CHAPITRE m Les officiers de la Dominicale
Après la création du bureau de la Communauté des pauvres, ceux qui le dirigent s'entourent d'un certain nombre d'auxiliaires ayant chacun une fonction bien déterminée. Les uns touchent des appointements, comme les secrétaires, les solliciteurs et les avocats. Les autres, au contraire, occupent des charges gratuites, comme les trésoriers, les aumôniers ou intendants. Les premiers s'occupent simplement de l'administration, tandis que les seconds doivent se consacrer aux questions financières et veiller aux recettes ainsi qu'aux dépenses.
Les obligations imposées au secrétaire pendant le xvi« siècle nous sont données en partie par l'un d'eux, qui jugea utile de les inscrire à la fin du registre des délibérations de l'année 1561 (1). Il doit préparer à l'avance les rôles des paroisses sur lesquels « sont les noms des manans et habitans de chacune d'elles et les contributions à l'aumône des pauvres ». Il convoque les membres de la Dominicale pour assister aux conseils et tient en règle les procès-verbaux des séances.
Les secrétaires sont tout d'abord choisis parmi les bourgeois de l'Hôtel de ville. Le premier d'entre eux dont le nom nous soit connu est François Brunel, procureur, cité
(1) Bibl. Poitiers, cart. 49.
en 1537, c'est-à-dire deux ans après la fondation de la Dominicale (1). On le retrouve encore en 1549. Après lui, viennent Jehan Coûtant, avocat, en 1555, puis Magnan, de 1561 à 1565(2).
A Magnan succède ensuite Mathurin Gaulde^ dont la femme est dite veuve, le 26 novembre 1570. Elle réclame au conseil municipal ce qu'il doit à son mari, soit (v 20 1. de gages comme solliciteur, d'une part, et 100 s., d'autre part, pour mestre et rédiger par escript les adviz et ordonnances sur telles affaires qui sont tenuz en la Maison decéans(3))). En résumé, il est à la fois procureur et secrétaire du Bureau des pauvres.
En 1583, Laurens Sigougneau gagne 50 1. par an (4). Ce dernier étant mort en 1584, Pierre Dupoys prête serment, le 19 août de la même année, en qualité de secrétaire. Ses appointements sont portés à 24 écus par an.
Le nommé Gardras occupe cette place en 1589 et se fait remarquer par son peu d'assiduité à paraître aux assemblées de la Dominicale (5). Après lui, vient Philippe Gauvin, et ensuite Delafuye, en 1595 (6).
Ce dernier est remplacé par son prédécesseur qui touche, en 1596, la somme de 80 1. pour ses gages (7). Jacques Aymard, que nous trouvons entre 1601 et 1602, remplit les mêmes fonctions et reçoit de semblables honoraires(8). Son fils Pierre, procureur, l'ayant suppléé pendant sa dernière maladie, demande, le 14 octobre 1619, à lui succéder (9). Il ne peut obtenir cette faveur et c'est Pierre Cothereau,déjà solliciteur des pauvres, qui prend le secrétariat de la Dominicale.
(1) Arch. llôp. — (?) Bibl. Poitiers.cart. 53, reg. 2. (3)Zrf., reg. 3. — (4) Jf/., reg. 4.— (5) Id., cart. 53 bis, reg. 1. —(6) Id., reg. 9.— (^) Id., cart. 53. — (8) Id., cart. 50. — (9) Arch. Hôp.
A partir d'une époque restée inconnue, qui doit partir de la création du bureau de la Communauté des pauvres, le secrétaire remplit aussi les fonctions de greffier de la police de l'échevinage. Ce greffe est mis généralement en adjudication tous les trois ans. Celui qui s'en rend adjudicataire doit verser le prix de sa ferme dans la caisse de la Dominicale, à laquelle il appartient. En revanche^ celle-ci lui fait remise d'une certaine somme pour l'indemniser du temps qu'il passe à son service.
Cependant, suivant une ancienne coutume, le conseil municipal le nomme tous les ans, lors de la réunion du « Mois des Offices », c'est-à dire vers le milieu de juillet. Il n'y a là qu'une de ces simples formalités auxquelles nos ancêtres sont fort attachés. Le 25 juillet 1625, la fonction de secrétaire est de nouveau confirmée à Julien Pestre, greffier de la Cour de l'échevinage (1). Le 27 juillet 1633, Louis Rigoumier le remplace jusqu'en 1639. Jacques Rigoumier continue ensuite et ne cesse qu'à sa mort, en octobre 1650.
En 1651, Lucas se rend adjudicataire du greffe, mais ne touche aucun appointement comme secrétaire. Le 18 janvier 1654, René Ogeron soumissionne dans les mêmes conditions, moyennant 410 1. par an et le secrétariat gratuit (2). Doux ans plus tard, le 18 juillet 1656, il s'en rend acquéreur, mais la ville se réserve le droit de rachat perpétuel (3). Il ne le conserve point longtemps, car Pierre Brault l'occupe de 1658 à 1660.
Le 10 août 1661, il est encore mis en adjudication par ordre du maire, car François Guillemet, s"" de la Fontaine, qui
(1) Reg. dél. mun., no 77, p. 21. — (2) BibL Poitiers, cari. 1)3 bis, reg. H. (3) Reg. dél. mun., n» 107, p. 37.
en est titulaire, néglige, depuis un an, de rendre ses comptes (i). Malgré la concurrence qui lui est faite par un nommé Périgord, il le conserve jusques vers 1681. Le 24 août de cette même année, la location du greffe doit être donnée aux enchères. Celui qui s'en rendra fermier « avec le segrettariat de la Dominicalle sollicitera les affaires des pauvres et qu'il aura pour ses peines 401. par an, qu'il déduira du prix du bail (2) ». Il est adjugé pour trois ans, moyennant 130 1. par année, à. Jehan Desvignes.
Au début du wiii* siècle, le secrétaire est en 1703-1704 un nommé Coquemard. Nous trouvons plus tard, à partir de 1724, Nicolas Rolland, qui prend le titre de greffier-secrétaire. 11 touche à cette époque 60 1. par an, mais ses émoluments sont portés, le 22 juinl731, à 120 1. Par malheur, la Dominicale, constatant qu'elle n'est point assez riche pour continuer à lui payer un tel gage, décide, le 12 novembre 1732, qu'il n'aura, comme par le passé, que 60 1. (3).
Nicolas Rolland étant mort au début de 1734, sa charge est confiée purement et simplement à Jacques Contant, bourgeois de l'Hôtel de ville, car, le tribunal de l'échevinage n'existant plus depuis l'édit de Moulins, de 1699, le litre de greffier est devenu simplement honorifique. Le procèsverbal de sa nomination nous indique les devoirs qu'il doit remplir. Ce sont les suivants : « Tenir en état le contrôlle des enfants trouvés, le registre des délibérations et de ce trouver aux heures dénommées aux assemblées. Ecrire les délibérations et les porter ensuite sur le registre. En faire la lecture à l'assemblée d'après. Veiller à la pour-
(1) Bibl. Poitiers, cart. u3 bis, reg. H. 11 était marié à Marie Haignon et demeurait paroisse Saint-Didier. (Reg. dél. mun., n" 117, p. 55.) — (2) Arch. Hôp. — (3) Arch. Hop.
. suite des affaires de l'Hôtel-Dieu. Pourra avoir le tout, sans gages, ny esmolumens en dedans, pour baux et fermes. Le Bureau arreste qu'à l'advenir il n'y aura aucune assemblée au Bureau, ny délibération qui puisse, pour quelque cause que ce soit, donner aucun gage ny esmolumens, comme dict est. Led. Bureau s'engage et s'oblige de fournir aud. s' segretaire tous les registres, papiers timbrés et autres qui lui faudra pour l'exercice de sa charge et les quitances des norices^ qu'il prendra au fur et à mesure qu'il en aura besoin et fera imprimer chez le S"" Faulcon, libraire, qui en fera tous les ans son mémoire pour estre présenté au quartier de Noël de chaque année et là estre arresté et ordonné par le Bureau du payement, pour commencer à Noël 1734. Et à l'instant led. Contant mandé au Bureau, lequel luy a déclaré la nomination qu'il a faict de sa personne pour greffier-segretaire, et luy a donné lecture de la présente délibération, à laquelle il s'est soumis et accepté les conditions y mentionnées et signé. »
Le 5 novembre 1750, après la mort de Jacques Contant, le notaire Pierre Bourbeau, bourgeois de l'Hôtel de ville, est accepté « aux droits, rang, séances, privilèges et prérogatives qui y sont attachés et dont a joui le précédent secrétaire, en se conformant, par led. aux lois et usages qui y sont observés (1) ». Cependant, plus heureux que son prédécesseur^ il reçoit une somme de 60 1. par année, pour ses appointements. Nous le voyons rester en charge jusqu'en 1792.
Le secrétariat de la Dominicale est, comme nous avons vu, confié pendant longtemps aux greffiers du tribunal de
(1) Arch. Hôp.
l'échevinage, et c'est en vertu d'une simple formalité qu'on les nomme à ce poste. L'état des finances de la Dominicale ne permet de leur donner que de maigres appointements, quand les fonctions qu'ils occupent ne restent pas simplement gratuites. Ce sont généralement des bourgeois de l'Hôtel de ville qui les recherchent. Dans aucune occasion il ne nous a été donné de rencontrer contre eux des plaintes ou des récriminations de la part de la mairie ou du Bureau des pauvres. Ils se montrent souvent désintéressés dans l'accomplissement de leur charge et désireux, avant tout, d'apporter un généreux concours à l'œuvre de l'assistance publique.
La Dominicale est parfois obligée de revendiquer ses droits devant les tribunaux. De là surgit pour elle l'obligation d'avoir des hommes de loi, procureurs ou avocats, constamment à sa disposition. Les premiers, que l'on appelle d'abord des solliciteurs, sont chargés de mettre la justice en mouvement et de suivre les instances engagées, après décision prise par le Bureau et souvent par la mairie.
Celui dont le nom se rencontre tout d'abord est Jehan de Saint-Vertunien, que l'on charge, le 10 mai 1545, de s'occuper, les mercredis et jeudis, des affaires concernant les aumôneries, à la barre du présidial (1). Deux ans plus tard, le 22 juillet 1547, Jacques Herbert le remplace (2). Le 12juillet 1556, le sieur Guillemyer solliciteur reçoit 20 1. par an afin de poursuivre les chapitres, le clergé et les habitants qui refusent de payer leurs taxes (3). Cette générosité s'arrête bientôt, par suite des calamités qui viennent
(1) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 1. — (2) Reg. dél. mun., n» 29. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 2.
s'abattre sur Poitiers. Le 10 août 1550, il est dit au conseil des échevins « que le solliciteur des aulmosnes de lad. ville, tant générales que particulières, estoit de 20 l. de gaiges, sur lesd. aulmosnes (1). A esté délibéré que led. estât sera rayé, actendu l'ordre susd. et quallité de ce dont est question, qui est de charité ».
Nous avons vu précédemment que, en 1583, Laurens Sigougneau occupait à la fois les fonctions de solliciteur et de secrétaire. Malgré son grand âge, elles lui sont conservées jusqu'à sa mort. Le 7 mai 1585, Jacques Aubry lui succède, en qualité de procureur (2). Enfin, de 1587 à 1598, c'est Jacques Gardras, nommé par la Dominicale, qui le remplace (3). Il en est souvent ainsi, à partir du xvue siècle.
En 1616, Pierre Gothereau, chargé de poursuivre les aumôniers, engage de nombreux procès; mais, après avoir obtenu plusieurs fois gain de cause, il est remercié en 1622. Il rentre en grâce auprès de la municipalité, pour être de nouveau renvoyé en 1628. Le maire vient dire, le 3 décembre 1629, que ce personnage « qui se dit^ à Paris, gardien de l'aumônerie de Notre-Dame-la-Grande et solliciteur des affaires des pauvres, les a si mal conduit et d'une folle façon qui leur a esté si fort préjudiciable, qu'on l'a faict démettre pour le remplacer par Jacques Mayaud (4). » Déjà, ce dernier avait eu l'occasion de remplir cette charge. L'année suivante, Pierre Barrault lui succède, et désormais chaque année au Mois des Offices le conseil municipal désignera ses successeurs.
Louis Vergnault, nommé procureur de la ville, remplit les mêmes fonctions en ce qui concerne les pauvres. Il
(1) Reg. déL mun.,no 35, p. 36. — (2) BibL Poitiers, cart. 53, reg. 4. — (3) Id., cart. 53 bis. — (4) Reg. dél. mun., n" 80, p. 110.
touche pour cela un traitement de 40 1. chaque année. Le 14 novembre 1644, la mairie, voulant alléger le budget de la Dominicale, le prie de vouloir bien renoncer « à ses gages et esmoluments (1) ». H y consent avec plaisir, ce qui lui vaut les remerciements de l'assemblée. Nous le voyons longtemps continuer de la sorte ses services gratuits, mais en 1657, « à cause de son grand âge, et imcommodité », on lui adjoint Gaspard Riquet.
Ce dernier ne lui succède point directement, carChassin, sieur des Roches, natif d'Argenton-Château, demande et obtient cette place à titre gratuit pour un temps indéterminé (2). Il ne t'occupe pas longtemps et Gaspard Riquet estions les ans, à partir de 1660^ nommé solliciteur.
Au xviii^ siècle, ce sont les procureurs de l'Hôtel de ville qui sont chargés des affaires de la Dominicale. En cette qualité, ils assistent à toutes les réunions du Bureau. Une délibération de 1764 nous fait savoir que, ne recevant aucun gage, a ils portent en compte à l'hôpital les frais et avances qu'ils font dans les affaires, oîi ils succombent, ce qui arrive rarement» (3). Les administrateurs, dont la plupart sont des hommes de loi, n'engagent point de procès sans avoir des chances sérieuses de les gagner.
En plus des solliciteurs ou procureurs, nous trouvons encore les avocats des pauvres. Au xvi" siècle, ils sont désignés par la Dominicale, mais au xvii° c'est la mairie qui les nomme. En 1372, Martin remplit cette charge, puis Gaillet, en 1383 (4). Plus tard, la municipalité les choisit tous les ans au Mois des Offices, comme Jehan Fauveau (1637-1634), Jehan Forest (1633-1683). En 1684, Thevenet est adjoint
(1) Reg. dél. mun., no 96, p. 75; no 108, p. 29. — {2)Id.,n° 108, p. 98. — (3j Aich. Hôp. — (4) Bibl. Poitiers, car t. 53.
à ce dernier (1). Cette fonction est toujours confiée à des bourgeois de l'Hôtel de ville. Au xviii^ siècle, il ne semble pas qu'il y en ait eu en titre. En tout cas, les registres des délibérations de l'Hôtel-Dieu n'en font aucune mention.
Tels sont les collaborateurs salariés ou non des administrateurs de la Communauté des pauvres. Dans maintes occasions, ils acceptent gratuitement les charges que l'on veut bien leur confier, estimant comme un honneur de prendre part à l'œuvre de bienfaisance et de charité que représente la Dominicale.
(1) Reg. déL mun.,n"> 129, p. 16.