‹ L'assistance publique à Paris pendant la Révolution; documents inéditsChapitre 154 sur 241 · HÔPITAL DES ENFANTS DE LA PATRIE. (HÔPITAL DES ENFANTS-TROUVÉS · texte numérisé non relu

HÔPITAL DES ENFANTS DE LA PATRIE. (HÔPITAL DES ENFANTS-TROUVÉS

LETTRE DE L\ DAMK KERET ALI MAIRE DE PARIS À L'EFFET D'ETRE EXONe'- RÉE DU DROIT DE RECHERCHE QU'ELLE A DU PAYER AUX ENFANTS-TROU- VES POUR U\E ORPHELINE DONT ELLE EST LA MARRAINE.

18 jniivier 1792.

Dp Paris, le 18 janvl(!r 1793.

Monsieur^

Pénétrée d'interrompre vos nobles travaux, mais persuadée que votre plus grand zèle est celui de soulager le malheureux, c'est dans cette ferme confiance que je viens réclamer votre protection pour une orpheline de père et de mère, qui a été déposée le lundi saint 17 (S 6 aux Enfants-Trouvés de cette ville, sous le nom de Elisabeth Foret, alors Agée d'environ onze mois, tille de Claude et d'Anne Lehoux, de la paroisse Sainte-Marguerite.

La marraine de cette enfant, désirant lui faire quelque bien, suivant sa capacité, fut à cet effet aux susdits Enfants-Trouvés, où étant, le commis lui a demandé ii^ 10' pour l'ouverture et recherche du registre. Elle a préféré que les 1 1 livres lo' soient au profit de l'orpheline, et par ce moyen vient s'adresser à vous, comme père et protecteur des infortunés, afin que vous daigniez vous intéresser à ce que l'ouverture du registre soit faite, et qu'elle ne soit point tenue de payer la susdite somme. C'est un acte de charité qu'elle a l'intention d'exercer envers cette orphehne. Deux mots signés de voire part sont plus que sullisants.

Elle se repose entièrement sur votre indulgence et est avec toute la

soumission possible , Monsieur, votre très humble et obéissante servante.

Tente Foret.

Original, Archives nationales, F" ai 2.

RAPPORT DU SIEUR DELAPORTE , INSPECTEUR DES ENFANTS-TROUVES DES HÔPITAUX DE PARIS MIS EN APPRENTISSAGE, À L'EFFET DE METTRE UN TERME À LA LICENCE EFFRENEE DE CES ENFANTS, ET PROJET DE RE- GLEMENT SOUMIS À LA MUNICIPALITÉ DE PARIS, AVEC MEMOIRE DES PATRONS OUVRIERS.

1 1 février 179.!.

Messieurs,

D'après avoir pris communication du mémoire ci-joint, à vous présenté par les maîtres et maîtresses qui tiennent chez eux des garçons et filles provenant des Enfants-Trouvés, ainsi que des différents hôpitaux, par lequel ils vous démontrent combien ils sont exposés journellement avec des ingrats, pour qui ils consacrent une partie de leur fortune pour les nourrir et entietenir, passant même leur temps infructueusement pour leur enseigner un métier, où quelquefois leur tempérament ne permet pas de continuer, c'est donc alors une perte réelle pour le maître qui s'en est chargé, et si au contraire ils font des progrès dans cet état, et qu'en une année ou deux de leur entrée, sous prétexte du mot de liberté qu'ils entreprennent au gré de leur conduite déréglée, ils se permettent de dire des sottises à leurs maîtres et maîtresses, de les frapper et même de les voler.

Les uns disent : Si vous ne voulez pas nous permettre de prendre nos habits pour nous en aller, nous ne travaillerons pas, ou si vous nous forcez à travailler, nous travaillerons mal; les autres, s'ils peuvent voler leurs maîtres, ils volent et s'en vont sans leur rien dire. Vous voyez, Messieurs, la malheureuse position où se trouvent les artistes, maîtres et maîtresses de cette ville, en mettant les enfants à portée de gagner leur vie, et qui déchargent journellement vos hôpitaux de leurs consommations, en tenant la main à leur conduite; des malheureux

orphelins, qui n'existent que par la sagesse de votre gouvernement et qui seraient toujours à votre charge, deviendraient, comme par le passé, des honnêtes citoyens de cette ville, tels'' qu'il en existe dans différentes sections. Après avoir maintenu depuis la Révolution la discipline qui était en notre pouvoir, connaissant leurs démarches et leur conduite, pour se concilier les uns et les autres, nous avons cru qu'il était de notre devoir de vous faire un aperçu de la manière dont on pourrait s'y prendi'e pour parvenir au hien général de l'une et l'autre partie, savoir :

1° Que l'inspecteur, conformément aux anciens règlements, serait tenu de rester chez lui jusqu'à midi, à l'effet de rédiger son procèsverbal des visites de la veille, et d'y recevoir les maîtres et maîtresses qui viendraient demander des enfants, pour leur être utiles^ suivant les états;

2° Les maîtres et maîtresses seront prévenus que le bureau serait ouvert depuis neuf heures du matin jusqu'à midi, à l'effet d'y recevoir leurs demandes, ainsi que d'y faire la déclaration de leurs domiciles et états, s'ils sont veufs ou mariés, garçons ou filles;

3° L'inspecteur sera tenu, avant de leur délivrer l'enfant, de passer le plus tôt possible au domicile qui lui a été déclaré, à l'effet de voir par lui-même, leurs positions, et s'ils sont en état de donner la subsistance et l'entretien aux enfants qu'ils auraient demandés, s'ils sont d'une bonne conduite, et, pour s'en assurer, se rendra à la section de l'arrondissement;

4° Il ne sera délivré aucuns garçons et filles aux femmes entretenues faisant un vil état, et s'il arrivait que l'inspecteur fût trompé, il aura le droit de retirer l'enfant qui aurait été confié; il en serait de même aux maîtres et maîtresses qui leur refuseraient la nourriture ;

5° L'inspecteur sera autorisé, dans un moment de crise oii il verrait qu'il y aurait danger ou péril , de se faire accompagner d'un officier ou d'un gendarme, ci-devant maréchaussée, et dans un moment inattendu, il aura droit de re(|uérir le sergent de garde du poste le plus prochain;

6" On ne pourra soustraire en aucune manière la présence des filles ou garçons à l'inspecteur, soit par absence à la campagne, dont

on sera obligé de lui dire l'endroit, et lui de s'en assurer; si c'est par maladie, il aura le droit d'assister aux pansements et de demander aux médecins et chirurgiens que pourrait être la cause de la maladie;

"7° Les enfants seront obligés pour 3 , 4 ou 5 années , suivant l'état qu'ils désireront prendre, qui est plus ou moins long, pour se perfectionner. Les maîtres et maîtresses ne pourront, sous quelque prétexte que ce soit, envoyer son enfant voir l'inspecteur pour l'instruire de sa position , à la charge par ledit inspecteur de donner un billet qui constatera la présence de l'enfant qui sera remis aux maîtres et maîtresses;

8° En cas d'évasion de l'enfant [de] chez son maître, il sera tenu d'en faire le rapport à l'inspecteur qui, sur-le-champ, le fera passer au lieutenant qui l'accompagne dans ses visites, qui sera tenu de le faire passer à la correspondance de la gendarmerie du Département; l'enfant arrêté sera conduit à l'hôpital de la Pitié, à l'effet d'y être constitué prisonnier et y rester suivant la gravité de sa désertion, dont le temps sera limité par l'inspecteur;

9" Le délai pour l'essai des enfants, savoir, s'ils leur conviennent, et si ce même temps et état ne serait point contraire à leur santé, suivant leur tempérament, il ne pourra pas être plus long qu'un mois, à laquelle époque le maître sera tenu de se rendre chez le notaire à l'effet d'y signer son obligation, pour laquelle il s'engage de nourrir, vêtir et montrer son état à l'enfant dont il se trouve chargé, de laquelle obligation l'inspecteur en prendra note et le chargera sur son registre, lequel registre il sera tenu d'en rendre compte dans la huitaine au bureau de Messieurs les commissaires, avec ses procès-verbaux qui seront avisés par eux.

Delaporte ,

Inspecleiir des apprentis.

Je certifie à tous qu'il appartiendra que le projet de loi ci-dessus transcrit par l'inspecteur des enfants trouvés des hôpitaux de Paris a été fait en ma présence et y avoir donné mon avis, que c'est la marche la plus urgente que la Municipalité puisse prendre pour rappeler les enfants à l'ordre et au respect qu'ils doivent à leurs maîtres et maîtresses, et faire respecter l'inspecteur chargé de vos ordres. J'ai été

témoin des scènes désagréables et difficultueuses qu'il a éprouvées dans ses visites, ses jours ont été différentes fois exposés et ce n'est qu'à la dernière des nécessités qu'il m'a requis pour l'accompagner. La preuve en résulte par la demande formée par les maîtres et maîtresses de Paris, ci-jointe. Il a même été obligé d'emprunter de l'argent pour subvenir aux frais de voitures que nous avons été obligés de prendre pour nous transporter chez les maîtres, à l'effet d'y maintenir la tranquillité, vu que ses appointements sont très modiques. A Paris, ce 8 février 1792-

(Signé) : Lièvre,

Officier de maréchaussée, rue Beaubourg, n" 98.

A Messieurs, Messieurs de la Commune de Paris.

Telle bonne volonté que nous ayons, Messieurs, de vouloir faire des sujets des enfants provenant des hôpitaux, il nous est impossible pour plusieurs motifs : le premier est leur inconduite; le second, la mauvaise éducation qu'ils ont reçue; le troisième, le peu d'attache qu'ils ont pour ceux qui leur mettent le pain à la main. Nous ne trouvons qu'un moyen, Messieurs, pour pouvoir en faire des sujets, qui serait d'accorder main-forte à l'inspecteur nommé à cet effet, de vous communiquer ses rapports et de forcer nos jeunes gens en cas d'évasion de retourner chez leurs maîtres, avec d'autant plus de raison que l'acte notarié, par lequel nous nous engageons, doit être égal pour eux comme pour nous. Vous ne sauriez croire le tort que peut nous avoir fait la Révolution à ce sujet, et les licences que ces enfants ont prises, tant vis-à-vis de leurs maîtres et maîtresses, que de ceux qui sont chargés d'en avoir soin.

Nous espérons, Messieurs, que vous voudrez bien avoir égard à nos demandes et que les suites seront plus agréables pour nous.

C'est dans celte espérance que les soussignés vous en auront toute l'obligation possible, et seront à même de vous prouver le zèle et la reconnaissance qu'ils vous auront de les aider à faire des sujets, chose très importante dans le temps où nous sommes, et vous ne pourrez y parvenir, qu'en faisant droit à l'acte dont nous sommes obligés réci-

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