‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 3)Chapitre 194 sur 206 · SECTION DEUXIEME · texte numérisé non relu

SECTION DEUXIEME

De l' administration des établissements de chanté.

Après vous avoir i-endu coriiplc, ciloycns, de ces trois élablisscmculs, nous allons vfius présenter le tableau de nos dérnairhes et de nos recherches pour vous faire conrtaîlre, tant les abus qui vous ont été dénoncés, que les vices qui pourl'aient se trouver d;ms la marcli(! d<! cet établissement

Avant de nous transporter dans les ateliers des Jacobins, nous avons cru qu'il était de votre justice de |)rendre des instructions au Bureau central (h; l'Administralion générale, parvis de la Raison, où nous avons présenté une série de queslions auxquelles on nous a lépondu. Notre marche devant être à jour sui* tous les rapports, nous iillons vous dcnnier lerliu'e des observations que luitis avons présenléi-s aux adniinisIraliMus dans leur Bureau assemblés, en niarj;-e di'scpielles observations \ous v trouverez mot à mot les réponses qui nous ont ('-té faites.

ATKI.lKll DK Fll.ATlIU': 1)11 MIDI. 803

Obsciraltoiis prêsentt'rs au liurcnn fjcnéral et central de l'adiinnishatiou (les l.ldblissenicnts de filature, le ig ventôse.

La pôtitiou tics citoyennes de la filai inv ih's jacobins, prcsenlt^e h la Sociél(' po- |)ulairo de rAnii du j>eu()le , le K) pluviôse, a pour olijt'l- :

i" Des réclanialions par elles laites a rAdininisIralion sans succès sur la modicité de leni"s gains qui ies mellenl dans l'impossibilité de vivre, élaul chargées de plusieurs enfants;

a" Une dénonciation sur les abus (jpii régnent dans la (ilature;

3° Une réclamation sur deux livres de pain qui leur ont été retirées de|)uis deux ans par les citoyens Enaux et Camus, administrateurs, sans avoir |)u les ravoir;

II" Des abus qui se sont commis dans leui's payements, en les obligeant de rendre des sols sur des billets de secours et autres, et en perdant des billets de secours faux; leurs réclamations h cet égard sans succès, ou ji'ur imposait silence;

5° Elles invitent la Société populaire à faire tous ses effoi-ls pour adoucir leur sort.

La Société, ayant pris en considération cette pétition, a nommé des Commissaires à l'effet de prendre des renseignements pour prendre connaissance des faits, tant dans les ateliers que dans tous autres endroits, et en rendre compte à la Société :

Après avoii" rendu compte de l'objet principal de la pétition , nous allons présenter la série des réclamations et dénonciations qui nous ont été faites. . .

(Voir le texte abrégé de la pétition et des réponses de l'Administration, à la date du 19 pluviôse.)

Les Commissaires de la Société de l'Ami du peuple , après avoir exposé aux citoyens administrateurs l'objet de la pétition et des réclamations diverses des citoyens employés à la filature, termineront par observer à l'Administration que l'établissement de la filature avait eu pour objet de venir au secours des mères indi|;»'nl('s, que l'augmentation des denrées de première nécessité mettait dans l'impossibilité de poiu'voir à leurs premiers besoins et à ceux de leurs enfants; qu'en attendant les effets salutaires du maximum, qui mettrait une juste proportion entre la journée de l'ouvrier et ses besoins indispensables, ils espt'raient que i'Administi-ation ne balancerait point à augmenter leur paye pour la filature du coton, et eu attendant que cette augmentation puisse s'effectuer, leur accorder provisoirement 3 livres de pain de plus par décade; ce faible secours les encouragera dans leurs travaux et à donner de la perfection à leur filature, et il en résultera un avantage ])our TAdministralion; les Commissaires désii-eraient , avant de laire leur i"i|)port à la Société de l'Avii du peuple, apprendi*e des citoyens arlministrateurs qu'ils ont arrêté une augmentation de pave, et celle de 3 livres de |)ain en faveur des mères in fortunées, et dans le cas où ils ne le pourraient que de l'autorité de la Municipa-

lilé ou (lu Déparlomont, recevoir d'eux l'avis de leurs premières démarches h cet ép-ard; la Société de l'Ami du peuple aurait la double satisfaction , en accuedlant la jiélilioa des citoyennes de la lilature, de leur avoir prouvé son dévouement à leur reudj'e service, d'avoir contribué à adoucir leur sort vraiment intéressant pour une société dhonunes libres, qui ne connaissent que l'ég-alité, éfj-alité qui serait illusoire, s'il existait toujours une classe de citoyens dans une telle indigence qu'ils fussent dans rimjiossibililé de subvenir à leurs besoins.

Un des citoyens adniinislraleurs nous assura dans le Bureau que sous quatre à cinq jours, il présenterait nos observations au Conseil général de la Connuune pour obtenir le rétablissement des 3 livres de pain, et qu'il nous en instruirait, c'était alors le 19 ventôse, et depuis nous n'avons entendu parler de cette démarche si naturelle à l'âme compatissante.

Visite des ateliers.

Après les démarches faites au Bureau centi'al de l'Administration, nous nous sommes transportés dans différents ateliers de la filature des Jacobins, en nous annonçant comme Commissaires de la Société de l'Avii du peuple, nommés pour entendre les réclamations des citoyennes de l'atelier, et prendre des renseignements sur les abus dénoncés dans leur pétition à la Société populaire, nous avons tout écouté , nous ne nous sommes permis aucunes réflexions sur les renseignements qui nous ont été donnés et sm" les rapports qui nous ont été faits, nous avons tout écrit mot à mol, nous l'avons relu et nous ne nous sommes permis aucuns changements dans les différentes dictées. Pressés par toutes les citoyennes sur leur réclamation quant au rétablissement des 2 livres de pain supprimées et sur quelques abus à leur égard , nous leur avons répété sans cesse que nous ne pouvions rien leur promettre, que nous n'avions aucuns pouvoirs pour faire droit à leur demande, mais qu'elles pouvaient compter sur le zèle de la Société de PAini du peuple, qu'elles trouveraient dans tous ses membres autant de fi'ères qui redotd)leraient de soins pour adoucir leur sort. C'est dans ce moment, citoyens, et à la voix de rAini du peuple , «pie vous auriez, avec la plus vive sensibilité, partagé avec nous ces cris de Vive la République, de Vive la Nation, qui ont parti de tous les coins des ateliers par un mouvement spontané, mû par la conliance (pic la Société de l'Ami du peuple a inspirée à toutes ces infortunées mères de famille.

SKCTION TROISliiME.

Nous allons maintenant vous rendre compte du régime intérieur de cet établissement et de la suiveillance qui nous a paru nécessaire et de quebjues réformes à i'aiie.

Nous vous rench'ons compte aussi de différentes réclamations, dont voii; apprécierez la légitimité, afin de les appuy(n" ou de les rejeter.

Dm directeur.

I> iiispiMlioii journalière cl inlt-rii-urc de ci'l élablisscment est confiée ii un di-

AT KL IKK 1)K KIKATCHK Dl; MIDK HOf)

roclour o-Jnoral , donl Icinploi iiiipoiiiiiU aiirjiil Ix'suin il'i'ln' surveillé, (juaiil au paliiolisiuo cl aux alttMitions IValcinolh^s (ju'il doit porlfr sur tous los citoyens cl ciloyonnes employés dans oel élahlissemenl, car dans une société de frères et de républicains, un chef ne doit être dislinj^ué que par les pouvoirs qui lui sont délégués; convaincus, comme nous lesonunes, cpie rAdiiiinishation dans son choix s'est assurée d'avance de l'inleilifronce et de la prohilé du direcleui-, nous ne nous sonnnes permis aucunes informations à cet é{;ard. H nous a semblé qu'un directeur devrait tons les jours visiter les ateliers, fraleiniser avec les ouvriers, examiner en {>-énéral leurs travaux, écouter avec aménité h-ius réclamations, en l'aire son rapport à l'Ailministralion et leur rendre compte fraternel lemeut des décisions de l'Administration. L'avant-dernier directeur ne visitait pas assez les ateliers, c'est ce qui nous a été rapporté dans les ateliers, celui qui lui a succédé a fait dans cette maison des changements subits et dont nous vous rendrons compte, sans doute qu'il l'a fait d'après les arrêtés de l'Administration, mais fi-aternellement n'aurait-il pas dû, à raison de sa surveillance, faii'e des représentations h l'Administration avant d'exécuter les arrêtés? Car toutes les fois qu'il est (piestion de déplacer des citoyennes qui ont bien mérité, on ne doit rien pivcipiler. Dans l'ancien régime un sous-agent devait obéir ùnpérativement aux ordres de ses chefs, mais chez un peuple libre, où l'égalité et la fraternité font le bonheur de tous, tous les hommes ont des droits sacrés à invoquer, celui de la p('lition ou de la représentation; un sous-agent doit se pénétrer particulièrement de ces |)iincipes, quand il s'agit de l'état ou du sort d'un citoyen; ces moyens, justes en euxmêmes, nous pai'aissent nécessaii'es pour entretenir la paix et la tranquillité dans un établissement compcsé de 1,000 à 1,200 personnes, ce sont là les guides naturels d'un vrai républicain.

SECTION QUATRlicME.

Des ateliers.

La filature des Jacobins est divisée eu sept ateliers, savoir : quatre pour la filature du coton, dont un destiné poui* de jeunes garçons, deux pour éplucher le coton et un pom* la (ilatiu-e du chanvre.

Les ateliers de la (ilature de coton sont ordinairement occupés par i5o à 160 personnes, compris les cai'deurs, l'atelier des garçons est moins nombreux.

Les ateliers pour l'épluchage du coton sont composés de i5o à 1 Go personnes, et l'atelier de fdasse est composé h peu près du même nombre.

Chaque atelier est conduit par un chef e'. un sous-chef, dans le nondjie desquels on ne compte que 2 citoyens, ce sont des citoyennes qui occupent les autres places; les appointements de chef sont de 1,000**, ceux de sous-chef de 720**.

Nous croyons devoir vous observer, citoyens, que le nombre des sous-chefs nous a paru trop considérable et pom-rait être réduit de 7 à 3, ce qui ferait une économie de 2,880 livres par année; 3 sous-chefs seraient donc sullisants, tant que le nombre des ouxTiers ne serait pas plus considérable dans chaque ateliei-. . .

Indépendamment de ces sept ateliers, il y a deux ateliers, l'un pour le ployage du coton et de la filasse, et l'autre pour distriijuer au dehors le chanvre donné à

filer cl rccovoir lo fil. Ces deux ateliers ont chacun un sous-chef, on pourrait encore sup|ii'imer un do ces sous-chefs.

Nous avons remarque (jue, dans un atelier de fdature de coton, il y avait pour sous-chef, aux appointements de 720 livres, la citoyenne Verf|-on, îxgée de ili ans, fille de la citoyenne Veigon, chef du même atelier. Cette jeune citoyenne, d'après le témoignag-e de l'Administration, a, dit-on, toute la capacité requise pour occuper cette place, mais nous ne pouvons vous dissimuler que celle jeune citoyenne excite de la jalousie dans les ateliers; les ouvrières i-édament en disant qu'il serait de toute justice que cette place fût occupée par une mère de famille.

Il y a aussi poui' sous-chefs déjeunes citoyennes de 18 à 90 ans; ne serait-il j)as juste, citoyens, si ces places sont conservëes, de les réclamer pour des mères de fanidle capahles de les remplir?

Le citoyen Landru , chef de l'ateher des jeunes garçons, ne paraît pas, d'après ce qui nous a été rapporté , avoir tenu la conduite convenahle à sa place ; il y a eu des dénonciations contre lui ; lui et les dénonciatrices ont été renvoyés à la jiolice nmnicipale, nous ignorons les motifs qui ont pu déterminer l'Administration à conserver ce citoyen en place , depuis plus de trois mois que son affaire est à la police municipale.

Dans les ateliers de l'épluchage des cotons, nous avons remarqué , sur les livres des chefs , qu'd se trouvait plus de déchet dans l'un que dans l'autre atelier, nous n'avons pu nous assurer de la cause de cette différence, parce que dans le cours de nos informations dans les ateliers , nous en étions encore à l'atelier de l'épluchage , dont la citoyenne Berlin est le chef, et à celui de la filature du chanvre, quand nous estimâmes devoir suspendre nos informations , à cause d'un arrêté du Déparlement dont nous allons vous rendre compte.

Dans le mois de ventôse, le Département fit inséi'er dans les Petites Affiches qu'il avait nommé deux de ses membres pour visiter les manufactures de Pai'is, en invitant les citoyens à leur communiquer les connaissances qu'ils 'pouvaient avoir sur ces établissements. Les pélilionnaires de l'atelier nous pressaient alors pour la continuation de nos infoi-mations; nous leur réj)ondimes, que le Département devant s'occuper lui-même de la visite de leurs ateliers, qu'ils connaîtraient par euxmêmes les réclamations que pourraient leur faire les citoyennes des ateliers, que jusqu'alors nous ne ferions rien sans consulter le vœu de la Société poj)ulaire. Ces citoyennes, de leur propie mouvement, se transportèrent au Dé[)arl(Mnent jiour les instruire de nos démai'ches dans les ateliers; le citoyen Conccdieu, président du Département, m'adressa la lettre ci-joinle, parce que les pétitionnaires lui avaient dit que c'élait moi qui avait écrit les réclamations. Quelques jours après, en présence du ciloyen Doisy, (îonmiissaire, j'ai donné communication au citoyen Concedieu de tout ce que nous avions appris sur ces établissements. Ce citoyen approuva notre marche et nous dit qu'il en confi'rerait avec l'Administration, parvis de la Haison , et qu'ensuite il nous engaj'erait à continuer notre travail. Il esl bf)n (le (ous observer qu'à celle époipie deux (^onmiissaires de la Société poj)ulaire de la section d(! Charlier demandèrent à se joindre à nous pour connaître conjointement kuis les détails de cet établissement, étant chargés particulièrement

ATELŒIl I)K l'lL\Tl iU-: \)[ MIDI. 807

(le prcndiv dos ronsoif^noniouls sur If civi^iiit^ des chois, en dt'in.iiidt' en rcilificals (le civisnio.

Nous leur innos pari do l'aiièlo du Dôpaiioiiionl ol dos iiinlifs Ar \:\ susponsion de notre travail. Mais lo ciloyoa (^ioncodiou nous oM{;a{foa , ainsi (|uo les (loinniissairos deCliarlior, à passiM an DrparlomonI poin* conforor sur nos o|)(^ialions. Nous nous y Iransporlànios lo ii lloréal, ol lo londcinain, lo ciloyon (loncotlieu nous indiqua un roudoz-vous pour so trans|>orter à la lilaluro, où nous roslânies avec lui jusqu'à 6 liourt>s du soir. Tous les alolitMS ont ('li^ parcdurus; le ciloyen Concodiou a tout vu j)ar lui-inôine, d(>s cris r('p('tos do : l'ire ht Ilriiuhliijue! si' sont fait onloudre dans les ateliers. On lui a lait les mêmes rddaniations qu'à nous jmur le rétablissement des deux livres de pain sujiprimoos, ainsi que pour les ré[>aialions des rouets, rendues à la clinrji-e dos ouvrières. On lui a <'{;^alonioul ol)sor\é (pn- dos mères de fauiillo devaient avoir la préféronre sur dos jounes ciloyonnes ol nolaïumenl celle âgée de i/i ans. Nous avons trouvé un nouveau directeur, (pii païaît melti'e beaucoup de sévérité dans sa gestion. Depuis moins d'un mois qu'il rsl eu |)lace, il a (h'placé les ciloyonnes Le Métayer et Verdure^'), qui ont connuoiict' les travaux do râtelier, qui avaient la conliance des ouvrières (|ui toutes les ont redemandées au citoyen Goncedieu. La citoyenne Roland, femme d'un excellent patriote, qui était sous-chef à la fdature de la (liasse, a été j)lacée à la filature du colon, partie étrangère à la filasse. Le ciloyon Duhamel, excell(Mil j)alriolo, olait portier à la porte principale d'entrée de l'atelier, la porte a été condamnée. Nous ignorons les motifs de celte su[)pression , qui a eu lieu sous le nouveau directeur, nous pensons que le citoyen Duhamel doit être placé dans l'atelier dans la première place qui viendra à vaquer, il entend hien la filatui-e du colon, puisqu'il y ti'availle , il est en outre très iatelligent.

Ce qui vous étonnera, c'est que le citoyen Coquet, nouveau directeur, sans nous avoir jamais vus, sans nous connaître, ni nos opéi'ations-, ait osé dire aux Connnissaires de la seclion de Charlier c[uc des Connuissaires de la Société poj)ulair(> de Maral étaient venus dans ces ateliers et y avaient en quelque sorte occasionné une espèce de soulèvement; les deux Commissaires de Charlier lui ont soutenu qu'il avait tenu ce propos, et le citoyen Coquet a cherché à éluder sur l'intei-pellalion qui lui a été faile.

Voilà, citoyens, la vérité que vos commissaires viennent déposer dans votre sein. .

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