CHAPITRE VI
Contribution financière des laïcs à la Dominicale.
Première Période (1535-1619).
S'il est relativement facile de taxer les membres du clergé dont les revenus sont connus, la difficulté augmente singulièrement quand il s'agit de l'élément civil, étant donné que la masse des imposables ne comprend guère que des gens peu fortunés. Deux moyens sont employés pour en obtenir des subsides, d'abord, les quêtes à domicile, puis ensuite, comme à Paris, les taxes libéralement consenties, et plus tard rigoureusement imposées.
Pour obtenir des aumônes volontaires, la Dominicale doit s'adresser à l'esprit religieux de la population, qui seul peut, à cette époque, l'engager à faire la charité. Ce sont les prêtres que l'on charge de cette mission et, avec eux, les notables habitants des paroisses. Le 18 février 1545, le Bureau ordonne aux curés et vicaires de recommander au prône la Communauté des pauvres, et de ne faire aucune autre quête ni aucune autre recommandation particulière, sous peine d'amende (1). Le 7 mai 1556, on leur enjoint d'adresser des remontrances aux fidèles, afin de les contraindre à déclarer aux sergents royaux ce qu'ils entendent
(1) Bibl. Poitiers, cart, 53, reg. i.
L'ASSISTANCE Prni.lQrE A PdlTIERS JUSQU'A L'AN V 273
donner (1). Nombreuses sont les prescriptions de ce genre dans les délibérations de la Dominicale. Elle les considère comme très efficaces pour exciter la générosité des habitants.
A défaut du clergé, les administrateurs des pauvres s'adressent aux fabriciens et aux marguilliers. Le 10 août 1557, les premiers sont invités à solliciter les laïcs d'avoir à faire connaître leurs offres à l'avance (2). En 1550^ ils se réunissent avec les seconds et « deux des plus honorables et apparens de leurs paroisses, pour aller scisciter par toutes les maisons, scavoir ce que les habitans en icelles vouldront donner et contribuer pour l'aumône (S)». Enfin, quand la misère est trop grande et que les dons se font rares, les échevins et les bourgeois du conseil municipal se joignent aux chanoines des chapitres pour implorer la charité publique en faveur des indigents.
Dans le but de conserver à l'aumône son caractère secret et de laisser aux habitants une entière liberté, il est arrêté que des boîtes seront portées à domicile ou placées dans des endroits très fréquentés, comme chez les hôtehers et les marchands. Une décision de la Dominicale, du 9 juin 1539, dit qu'il serait bon de les confier « à des gens suffîsans en chacune paroisse (4) ». Les recommandations de ce genre se renouvellent souvent. Les quêtes ne se pratiquent guère pendant la belle saison, quand les pauvres peuvent gagner leur vie. Il en est autrement une fois le beau temps passé et les travaux des champs terminés. Le 16 octobre 1542, le maire dit au Conseil « que l'yver
(1) BibL Poitiers, cart. ^3, reg. 2. — (2) Reg. déL mun., n» 3'i, p. 20 — (3) Reg. dél. mun., n" 31, pp. 132-133; no 26, pp. 115-116-118-119.— HibL Poitiers, cart. 40 eto3, reg. 1. — (i ) Reg. déL mun., n» 20, pp, 727, 769.
est venu, et qu'il faut pourvoyr aux pauvres de la ville et aussy aux moyens pour amasser deniers durant le temps d'y ver (1) ». Ce moyen employé pour recueillir de l'argent ne tarde point à paraître insuffisant. Le 7 janvier 1544, il est constaté que les paroissiens de Saint-Cybard ont remis une boîte vide (2). Il faut donc abandonner le système de l'aumône secrète et obliger les habitants imposables à déclarer publiquement ce qu'ils ont l'intention de verser.
C'est ainsi qu'on procède en 1544 et 1545, mais l'année suivante il faut retourner aux anciens errements. Une ordonnance municipale du 14 novembre 1546 prescrit de s'occuper des boîtes en observant et gardant les formes anciennes(3). Le 22 juillet 1547, comme les fabriciens et les paroissiens refusent de les recevoir, il est proclamé à son de trompe que chacun d'eux devra les prendre, sous peine de 10 s. d'amende (4). Ils obéissent et, le 11 novembre, les marguilliers sont chargés de les présenter à domicile (5). Du reste^, un arrêt du présidial, en date du 7 décembre 1547, vient confirmer cette mesure.
L'arrêt dit que les anciennes ordonnances « seront entretenues, accordées et observées. Et, en ce faisant, lesd. boestes seront baillées es marguilliers et fabriqueurs des paroisses de cested. ville de Poictiers qui seront tenuz chascun en leur regard les bailler l'ung des habitans de leur paroisse ydoine et suffizans pour faire les questes pour lesd. pauvres par les maisons desd. paroisses (6) » . Ceux qui refuseront de les accepter devront être poursuivis et condamnés ù l'amende comme ayant occasionné des pertes à la Dominicale. Le 2 décembre 1548, il est de nouveau
(1) Reg. dél. inun., n" 25, p. 6!j. — (2) Reg. dél. mun., no 25, p. 348. — (3)Reg.dél. mun., n° 28, p. 50. - (4) Reg. déL mun., no21), p. 25. — (5) Reg. dél. mun., n" 29, p. 50. — (G) Pièce juslif. n" 3.
prescrit « de droisser boettes par lad. ville pour faire la collecte, comme on avoit faicl cy devant (t) ». A partir de cette époque, les collectes sont à peu près complètement abandonnées. Elles n'apparaissent qu'en temps de peste ou de famine, quand il est nécessaire d'avoir recours, sans aucune distinction, à la charité de tous.
Au début de la Communauté des pauvres et aussi plus tard, en maintes occasions, nous trouvons des troncs ou boîtes installés à demeure. En 1535, on les place chez des hôteliers, comme Jehan Racardou, hôte de Saint-Martin, Ogier, hôte de la Rouhe, Jehan Barbeau, hôte de Sainte- Catherine^ Estienne Escouffier, hôte des Trois-Piliers. Les uns comme les autres n'en font point grand cas, et se gardent bien d'importuner les voyageurs pour les amener à donner une aumône (2). Deux d'entre eux les remettent absolument vides et cela « par leur faute, car ilz n'ont rien demandé ».
La même année, les principaux marchands qui reçoivent des boîtes sont M'"'' la Pélissonne ÇS), Mery Rogier, Jehan Goeslard dit d'Amboise, Jehan Baucéet Mathurin Goeslard. Cinq d'entre elles, ouvertes le 18 décembre, ne contiennent rien et les autres peu de chose. Le 18 septembre 1538, le maire ordonne « a tous marchans et hosteliers et tavernyers de tenyr une boeste en leursd. maisons pour les pauvres de la ville, sur peine de payer la somme de 100 1. par quartier, pour l'interest desd. pauvres (4) ». Une délibération de la Dominicale, du 15 décembre 1544, prescrit de faire fabriquer « des boettes fermans à clef, lesquelles seront baillées es meilleurs hostelliers de ceste ville
(l)Reg. dél. mun., no 31, j». l.i. —(2) Aich. Hôp. — (3) Jeanne de Tongrelou, v" de Jehan Polisson. — (4j Reg. dé], mnn., ni 20, ji. tjl4.
et une pour la grand'salle du Pallays, affin de amasser pour les pauvres. Et, seront lenuz lesd. houstes apporter lesd. boettes led. premier dimanche du moys, à l'assemblée, aud. couvent des Gordeliers {{) ». On en fait mettre également « es bons marchans tenans boutiques ».
Les troncs ne sont pas exposés seulement chez les particuliers. On en trouve au palais de justice, dans les égli8es, à la mairie et même à l'Hôtel-Dieu, Cependant, ce moyen d'exciter la charité est le plus souvent abandonné comme ne donnant point des recettes suffisantes (2). Le 6 août 1589, il est déclaré à la Dominicale que les troncs mis dans les hôtelleries et églises n'ont pas été ouverts depuis deux ans (3). En réalité, on ne s'en préoccupe guère, quand aucun fléau ne vient frapper la ville et que le besoin d'argent ne se fait point trop durement sentir.
Les collectes pratiquées à l'aide de boîtes portées à domicile n'ayant donné qu'un résultat fort médiocre, le Conseil essaie, le 15 janvier 1544, de taxer les marchands suivant le système adopté à Lyon. Sur leur refus, il revient à la charge le 26 juillet suivant (4). Le procureur du Roi est alors prié de vouloir bien obliger les habitants à donner aux pauvres « suivant leur puissance et inviter les 22 métiers et les drapiers à faire leurs offres » .
Le 10 novembre 1544, le maire demande au Conseil « s'il est expédient de faire taxe sur chacun de la ville j) . Avis favorable ayant été donné, l'on se décide désormais à procéder « par cothization », en priant les marguilliers, curés et vicaires, de vouloir bien « admonester » les
(1) BibL Poitiers, cart. 53, reg. i. — (2) Reg. dél. niun., no 32, p. î)4;i.— BibL Poitiers, cart. IVA, reg. 2. — (3) Hibl. Poitiers, cart. 53*'', reg. 1. — (4) RibL Poitiers, cart. 53, reg. 1.
paroissiens à ce sujet, « d'autant, ajoute l'échevin James Delauzon, que pour pourveoir aux pauvres, est expédient de sçavoir ce que ung chacun peult et doilit bailler et à ce que Job qui n'estoit charitable et à ce moyen tomba (1) ». Le 5 décembre suivant, ordre est donné aux habitants de payer leurs taxes dans la huitaine, sous peine d'être exécutés par ministère d'huissier (2). Le lendemain, quatre aumôniers sont invités à choisir deux personnes notables dans chacune des paroisses (3). Elles se transporteront « dans les principales maisons des laïcs et particuliers de Téglise, ayant faculté et puissance de distribuer de leur bien par charité et aulmosne esd. pauvres, pour s'assister et qui vouldront, libéralement et sans contraincte, bailler par chacune sepmaine esd. pauvres, affm que l'on puisse entendre le fons et puissance des bienfaitz pour arrester ou dyminuer lesd. aulmosnes> sellon le nombre des pauvres qui se trouvent » .
Cette décision ne semble pas avoir été acceptée avec enthousiasme par les Poitevins. Le 15 janvier 1545, la Dominicale trouve qu'il est nécessaire de les inviter à faire libéralement la charité (4). Le 18 février suivant, chaque aumônier est prié de distribuer dans son quartier « les papiers, brevets ou bourses pour amasser en chacune sepmaine, en chascune paroisse, à telz personnaiges que l'on cognoitra qui auront vouloir de faire distribuer la boette par ordre de maison, ainsi que l'on avoit accoustumé (5) ». La délibération du 5 décembre précédent reste donc sans effet. Il semble que le Bureau
(1) Reg. dé), mun., n" 20, p. 75. — (2) Arch. Hôp. —(3) Reg. dél. mun., n° 26,pp. Ho-116, 117-118.— (4) Bibl. Poitiers, cart., 49. —(5) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 1.
se trouve ù cette époque dans une période de tâtonnement. Nous le voyons en effet, le 25 mai 1545, déclarer que, pour éviter l'abus des boîtes, on fera des rôles sur lesquels seront mis les noms de ceux qui donneront (1). Les autres devront être simplement poursuivis.
La situation reste la même, le 15 octobre suivant, car, d'après une ordonnance du lieutenant général, les fabriciens auront à dresser une liste sur laquelle seront inscrits tous leurs paroissiens u clercs et laiz, pauvres et riches et sçavoir : aux riches pour savoir ce qu'ils veulent donner aux pauvres et cothizer sur la description d'un chascun d'eux qui offrent et ceux qui refusent ». Faute d'obéir, ils pourront être condamnés à 10 1. d'amende, ce qui du reste arrive à deux d'entre eux, le 5 novembre suivant (2). Ainsi se trouve établie provisoirement la taxe volontaire, sur chacun des laïcs et même sur certains clercs ou prêtres séculiers non compris dans les rôles du clergé.
Les aumônes librement consenties ne tardent point à être perçues plus ou moins difficilement, comme le maire s'en plaint, le 15 juillet 1550 (3). Aussi, après avoir eu recours aux quêtes à domicile, faut-il en arriver à prendre des mesures plus efficaces et plus précises pour obtenir des laïcs les ressources nécessaires à la Dominicale. C'est alors qu'intervient l'arrêt du 20 juin 1551, appliquant à Poitiers le règlement de l'assistance publique de Paris, et rendant de la sorte obligatoire la participation pécuniaire de tous les habitants non privilégiés à l'aumône générale (4). Le 29 janvier 1553, le maire désigne six députés pris parmi les chanoines et les échevins, qu'il charge de
(1) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 1. — (2) Cart. 53, reg. 1. — (3) Reg. dél. mun., no 31, p. 170. — (4) Pièce justif. n» 4.
faire exécuter les prescriptions éditées pnr le Parlement (1 ). A partir de cette époque, la taxe reste plus ou moins volontaire, en ce qui concerne le montant de ce que chacun veut donner par semaine. Toutefois, il appartient au Bureau de l'augmenter ou de la diminuer selon la fortune des gens et selon les besoins du moment. Une fois son chiffre arrêté, elle prend un caractère nettement obligatoire et nul ne peut se dispenser de la payer sans courir les risques d'être poursuivi.
La confection des rôles contenant les noms des imposés est considérée comme étant une chose importante et fort délicate. En 1544, quand a lieu le premier essai des taxes, le maire nomme deux personnes, «pour scisciterpar chascune desd. paroisses, combien l'on vouldra volontairement bailler chascune sepmaine aux pauvres et mectre par escript les noms et surnoms des bénéficiaires et prebtres ayans puissance d'aulmosner (2) ». D'après le règlement de 1551, ce sont les marguilliers et les fabriciens qui en ont habituellement la charge. Cependant, dans certains cas, la mairie désigne des personnages importants de la ville, pris parmi ceux auxquels il est difficile de refuser un don pour les indigents. Enfin, pendant la peste de 1631, les curés viennent à leur tour implorer la charité des habitants (3). Les rôles se font en général à la Toussaint, quand l'hiver va commencer et la misère battre son plein. Au surplus, les époques varient selon les besoins du moment (4). Ainsi, le 5 août 1570, le maire invite les chapitres avenir assister à leur confection, « d'aultant que la plus grande et sayne
(1) Reg. clél. mun., no 32, p. 171. — (2) Bibl. Poitiers, cart. 49. — (3j Reg. dél. mun., no 81, p. 130. — (4j Reg. dél. mun., no 78, p. 238. — Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 3.
partie ne se veullent taxer suyvant leur puissance et faculté et qu'il est nécessaire et besoing que l'aulmosne des pauvres soit continuée ».
Les listes des imposés se terminent, comme celles de 1561, par certaines restrictions qui permettent de ne pas les considérer comme définitives et de réserver ainsi l'avenir (1). Il est dit, par exemple : « Si de présent et par cy après y a aultres habitans en lad. paroisse, aians puissance de contribuer lesd. pauvres, seront sciscitez ou faict scisciter par les superintendants de faire offre raisonnable par mois, comme les aultres et en leur reffusant delays advertir messieurs de la Dominicalle pour y pourveoir ainsy que de raison. » Une fois achevés, les rôles sont immédiatement déposés au Bureau, qui les fait examiner par une commission prise parmi ses membres. Après leur adoption, le secrétaire les transcrit et en remet un double aux collecteurs.
La charge de collecteur est remplie à tour de rôle par deux habitants de chaque paroisse. On les choisit parmi les plus riches et, partant, les plus responsables des deniers qu'ils auront en maniement. Ils sont désignés, soit par les paroissiens réunis en conseil, soit par les intendants, soit enfin par la Dominicale ou le maire (2). Leurs fonctions
(1) BibL Poitiers, cart. 53, reg. 2. — (2) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 4. — Cart. 51.— Voici comment l'intendant Jean Delao'oix, marchand, nomme, en 1616, un collecteur : « A esté enjoinct a maistre Prégent Filleau marchand et l'un des habitans de Sainte-Radegonde de ceste ville de Poictiers, de colliger et amasser pour les moys de juing et juillet et aoust pour les pauvres de la Dominicale, et ce, par les maisons, les taxes des cy dessoulz nommés de lad. paroisse, a peine de payer lesd. taxes en son nom propre. Ce faict, de rapporter led. roolle et recepte. Faict à Poictiers le 5» septembre 1616. — Signé Delacroix, intendant des pauvres de lad. paroisse. » Il fut amassé 20 s. 6 d. pour juin et juillet.
varient comme durée, depuis un, deux ou trois mois jusqu'à un an (t). On ne les reciierche point à cause des nombreux ennuis qu'elles peuvent occasionner, sans compter les pertes d'argent qui en soi;l le plus clair résultat. Aussi parfois est-il nécessaire de recourir à la rigueur pour obliger les notables à les accepter. Le 2J novembre 1546, ceux qui les refuseront sont menacés d'une amende de 10 i., mais cette somme descendit 100 s. en 1556(2). Les punitions de ce genre ne sont que bien rarement encourues. Pendant de longues années, le choix de la Dominicale se porte sur des échevins, avocats, procureurs, riches marchands et bourgeois possédant quelque fortune.
Le 21 février 1556, il est décidé que chaque collecteur se transportera tous les dimanches à la messe et aux vêpres « avec son papier et tablier », pour amasser, soit au commencement, soit à la fin des offices, les taxes dues sans « qu'il feust tenu aller par la paroisse (3) ». Cette prescription ne semble produire d'autre efîet que d'amener les mauvais payeurs à déserter l'église. Il faut revenir encore à l'ancien système plus ou moins amélioré. Une délibération du 18 décembre 1583 fait savoir que les collecteurs « sont obligés de se transporter quatre ou cinq fois chez les gens pour amasser de petites taxes et souvent ne rapportent que le tiers ou la moitié de la collecte, avec beaucoup de difficulté (4) ». En conséquence, le droit leur est accordé de se faire accompagner des sergents royaux chargés d'obliger les habitants à leur porter respect et au besoin de poursuivre ceux qui refuseront de payer.
(1) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 4, et Arch. Hôp. En 1585, on divise la ville en 16 sections ayant chacune un collecteur. — (2) Id. Cart. 53, reg. 1. — Reg. dél. mun., no 96, p. 79. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 52, reg. 2. — (4) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 4.
A la fin de chaque exercice, les collecteurs remettent les sommes recueillies soit à l'intendant de la paroisse, soit au receveur général (1). En même temps, ils rendent leurs comptes à une commission désignée par la Dominicale. Le 15 novembre 1574, ce sont deux chanoines et trois échevins qui doivent les recevoir. Ils déposent aussi les rôles qu'ils ont en main, pour attester l'exactitude du montant des recettes et indiquer les noms de ceux qui n'ont pu ou voulu payer. Ces noms sont remis aux superintendants chargés de faire des enquêtes (2). Toutes ces formalités une fois remplies, ceux qui ont fait les collectes se voient déchargés de leur mission.
Il arrive parfois que des gens riches prennent d'autres personnes pour les remplacer. Le 5 octobre 1544, le maire fait observer que les maîtres des maisons désignés pour amasser l'aumône « y commectent pauvres garsons et serviteurs », ce qui cause une grande diminution au point de vue des recettes (3). Aussi, est-il ordonné aux collecteurs de ne plus s'en décharger, à l'avenir, qu'en cas de nécessité absolue. Ils n'en montrent pas moins beaucoup de négligence et certains même se dispensent volontiers de recueillir l'argent des pauvres. En 1572, celui de Saint-Porchaire reste quatre mois sans remplir ses fonctions (4). Le 31 octobre 1585, ordre est donné à tous de faire les recouvrements dans les trois jours, sous peine de s'en prendre « a chacun d'eux en leur personne et saisie de leurs biens (5)». C'est du reste ce qui arrive à René Chessé,
(1) Le 1er mai 1628, ils doivent rendre leurs comptes tous les trois mois à la Dominicale (Reg. dél. mun., no 78, p. 238). — (2) Reg. dél. mun., n" 42, p. 10.— (3) Reg. dél. mun., n° 26, p. 73. —(4) Ribl. Poitiers, cart. Îi3, reg. 3. — (5) Reg. dél. mun., n» 4'j, pp. 191-245.
procureur au présidial, accusé de n'avoir rien amassé depuis trois mois.
Les habitants sont loin de montrer un grand empressement à verser les aumônes qu'ils ont volontairement promises aux pauvres. Sur les rôles, on trouve de temps en temps les raisons invoquées par certains d'entre eux pour ne point cotiser, malgré que la Dominicale ait toujours eu « esgard a leurs offres et taux (1) ». Le 4 août 1555^ le Conseil déclare que les récalcitrants seront quand même taxés selon les ordonnances (2). Les motifs qu'ils indiquent sont à peu près tous portés sur le rôle de 1544. Un des premiers et des plus ordinaires est celui qui nous est donné par le chaussetier Jehan Jousseline et une veuve « vivant de son revenu ». Ils ne veulent « bailler aulmosnefors à leurs pauvres parens ». André Pineau, relieur de livres, est si pauvre qu'il ne peut rien donner. La femme de l'orfèvre Lagastre entend ne rien aumôner « fors à sa dévotion ». Quant à Charles Guillon, pénétré des principes de l'Evangile, il « fera Taumosne à son pouvoir, sans le vouloir desclarer » . Bonnay, d'un caractère indécis, « a pris terme d'y penser ». Lepostre ne veut montrer de la générosité qu'à l'égard de ses voisins. Enfin, il en est un dernier qui offre « de bailler à sa puissance à la raison des autres manans de la paroisse » .
Tous déclarent, comme font les paroissiens de Sainte- Radegonde, qu'ils verseront leur cotisation à condition que les pauvres « soient nourriz et entretenuz au moyen qu'ils n'aient plus occasion d'aller par la ville de huys en huys, ne es portes d'églises demander et chercher l'aulmosne.
(1) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 2. — (2) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 2.
En quoy faisant, ils sont prêts à augmenter leurs versements (1) ». Un peu plus tard, quand la taxe est devenue obligatoire, on trouve d'autres motifs pour ne point la payer.
En 1556, Estienne Goudret refuse, sous prétexte qu'il nourrit sa sœur en prison. Jehan Barangier a « assez à faire pour la multitude de ses enfans ». Claude Arembert, absent depuis six mois^ déclare qu'il donnera 2 d. lors de son retour à Poitiers. L'avocat Jacques Massé a faict son debvoir et aulmosneès passansetaultres ses voisins pauvres honteux » . Il en est un qu'il nourrit et habille en le fournissant de pain, de vin^ pitance, robes, chausses et souliers. Enfm, le barbier-chirurgien Joseph Briand panse et médicamente les miséreux pour « l'honneur de Dieu et ne promet rien de plus » .
Si tout habitant est tenu de déclarer la somme à laquelle il s'impose, c'est en réalité la Dominicale qui examine si cette somme correspond à sa fortune et s'il y a heu de l'augmenter. Les personnes reconnues comme ne possédant rien sont toujours rayées des rôles. Parfois, comme en 1561 et 1564, une taxe globable est mise sur chacune des paroisses (2). Il appartient alors aux fabriciens d'en faire la répartition entre les paroissiens, comme pour les impôts ordinaires.
Certains parmi eux, ainsi que nous le voyons en 1584, laissent à la municipalité le soin de les imposer (3). En revanche, quand ils refusent, elle se voit dans l'obligation de les contraindre tous « de quelque condition ou quallité quilz soient » à les accepter. Le 20 août 1585, la Dominicale ordonne que « les absens ou refusans seront poursui-
(1) Bibl. Poitiers, cart. 54. — ^2) Bibl. Poitiers, cart. 44. — (3) Reg. déh mun., n° 45, p. 219.
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vis et ouverture sera faicle de leurs portes, exécution de leurs meubles, saisie des immeubles à la requeste du premier sergent royal (1) ». Même chose arrive le 23 août 1587. Ceux qui ont abandonné la ville en négligeant de charger quelqu'un de payer les taxes qu'ils doivent seront invités à rentrer avant trois jours, sans quoi on ouvrira les portes de leurs maisons et tous les meubles qu'elles pourront contenir seront vendus à l'encan (2). Au reste, ces ordonnances municipales sont confirmées par un arrêt du présidial, du 5 novembre lo89. Il est enjoint aux intendants de remettre les rôles aux collecteurs le 15 de chaque mois, afin de les obliger à recueillir régulièrement les sommes qui sont dues (3). Bien souvent, nous trouvons, dans les registres des délibérations de l'échevinage et de la Dominicale, des prescriptions de ce genre (4). Malheureusement, elles sont rarement efficaces.
En réalité, si quelques personnes mettaient un peu de mauvaise volonté à payer leurs cotisations, d'autres, en revanche, n'en avaient point toujours la possibilité. Il ne faut pas oublier que cet impôt de charité frappait principalement les classes laborieuses. Tant que duraient les calamités publiques, le commerce et la main d'œuvre étaient anéantis. La misère gagnait ainsi la plus grande partie de la population et ceux qui pouvaient encore supporter des taxes, en dehors des absents, devenaient fatalement peu nombreux. C'est pourquoi ces sortes de contribu-
(1) Bibl. Poitiers, cart., 53 '"», reg. 1. — A celte époqiK;, beaucoup de protestants ont abandonné Poitiers pour éviter les persécutions des partisans de la Sainte-Union. D'autres sont partis dans la crainte de la peste (Heg. dél. mun., no 62, p. 71). — (2) Reg. dél. mun., n° 47, p. 95. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 53. — (4)76/., cart. 53, reg. 3. — Cart. 50, cart. 53 *'■», reg. 8. — Ueg. dél. mun., no 89, pp. 98-99; no 74, p. 83; no 61, p. 656.
lions levées sur les laïcs furent-elles toujours incertaines et variables selon les circonstances. Elles n'offrirent point une base réellement solide pour permettre aux administrateurs de l'assistance publique de faire face à tous les besoins des indigents, surtout pendant les années de peste ou de famine.