‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inédits (volume 3)Chapitre 74 sur 206 · I.^oislalenrs · texte numérisé non relu

I.^oislalenrs

C'est au milieu des Reprësenlanls cl pères du peuple que viennent se présenter vos plus infortunes enfants pour rëclamer le rap|)ort d'une pétition qu'ils ont eu l'honneur de vous présenter, le 8 avril dernier, et dont vous en avez décrété le rapport sous trois jours ;^depuis plus de tpialre mois M. Gaslellier nous a dit que ce rapport était tout prêt. Législateurs, nos maux deviennent de plus en plus pressants, notre misère est à son comble. Serait-il possible qu'au moment de vous sépnrer vous nous abandonniez? Non, non , Lé{|islateurs , vous ne nous abandoniiei-ez pas, nous espérons que vos cœurs paternels nous rendront la justice que vous nous avez promise, le peu de bienfaiteurs qu'il nous restait depuis la Révolution, partent journellement pour les frontières, nous nous trouvons sans ressources. L'administra lion\lesj,Quinze-Vini]ts est sourde à notre voix, et si l'on supprimait les abus et les fulles dépenses de cette maison , on pourrait nous retirer du triste état de mendicité où nous sommes réduits. Législateurs , vous voyez devant vous ces malheureux infortunés à qui la nnture a refusé de voir le plus bel astre que l'Etre suprême a créé, nous sommes privés du beau trésor de la lumière, nous ne pouvons qu'entendre la voix de nos bienfaiteurs et de nos protecteurs. Pères de la Patrie , Représentants d'un peuple devenu libre par vos soins, vous pouvez nous racheter la vie, tendez-nous une main secourable, nous avons besoin de votre justice et de votre tendresse, et vous nous verrez, Léjjislateurs, cbaque jour, élever nos bras au ciel et demander à l'Etre suprême la conservation de vos précieux jours.

En tète'de la pétition : rf Renvoyé au Comité des secours pour faire son rapport incessamment. (Signé) : N. FL\ussma\\, secrétaire, n

Originaux (3 p.). Archives nationales, F'^ 3^io. o'n.

SUSPENSION DES OPERATIONS DES COMMISSAIRES DU CONSEIL GENKRAL DE LA COMMUNE DE PARIS ET DE LA SECTION DES QUINZE -VINdTS, SUR L'INVITATION DE M. ROLAND, MINISTRE DE L'INTERIEUR.

9 5 se; tembre 1799.

Le mardi, -jo septembre 1792, l'an i"" de la République, nous commissaires du Conseil rjénéral, nous nous sommes transportés à l'hôpital des Quinze-Vin^'ts pour nous réunir aux commissaires de la

section des Quinze -Vingts qui ont été nommés, d'après une délibération prise dans une assemblée générale, à l'effet de faire entendre les aveugles plaignants, de continuer la vérification des comptes, de même pour faire réintégrer ceux dont les griefs ne méritaient pas des peines aussi sévères, de même pour surveiller si on avait donné du bois, ainsi qu'il est d'usage dans le mois de septembre.

Etant réunis, nous avons trouvé M. Maynier absent, nous avons demandé à M. Logier d'apporter son livre pour continuer les vérifications des payements qu'il a faits. Ledit sieur a dit qu'il ne le pouvait pas, parce que M. Maynier était absent et qu'il était chez le ministre. ' Un moment après le sieur Maynier est arrivé et nous a remis une lettre du citoyen ministre Roland, par laquelle il invite la section, ainsi que nous, à suspendre toutes marches ou délibérations sur la surveillance que nous portions sur les finances et la police, à quoi nous sommes rendus, après lecture faite de la lettre ministérielle, et signé par les commissaires du Conseil, ainsi que ceux de la section, comme suit : Delaplanche, Emy, Mahieo, Violet, Lacroix, Seig^ejjme, président commissaire; Villard, Préverd, tous commissaires.

Certifié vrai par moi secrétaire-greffier et laissé la présente copie conforme à l'original à M. Maynier, maître-administrateur, pour lui servir ce que de raison.

(Signé) : Hébert, secrétaire-grejîer.

Copie conforme. Archives nationales, F^^ aii.

SUPPLIQUE DE SIX AVEUGLES RENVOYES DES QUINZE-VINGTS AU MINISTRE DE L'INTÉRIEUR POUR ORTENIR LA REVOCATION DK CETTE MESURE.

98 septembre 179??.

A Monsieur le citoyen Roland, Ministre de l'intérieur. Citoyen,

Marguerite-Ann(! Lhidelle, Jean -Marc Gautier, Jacques Augras, François-René Mabillo, Pierre Marette, Jean-Baptiste Migar ont Thon-

iicur de vous e\posor qu'ils ont vlr r('uvoy(5s des Quinze-Vingts arbitrain>m(Mit;le Df^partemcnl. p/'ut-tn'' de la j)einc de cfs malheuroux, les réintégra dans leurs places; cette réintégration, depuis le lo août, fut confirmée par le vertueux Pelion et le Corps municipal, approuvée par la section. Toutes ces autorités sont méconnues; hier -i-j, l'on a refusé de les admettre à la livraison du hois; demain t^Q, leur paye leur sera refusée. Ces victimes du despotisme mettent toute leur CMifiance dans la justice et l'humanité du citoyen Roland, ils espèrent qu'il donnera des ordres pour faire respecter ceux des autorités désignées ci-dessus, (|ui mettra fin aux maux dont ils sont accablés.

En tête de cette supplique se trouve cette note : rr Prendre des information& sur le régime de cette maison et faire justice à qui il appartient. «

RENSEIGNEMENTS SUR LES PERSONNES QUI DEMANDENT À ETRE REINTEGREES DANS L'HOPITAL ET SUR AUTRES.

Le sieur Mabille, renvoyé depuis 20 ans par suite d'une faillite qu'il a faite, a les moyens d'exister sans les secours de Ihàpital, Son ménage est bien monté, sa mise ordinaire et celle de sa femme annoncent des facultés. Lorsque ledit Mabille est venu réclamer sa place , il n'a été fait aucune question sur sa situation actuelle ; les moindres informations auraient donné lieu à rejeter cette demande, parce que les places d'aveugles doivent être données à ceux qui ont besoin et non à ceux qui peuvent vivre , ou qui tiennent à des familles qui peuvent el doivent contribuera leur existence. On observe en outre que Ibôpital fait une pension de i5o*^ audit Mabille.

Le sieur Mignard a donné sa démission par un acte judiciaire. l'Administration l'a acceptée, il gagne depuis longtemps de quoi vivre sans le secours de l'hôpital, il joue bien du violon et se fait un fixe de 91^ par semaine, sans le casuel.

Le sieur Maret est sans ressources, il voit clair d'un œil, il a l'esprit timbré; l'Administration était d'avis de lui accorder une pension , à condition de se retirer à l'Hôpital-Général ou en province, û a refusé : ce parti était prudent à cause de l'aliénation d'esprit dudit Maret.

Le sieur Gautier et la demoiselle Lidelle, renvoyés par l'Administration actuelle et reçus l'un et l'autre en qualité d'aveugles, voyent cependant clair cl ont une mauvaise conduite; les délibérations qui portent leur renvoi ayani été remises, il ne sera lait aucun détail des motifs.

Il est absolument nécessaire de rétablir les mœurs dans l'hôpital; outre le sieur

Gautier et la demoiselle Lidello (jni avaient une mauvaise conduite, il se trouve un sieur Dalvi qui a dt'jii violi; deux enljints, l'un de sept ans et l'autre de neuf à dix ans, ainsi qu'il sera prouvé par les dépositions des père et mère. Un pareil homme ne doit pas demeurer dans l'hôpital.

Il se trouve encoi-e une fdle du sieur Le Conloux, aveug'le, qui fait le mëtier de niie publique, qui est actuellement enceinte de 5 à G mois; son père favorise sa mauvaise conduite et souffre qu elle amène du monde chez lui.

On pourrait faire diiïf'rents détails de ce genre.

11 serait à désirer que le Minisire (h l'inlrrieur fil prendre d.^s renseignements sur les personnes admises dans l'hôpital et qui peuvent se passer de ses secours afin de les remplacer par des aveugles qui n'ont aucun moyeu d'existence.

On remarque dans l'hôpital ditTérentes personnes ayant de quoi vivre, tels que :

1° Le sieur Duon, jouissant de hoo^ de rente;

2° Le sieur Maréchal, jouissant de Ooo^de rente;

3° Le sieur Remyon, jouissant de /ioo^ de rente;

A° Le sieur Lesbros, jouissant de ooo** de rente;

5° Le sieur Billiot, jouissant de 2 5 2^ de rente;

6° El d'autres encore que Pensait avoir de la fortune, sans pouvoir l'apprécier'''.

O.ijfinnl ot minute (a p.), Arcliivos nationales, F'^ nii.

PROCLAMATION DU CONSEIL EXECUTIF PROVISOIRE QLI CASSE ET ANNULE UN ARRÊTÉ DU DÉPARTEMENT DE PARIS ET PLUSIEURS ARRÊTÉS ET DÉLIRÉ- RATIONS DU CONSEIL GENERAL DE LA COMMUNE, AINSI QUE LES PROCÈS- VERBAUX de SES COMMISSAIRES.

() octobre 179a.

Vu par ic (îonseil exécutif provisoire la pétition présentée à i'Asseml)lée nationale par les frères aveu^^es et voyants de l'hôpital des Quinze-Vingts, et renvoyée par décret du 1 c) septembre dernier au Pouvoir exécutif, dans laquelle les frères aveugles et voyants des Ouinze-Vingts se plaignent : 1" de ce (jue, du nombre des commissaires nommés par la Municipalité pour se transporter aux Quinze-Vingts, y

('' Los avou[;lo? dos Oniii/.o-Vinnls furent ineni dans la maison et 3() pour le main-

coiisiillés, le ti(j sej)leml)re, au sujet de la lien du ju|jcnicnl (pii avait prononcé leur

réintt'ijralion de leurs confrères renvoyés, expulsion. (Oiifjinal signé, Archives nalio-

12U se prononrrrent pour leur rélablisse- nales, F'^;>/ii.)

IIOIMTVI. DKS (jllNZK-VlNr.TS. -217

entendre les plaintes des aveugles et en faire rapjiorl . l'un d'eux a excédé ses pouvoirs en mettant le scellé sur In tn'sor de l'Iiôpilal cl sur les états de payement courant, a défendu qu'il ne soit pris aucune déhbération par l'administration de l'hôpital et a paraphé à cet elTet les registres des délibérations; 2" de ce (pi'il s'est immiscé dans l'administration, en ordonnant la réintégrande de plusieurs frères renvoyés de l'hôpital à cause de leur mauvaise conduite, et en donnant des ordres pour l'achat du bois;

Enfin, de laquelle pétition les frères aveugles et voyants concluent à ce (jue l'Assemblée nationale ordonne l'exécution du décret du 7 juillet 1791, confirmatif de la loi du i5 avril précédent, et que tout ce qui a été fait par les commissaires nommés par la Municipalité soit regardé comme nul et non avenu, sauf a ceux qui ont à réclamer à se pourvoir par-devant les tribunaux;

Vu l'article xiii de la loi du 5 novembre 1790, qui ordonne que les biens des hôpitaux, maisons de charité et tous autres établissements destinés au soulagement des pauvres, continueront, jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné, d'être administrés comme ils l'étaient au i" octobre précédent, lors même qu'ils le seraient par les municipalités qui avaient cru devoir se charger de les régir, en vertu de l'article 5o du décret du ili décembre 1789, concernant les municipalités;

L'article xiv de la même loi, conçu en ces termes : «Les administrateurs des biens mentionnés en l'article xiii ci-dessus seront tenus, jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné, de rendre leurs comptes, tous les ans, à compter du i"" janvier 1791, pu présence du Conseil général de la Commune, ou de ceux de ses membres qu'il voudra déléguer, pour être vérifiés par le Directoire du district et arrêtés par celui du Départements ;

L'extrait des registres des délibérations de l'administration de l'hôpital des Quinze -Vingts, en date des 3, 11, là mars, et 3 avril derniers, desquelles délibérations il résulte que les nommés Gauthier. Mabille, d'"'' Lidelle et Mignard ont été renvoyés et jugés conformément aux statuts dudit hôpital;

L'article m de la loi du 1 5 avril 1791, qui ordonne que les administrateurs des Quinze -Vingts, les administrés et tous autres réclamants, pourront se pourvoir par-devant les tribunauv, ainsi qu'ils aviseront;

Vu pareillement l'arrêté du Directoire du Département, en date du 10 mai dernier, qui, sur les réclamations du sieur Gauthier et de la denioisolle Lidellc, ordonne que le prêt échu et à écheoir de ces deuxplaignants leur sera continué provisoirement, et jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné;

L'arrêté du Conseil général de la Commune, en date du 3/1 août dernier, qui nomme plusieurs commissaires à l'efTet de se transporter à l'hôpital des Quinze-Vingts, d'y entendre les plaintes des aveugles qui se sont présentés au Conseil général , et d'en faire le rapport pour être statué ce qu'il appartiendra ;

Le procès-verbal de ces commissaires, en date du 38 août dernier, duquel il résulte qu'au lieu d'entendre seulement les plaintes des aveugles, ils ont fait mettre le scellé sur le trésor de l'hôpital, ont vérifié la caisse courante, ont paraphé les livres du caissier, celui des délibérations du chapitre, et défendu que, sous aucun prétexte, il soit pris aucune délibération, ni d'achat, ni de dépense, sans leur autorisation, et avant qu'ils en aient rendu compte au Conseil général et obtenu son assentiment ;

La délibération du Conseil municipal, du la septembre dernier, par laquelle, le Procureur de la Commune entendu, il arrête que les commissaires-administrateurs des hôpitaux seront autorisés à réintégrer dans la maison des Quinze-Vingts ceux qui en avaient été renvoyés par des jugements trop sévères.

Vu enfin le procès-verbal du i5 septembre dernier, par lequel les commissaires-administrateurs des Etablissements publics et deux commissaires du Conseil général de la Commune, après s'être transportés à l'hôpital des Quinze -Vingts , y arrêtent que les jugements portés par l'Administration contre P. Marest, René Mabille, J.-B. Mignard, Marguerite-Anne Lidelle, Jacques Ogras et J. Marc Gauthier sont trop sévères, et qu'il est de leur justice de les réintégrer, excepté Gauthier, qu'ils renvoient à se j)ourvoir par devant le Corps municipal;

Le Conseil exécutif provisoire, considérant (|u'aux termes de la loi du 5 novembre 1790, l'hôpital des Quinze-Vingts a le droit de se régir comme auparavant, jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné;

Que ce n'est |)oint au Déparlement, ni à la Municipalité, à juger du trop de sévérité des statuts de ce! hô|)ital, et à infirmer les jugements de son chapitre; ;

Qu'aux termes de la uK^mo loi du .') novembre 1790, le Conseil g(5néral de ia Commune n'a d'antre droit que celui d'assister, ou de faire assister plusieurs de ses nuMuhres, aux comptes cpii doivent être rendus tous les ans par les administrateurs des biens des hôpitaux, pour lesdits comptes être vérifiés par le Directoire du district, et arrêtés par celui du Département ;

Que. suivant le décret du 1 o avril dernier, tous réclamants pour ou contre l'administration des Quinze -Vinj^ts doivent se pourvoir pardevant les tribunaux, ainsi qu'ils aviseront;

Considérant enfin que l'arrêté du Directoire du Département qui ordonne que le prêt du sieur Gauthier et de la demoiselle Lidelle leur sera continué provisoirement; que l'arrêté du Conseil général de ia Commune, qui nomme des' commissaires pour entendre les plaintes des aveugles; que le procès-verbal de ces commissaires, qui ne se sont pas contentés de recueillir des plaintes, mais ont encore fait mettre le scellé sur le trésor de l'hôpital, ont vérifié la caisse courante, ont paraphé les livres du caissier, celui des délibérations de l'Administration, et ont défendu de prendre aucune délibération, ni d'achat, ni de dépense; que la délibération du Conseil municipal qui autorise les commissaires à réintégrer aux Quinze -Vingts ceux qui en avaient été légalement expulsés; qu'enfin le procès-verbal qui constate leur réintégrande, sont autant d'actes contraires aux dispositions de la loi du 5 novembre 1790 et à celles de la loi du i5 avril 1791;

Le Conseil a cassé et annulé, casse et annule l'arrêté du Directoire du Département de Paris du 1 0 mai dernier, l'arrêté du Conseil général de la Commune du 2/1 août aussi dernier, ensemble le procèsverbal des commissaires du 28 du même mois, la déhbération du Conseil municipal du 1 2 septembre dernier et le procès-verbal de réintégrande qui en a été la suite; ordonne que les lois des 5 novembre 1790 et 10 avril 1791 seront exécutées selon leur forme et teneur; en conséquence, qu'à la réquisition des administrateurs de l'hôpital des Quinze-Vingts de Paris il sera incessamment procédé, en leur présence, par deux commissaires nommés par la Municipalité, à la reconnaissance et levée des scellés apposés sur le trésor de l'hôpital des Quinze-Vingts et sur les états de payement courant;

Ordonne que les effets qui se trouveront sous lesdits scellés seront remis, sans délai, à la disposition des administrateurs dudit hôpital et

sur loiir récépissé; lesquels administrateurs pourront provisoirement, cl jusqu'à ce qu'il en ail été autrement ordonné, continuer à prendre, sur leur responsabilité, les délibérations qui leur paraîtront nécessaires pour le maintien de l'ordre, et relativement aux autres objets qui concernent la réjjie et l'administration dudit hôpital:

Ordonne pareillement que toutes les contestations nées et à naître entre les dits administrateurs et les administrés seront, aux termes de la loi susdatée, portées devant les juges ordinaires pour y être par eux statué ainsi qu'il appartiendra, et néanmoins ordonne que, jusqu'à ce que lesdites contestations aient été jugées, tous les individus qui se trouvent actuellement réunis dans ledit hôpital continueront à y rester provisoirement et y seront traités comme par le passé;

Ordonne enfin que les administrateurs des Quinze-Vingls seront tenus, s'ils ne l'ont pas fait, de rendre sous quinzaine, et en présence du Conseil général de la Commune, ou de ceux de ses membres qu'il voudra déléguer, compte de leur administration des années antérieures, et de certifier, dans le plus bref délai, le Ministre de l'intérieur de la reddition de ce compte.

Fait au Conseil exécutif national, le 6 octobre 1792, l'an 1" de la République française.

(Signé) : CikMÈnE, président; Roland, Monge, Lebrun. Par le Conseil : Groi'velle, secrétaire.

Orifflnal si(i[né et imprime (a p.), Archives nationales, F'^ a '4 1.

PÉTITION À LA CONVENTION NATIONALE PRESENTEE AU NOM DES SECTIONS J)E LA CAPITALE PAR LA SECTION DES QUINZE-VINGTS, À L'EFFET DE Hi:M)nE \A LIREHTÉ AU\ AVEUGLES DE CETTE MAISON.

10 oclolirc 179a.

P('ii|tlf' Il aurais, Législalems, de ([iicl élonncnionl nalloz-voiis pas être saisis, l()rs(jiH' vous onlciidicz quo, sur le sol de la lil)erl(' cl dans la capililc de noire ll(:|)uljliqiie, il existe une petite enceinte où les liahiliuils juienl d'être esclaves, et

le sont vniiinont, sous des lois aihilraii'Cs et plus ;nili(|Uos qui,' la IrodaliUi auxquels ils ont donne en partie naissance.

Vous le serez bien davantajje encore lorsque vous apprendiez que l'Assendjhfc conslituaute, après avoir prononce que toutes lois tendant à rendre riionime esclave étaient pour jamais abolies, a néanmoins piononcé par un dt'crel que la maison des Quinze-Ving;ts continuerait délie administrée et gouvernée provisoirement comme par le passé, c'est-à-dire par des lois tyranniques et dilapidatriccs des fonds destine's à la subsistance des aveugles actuels, ainsi que des économies appartenant de droit aux aspirants de la capitale, tous ces fonds s? trouvent envahis par le prix énorme des salariés et gens inutiles dudil liApital.

ils se sont trompés, vos prédécesseurs. C'étaient des hommes, vous en êtes aussi. Que leurs eri'eurs et Texpérience vous éclairent.

La section des Quinze-Vingts vous (îemande, Législateurs, au nom de la capitale et de toute la République, (pie vous décrétiez que les aveugles des Quinze-Vingts, étant hommes, doivent jouir de la liberté dont eux seuls sont privés, comme si la nature ne les avait pas assez atlligés; qu'eu conséquence on ne reconnaîtra plus dans leur maison ces mots : chapitre, statuts, autorité et justice vexatoire ('manant d'iceux et qui dégradent l'humanité; que l'on ne reconnaîtra plus que les droits de riiomme et les lois que vous ferez y relatives; qu'enfin cette maison sera organisée selon le principe invariable de l'égalité, gouvernée et administrée par les autorités constituées; que ses dilapidateurs, anciens et modernes, rendront leurs comptes par-devant ces mêmes autorités, et qu'enfin les vices de l'ancienne administration ne soient pas des vertus pour cette dernière; que les malheureuses victimes chassées arbitrairement et réduites à la plus affreuse misère par ce cha[)itre maudit, seront réintégrées avec leurs frères, en conformité des ordres du Département, du Corps municipal, présidé par le citoyen Pétion, approuvés par les commissaires de ia section et la majorité absolue de leurs frères, pour qu'ils jouissent des doux fruits de la liberté et de l'égalité, si chers à tous les Français.

Législatem's, nos frères aveugles, patriotes des Quinze -Vingts, animés de l'amour de la République, ont juré comme nous la liberté ou la mort.

Nota. La majorité des sections a adhéré et porté le même vœu.

(Signé) : CksiiiLE'-^'' , président ; Renet, secrétaire. Original signé. Archives nationales, F^^ 2/11.

" Jean -Baptiste Castille, marchand 1793 , figure parmi les signatairos du ina-

faiencier de la rue d'Aligre, Y un des élec- nifesto des élecleurs de Paris, réunis au

leurs de ia section des Quinze- Vingts en Club de l'Evêcbé en octobre 1791.

LETTllK ni: M. HOLWD, MINISTRE DE L'INTERIEUR, AUX ADMINISTRATEURS DE LMIOI'ITAL DES QUINZE-VINGTS, LEUR TRANSMETTANT LES PLAINTES DES AVEUGLES ASPIR.\NTS, ADRESSEES PAR LE SIEUR VIDAL, AVEC DES OBSERVATIONS DES MEMES AVEUGLES.

10 octobre 1792.

M. Roland aux administrateurs de l'hôpital des Quinze- Vingts.

Paris, ie 10 octobre 1792, l'an 1" de la République.

Je VOUS envoie, Messieurs, copie d'une lettre qui m'a été adressée par ie sieur Vidal au nom de ses confrères aspirants aux places vacantes de l'hôpital des Quinze -Vingts, et qui se plaignent des abus qui régnent dans votre administration. Vous voudrez bien, Messieurs, me faire passer sans délai les détails relatifs aux plaintes consignées dans cette lettre et les objections que vous avez à y faire.

Le Ministre de l'intérieur.

A M. le Ministre de l'intérieur.

Monsieur,

Connaissant vos vertus et votre civisme, les aveugles aspirants à l'hôpital des Quinze -Vingts ont l'honneur de vous présenter plusieurs abus qui se font envers eux dans cette maison.

Le premier est que cet hôpital ne doit être que pour des véritables aveugles, et il en existe parmi eux qui voient clair. Le nombre d'aveugles qui composent cet hôpital doit être de 3oo , et il s'en manque de beaucoup que le nombre soit elTectué. Cependant des aspirants depuis 20, 3o, ho ans, ont été plusieurs lois chez M. Menier, premier administrateur de cet hôpital, lui demander des places, et il les a H'çus très durement en leur disant qu'il n'y en avait point de vacante; il a toujours fallu des [)rotections ou de Tai-gent pour /^tre admis à cet hôpital. Mais dans un temps oij tous les hommes sont égaux , serait-il possible que ces malheul'eux suppliants ne jouissent pas des droits que la loi a établis pour tous les Français? (^es itdortunés {[émissent sous le |)oids de la misère la plus terrible, mais ils espèn-nl que vous voudrez bien prendre pitié de leur triste position. Ils ne demandent rien d'injuste, ils demandent t[ue toutes les places vacantes de cet

HOPITAL l)i:s OLINZE-VINGTS. n:i

hôpital soient remplies par \o<. |)liis ancions aspirants et que tous ceux (jui resteraient d'après j)uissent y entrer cliarmi à leur tour.

Le culte de cette maison se montait à plus de q 1,000 livres et les frais de l'admiuistralion à près de 18,000 livres. Ainsi, Monsieur, avec tous ces frais abusifs, il serait bien possible d'augmenter le nombre d'aveu{jles. Ces iniortunt^s soumettent toutes ces re|)resentations h votre sa{{-esse et ils espèrent (pie la justice que vous allez leur rendre terminera leurs maux.

Je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.

(Signé) : Vidal, au nom de tous ses confrères.

OBSERVATIONS DE FRERES AVEUGLES ET VOYANTS DE L'HOPITAL DES QDINZE-VINGTS SUR l38 QUI DEMEURENT DANS L'ENCLOS DUDIT HOPITAL.

Exposé sur la formation de l'administration dudit hôpital, d'après les statuts établis en loQiJ et Ledit de réformation de i5/i6, qui sont les dernières lois administratives de cette maison.

Les administrés doivent nommer leurs administrateurs, qui sont actuellement au nombre de li , au lieu de 6 portés par les statuts , parcequ'il y en avait 2 pour connaître des affaires ecclésiastiques, et que l'hôpital, ne formant plus paroisse, ne jouit plus de l'exemption de l'ordinaire.

La communauté des citoyens aveugles de Lhôpital est représentée par 1 G d'entre eux; h de ces citoyens, dont 2 aveugles et 2 voyants, ont le titre de jurés et ont voLx délibérative lors des assemblées d'administration; les 12 autres, parmi lesquels il y a 8 aveugles et li voyants, n'ont que la voix consultative et peuvent faire toutes observations (ju'ils croient nécessaii'es pour le bien et intérêt de l'hôpital.

Les jurés sont renouvelés tous les ans par moitié.

Les capitulants sont entièrement renouvelés tous les ans.

Ces élections annuelles se fout [lar l'assemblée générale des citoyens aveugles et voyants convoqués à cet effet; l'Administration reçoit les suffrages et annonce ceux qui ont réuni le plus de voix pour être ensuite reconnus par l'assemblée générale, soit en qualité de jurés ou de capitulants.

On ne laisse entre les mains du trésorier que ce qui est nécessaire pour le courant , l'excédent présumé est remis dans un coflre que l'on appelle ff coffre du trésor». La clef de ce coffre est entre les mains d'un administrateur. Ce coffre est placé dans la salle des archives dont la porte a tiois serrures différentes. Les trois clefs en sont remises, savoir : une au maître, la deuxième au trésorier et la troisième au plus ancien juré aveugle qui n'en peut faii-e usage qu'en présence d'un juré voyant.

Le conseil d'administration étant complet, il se trouve 28 personnes, dont 11 vocaux et 12 capitulants. Les 1 1 vocaux sont les quatre administrateurs, le maître, le trésorier, le greflSer et les quatre jurés.

nu L'ASSISTANCK PUBLIQUE A PARIS.

Il uVst rien tiré du liésor sans qu'il oil ét^ pris iint- liélibfTaliou pnr le Conseil (riidniinisliation.

Toutes les délibérations sont portées sur un registre tenu par le greffier. Ce registre forme le contrôle de toutes les recettes et dépenses extraordinaires.

To ;les ces dispositions nous paraissent sages et conformes au régime actuel, nous ne pensons pas qu'il y ait rien à clianger ; nous ne pouvons que nous louer de la manièro dont les administrateurs et les officiers de l'Administration remplissent leurs fonctions, et nous de.nandons (ju'ils y soient tous maintenus.

Ces mêmes statuts veulent (jue chaque citoyen, reçu en qualité d'aveugle ou de voyant, fôsse donation à riiôpilal de tous ses biens, présents et à venir, sauf la légitime des enfants. Actuellement que l'hôpital est suffi'-amment fondé, non seulement pour faire vivre les 3oo aveugles de la fondation, mais encore pour fournir des pensions à /i8.') aveugles, ne paraîtrait-il pas juste de siq)primer cette donation , au moins en ce qui concerne les propres? On remarque cependant que l'obligation de celte donation empêche des gens avides et ayant quelques revenus de solliciter les secours de l'hôpital , que même les j)résomptifs héritiers de ces personnes se trouvent engagés à les aider par l'espoir de recueillir un jour leurs biens?

Les statuts veulent encore qu'un citoyen reçu ne puisse se marier sans avoir le consentement de l'Administration; une partie des adhérents au présent mémoire désirerait n'être pas astreinte à demander ce consentement, mais l'autre partie observe que des aveugles voulant se marier pourraient être facilement lrom[)és et séduits, qu'ils ne sont pas à même de faire les informations nécessaires, que d'ailleurs le conjoint d'un aveugle jouit, à compter du jour de la célébration de son mariage, d'un traitement dans l'hôpital et qu'il parvient, à son tour, au rang de frère voyant. L'. administration ayant intérêt de connaître ceux auxquels elle accoi-dc un traitement et qui doivent, par la suite, être admis dans Ihôpital pour son service et l'utilité des autres frères, il paraîtrait convenable que l'on fût toujours astreint à demnnder ce consentement.

Lesaveugles asjiirants aux places de l'hôpital des (Juinze-Vingls^se sont plaints à l'Assemblée nationale ([u'une grande partie des places étaient occupées par des voyants et (jue l'on donnait encore h. des voyants des places destinées à des aveugles.

Ix's voyants qui ont épousé des aveugles et qui, aux termes des articles 20 et 2() des statuts, doivent parvenir exclusivement aux places de voyants, se plaignent de ce qu'au j)réjudice de leur droit ou a nommé aux places de voyants des hommes qui n'étaient pas attachés à des femmes aveugles.

Ces plaintes sont (omlées.

Il est notoire : 1" qu'il y a un certain nombre de voyants reçus en qualité davcugles, que même plusieurs d'entre eux exercent des états, tels que les sieurs Flammarion, cardcur de matelas, Le Petit, coutelier, lîonichon, fabricant et marchaii:! bonneliei', et Miipianl, menuisier.

•j" (Jue l'on a admis ;i l;i rpialitt' di- frères voyants des hommes qui n'étaient pas

HOPITAL DliS QUINZE-VINGTS. 225

maris de femmes aveugles, tels que les sieurs Pivin, Buteler, Laloiir, el en outre, Icsdits sieurs Le Petit, Bonichon et Miguard, reçus d'abord coinnie aveugles et que l'on a travestis en frères voyants, parce que leur première réception était trop révoltante.

L'Administration actuelle de l'hôpital a eu connaissance de ces différentes plaintes ; pour y remédier et rendre justice à chacun , elle avait ordonné un nouvel examen de l'état oculaire des personnes reçues en qualité d'aveugles. Déjà même elle avait renvoyé le sieur Gautier et la demoiselle Lidelle, reçus comme aveugles, et qui cependant voient et avaient une mauvaise conduite, mais l'Administration se trouve arrêtée dans sa marche, ses délibérations, qui ne respirent que le bon ordre et la justice, sont avilies.

Tous les abus subsistent encore et ceux qui en profitent déclament contre l'Administration pour détourner les regards de la justice et de la vérité.

Si, par humanité, on laisse subsister ces abus, la discorde el les plaintes continueront toujours, mais que deviendra ce premier sentiment trompeur d'humanité, lorsque de véritables aveugles, mourants de faim et de misère, se présenteront, qu'ils réclameront les places qui devraient leur appartenir et qui se trouvent occupées par des individus reçus par abus? Préférera-t-on les premiers, parcî qu'ils ont trompé l'Administration lors de leur réception, parce qu'ils auront vécu dans la paresse et l'oisiveté pour continuer de paraître aveugles, et enfin parce qu'ils ont usurpé depuis longtemps ce qui aurait dii appartenir à de véritables aveugles?

A l'égard des voyants, laissera-t-on en place ceux qui n'ont pas épousé des femmes aveugles , lorsque ces places sont affectées aux maris des femmes aveugles qui s'en trouvent actuellement privés?

Nous désirerions que l'Administration fût spécialement autorisée par le Pouvoir exécutif à réformer tous ces abus, sauf à accorder des pensions alimentaires à ceux qui, par leur âge et leur défaut de capacité, seraient hors d'état de pourvoir à leur subsistance.

Ce sont les observations des frères

Ghadrln, juré, Bacdouin, juré, Lesbros, Bobin, Bar, Crevier, Valché, tant pour eux que pour la très grande majorité des aveugles.

Minute et originaux (3 p.), Archives nationales, F'^2'41.

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lHPI\tM£Ill£ S1T105ALE,

LETTRE DES ADMINISTRATEURS DE L'HOPITAL DES QUINZE-VINGTS AU MI- NISTRE DE L'INTÉRIEUR, ADRESSANT LEURS OBSERVATIONS SUR LA PETI- TION DES AVEUGLES.

i3 octobre 1799.

A Paris, le i3 octobre 1792-

Monsieur le Ministre,

Nous avons reçu la lettre dont vous nous avez honoré, à laquelle était jointe la pétition du sieur Vidal au nom de ses confrères aveugles. Nous nous empressons, pour répondre à votre demande, de vous adresser nos observations à cette lettre, avec deux états à l'appui ; nous prenons également la liberté de vous adresser la réponse, qui a été faite et imprimée , à une pétition présentée à l'Assemblée nationale par des aveugles se disant aspirants, que vous pourrez consulter, si vous le jugez convenable, pour plus d'éclaircissements.

Nous sommes , etc. , vos très humbles et obéissants serviteurs :

(Signé) : Pichadlt, Maynier, Laugier.

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