qui a été reçu d'enfans vénériens à l'hôpital des Enfans-Trouvés pendant cet espace de tems.

L'économe de cet hospice peut rendre compte des succès de cet établissement. Il est prouvé que l'on en sauve plusieurs ; auparavant on les envovoit à la crèche, dans la maison de la Salpétrière, on n'en sauvoit aucun.

Comment est-il pourvu â l'existence des autres enfans jusquà ce qu'ils ayent trouvé des nourrices ? N'y a-t-il pas aux Enfans-Trouvés des nourrices sédentaires pour les allaiter provisoirement et en prendre soin ? Quel est le nombre de ces nourrices, et de combien d'enfans chacune d'elles peut-elle être chargée ?

Ci devant les enfans étoient allaités dans l'hôpital par des nourrices sédentaires, on leur associoit des remueuses pour les autres soins. Le nombre des enfans qu'elles allaitoient n'étoit point fixe, mais dépendoit du nombre total de ceux qui séjournoient dans l'hôpital. Ce nombre en certaines saisons, telles que l'hiver et le tems de la moisson, approche de 200.

Les bornes de l'hôpital n'ont jamais permis d'admettre auprès des enfans plus de 18 ou 20 femmes de l'une et l'autre sorte.

Il est encore à observer que l'on a toujours exclus de l'allaitement los enfans moribonds ou ceux dont la santé étoit suspecte, à cause

du danger (|iii en pouvoit résulter pour les nourrices et l(;s eiutres enfans.

Ce danger et plusieurs autres résultants de l'allaitement commun déterminèrent à supprimer en l'année l'ySH les nourrices sédentaires et à les remplacer par d'autres femmes, à qui les sœurs, chargées de les surveiller, partagent les soins relatifs, soit à la propreté, soit à la nourriture des enfans, suivant la méthode, soit générale, soit particulière, qui leur est indiquée par les olFiciers de santé.

Depuis cette réforme, on admet pour allaiter les enfans dans l'hôpital les nourrices de la campagne qui viennent chercher des nourrissons, mais chacune n'en allaite qu'un, qui est celui qu'elle doit emporter.

Les nourrices admises à allaiter couchent dans des dortoirs distincts, ([ui leur sont communs avec leurs nourrissons.

Depuis longtems on sent lehesoin où est cet hôpital d'avoir un plus vaste enq)lacement pour pouvoir multiplier et aggrandir ces dortoirs communs, ce seroit un des plus grands et des plus sûrs movens de rendre moins dangereux le séjour des enfans dans l'hôpital. Le projet étoit d'acquérir l'île de maisons, contigue à cet hôpital, mais les revenus ne l'ont pas permis.

Est-ce (le la province seuicmciil fjuo sont tirées les tiourrices dont se sert rhôpitnl ?

Toutes les nourrices sont tirées de la campagne, à la distance de la jusqu'à fio et 60 lieues.

Quelles sont les provinces qui eu fournissent te plus ?

Les provinces qui en fournissent sont, en les rangeant par rapport à la quantité, lu Picardie, eu y joignant l'Artois, le Cambrésis et le Hainaut ; la Normundie, en partant de Mantes et la circonscrivant par les villes de Dreux, Séez, Lizieux, le Pont de l'Arche, les Andelis et Vernon , et y comprenant le comté d'Eu , le pays de Bray et le Vexin ; la Bourgogne, en partant d'Auxerre jusqu'à Saulieu, et enfin la partie de la Champagne , autour de Sens.

IMlMinntllK NATIONAM.

Leur salaire varie-t-il suivant les provinces ? Quel est ce salaire ? Leur tient-on compte des frais de voyage ?

Les salaires des nourrices sont uniformes. On les trouvera détaillés à l'article i 2 du règlement du aG mars 177/1, dont on joint ici un exemplaire et dans le supplément ([ui est ensuite.

Il est aussi question des frais de voyage dans le même supplément.

Comment se fait le partage des enfans entre les nourrices ? Est-ce leur choix, le sort, ou la volonté des supérieurs qui en décide ?

Les enfans sont distribués aux nourrices par les sœurs , qui consultent en partie leur goût, et en partie les persuadent. Jamais on n'employé la voie du sort.

A quelles fomialités les nourrices sont-elles assujetties pour leur réception ?

Toutes ces questions ont leurs réponses dans le règlement cité cidessus. On y voit, articles 1 et 3, les formalités auxquelles sont assujetties les nourrices qui se présentent.

Quels moyens a-t-on de les surveiller et de s'assurer pendant la nourriture de l'état des enfans ?

Articles 28, 33, /19 et 5o, les moyens de les surveiller: et article 29, de quelle manière on s'assure de leur état pendant le cours (\o leur nourriture, indépendamment des visites.

De quelle peine sont punies celles qui se trouvent enfante?

Les nourrices en faute sont privées de leur nourrisson. Voyez les articles 34 et 5 0 du même règlement. Les articles 20 et 21 portent amende contre celles qui retiennent les hardes des enfans décédés ou changés.

En quoi consiste la layette des enfans, leur première vêture et à quelle époque a-t-elle lieu ? Quelles sont les époques des autres vêlures ?

Voyez les articles 1 7 et 1 () du règlement.

Combien d'années les enfans restent-ils en nourrice ? L'âge du retour estil le même pour les garçons et pour les Jîlles ?

L'article 22 du règlement fixe la fin du sevrage à 6 ans sans distinction de sexe.

Les dispositions de la délibération du 9 décembre 1779, citée dans le supplément, le fixe de fait à 7 ans.

Que deviennent-ds alors ?

La destination ultérieure de ces enfans est indiquée dans les articles 9 2 et 96 du règlement.

Antérieurement au règlement du 7 janvier 1761, dont on joint aussi un exemplaire, le tems du sevrage expiré, on ramenoit tous les enfans à la maison du parvis Notre-Dame , d'où , après avoir fait le choix de quelques uns pour cette maison, on envoyoit le surplus à la maison du faubourg S' Antoine qui en fesoit un nouveau choix. Les autres étoient envoyés dans 'es maisons de l'Hôpital Général.

La maison du faubourg S^ Antoine suffit-elle pour les recevoir ? Quel est habituellement le nombre des enfans élevés dans cette maison ?

Anciennement cette maison pouvoit contenir 600 enfans, elle en a même contenu jusqu'à 800, depuis la construction des deux pavillons qui forment les avant corps. Mais la mortalité, qui résultoit d'une si grande réunion, a déterminé l'administration à en réduire considérablement le nombre; l'exécution du règlement du 7 janvier 1761 a facilité cette réduction.

Cette maison ne renferme aujourd'huy qu'environ Zioo enfans, l'expérience a prouvé qu'il falloit s'arrêter à ce nombre pour ne pas leur rendre le séjour de cette maison pernicieux.

Quelle éducation y reçoivent-ils ?

. On leur apprend à lire et à écrire. On enseigne aussi le plain chant à un certain nombre d'entr'eux pour le service de l'Église.

On occupe les filles à coudre et à broder en linge, les anciennes montrent aux jeunes.

:}08 i;assistanci- publique a paius.

Qu.'int aux garçons, on los occupent h trirolter, faulo d'autres occasions d'employer leurs loisirs. On a tent('' plusieurs moyens de les occuper d'une manière plus convenable, les uns n'ont point réussi, les autres devenoient nuisibles à leur santé.

Jiisfju'à (juol âfre y sont-ils gard/'s ?

On place les filles à tout âge chez des maîtresses, des ouvrières, ou autres personnes capables de leur procurer un état.

Les garçons sont d'ordinaire mis en métier, lorsrpj'ils ont fait leur première communion, c'est-à-dire vers l'âge de i/i à i 5 ans.

On voit, article 26 du règlement du 06 mars 177^». fpie l'on peut en placer de tout âge à la campagne.

ARTICLE vrii.

Quel est, année commune, le nombre des enfnns qui meurent en nourrice, et la proportion de ce nombre avec le nombre total des enfans reçus ? Variet-elle sensiblement ?

C'est h peu près et constamment les deux cinquièmes des enfans reçus.

Observant que l'on a borné le calcul au premier mois seulement de la vie des enfans, attendu que le fort de la mortalité tondie dans cet intervale. Passé ce terme, elle se réduit à très peu de chose.

A-t-on observé quelle maladie enkvoit le plus d'enfans, et si les causes de mortalité sont toujours à peu près les mêmes ?

Outre les causes de mortalité communes à tous les enfans en général, et ceHes qui accompagnent particulièrement la naissance des enfans destinés pour cet hôpital, soit à raison de la gène et quelques fois des atteintes que la honte de plusieurs mères fait éprouver aux enfans qu'elles portent dans leur sein, soit à raison de la misère ou de la débauche des auteurs de leurs jours, les enfans contractent dans l'hôpital, une maladie connue sous la dénomination de muguet. Cette maladie et les fatigues du voyage sont regardées comme les causes principales et à peu près constantes de la mortalité des enfans chés les nourrices.

J\'y^ ft-l-il pas des circonstances des saisons où les nourrices deviennent

rares ?

Les nourrices sont plus rares dans le tems des gelées et dans celui de la moisson.

C'est pour remédier, autant qu'il est possible, à cette rareté, que par délibérations du 99 août 1777 et du 9 mai 1786 il a été ajouté 9^ de plus au premier mois en faveur des nourrices qui viendroient pendant les deux saisons d'hiver et d'été.

Voyez le supplément en suite du règlement du 26 mars 177^-

Quelle mesure prend-on alors pour conserver les enjans ?

On supplée au défaut des nourrices de la manière expliquée en l'article 3 ci-dessus.

En périt-il beaucoup Jante de nourrices ?

Le défaut de nourrices et toutes les autres causes dont on a parlé dans l'article précédent en font périr dans l'hôpital un peu moins des deux septièmes.

C'est le cas de parler ici d'une maladie singulière assez fréquente parmi les enfans apportés à cet hôpital, c'est l'endurcissement du tissu cellulaire. 11 est probable que plusieurs autres enfans en sont également affectés, mais elle a été méconnue jusqu'à présent, ce n'est que depuis deux ans qu'elle a été remarquée par les othciers de santé de cet hôpital, ils l'attribuent à l'intempérie de l'air au moment de la naissance des enfans.

La Société de médecine en a fait le sujet d'un prix qui est actuellement au concours.

A-t-on connoissance des enfans qui périssent dans le voyage ? Il semble qu'il doit en périr de cette manière un certain nombre dans les saisons rigoureuses !

On n'a aucune certitude à cet égard. On voit par les extraits mortuaires que presque fous les enfans parviennent à leur destination.

Quelle est, en général et année commune, la morlalité des enfans-trouvés relativement au nombre que l'on en reçoit? Cette mortalité, proportions gardées, a-t-elle reçu des accroissements ou des diminutions ?

La dispersion et l'éloignement des enfans envoyés en nourrice elles délais qui s'ensuivent relativement aux nouvelles de leurs décès, ne pouvant que rendre irrégulier et confus le dénombrement des enfans décédés, tel qu'il est demandé ici, on a préféré la forme adoptée dans les articles 8 et 9 précédents.

L'ensemble de ces deux articles présente une mortalité générale des deux tiers des enfans pendant le premier mois de leur vie.

On a observé dans ces deux articles que cette mortalité se trouve à peu près constante. Les calculs qui ont conduit à ce résultat ont été faits sur les années 1773, 177/1,1775, 1776 el 1777 pour le Gouvernement. Ils sont longs et épineux. On se propose de les répéter un jour, à compter du 1"^ juillet 1788, époque des changements faits au règlement du 26 mars 177^1, mais pour parvenir à un résultat exact, il faut attendre la révolution de quelques années. On espère trouver un résultat plus satisfaisant. La certitude seroit plus grande, si 1^ projet indiqué à la fin du n° 3 avoit son exécution.

A-t-on quelques données sur le nombre des enfant légitimes que reçoit l'hôpital? Il semble qu'on pourroit en juger, du moins imparfaitement, par le nombre des réclamations qui ont heu dans la suite ?

C'est par les extraits baptistères plutôt que par le nombre de réclamations que l'on pourroit connoître le nombre des enfans légitimes apportés aux Enfans-Trouvés, attendu que l'on en réclame aussi d'illégitimes.

On a compulsé ces extraits pour les années 1 788 et 1789, à la demande de la Société maternelle, on a eu pour résultat un peu plus de 800 enfans. Mais ce moven est encore incertain et le nombre des enfans légitimes doit être porté plus haut. Il est des enfans dont on a

soustrait les extraits baptistères, ainsi qu'on l'a reconnu plusieurs fois par la suite.

Ya-l-il, année commune, beaucoup de ces réclamations?

Si l'on calcule d'après les recherches, on en compte 6 à 700 par année. Mais il ne se rend annuellement qu'environ une trentaine d'enfans.

A quelle condition les enfans sont-ds rendus à ceux qui les réclament ï

1° On ne rend les enfans qu'à des personnes mariées, soit ipi'elles les réclament pour leur compte ou pour le compte d'autrui.

2° Il faut au préalable qu'elles ayent payé le droit de recherche de 1 2^ 10'.

3° Le Bureau répète la nourriture des enfans, qui est évaluée à 1 00^ par année, mais le Bureau accorde des modérations aux personnes qui justifient l'impuissance de payer la totalité.

Il n'est peut-être pas hors de propos d'exposer ici les raisons de cet usage.

Prenjièrement, il améliore les revenus casuels de l'hôpital d'environ div à douze mille francs.

Secondement, il remédie aux inconvénients (jui peuvent résulter de la facihté qu'ofl're cet liôj)ital en recevant indislincfement tous les enfans qu'on y apporte.

Quel est le gouvernement particulier de chacune des deux maisons de la Couche et du faubourg S' Antoine ? A qui l'autorité appartient-elle dans l'une et l'autre de ces maisons ?

Ces deux maisons sont régies par la même administration et ont une manse commune.

Chacune des deux maisons est gouvernée, quant au spirituel, par deux ecclésiastiques, dont l'un a le titre de premier chapelain, et quant au temporel, par des sœurs de la Charité, à la télé desquelles est une supérieure.

313 L'ASSISTANCK PUBLIQUE A PAHIS.

Quel est, dans chacuue, le nombre don personnes allachées soil au régime soil nu service? Quels sont leurs traitements, gages nu salaires?

On joint ici un élat du nombre et tlu traitement des personnes allachées soil au réfjime. soit nu service de cos doux maisons.

MKMOIRK DU SIELIl COLIN, PRINCIPAL CLERC UE M. DLCHALFFOl R , ET DU SIELR DEVILLERS, PRINCIPAL CLERC DE M. ROIN , PROPOSANT \ L\ MU- NICIPALITE DE PARIS L'ÉTARLISSEMENT D'UN RUREAU POUR L'INSCRIPTION DE TOUS LES ENFANTS QUI À L'AVENIR SERAIENT DEPOSES \U\ ENFANTS- TROUVES.

18 novembre 1 790.

A M. le Maire et à MM. les administrateurs de la municipalité de Paris.

MÉMOIRE

L'établissement de l'hôpital des Enfans-ïrouvés, celui qui peut-être a le plus honoré le siècle qui l'a vu s'élever dans cette capitale, avoit pour objet dans son principe d'ouvrir un azile à de malheureuses victimes, fruits du libertinage, que la barbarie avoit imaginé d'exposer et d'abandonner dans des allées de maisons et dans d'autres lieux.

Aujourd'hui, et malgré la dépravation des villes et même des campagnes, l'humanité n'a plus à gémir sur de semblables forfaits.

Mais pour cela, la nature n'a pas remporté une victoire completle, et il n'est que trop ordinaire de voir de lâches séducteurs abandonner des filles trop crédules et les livrer à tout ce que la misère a de plus affreux. Privées elles-mêmes des choses les plus nécessaires, elles sont souvent forcées de se séparer pour toujours de leurs malheureux enfans, dès l'instant même de leur naissance, pour les envoyer dans la maison destinée à les recevoir et à les élever.

D'autres fois, ce sont d'honnêtes parents que l'infortune a poursuivis et auxquels elle a ravi les moyens de nourrir leur famille devenue trop nombreuse ; après avoir épuisé toutes les ressources, ils se trouvent

HOPITAL DES E.NFANÏS-TRUUVÉS. 313

réduits ù la Irop cruelle nécessité d'éloigner d'eux un ou même plusieurs de leurs enfans, pour leur procurer dans cet azile toujours ouvert les secours de la vie qu'ils ne peuvent plus leur fournir. Et quelque pénible, quelque déchirante que soit pour eux cette séparation, ils la préfèrent à la désolation de les voir périr misérablement sous leurs yeux.

Parmi ces parents, dont la situation est faite pour intéresser l'âme la moins sensible, il en est pour qui le sort cesse d'avoir des rigueurs, aussi le jour de la prospérité commence-t-il à luire pour eux, que leurs j)remiers regards se tournent vers ces malheureux enfans; ils se hâtent de les rapprocher d'eux et le plus doux moment de leur vie est celui où ils peuvent les recueillir dans leur sein, pour n'en être plus séparés.

De même une jeune fdle sans expérience , souvent abusée par des promesses trompeuses, a eu le malheur de se laisser séduire, elle est abandonnée, et devenue mère, au désespoir de ne pouvoir conserver son enfant, elle est contrainte de se séparer de lui.

Mais un événement heureux, une succession, un legs avantageux, etc. la placent dans une situation aisée, elle rejette toutes propositions intéressées ; elle n'a point oubliée qu'elle étoit mère et en gémissant sur la perfidie de celui qui l'a trompée, elle va chercher celui qui doit faire sa plus douce consolation, elle va réclamer son enfant, et quand d lui est rendu, alors elle se trouve heureuse de posséder l'objet de ses douleurs et de sa tendresse.

Ce sont sans doute ces considérations et d'autres, dont sera ci après parlé, qui ont fait arrêter que nul enfant ne seroit admis aux Enfans- Trouvés, sans avoir été préalablement porté chés un commissaire au (îhàtelet, où l'on inscrit sur un registre à ce destiné les noms des enfans, ceux des parens, lorsque ces enfans ont été baptisés, ou qu'ils sont déclarés par les sages-femmes ou autres personnes qui s'en sont chargées ; plus le jour et le lieu de leur naissance et enfin toutes les remarques particulières qui pour ceux qui n'ont pas été baptisés sont mises en usage pour pouvoir les reconnoître et les réclamer par la suite. s'il y a lieu.

Chés le commissaire on délivre à l'instant même un bulletin conforme à l'enregistrement, énonciatif de tous ces renseignemens précieux pour les pères et mères et pour assurer l'état civil de ces enfans. Ces bulletins, ainsi que les extraits de baptêmes de ceux qui ont été

baptises, sont fournis au bureau de réception de la maison dcsEnfans- Trouvés, et ils sont énoncés et mentionnés sur les registres de cette maison.

Le double de ces bulletins est également délivré chés les commissaires aux sages-femmes ou autres qui apportent ces enfans, quand elles le requièrent, pour le remettre aux |)arents, parainsou maraines, soit pour s'assurer de l'existence de ces enfans, soit pour les réclamer par la suite, s'ils parviennent à une situation plus avantageuse.

Il n'est point rare de voir des parains ou maraines, après avoir perdu l'espoir d'avoir eux-mêmes des enfans, se ressouvenir d'un infortuné qu'ils ont nommé à l'église et se faire un devoir d'en prendre soin et de l'élever.

On a vu des pères avares et dénaturés retirer secrettement et à l'insçu de leurs épouses leurs enfans de nourrice pour les placer à l'hôpital des Enfans-ïrouvés et cacher cet horrible forfait par lu mort supposée de ces enfans.

Cependant un moment vient où la nature reprend ses droits et ce père qui étoit indigne d'un si beau nom, tourmenté par les remords qui le minent, va réclamer son fils.

Mais ce qui est plus ordinaire, de jeunes gens de l'un et l'aulre sexe s'aiment, emportés par la passion, ils succombent et donnent l'être à un enfant qu'ils chérissent. Le deffaut de moyens, des circonstances fâcheuses, des considérations puissantes les empêchent pour l'instant de se marier, d'élever leur enfant, mais ils se promettent bien de ne pas le perdre de vue. Les obstacles qui s'opposoienl à leur félicité sont-ils détruits, leur premier soin est de réclamer ce tendre enfant, l'objet de leurs soupirs passés et qui désormais sera celui de leur plus douce jouissance.

Il est encore des circonstances étrangères aux précédentes.

Des parens mettent un enfant en nourrice, ils payent exactement les premiers mois, ils ont bien l'intention de continuer les soins qu'ils doivent à leur enfant, mais tout à coup ces mêmes parens deviennent les victimes d'un événement désastreux et imprévu: ils fuyent, ils s'éloignent et demeurent ignorés jusqu'à ce que des circonstances plus heureuses leur permettent de reparaître ; mais le sort continue à les poursuivre, ils donnent des larmes à leur enfant et ne peuvent plus payer à la nourrice le fruit de ses peines. Celle-ci cependant fait des re-

cherches, elles sont inutiles. Par considération pour d'honnêtes parens, plus encore par attachement pour celui qu'elle allaite, elle attend, elle patiente, elle diffère de jour en jour; enfin un trop long délai lui indicée que l'enfant dont elle s'est chargée , loin d'être pour elle un moyen de subsister et d'élever sa propre famille, n'est plus qu'une charge. Hors d'état de fournir elle-même plus longtems aux besoins de cet enfant et après avoir bien combattu, si elle est sensible, elle est forcée "de céder à la nécessité et n'a d'autre ressource que de le porter à l'hôpital des Enfans-Trouvés.

Il est dans ce cas bien intéressant pour cette nourrice, pour son nourrisson et pour les parens de ce dernier, ([ue toutes ces circonstances soyent consignées dans un registre destiné à recevoir tous ces renseignemens précieux. Ce cas est très rare, mais n'est pas sans exemple et peut se réitérer.

Dans toutes ces différentes circonstances comme dans beaucoup d'autres qu'il seroit trop long de détailler ici, c'est avec le double du bulletin de l'enregistrement qui a été fait chés les commissaires où les enfans ont été portés, que les parens, parains, maraines, ou toutes autres personnes bipnveillantes, se présentent à coup sûr au bureau des Enfans-Trouvés, oii après s'être assurés de l'existence de l'enfant qui les intéresse, ils le réclament et s'en chargent après avoir justifié des moyens cjui sont en leur pouvoir pour les élever eux-mêmes.

Ces considérations paroissent assés puissantes pour invoquer et solliciter la continuation de ces enregistremens, tant pour l'utilité des enfans que pour la tranquilité de leurs parens, puisque l'objet principal est de ménager aux uns et aux autres un sort plus heureux pour l'avenir, s'il y a lieu.

Cependant nous touchons au moment où MM. les commissaires au Châtelet vont cesser leurs fonctions.

Dans cette circonstance les exposans ont l'honneur de représenter à M. le Maire et à MM. les administrateurs de la Municipalité qu'il seroit utile de nommer deux préposés nd hoc, lesquels seroient autorisés à ouvrir un bureau sous la protection et l'inspection immédiate de la Municipalité, et ce dans un lieu très voisin de la maison des Enfans- Trouvés, où les enregistremens dont est question seroient faits avec la plus scrupuleuse exactitude et le plus grand soin, jour par jour, heure

par heure, sur un ou même deux registres, s'il plaisoil à iM. le Maire et à MM. les administrateurs d'arbitrer qu'un second registre put offrir quelque utilité.

Il seroit essentiel et même nécessaire (ju'il n'y eût qu'un seul bureau d'enregistrement, attendu que ceux qui auroient intérêt à se faire délivrer un deuxième bulletin, ayant la datte ou à peu près de la naissance ou de l'enregistrement de l'enfant qu'ils voudroient réclamer, ou de l'existence duquel ils désireroient au moins s'informer, s'adresseroient à coup sûr dans ce bureau.

Au lieu que s'il y en avoit plusieurs en remplacement de MM. les commissaires pour cet objet, les intéressés, même avec des dattes précises, seroient exposés à faire, comme cela arrive souvent, d'inutiles et très longues démarches avant d'obtenir les éclaircissemens qu'ils désireroient.

Ceux de MM. les commissaires , chés lesquels se font ces enregistremens, ne pouvant plus désormais faire usage de leurs registres, seroient priés de vouloir bien les remettre aux préposés à ce nouvel établissement, lesquels seroient chargés de ce dépôt si précieux pour tant de citoyens, afin de pouvoir les consulter et pour en faire usage toutes les fois qu'ils en seroient requis.

A l'égard des frais nécessaires à cet établissement, ils n'exigent aucuns fonds, ni pour les honoraires des préposés, ni pour les loyers du local, ni pour les frais du bureau.

il a été de tous les tems payé aux premiers clercs des commissaires un droit pour les enregislremens et la délivrance des bulletins, ce droit est de i a sols et même de ^h sols par enfant. Les préposés seroient autorisés à percevoir pour chaque enregistrement, y compris un bulletin, 1-2 sols, ou tel autre prix qu'il plairoit à M. le maire et à MM. les administrateurs d'arrester et fixer.

Mais il est bon d'observer que, toutes les fois qu'un père ou une mère de famille seroient réduits à la cruelle nécessité de porter eux-mêmes un enfant à eux appartenant, ce qui fera toujours présumer une grande détresse, l'enregistrement seroit fait et le bulletin délivré gratis , et que mention en sera expressément faite en marge tant du registre (jue du bulletin.

Ces mêmes parens seroient néanmoins tenus d'acquitter le duplicata qu'ils pourroient requérir dans la suite, puisqu'alors voulant re-

HOl'lTAL UP.S ENFANTS-TROUVES. 317

tirer leur enfant, ils séroient n»!Cossairement dans une position moins gfUîée.

11 est très à propos de remarquer que le droit dont est question ne sera jamais prélevé sur les pères et mères des cnfans. Ce droit fait toujours partie des arrangemens pris entre les sages-femmes et celles qu'elles accouchent; et encore bien que le plus souvent les sagesfemmes ne payent que 12 sols aux clercs des commissaires, toujours est-il vrai que la pluspart du tems plusieurs d'entr'elles, indépendamment de ce qu'elles se font payer pour porter l'enfant chés un commissaire et aux Enfans-Trouvés, se font remettre une somme de 3^ 1 5\ en supposant qu'elles sont tenues de compter cette somme chés le commissaire.

Comme le tarif qui sera arrêtté par M. le maire et MM. les administrateurs municipaux sera annoncé au puhhc par les journaux ou par un avertissement, qu'il sera indispensable de faire paroître, l'abus cidessus, qui est très commun, se trouvera entièrement détruit.

Les préposés offriroient dans le lieu de l'étabhssement pendant un ou même deux jours un azile pour les petits enfans, qui par la négligence de certaines gouvernantes se trouvent égarés pendant l'été sur les ports, dans les jardins et autres promenades publiques.

Le public étant une fois prévenu qu'en pareil cas les enfans seront toujours conduits dans cet endroit connu, les pères et mères, dont les enfans seront égarés, n'auront point de longues et pénibles démarches à faire et s'épargneront la douleur de passer des jours et des nuits entières dans les larmes et dans la plus cruelle incertitude sur le sort de leurs enfans.

Si cependant, passé le délai ci-dessus ou tel autre qu'il plaira à M. le Maire et à MM. les administrateurs d'arbitrer, personne ne réclamoit ces enfans, les préposés leur en donneroient avis, après quoi ils séroient autorisés, à chaque fois ou une fois pour toutes, à conduire les enfans à la maison des Enfans-Trouvés. parce qu'il paroîtroit certain alors qu'ils auroient été perdus à dessein.

Si l'i'tablissement ci-dessus proposé pouvoit élre agréé de M. le Maire et de MM. les administrateurs, eu égard aux avantages qui en résulteroient évidemment pour le public, les exposans s'applaudiroient d'avoir pu contribuer au bien de la société et n'auroient plus rien à désirer, si M. le Maire et MM. les administrateurs, après s'être fait

assurer de leur probité, de leurs mœurs et de leur capacité, vouloient bien jetter les yeux sur eux et leur confier cette entreprise.

Colin,

principal clerc de M. Duchauiïour, tommissaire au Châtelel et ancien préposé au quartier des Enfans-Trouvés.

Devillers,

principal clerc de M. Boin, commissaire au Châlelel, rue de la Vieille Bouderie.

Minute, Archives nationales, F'^ 1861.

RÉPO>'SES AUX OBJECTIONS QU'ON POURRAIT OPPOSER AU PLAN PRESENTE PAR LES SIEURS DEVILLERS ET COLIN CONCERNANT LES ENFANTS- TROUVES.

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