CHAPITRE IV
Les trésoriers, aumôniers ou superintendants et intendants de la Dominicale.
Parmi ceux qui participent à la direction des affaires des pauvres, les trésoriers occupent une place à part, tant au point de vue de leur nomination que des fonctions qu'ils ont à remplir. Ils sont en quelque sorte à la tête de l'organisation financière de la Dominicale. Grâce à l'activité et au désintéressement qu'ils apportent, en toute occasion, dans l'accomplissement de leur lourde tâche, le service de l'assistance publique peut fonctionner d'une façon régulière. Autrement, il deviendrait souvent impossible de secourir efficacement ceux qui souffrent. Ils encourent de la sorte une lourde responsabilité qui, a maintes reprises, les importune et dont ils se débarrassent définitivement peu d'années avant la Révolution.
Lors de l'entente passée entre la municipalité et le clergé, en 1535, il est décidé que le trésorier de la Communauté des pauvres sera pris parmi les membres des cinq chapitres de la ville. Il en est ainsi pendant tout le xvi^ siècle, même quand des calamités publiques exigent la constitution d'un Bureau extraordinaire pour venir au secours des indigents devenus trop nombreux. L'argent recueilli est toujours mis entre les mains dun chanoine, chargé de tenir un compte exact des recettes et des dépenses.
Tous les ans, au début du mois de mars, l'un des chapitres désigne celui de ses membres auquel serontdévolues les fonctions de trésorier pendant l'année. Saint-Pierre débute, puis viennent aprèslui, Saint-Hilaire, Notre-Dame-la-Grande Sainte-Radegonde et Saint-Pierre-le-Puellier. Il en est de même jusqu'au jour oii elles cessent d'être confiées aux ecclésiastiques. Dans chacune des églises cathédrales ou collégiales, les chanoines ont toujours soin de se déléguer ù tour de rôle. Ils ne négligent jamais, comme nous verrons, de maintenir énergiquement ce principe, d'autant plus que la charge, parfois coûteuse et toujours très absorbante, vient désagréablement troubler leur repos.
Le receveur reste en premier lieu responsable des sommes qu'il touche et dont il doit rendre compte, son exercice terminé, à quatre membres de la Dominicale. Il lui faut avancer son propre argent quand la caisse est vide, et souvent en attendre le remboursement pendant de longues années. Le chapitre dont il fait partie reste jusqu'à un certain point garant de sa gestion. Il le surveille de fort près, lui prête quelques fondsen cas de besoin, car, en fin de compte, c'est lui qui supporte les conséquences de ses irrégularités.
Le trésorier, une fois nommé par ses confrères, doit être accepté par lebureau de laCommunauté des pauvres. Inutile de dire que ses fonctions sont entièrement gratuites, malgré qu'ellescomportent quelques risques, au point de vue financier. Le 3 mars 1602, le secrétaire de la Dominicale fait observer qu'il est nécessaire de nommer « un idoine suffisanlet capable, àlaplacede Liège, chanoine de Saint-Pierre, qui demeure deschargé de son emploi ».0n prend vénérable messire Pierre Lesueur, chanoine de Saint-Hilaire, a comme étant suffisant, digne et capable pour faire lad.
charge par le temps d'ung an entier, à commencer à la feste de Notre-Dame de mars prochain et à luy enjoincl de comparoir à la prochaine Dominicalle qui se tiendra dimanche prochain, heure de deux heures de relevée, pour prester et faire le serment de fidélité, sur peine de 20 escus d'amende (l)». Le nouvel élu se présente seul, à l'exemple de Duchasteigner, chanoine de Notre-Dame-la-Grande, qui vient dire, le 13 mars 1644, « qu'il a été désigné de nouveau parled. chapitre en la charge de recepveur des pauvres de la Dominicalle, comme il a faict apparoir par acte capitullaire, laquelle nomination a esté agréée et acceptée, ayant led. Duchasteigner faict le serment accoustumé, entre les mains de monsieur le maire, dont luy a esté donné acte (2) ». Après leur élection, les trésoriers sont ensuite agréés par le Bureau et prêtent serment entre les mains de son président avant d'entrer en fonction.
Les chapitres refusent à l'occasion de déléguer un de leurs membres. C'est ce qui est rapporté aux échevins, le 23 février 1592. « Comme il est indispensable d'avoir un receveur » ils se décident, afin de ne pas perdre de temps, à demander l'exécution des arrêts du présidial (3). Cependant, pour faciliter la tâche de celui qui sera nommé et encourager quelque peu la bonne volonté des chanoines, on arrête qu'à l'avenir il « ne sera tenu d'assister ne faire assister aux gardes, rondes, ne aultres charges et factions de l'Hôtel de ville, attendu les grandes charges qui sont en lad. recepte et les faict gratuitement pour l'amour de Dieu ».
Au sein des chapitres, surgissent des discussions sui-
(1) Bibl. Poitiers, cart. S4. — (2) Id., cart. 53 bis. — (3) M., cart. o3, reg. 5.
vies parfois de procès, lorsqu'il s'agit de la désignation d'un receveur. Cet emploi, n'étant guère recherché, est accepté toujours avec une résignation fort peu dissimulée. Le 26 juillet 1546, le maître école de Saint-Hilaire veut bien recevoir les deniers des pauvres, mais il entend se faire aider par l'avocat Pierre Poupet, qui se chargera de solliciter le paiement des sommes à percevoir (1). Le 17 juillet 1607, Guillaud, appartenant au même chapitre, refuse d'entrer en fonctions et d'obéir à un arrêt du présidial qui lui en donne Tordre (2). Le maire se contente de lui déléguer le secrétaire de la Dominicale avec les 'collecteurs et deux notaires pour lui demander s'il entend toujours se récuser et s'il veut également s'opposer aux décisions de la Cour.
Le Bureau des pauvres tient la main à ce que chacun des chapitres désigne à tour de rôle l'un de ses membres, et ne souffre aucune substitution. Ainsi, le 15 avril 1641, Notre-Dame-la-Grande choisit Bonhumeau à la place de Berland, dont c'est le tour, mais qui appartient à Saint- Pierre (3). La Dominicale refuse de l'accepter, mais comme celui auquel en revient la charge est parti pour Paris, l'autre le remplacera jusqu'à son retour et prêtera serment « de tenir bon et fidèle compte pour le temps de sa commission ». Cependant, on admet parfois des excuses. Ainsi, le 3 mai 1646, le chapitre de Saint-Pierre est invité à nommer son délégué, qui devrait être en fonctions depuis le 25 mars (4). Il répond que le théologal ayant été désigné avait refusé, sous prétexte qu'il en était exempté. Cette excuse ayant été trouvée valable, on le remplace par son confrère Jacques Boutineau.
(1) BibL Poit. — (2) Reg. déL mun., n» 63, p. 24. — (3) Id., no 74, p. 152. — (4) Bibl. Poit., cait. 52.
Les chanoines invoquent de maltiples raisons pour se dispenser de cet emploi. Guillaume Guittet, chanoine de Sainte-Radegonde, qui doit entrer en fonction le l®"" janvier 1584, refuse sous prétexte que sa qualité de tuteur de ses neveux l'oblige à faire de fréquents voyages en Bas-Poitou. Il lui faut surveiller les intérêts d'enfants mineurs dont les parents viennent de succomber à la peste. De plus, « il est mal accomodé de logis, estant près des murailles, de sorte que les deniers des pauvres n'y seront pas seurement gardez contre les volleurs et coureurs (1) ». Enfin, il ne se sent aucune disposition pour exercer un tel office. Le Bureau le renvoie devant son chapitre pour qu'il s'entende avec lui, mais, n'ayant point été écouté, il reçoit l'ordre d'avoir immédiatement à s'occuper des recettes, « nonobstant lesd. excuses, et faire serment en cas requis ».
Si les raisons d'intérêt ou même de famille ne sont point prises en considération, celles qui concernent la santé ne le sont pas davantage. Le 9 avril 1600, Jehan Moynet, chanoine de Saint-Pierre-le-Puellier, vient déclarer que « cy devant, en son absence, il auroit esté esleu recepveur général de la Dominicalle des pauvres de ceste ville. Qu'il estoit mal disposé pour faire lad. charge de recepveur, au moyen d'ung rume qui luy descendoit sur la jouhe, sur laquelle estoit contrainct y mettre et appliquer une emplastre et quelquefois lui descendoit sur le bras gauche. A l'occasion de quoy il estoit contrainct garder le plus souvent la chambre, sans pouvoir prendre et supporter une robe sur luy, pour aller à l'église (2) ». Ses doléances sont d'autant
(1) Bibl. Poit. A cette époque, Poitiers était pour ainsi dire en état de siège, car les coureurs ennemis l^attaient la campagne autour de la ville. — (2) Bibl. Poitiers, cart, 53 bis.
moins écoutées que ses confrères l'ont trouvé « ydoine, suffisant et capable ». Si, durant son exercice, sa maladie continue, il priera l'un de ses amis de vouloir bien le remplacer, tout en se réservant l'entière responsabilité du service.
Cependant, les nominations ne se font pas toujours d'après l'ordre voulu^ au sein des chapitres. De là surgissent certaines discussions, suivies parfois de procès. Ainsi, le 25 avril 1657, Julien Gendre, désigné par Notre-Dame-la- Grande, refuse en prétextant que c'est le tour de Citoys. Il est prié de vouloir bien s'entendre avec ce dernier « pour pacifier l'affaire, dans l'intérêt de tous et à cause des pauvres qui manquent de leurs petites nécessités (1) ». L'entente a lieu, dans les conditions suivantes : Citoys, obligé de s'absenter, sera déchargé de cette fonction, mais dans cinq ans Gendre laissera passer son tour et un autre prendra sa place. Le chapitre emprunte alors 500 1., qu'il remet entre les mains du nouveau receveur. Ce dernier en restera dépositaire, pendant toute l'année^ sans qu'on lui fasse d'autres avances, et avec l'obligation de les rembourser une fois son exercice terminé.
Malheureusement l'affaire n'en reste point là, car, cinq ans plus tard, le 15 février 1679, Pierre Bertrand^ ayant été choisi comme trésorier, refuse la place sous prétexte que c'est au tour de Julien Gendre. Le chapitre prétend que Charlet, chantre de Saint-Pierre, ayant fait déjà une semblable opposition, en avait été débouté. Au surplus, s'il était nommé quand viendrait simplement son tour il deviendrait alors inutile de procéder à des élections (2). De plus, il n'entend point rester garant de sa solvabilité. Cette
(1) Arch. Vienne, H+-18. — (2) Id. G. 1086.
thèse n'est pas acceptée par le présidial, qui condamne Gendre à s'occuper de la recette en disant: a Qu'il y a lieu de s'étonner de ce que led. Gendre résiste à faire l'exercice qui est un acte de charité seullement, ce dont on la jugé le plus capable ». Un rapport de médecin invoqué pour sa défense n'indique point que sa santé puisse s'y opposer.
Si quelques rares chanoines mettent peu de zèle à remplir cette charge de trésorier, d'autres, au contraire, n'hésitent aucunement à prolonger le temps qu'ils doivent y passer. Le 19 avril 1556, Philippe Chambon, abbé de Notre- Dame-la-Grande, est prié par le maire de vouloir bien encore continuer pendant une année. Il accepte et meurt au mois d'octobre suivant, en léguant 1000 1. tr. aux pauvres (1). Joachim Arembert, qui appartient au même chapitre, lui succède pendant deux années de suite (2). Il occupe encore plus tard la même place, car, le 19 novembre 1570, on le trouve venant dire à la Dominicale « qu'il y a trois ans et cinq mois qu'il faict la recette et désire se retirer et avoir le temps de dresser ses comptes (3) » . Sa demande lui est accordée et Poitevin, chanoine de Saint- Hilaire, désigné pour le remplacer.
Un serment fait entre les mains 'du président du Bureau est exigé de tous les receveurs qui entrent en exercice. Le 30 mai 1642, Chasserieau, chanoine de Saint-Pierre, le prête de la façon suivante : « Ayant mis la main ad pectus^ il jure de bien fidèlement exercer lad. charge et d'exécuter les ordonnances du Conseil, a commencer lad. recepte au jour de feste de Nostre-Dame de mars dernière et finir au premier jour d'apvril de l'année 1643, dont a esté octroyé
(1) Reg. dél. mun., n° 33, pp. ao, 56, 57 ; n" 34, p. 136. — (2) Id., no S'j, pp. 23, 28. — (3) Bibl. Poitiers, cart., 53 bis.
acte (1) ». Ses fonctions débutent, comme nous avons vu, le 25 mars pour se terminer le l*' avril de l'année suivante. Au xviii* siècle, les recettes et dépenses sont comprises entre ces deux: dates. On ne les trouve partant du 1" janvier que peu d'années avant la Révolution.
Le trésorier assiste de droit au conseil de la Dominicale, mais n'a pas voix délibérative. Au point de vue financier, il p-erçoit le montant des taxes du clergé et des laïcs, fait rentrer les fermages et les rentes, encaisse les aumônes et les legs donnés en faveur des pauvres. Toutefois, il ne peut se permettre aucun placement; ni aucune dépense sans autorisation. Il reçoit l'argent des habitants, par l'intermédiaire des intendants auxquels le remettent les collecteurs des paroisses. C'est par ces mêmes intermédiaires qu'il délivre les aumônes, ordonnées pour les besoins des pauvres valides et des malades de l'Hôtel-Dieu. Enfin, il doit payer tous les trimestres les nourrices des enfants assistés.
Le conseil de la Dominicale, tenu le 18 juillet 1627, délinit nettement ses attributions en disant» que le receveur payera et ne délivrera aucun denier sans ordonnance vue par les sieurs de la Dominicale, signé dud. sieur maire et par le secrétaire d'icelle. — Que par chascun quartier et le dernier dimanche d'icelluy, led. receveur représentera par état abrégé ce qu'il aura reçu, comme aussi ce qu'il aura déboursé et payé. — Et par ainsy, l'on verra par chascun quartier la dépense qui ce faict (2) ». Les registres de délibérations nous montrent que si ce règlement fut réellement observé, il tomba bientôt en désuétude et que les trésoriers ne s'en préoccupèrent point sérieusement.
(i) Bibl. Poit., reg. 10. — (2) Arch. Hôp
Comme nous avons vu, cette fonction exige une certaine fortune, car il faut parfois faire des avances à la Communauté des pauvres. Le 29 avril 1629, Hilaire Coustière, chanoine de Notre-Dame-la-Crande, qui l'occupe, reçoit l'ordre du conseil « d'avancer 300 l. à cause de la grande nécessité et, en sera indemnisé plus tard (1) ». Le 16 mars 1633, par suite de la famine qui règne à Poitiers, le manque d'argent se fait tellement sentir, qu'il devient impossible d'acheter du pain pour les indigents (2). C'est alors que Jacques Roy, chanoine de Saint-Hilaire, veut bien, quoique receveur intérimaire, en avancer « à cause de la grande nécessité et en se remboursant sur les restes à faire rentrer ».
C'est en réalité une charge pleine d'ennuis^ et à l'occasion fort coûteuse, que celle de trésorier de la Dominicale. Les 1 habitants de Poitiers, aussi bien clercs que laïcs, ne sont pas toujours très fortunés, et partant assez mauvais payeurs, comme nous le verrons plus loin. Les comptes des recettes deviennent de ce fait singulièrement difficiles à tenir, car les taxes ou revenus impayés y tiennent une large place. Le trésorier doit les indiquer comme rentrés, mais, dit une délibération du 28 juillet 1627, « sauf à faire reprinse de deniers qu'il n'aura pas repcu et de faire chapitre a part en deniers comptés et non repceus (3) ». Une comptabilité de ce genre, confiée à des personnes qui se remplacent tous les ans, sans être au courant de ce qu'ont fait leurs prédécesseurs, offre nécessairement de grandes difficultés.
A la fin de son exercice, le receveur sortant est tenu de rendre ses comptes devant une commission nommée par la
(1) Arch. Vienne, H*-i8. — (2) Arch. Vienne, H*-18. —(3) Arch. Hôp.
Dominicale. Cette commission comprend, au début, sixmembres, dont une moitié se compose de chanoines et l'autre d'échevins et de bourgeois.
Plus tard, elle n'en renferme que quatre, car ces derniers n'en font plus partie. Enfin, au xyiii^ siècle, elle est réduite simplement à deux des administrateurs de l'Hôtel-Dieu.
Les trésoriers ne mettent aucun empressement à rendre compte des deniers qu'ils ont en maniement. Bien souvent, c'est après dix et même parfois vingt ans qu'ils se soumettent à cette formalité. Certains meurent avant de l'avoir accomplie et laissent ce soin à leurs héritiers. Un chanoine de Saint-Pierre, nommé pour 1700^ meurt en 1705, sans avoir fait vérifier sa comptabilité (1). Au reste, de 1707 à 1723, soit pendant 16 années, il n'est procédé à aucune vérification et, en 1735, on en trouve ayant encore un retard de six ans.
Il est vrai que les comptes sont assez minutieux et peu commodes à tenir, comme nous l'explique Joachim Arembert, receveur pour 1558-1559.
Il fait observer qu'il y a en moins quelques pièces fausses, provenant de l'abbé de Notre-Dame-la-Grande, qui étaient au fond de la bourse quand il lui remit la recette. De plus, se trouvent plusieurs pièces d'or et d'argent également fausses reçues par lui « par mesprise et parce qu'il n'estoit expérimenté en faict de monnoies, eu esgard qu'il est difficile avoir reçu environ 13.5001. que comporte la recette de deux comptes, sans s'estre mespris quelque foys en la cognoissance des espèces de monnoyes, ayant affaire à tant et diverses personnes qui ont apporté des deniers à l'aulmosne à toute heure (2) ».' De ce fait, la perte subie
(1) Arch. Hôp, — (2) BibL Poitiers, carL 54. C'est pourquoi le
n'atteint pourtant que 10 à H l., ce qui est peu pour une recette aussi importante.
Les fonctions de trésorier du Bureau des pauvres finissent par fatiguer nos bons clianoines de Poitiers, et tout d'abord ceux de Saint-Pierre. Le 7 mai 1646, n'ayant pu se mettre d'accord sur le choix de l'un d'eux pour remplir cette charge, ils prient la municipalité de faire désigner à sa place un marchand de la ville, sans du reste que la chose puisse tirer à conséquence pour l'avenir (1). Nous ignorons la réponse qui leur est donnée, mais en lout cas rien ne paraît être changé à cette époque. En 1668, le compte annuel est présenté par François Bontemps, receveur des chapelains de Saint-Pierre, à la place d'Antoine Lamberton, chanoine de Sainte-Radegonde (2). Enfin, pour les années 1725 et 1737, les recettes et les dépenses sont encore faites par les nommés Gazil et Trichet, receveurs de l'Eghse de Poitiers, à la place des chanoines (3). En somme, on voit se manifester chez ces derniers le désir bien arrêté de mettre complètement fin à ces traditions ennuyeuses et surannées.
Le 21 février 1752, le maire vient dire au conseil que, malgré l'obligation imposée de tout temps aux chapitres d'avoir à désigner chacun à leur tour un de leurs membres comme trésorier de la Dominicale, il sait, par la notoriété publique, que celui de Saint-Hilaire s'y refuse sous prétexte « qu'il est indécent aux ecclésiastiques d'être receveurs et qu'on ne sauroitles obliger, en leur qualité, et que,
46 juin 1640,1e chanoine Bonhumeau croit utile d'acheter une balance avec sa pille pour peser l'argent reçu. Le tout lui coûte la somme de 7 L, qu'il met au compte de la Dominicale, (W., cart. 53 6is,reg. 10.) (1) Reg. dél. mun., n*97, p. 166. — (2) Arch. Hôp. — (3) Id.
â44 L'ASSISTANCE PUBLIQUE A POITIERS
s'ils l'ont fait jusqu'à présent, c'est par pure bonne volonté et charité et qu'ils ne veulent plus le faire à l'avenir {]) ». Sans doute, la mairie ne se souvient plus, depuis longtemps, d'une certaine délibération municipale datée du 16 avril 1646, dans laquelle les échevins estiment comme une bonne chose « de ne plus confier la recette à l'un des chanoines des cinq chapitres par année, et alternativement pour chacun d'eux (2). Si celui qui doit se présenter le dimanche suivant, ajoutent-ils, pour prêter serment, ne le veut pas, un marchand prendra sa place, comme cela se pratique aux autres villes de France ».
Quoi qu'il en soit, celte nouveauté semble assez mal accueillie par la municipalité qui en écrit à son représentant à Paris et se tient prête à entamer des poursuites (3). Elle n'ignore point que ces receveurs, dont la solvabilité est garantie par leurs chapitres respectifs, peuvent être difficilement remplacés au point de vue de la solvabilité. De plus, celui que l'on choisirait en dehors deviendrait un simple fonctionnaire qu'il faudrait appointer avec les deniers des pauvres. Si les chanoines en veulent un de la sorte, ils n'ont qu'à le nommer et à le payer. En attendant, ceux de Saint-Hilaire sont invités à continuer ce qu'ils ont fait depuis 200 ans avec le même esprit de charité.
Malgré l'opposition de la mairie, les chapitres, avec l'appui de l'évêque, continuent à chercher le moyen de se débarrasser d'une fonction qui, pour eux, reste une cause d'ennui trop souvent répétée. Le 20 février 1758, un échevin déclare au conseil qu'il s'était aperçu au Bureau des pauvres que l'on avait le dessein « de mettre un receveur
(l)Reg. déh mun., n» 173. — (2) Id., n» 97, p. 149. — (3) Arch. Hôp.
perpétuel desd. pauvres, pour remédier aux inconveniens qui résultent de la façon dont la recelte se fait actuellement par un receveur annuel qui est fourni par les administrateurs ecclésiastiques^ qui ne fait aucunes diligences et qui ne compte que ce qu'il reçoit, sans s'embarrasser des débiteurs qui sont en retard » . Comme cette manière d'agir cause un grand préjudice à l'Hôtel-Dieu, et qu'il est temps d'y remédier, les chapitres offrent 1800 1. si la ville veut bien en ajouter 200 pour sa part. Avec cette somme placée à 5 0/0, il sera possible d'offrir 100 1. par an à celui qui prendra ce poste (1). Le Conseil accepte la proposition du clergé et va même plus loin, en exemptant celui qui sera nommé, ainsi que ses successeurs, de toutes les charges publiques de la ville, si toutefois leur conduite ne laisse rien à désirer.
Le 4 mars suivant, l'évêque, qui préside le bureau de l'Hôtel-Dieu, rappelle de nouveau les inconvénients qui résultent de la nomination annuelle des trésoriers. Il présente ensuite et fait adopter un règlement concernant ceux qui désormais devront les remplacer.
1° Le receveur sera nommé par les administrateurs de l'Hôtel-Dieu et touchera des honoraires convenables;
2" Il se chargera de la recette de tous les revenus ordinaires et extraordinaires;
3° Il tiendra avec ordre un registre-journal en deux colonnes. Ce registre sera coté et paraphé par l'un des administrateurs. Dans la première colonne, il portera jour par jour les recettes et dans l'autre les dépenses avec la date des ordonnances du Bureau;
4° Les fonds disponibles seront mis dans un coffre-fort (1) Reg. dél. mun.,n» 173.
placé dans rhôpital.Il aura deux serrures différentes, dont les clefs resteront, l'une entre ses mains et l'autre dans celles des administrateurs. L'ouverture ne pourra s'en faire que devant eux ou devant le Bureau ;
5* En dehors du livre-journal, le receveur sera tenu de rendre un compte général d'une ou de plusieurs années, si l'administration le désire, et cela, selon la forme adoptée depuis six ans par les chapitres;
6° Il tiendra en ordre le sommier des revenus et des redevances du clergé, des rentiers, fermiers, locataires, et métayers. Il paiera les officiers de la maison , domestiques, ouvriers, et enfin s'occupera de tout ce qui, au point de vue des finances, pourra intéresser l'Hôtel-Dieu ;
7° Il acceptera sa révocation et se démettra de sa charge à la première réquisition ou demande qui lui en sera faite par l'administration, sans pouvoir la refuser et réclamer une indemnité quelconque. Il donnera en pareil cas tous ses comptes avec pièces à l'appui avant de se retirer;
8° Il restera garant et responsable de tous les revenus fixes et constants qui auront pu péricliter ou être restés en litige par sa faute ou sa négligence;
9° Il fournira bonne et suffisa.nte caution pour l'exécution des précédentes conditions ;
10" Les administrateurs, afin d'assurer des honoraires convenables au receveur, sans diminuer le revenu des pauvres, donnent par charité à l'hôpital la somme de 200 1., les ecclésiastiques, 1.800 1. et les laïcs 200 l. Le tout sera placé et le produit qu'on en retirera, employé à payer ses appointements.
Ce règlement adopté, on procède aussitôt à la nomination de celui qui doit prendre cet emploi : a Sur le champ,
jrSQFA L'AN V 247
dit le procès-verbal, le sieur Alexis Morin, hribitant celle ville, à la pluralité des voix et suffrages, a été nommé receveur des revenus des pauvres, aux conditions cy dessus (1). Lequel, ayant été mandé, a comparu et accepté lad. commission et les dittes conditions pour commencer à compter et être payé, et, lui sera incessamment passé procuration ad hoc par le Bureau, par laquelle il donne sa femme pour caution et un certifficateur de sa solvabilité qui s'obligera solidairement avec eux, pour la sûreté du maniement dud, sieur Morin et exécution des conditions cy dessus. » Le maire est ensuite prié de parapher le livre-journal, de prendre une des clefs du coffre et de faire passer l'acte de procuration devant M' Bourbeau, notaire.
Le 3 février 1770, Alexandre Babinet, bourgeois de l'Hôtel de ville, est désigné pour remplacer Morin, à partir du 25 mars suivant, fête de Notre-Dame. Marie Billocque, sa femme, lui sert de caution. Après sa mort, son fils, Thérèse-Alexandre Babinet, lui succède, le 4 novembre 1780, et ne cesse d'occuper cette place jusqu'au début de janvier
En réalité, l'organisation financière de la Dominicale, confiée à des trésoriers annuels, laissa beaucoup à désirer au point de vue de la tenue des comptes et surtout des arriérés h faire rentrer. De là provinrent de nombreuses pertes d'argent au détriment des pauvres. Le seul avantage de cette manière de faire consista dans la solvabilité plus ou moins réelle de ceux qui firent les receltes et dans celle des chapitres auxquelles ils appartinrent.
Les trésoriers ont comme auxiliaires un certain nombre de personnes désignées directement par la Dominicale et
(1) Arch. Hôp.
toujours soumises à ses ordres. Ce sont les recteurs, aumôniers, surintendants ou intendants des pauvres, qui, à des époques différentes, remplissent tous des fonctions à peu près analogues. Ils restent en exercice pendant le xvf siècle et la première moitié du xvII^
Les recteurs dont le nom est emprunté à l'Aumône de Lyon s'occupent surtop' ds distributions de pain ou d'argent que l'on fait aux indigents (1). On les voit cités pour la première fois au cours d'une assemblée extraordinaire tenue le 6 janvier 1544, au couvent des Cordeliers (2). En outre de ce titre, ils portent encore celui de gouverneurs généraux de la Communauté des pauvres. Un chanoine et deux échevins sont à cette époque appelés de la sorte. Avec eux se trouvent deux autres chanoines et trois échevins faisant fonction de conseillers de la Dominicale, qui s'adjoignent quatre aumôniers généraux pris parmi les bourgeois de l'Hôtel de ville.
Ces recteurs, d'abord au nombre de trois, au début de 1544, passent ensuite à quatre, puis à huit, au mois de novembre suivant. Ils appartiennent par moitié au clergé et au Corps de ville. Ils sont chargés des détails de l'administration du Bureau des pauvres et de « s'occuper spécialement des difficultez qui pourraient survenir (3) ». Deux d'entre eux ont la garde du blé et de l'argent que l'on doit distribuer. Le 1" janvier 1545, ils ne sont plus que quatre. Le 18 février suivant, ils reçoivent l'invitation d'avoir à rendre leurs comptes. Par la suite, il n'en reste plus que deux qui bientôt cessent de s'appeler recteurs.
Les agents les plus directs de la Dominicale sont, en
(1) II.de Boissieu, V Aumône générale. (Bull. Soc. d'hist. de Lyon, t. VIII.) — (2) Bibl. Poitiers, cart. S3. — (3) Bibl. Poit., reg. A .
réalité les aumôniers, que nous voyons apparaître, pour la première fois, le 21 décembre 1536. La mairie les désigne tout d'abord au nombre de quatre, puis ensuite c'est le Bureau des pauvres qui, selon l'ordinaire, leur fait prêter serment avant leur entrée en fonctions. Ils sont nommés pour une année, en général, mais leur mandat peut être prolongé, comme il arrive, le 27 juillet 1537, pour deux d'entre eux (1). On les choisit de préférence parmi les bourgeois siégeant au Conseil municipal. Ainsi, Jehan Crouzille, l'un d'eux, occupe cette charge, du 31 mars 1539 au 15 janvier 1543 (2). Le 22 suivant, la municipalité nomme en qualité « d'aulmoniers généraulx de l'aulmosne publicque », Nicolle Le Roy, François Garin, Loys Glabat et Mathieu Pidoux (3). Plusieurs de ces aumôniers restent en place au cours des années 1540 et 1541.
Au début de 1544, on les trouve d'abord au nombre de six, mais ils tombent à quatre, le 6 novembre suivant (4). Le 18 janvier 1545, la Dominicale en désigne quinze et les met deux par deux ou trois par trois, pour aller visiter les différents quartiers de la ville. Au 22 juillet ils ne restent plus que quatre, selon l'habitude (5). Deux d'entre eux refusent de continuer, sous prétexte qu'ils désirent se retirer à la campagne, à cause de la peste. En même temps, ils déposent sur le bureau l'argent qui appartient aux pauvres. Le conseil refuse de l'accepter ainsi que leur démission. En réalité, tous ces recteurs et ces aumôniers, comme on les désigne à Lyon, nous montrent que l'assistance publique de
(1) Reg. dél. mun., n» 20 pp. 122, 308. — (2) Id., no 23, pp. 141, 142, 143. — (3) Id., no 2r>, p. 271 ; no 22, p. 249 ; no 23, p. 345. — (4) Id., no 26,p. 118, et Bibl. Poitiers, cart. 52. — (5) Reg. dél. mun., no 29, p. 15.
Poitiers est encore à ce point de vue calquée en partie sur son institution de l'Aumône.
L'arrêt du Parlement du 26 novembre 1552 ordonne de nommer tous les ans quatre personnes pour « faire les distributions desd. pauvres, le tout, selon qu'il est accoustumé faire au faict de la police de Paris (1) ». Seulement, comme il ajoute que le lieutenant de police aura soin de les désigner, la mairie et la Dominicale n'en tiennent aucun compte et se chargent seules de leur nomination. Cette situation se prolonge pendant de longues années. Les aumôniers devenus superintendants, puis, en dernier lieu, intendants, continuent à être choisis en nombre plus ou moins considérable, selon les besoins du moment, par les membres du bureau de la Communauté des pauvres (2). De quatre ils passent à cinq ou à dix, et même à vingt-cinq, soit autant que la ville compte de paroisses.
Au cours des années ordinaires et normales, Poitiers est divisé en quatre quartiers qui sont, comme en 1556, Saint- Hilaire, Sainte-Radegonde, la Celle et Notre-Dame-la- Grande. Chacun d'eux possède un aumônier ou un intendant à sa tête (3). Quand surviennent des calamités publiques, le nombre de ces quartiers augmente comme celui des délégués de la Dominicale. En 1544, on en trouve neuf qui sont visités par neuf personnes choisies parmi les échevins, bourgeois et chanoines (4). En 1583, les quatre divisions de la ville sont : 1° Montierneuf et Saint-Germain ; 2° Sainte-Opportune, Saint-Etienne, Notre-Dame-la-Petite, Saint-Paul, Saint-Didier et Saint-Porchaire ; 3° la Celle, la
(d) Aixh. IIôp. — (2) En 1551, on nomme 20 députés, dont 10 laïcs et 10 ecclésiastiques. (Reg. dél. mun., n» 31, pp. 254, 255. Le 20 avril 1556 ils sont au nombre de huit.) (Bibl. Poitiers, cart. 53.) — (3) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 4. — (4) Ici.
Résurrection, Notre-Dame l'ancienne, Saint-Jean, Saint- Hilaire-entre-églises, Saint-Michel ; 4° Sniinte-Triaise, Saint- Pierre Lhoustault, la Chandelière et Saint-Grégoire. En résumé, le nombre des indigents à visiter sert de base pour partager la ville en circonscriptions et nommer ceux qui sont tenus de les visiter.
Le superintendant ou intendant sert d'intermédiaire entre le trésorier et les collecteurs. C'est lui qui donne copie du rôle des taxes « a quelques notables habitans des paroisses » chargés de les recueillir. Si les rentrées se font mal, c'est encore à lui qu'il appartient d'y aviser et de faire le nécessaire pour obliger les retardataires à payer (1). Une délibération de la Dominicale, du 1 8 février 1555, nous donne d'exacts renseignements sur son rôle : « Chascun d'eux, est-il dit, ordonnera en son quartier de distribuer le papier, brevetz ou bource, pour amasser en chascune sepmaine en chacune paroisse à telz personnaiges que Ton cognoistra qui auront vouloir et discrétion de ce faire, d'en distribuer la boëte par ordre de la maison commune ainsi que l'on avoit accoustumé. Et si aulcuns sont refusans, en sera faict rapport en pleine assemblée (2). » Mêmes recommandations sont faites^ le 19 octobre 1572: « En vertu du jugement du présidial, du 22 décembre 1571, les superintendants sont tenuz de faire coUiger et amasser es personnes de chaque paroisse, suivant leur rôle, les deniers et taxes, par chascun des habitans desd. paroisses, en leur tour et ordre, des plus notables, ce que toutefois lesd. superintendans y font très mal leur debvoir, de manière que la plus grande et sayne partie desd. taxes ne paye aulcune chose de leurs taxes, par chascun moys, comme ilz sont (l)Biljl. Poit., cart., 49. — (2) Id., cart., 53, reg. \.
tenuz de faire (1). » Ayant été jugés coupables de négligence, ils sont invités à comparaître devant le Bureau « pour monstrer et enseigner à leur debvoir et l'amende de 12 s. sera portée à 30 s. et applicable aux pauvres».
Parfois, comme en 1544, on les oblige à faire rentrer les taxes du clergé et cellesdes possesseurs des aumôneries (2). A la fin de chaque semaine ou de chaque mois, ils recueillent le produit des boîtes promenées dans les paroisses, ainsi que le montant de ce que doivent les habitants, et rendent compte ensuite des recettes.
Il arrive, comme nous avons déjà vu, que les intendants ne remplissent point exactement les devoirs qu'on leur impose. Le 6 mai 1546, le maire vient dire au Conseil « que les aulmosniers font mal leur debvoir parce que l'on faictaulmosner en certaines paroisses et non dans les autres. On amasse avec boettes dans aulcunes paroisses et es aultres, non. Ceulx qui ont des deniers n'en rendent pas compte (3). Il fault les renvoyer devant les gens du roi curateurs aux pauvres ». Quatre échevins et deux bourgeois sont immédiatement désignés pour suivre l'affaire. Les plaintes de ce genre se renouvellent de temps en temps, et même certaines paroisses, comme celle de Saint-Cybard, en 1607, en arrivent de la sorte à ne plus payer aucune taxe.
Les comptes des intendants se rendent comme ceux des trésoriers devant des délégués de la Dominicale. Le 15 novembre 1571 , on nomme pour cela deux membres du clergé, trois du Conseil municipal et un certain nombre de personnes notables de la ville (4). A l'occasion, le lieutenant
(1) Bibl.Poit., reg. 3. Sébastien Touzalin en particulier, est accusé de faire fort mal son devoir à Notre-Dame-la-Petite. Il n'oblige à payer ni les taxes ni les restes qui sont dus. — (2) Id. Reg. 1. — (3) Reg. dél. mun., n» 29, p. 112 ; no 63, p. 22.— (4) Reg. dél. mun.,n'> 63, p. 22.
général, ou une autre personne appartenant à la sénéchaussée, peut faire partie de cette commission de vérification.
Si le premier devoir des aumôniers ou intendants consiste à veiller à la rentrée des fonds destinés à l'assistance publique, le second a pour but d'en assurer la distribution aux pauvres. C'est ce que nous dit une délibération du Bureau^ du mois de décembre J544: « Que chascun desd. quatre distributeurs de l'aulmosne élisent ung personnaige honneste pour aller chascun jour deulx foys en son quartier, le premier levé, des foys dès le matin, l'aultre après disner, mesmement es esglises, pour empescher que lesd. pauvres en s'aller et ayent une vie raisonnable, ne facent questes aux portes des esglises ne aultres lieulx, sur peyne d'estre punys et oustez de l'aulmosne pour la première foys et pour la seconde, de prison (1). » L'année suivante, le 18 février 1545, ils reçoivent l'ordre de passer chez les indigents afin de les empêcher « de courir et vaguer par la ville )).Le 30 novembre^iOn les engage à ne leur laisser que juste la somme dont ils auront besoin pour vivre avec l'aide de leur travail.
Le 30 septembre 1555, les quatre superintendants sont invités à parcourir les quartiers de la ville mis sous leur surveillance, en compagnie des fabriciens des paroisses. Ils devront en outre « apporter sur leurs papiers le nombre des pauvres et la somme des deniers qui leur ont été cy devant distribués pour voir le tout (2) ». En réalité, ils restent ainsi en contact avec les notables des paroisses, les marguilliers, les fabriciens et les collecteurs, auxquels incombe le soin de percevoir les taxes ou les aumônes volontaires.
Les aumôniers ou intendants sont aussi chargés, à
(1) Bibl. Poitiers, cart. o3,reg. 1. — (2) Ici, reg. 2.
partir de 1539, d'accompagner les pauvres envoyés en procession par les rues « pour esmouvoir le peuple de pitié et de compassion (1)». Les revues et visites terminées, ils doivent en apporter les procès-verbaux au Conseil, sous peine de 12 s. tr. d'amende et même de 25 s., comme en 1571.
Leur présence est obligatoire aux réunions de la Dominicale. Une délibération du 4 août 1555 dit expressément : « Chaque dimanche à midi, attendant une heure, sera tenu conseil en la Maison de ville auquel assisteront les aumosniers et aulires pour rapporter les faultes et ce qu'ils verront estre nécessaire pour le faict de lad. aumosne et pauvres de lad. ville et aussi entendre les plainctes, si aulcunes estoient faictes et advertissementz qui pourroient estre faictz concernant Testât et faict des aulmosnes et pauvres, pour y estre pourveu, selon les arrêtz de la court de Parlement donnés en telle matière (2). » Même chose, le 27 juillet 1571 , avec menace de 12 s. d'amende et le 23 juillet 1589, d'un teston, en cas d'absence (3). En général, on les rencontre toujours, au nombre de deux ou de trois, assistant aux séances du Bureau des pauvres.
Ces aumôniers, superintendants ou intendants plus ou moins nombreux, selon les besoins du moment, remplissent parfois des fonctions particulières. En 1556., l'un d'eux prend le titre d'aumônier des passants tandis que Mathurin Goeslard veille aux distributions de pain ou d'argent qui se font (4). En 1587, Florentin du Ruau doit s'occuper de ceux qui viennent de la campagne (5). En 1586, trois
(1) Id., rei,'. dél. mun., n» 20, pp. 0, 98.— (2)]Bibl. Poitiers., cart.53, reg. 2. — (3) Rcg-. dél. mun., n» 30, p. 32, et Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 5. — (4) Bibl. Poitiers, cart. 53, et Arch. Ilôp. — (5) là.
notables de la ville sont chargés de cette même mission. Selon l'usage, ils doivent rendre compte des fonds employés par eux. Nous parlerons plus loin des aumôniers, désignés en vertu de l'arrêt de 1579, pour surveiller la grande aumônerie, et des intendants qui s'occuperont spécialement des enfants assistés. En résumé, le Bureau délègue pendant de longues années ses pouvoirs à un certain nombre de personnes qui prennent soin des détails de l'administration. Peu à peu, quand son organisation se perfectionne, il arrive à s'en passer et ses membres les remplacent. Ce rouage, eiîiprunté à Lyon d'abord, puis ensuite à Paris, devient graduellement inutile, grâce à la connaissance, parfaite de tous les indigents qui habitent la ville.
Parmi ceux qui jouent un des principaux rôles dans l'histoire de l'assistance publique, nous trouvons lesmarguilliers, procureurs, fabriciens, collecteurs ou délégués des paroisses, dont les fonctions restent toujours temporaires. Ce sont les paroissiens qui les nomment pour un temps plus ou moins long. Nous aurons l'occasion de parler de ces auxiliaires indispensables de la Dominicale ainsi que des chassecoquins ou gardes qu'elle eut à sa solde. Pour avoir occupé des situations subalternes, ils n'en rendirent pas moins d'éminents services aux pauvres de Poitiers .