CHAPITRE VIII Le budget de la Dominicale
La source principale des recettes du Bureau des pauvres provient, comme nous avons vu, des taxes mises sur le clergé et les laïcs. Celles du clergé sont versées régulièrement, sauf entre 1628 et 1649, jusqu'à la Révolution et même jusqu'en 1792 après la saisie des biens de l'Eglise. Celles des laïcs restent en tout temps très intermittentes, surtout après 1619. Les autres ressources, en général peu importantes, se présentent sous un aspect toujours incertain et passager.
Les rois de France ne se montrent généreux envers Poitiers qu'en cas d'absolue nécessité. Après le siège de 1569 et la brillante conduite de ses habitants, Charles IX leur accorde un secours de 40.000 1. (1). En 1615, Louis XIII, lors de son passage, distribue des aumônes « à la multitude des pauvres attirés par sa présence et aux malades de dysenterie et autres maladies infectieuses occasionnées par leur grand nombre (2) ». Il agit de même en 1631^ quand la peste apportée par ses troupes^ lors du siège de la Rochelle, décime la ville pendant trois années
fl) Reg. dél.mun., no 39, p. 32. A la fin du xvi« siècle, il fut attribué une certaine somme aux pauvres, sur la vente des biens du clergé, mais à Poitiers ils ne touchèrent que 60 1. (Bibl. Poitiers, cart. 54 reg. dél. mun., n" l'.j, p. 37j. — (2) Reg. dél. mun., n^'Ti, p. 55. — Il restait encore 1000 l.sur la somme donnée en 1616.
consécutives. Grâce à l'appui du cardinal de Richelieu, elle obtient 1 5.000 1. à prendre sur les tailles du P oitou pendant l'année 1632 (1). Le recouvrement de cet impôt ayant duré fort longtemps, grâce aux contestations et aux oppositions survenues dans les élections de Ghâtellerault et de Niort, les indigents n'en retirent qu'un maigre profit.
Les aumônes particulières se font de la main à la main ou résultent de legs testamentaires. Sous la première forme, elles n'apparaissent guère importantes et se trouvent presque toujours immédiatement employées pour faire, face à des besoins urgents. Le peu qui en reste ne suffit point à constituer un fonds de réserve.
Les legs, au contraire, sont en général d'une valeur plus considérable. Aussi trouve-t-on de nombreuses ordonnances de la Dominicale prescrivant aux notaires, greffiers et exécuteurs testamentaires de les indiquer aussitôt que possible et de lui verser ensuite les sommes qui sont destinées aux pauvres (2). Ces prescriptions ne paraissent point inutiles, car il est facile de constater la lenteur avec laquelle les principaux héritiers des donateurs rendent leurs comptes. En général, les dons de ce genre varient depuis quelques centaines de livres, et même moins, jusqu'à trois ou quatre mille, au plus. La plupart des bienfaiteurs de la Dominicale se rencontrent parmi les chanoines, les échevins et les bourgeois qui l'ont administrée. Parfois, les veuves de ces derniers, en souvenir de leurs maris^ lui font quelques donations. Toutes ou presque toutes ont lieu, moyennant des prières ou des messes à dire dans la chapelle de Saint- Thomas de l'aumônerie de Notre-Dame-la-Grande.
(1) Reg.déL mun.,no 83, pp. 8o-97 ; n» 85, pp. 39-93. — (2) Le 9 janvier 1050, il est dit que des legs sont faits, mais que la plupairt ne sont pas payés. (Bibl. Poitiers, cart. îiS bis,, reg. 40).
Parmi les indigents mis au rôle de la Dominicale, il en est qui ne peuvent en mourant disposer de leur mobilier. Une ordonnance du 18 février 1545 dit expressément « qu'il sera déclaré à tous les pauvres, non ayans enfans, qui sont inscripts au papier des aulmosnes de lad. Communaulté desd. pauvres que, après leur décès, tous les meubles qu'ils délaisseront reviendront à lad. communaulté desd. pauvres ». Défense aux notaires et aux ecclésiastiques «d'induire les pauvres inscrits à faire testament pour les empescher de donner leurs meubles à la Dominicale (1) ». Une autre prescription de ce genre est prise le 14 novembre suivant (2). Les recettes provenant de tels héritages sont en réalité bien minimes. Le 7 octobre 1557, Pierre Ferré, vicaire de Saint-Saturnin, remet au Bureau la somme de 30 s. que produit la vente mobilière de l'un d'eux (3). Le 6 janvier 1545, plainte est portée contre des vicaires accusés d'avoir pris les meubles de deux femmes au lieu de les vendre au profit des indigents (4). Ajoutons que plus tard on ne semble tenir aucun compte de ces ordonnances.
Différentes juridictions attribuent à la Dominicale tout ou partie des amendes qu'elles infligent. En 1545, l'Official, chargé de connaître les causes d'ordre ecclésiastique, condamne Jean de la Bussière à lui verser 50 l. Les sommes produites par les condamnations de ce genre varient, à partir de 1557, entre 100 s. et 25 1. (5). En général, elles ne sont point importantes.
Le présidial agit de la même façon et avec autant d'irrégularité dans ses jugements. Le 25 mars 1608, le lieute-
(1) Bibl. Poitiers, cart. ;J3, reg. 1. — (2) Reg. dél. mun., no 28, p. 5. — (3; Arch. Hôp. — (4) liibl. Poitiers, cart. o3. Le 17 juin, même plainte contre les chanoines de Saint-IIilaire {Jd., reg. 3). — (o)Bibl. Poitiers, cart 53, reg. 1 ;cart. 53 bis, reg. y.
nant criminel impose à Jacques Després, sieur de la Jarrie, une amende de 181. qu'il ne paye point, car il gagne ensuite son procès en appel (1). L'année suivante, toutes celles qui sont données de la sorte atteignent tout au plus 50 l. 10 s. (2). Enfin, le 16 septembre 1652, une dernière de 12 1. est encore attribuée aux indigents (3). Elles se montent toutes à des sommes relativement peu élevées. Celles qui proviennent du tribunal des élus ne leur sont pas supérieures (4). C'est à peine si l'on peut voir les unes et les autres figurer à de longs intervalles dans les recettes annuelles de la Dominicale.
11 en est autrement des amendes décernées par la juridiction consulaire établie à Poitiers en vertu d'une ordonnance royale donnée à Saint-Mars-des-Fossés, en mai 1566, et enregistrée au Parlement, le 28 juin suivant. D'après son acte de constitution^ la moitié doit en revenir aux indigents. Le 23 août 1572, Pierre Pidoux, marchand, déclare à la Dominicale que « suyvant la jurisdiction y establye par le roy noslre sire, il a esté payé plusieurs amendes pour plusieurs personnes plaidans en lad. cour qui sont destinées partie aux pauvres et l'autre partie pour les afîaires de la jurisdiction (5) ». Ayant demandé quand il faudra déposer les sommes perçues, il est décidé qu'à l'avenir on mettra cette recelte à ferme par voie d'adjudication. 11 ne semble pas que les fermiers aient apporté une bien grande régularité à effectuer leurs paiements. Le 26 novembre 1609, le Bureau prescrit de faire des recherches au plumitif du greffe, afin de percevoir les sommes destinées à l'aumônerie de Notre-
(1) Bibl. Poitiers, cart. SI.— (2)RibI, Poitiers, cart. 51.— (3) Reg. dél. mun., n° 104, p. 95. — (4) I?ibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 9. — (5) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 3.
Dame-la-Grande. Gaspard de Sauzé, chargé de celte mission, vient dire que les marchands veulent transiger désormais moyennant une rente annuelle de 300 1. (1). L'entente intervenue ne produit point de bons résultats, car le 8 août IGII, de nouvelles réclamations sont adressées aux consuls, et, le 21 septembre 1621, des poursuites ont lieu contre leur greffier (2), Enfin, le 2 mars 1626, il est dit à la mairie que les juges consuls « mettent les amendes aux enchères et au plus offrant, ce qu'ils n'avoient habitude de faire ». Il est aussitôt décidé qu'on assistera aux adjudications (3). En 1639, leur ferme rapporte 200 1., puis 80 1. en 1643 (4). L'année suivante, en vertu d'un jugement du 3 juin 1646, il faut assigner les membres du tribunal à rendre leurs comptes (5). Le môme fait se répète, car les pauvres ne reçoivent rien de 166J à 1668 (6). Plus tard, les recettes de ce genre ne figurent plus sur les registres des trésoriers de la Dominicale, le greffe consulaire ayant été supprimé en 1710.
Un revenu plus certain consiste dans la ferme de celui de l'échevinage (7). Cette ferme est mise en adjudication, d'abord tous les cinq ans, puis, au xvii' siècle, tous les trois. Son fermier devient, comme nous avons vu, secrétaire du Bureau des pauvres. En 1643, elle rapporte 500 1. par an et 410 en 1634 (8). Ces sommes diminuent par la suite, et, en 1639, le bail n'êst plus que de 200 1., chiffre qui semble
(1) Reg. dél. mun., no 6;i, pp. o9-6o. — (2) Reg. dél. mun., n° 66, p. lo6 ; n°75,p. 37. — (3) Reg. dél. mun., n° 77, p. 211. — (4) Reg. dél. mun., no 88, p. 67 ; n" 89, p. 191 ; Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 10. — (5) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 10. —(6) Arch. Hôp.; Bibl. Poitiers, ms. no 347. — (7) Le maire et les échevins reçurent en 1370-1372 le droit de justice sur les habitants de Poitiers. Ils Je conservèrent bien diminuéjjusqua l'édit de .Moulins de 1699. — (8) Reg. dél. mun., n° 95, p. 35. — Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 11.
se maintenir pendant assez longtemps. Enfin, nous le voyons descendre à 130 1. en 1681, car l'importance de ce greffe décroît de plus en plus (1). L'année suivante^ le lieutenant criminel veut le faire supprimer, mais le Parlement de Paris lui donne tort par son jugement du 31 août 1683 (2). Il faut arriver à l'édil de Moulins de 1699, pour le voir disparaître, ce qui a lieu d'une façon absolue, après l'arrêt de 1702.
En dehors de son greffe, qui appartient aux pauvres, le tribunal de l'échevinage prononce lui aussi des amendes à leur profit. Elles sont données généralement à la suite de procès en simple police. Le 25 décembre 1545, des artisans et autres personnes qui ont tenu boutiques ouvertes pendant la fête des Apôtres sont condamnés à verser chacun 100 s., dont moitié à la Dominicale et l'autre à la ville (3), Le 5 août 1565, un libraire qui porte une dague doit payer 34 1. pour cette infraction aux ordonnances municipales (4). Le 12 juin 1586, tous les maîtres passementiers sont taxés chacun à 51 s. d'amende, faute d'avoir assisté à l'enterrement d'un de leurs confrères (o). Le 5 mai 1591, ceux qui ont mangé de la viande les jours défendus reçoivent une punition (6). Enfin, le 15 mai 1596, un tailleur, convaincu d'avoir prêté à usure, est obligé de
(1) Reg. dél. mun., cart. 53 bis, reg. 11 ; Arch. Hôp. — (2) En 1635 et 1643, le roi créa des charges de contrôleur du greffe, qu'il fallut l'acheter moyennant 600 1. (Reg. dél. mun., n» 95, pp. 42-48-82-195). Le 28juillet 1656 il est vendu à titre de rente perpétuelle avec droit de rachat à Augereau {Id., n° 100, p. 109, no 107, p. 37). L'édit de 1690 le fait passera l'Etat et, en 1696, le greflier doit payer 5001. pour conserver sa place. En 1701, il est frappé d'une taxe de 1000 1. pour droit d'hérédité et de survivance. En 1702, la juridiction de l'échevinage disparaît, mais le greffe continue à exister et à être taxé. Son lilulaire prcmd plus tard le titre de greffier et secrétaire de la mairie (Min. Bourbeau, notaire).— (3) Reg. dél.mun.,n"27,p.48.— (4) Bibl. Poitiers, cart. 53. — (5) Bibl. Poitiers, cart.53; reg. 5. — (6) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 8.
donner 60 l. aux indigents, tandis que le marchand Sicard, convaincu du même délit, s'en tire moyennant 40 1. (1). A partir du xvii' siècle, cette juridiction ne vient plus en aide à la Dominicale. Toutes les amendes prononcées par les tribunaux de Poitiers restent attribuées, à dater de. 1675, à l'hôpital des pauvres renfermés, en vertu des lettres patentes de Louis XIV.
Les quêtes qui ont lieu dans les églises rapportent aussi quelque peu d'argent à la Dominicale. Elles se font surtout aux quatre grandes fêtes annuelles et quand se célèbrent des pardons. Le 6 août 1589, l'évêque les prescrit pour la vigile et le jour de TAssomption (2). Parfois, c'est le maire qu^i invite les intendants à bien vouloir s'en charger (3). Quand on les oublie, les curés sont priés d'en prendre soin, comme nous le voyons, le 21 mai 1655. Pendant toutes les semaines saintes, des dames vont chaque jour quêter pour les pauvres dans les églises. Les prêtres les choisissent généralement parmi les paroissiennes les plus notables et les plus charitables.
La municipalité veut bien consentir, en cas de pressants besoins, à s'imposer quelques sacrifices , mais sans toutefois
(i) Bibl. Poitiers, cart. 53.- La police municipale était mise au service des particuliers moyennant une aumône à verser aux pauvres. Le =)6 avril 16o4 le boucher, Genest voulant se remarier, s entend avec la mairie pour qu'elle empêche, moyennant 15 L, le charivari que ses voisins lui préparent.La noce faite, le boucher oublie ses promesses. Id., rart 53 6is ree 11.) — (2) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 1. — (3) Ln 1616 la Dominicale envoyait, le 23 décembre, le billet suivant à l'un d'eux • <i M Pommier Procureur et intendant pour les pauvres en la paroisse de Notre-Dame-la-Petite, vous estes pryé par M. le maire et cappitaine de ceste ville d'amasser les festes de Noël des habitans quy sp trouveront en lad.église pour les pauvres estant en l'aumosnerie de Notre-Dame-la-Grande de ceste ville et de porter ou envoyer par devant mon secrétaire desd. pauvres, comme ayant charge du recepveur d iceux, c« qui auroit esté amassé » (W., cart. 51).
recourir aux fonds de la ville. Au xvi^ siècle, les deux écus versés par les échevins elles 3 1. par les bourgeois, quand ils entrent en charge, sont parfois abandonnés à la Dominicale (1). De même, les sommes payées par les maires pour le banquet qu'ils doivent donner lors de leur entrée en fonction passent à l'occasion dans la caisse des indigents. Le 1"' juillet 1547, celui qui vient d'être élu devra, pour cause de peste, verser 100 1. au receveur des pestiférés (2). Plus tard, la dépense de 1.000 1. qu'on leur impose n'est abandonnée aux pauvres qu'après avis du Conseil. Pourtant, le 1" juillet 1755, l'Inlendant prie le maire en exercice de vouloir bien donner cette somme à l'Hôtel - Dieu pour lui acheter des lits (3). A vrai dire, les générosités de ce genre sont plutôt rares dans l'histoire de l'assistance publique à Poitiers.
Jusqu'au milieu du xvii^ siècle, les comptes de la Domininicale paraissent tenus d'une façon fort primitive. Sur des cahiers à part, sont les recettes et les dépenses. Le tout est mis à la suite sans aucune division et sans être réuni par espèces et par chapitres spéciaux. Aussi faut-il les parcourir en entier pour connaître les ressources réelles de la Communauté des pauvres. Celles qu'on qualifie d'extraordinaires sont peu nombreuses et ne comprennent que des sommes peu élevées. En 1584, les quêtes de Pâques rapportent 14 1. 12 s. JO d. En 1600, elles donnent pour cette même fête, 11 1. 15 s. 2 d. A la Pentecôte 3 1. 15 s. 10 d. (4) A la Toussaint 4 1. 15 s. et à Noël 8 1. 13 s.
(1) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, i^eg. 9 ; cart.49, reg. dél. mun., no dlO, p. 187 ; n° 82, p. GOl.— (2) Reg. dél. mun., no 28, p. 257. — (3) Mém. Soc. Ant. Ouest, i.XXll, 1''* série. — (4) Bibl. Poitiers, cart. 54 et Arch. Hôp. En 1584,1e produit des quêtes de Pâques est de 14 1.12 s. 10 d. et celui de Noël, de 14 I. 5 s. 10 d. Ce sont les intendants qui les fout.
Les amendes payées cette même année se montent à H8 1. 6 d., somme rarement atteinte. Un seul legs important de 2.0001. est fait par l'abbé deNotre-Dame-la-Grande. Un certain nombre d'autres vont depuis 100 l. jusqu'à 3.000 l., mais le premier de ces chiffres représente plutôt la moyenne de ce que la Dominicale reçoit.
Les dons manuels ne sont pas rares, mais de peu d'importance En 1388, ils atteignent 198 1., dont 98 1. versées par les échevins et les bourgeois (l). L'année suivante, les aumônes de tout genre se montent à 473 l. 14 s. 9 d., mais 117 1. proviennent encore de ces derniers (2). Il en est ainsi pendant toute la durée du xvf siècle et les débuts du xvii^. Les troncs ou boîtes placés dans les églises et chez les particuUers sont d'un faible rapport, comme nous l'avons déjà constaté pour 1533. En 1589, on en retire la somme de 82 l. 8 s. 2 d. Il en est de même plus tard, car, le 13 avril 1637, ceux que l'on a installés à l'occasion d'un jubilé ne contiennent que 34 1. 10 s. « compris un demy louis d'or faux que l'on a changé pour 20 s. (3) ». Au reste, la Dominicale, tout en ne négligeant point ce moyen pour se procurer de l'argent, ne semble pas y attacher une importance très considérable, à cause de son caractère par trop aléatoire.
Pendant tout le xvf siècle, grâce aux nombreuses calamités qui vinrent frapper la ville, les recettes suffirent à peine à subvenir aux besoins les plus pressants des pauvres. C'est dire qu'il fut impossible au Bureau de constituer un fonds de réserve suffisant pour les secourir en temps de peste ou de famine. Cependant, à la veille du xvii« siècle,
(1) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis. - (2) Bibl. Poitiers, cart. 49. - (3) bibl. Poitiers, cart. 53 6«s, reg. il.
nous voyons figurer dans son budget de petites sommes provenant sans doute de rentes perpétuelles léguées par divers bienfaiteurs.
Au début de la Dominicale, le clergé paye ses taxes d'abord en nature et ensuite en argent, comme nous avons vu. Les taxes en nature, qui comprennent du froment, de la baillarge, du méteil et autres grains, sont en partie transformées, après vente, en beaux deniers comptants. En ce qui concerne les aumôneries régies le plus souvent par des commissaires, à partir de 1533, leurs revenus varient peu et se confondent avec ceux qui proviennent des ecclésiastiques pour constituer une recette à part.
Les versements effectués par les gens d'église à la Dominicale sont plus ou moins élevés, selon les circonstances, jusqu'à l'application de l'arrêt de 1635 qui les fixe à 1.500 1. En 1556, ils atteignent 2.289 1. tr,, mais tombent^ l'année suivante, à 1,276 1. 18 s. 6 d. (1). Ce dernier chiffre se modifie en 1561, car ilest de 1682 1. 13s. 4 d. (2). Enl583,' nous le trouvons porté à 2.326 1. 8 s. 6 d. En 1584, il est d'un tiers en moins, soit 1407 1. 10 s. et, en 1596, il remonte à 1.888 1. 14 s. 8 d. (3). Le compte de 1596 indique 752 1. et celui de 1607 ne représente qu'un total de 1.300 l. Ces sommes restent les mêmes jusque vers 1628. Après les longs procès terminés, et à partir de 1649, le clergé paye assez régulièrement ses taxes, mais avec toujours plus ou moins de retards. Elles atteignent une moyenne d'environ 1.574 1. 10 s. chaque année.
Nous avons vu abandonner dès le début de la Dominicale le système des aumônes volontaires et des quêtes à domi-
(1) Arch. Hôp. — (2) Ribl. Poitiers, cart. Ii3, reg. 2. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis et 54.
cile. Pourtant, ces dernières avaient l'avantage de permettre aux marijuilliers d'obtenir quelques subsides de ceux des habitants que l'impôt ne pouvait atteindre. En 1535, les boîtes servant à cet usage sont ouvertes tous les huit jours. En décembre, elles rapportent, pendant une période de deux semaines, dans les paroisses suivantes considérées comme les plus riches de la ville : Saint-Gybard,59 s. 4 d. eto2s.2d.;— Saint-Didier, 5,1.9 d. et 3 1. 18 s.2d.; — Notre-Dame-la-Petite, 52 s. 9 d. et 56 s. 10 d. — Dans les plus pauvres; nous trouvonsà Montierneuf, 6 s. 4 d. et 4 s. 2 d. ; — à Saint-Germain, 1 1 s. 3 d. et l4 s. 3 d. ; — à Notre-Dame-de-la-Chandelière, 2 s. 6 d. et 21 d. (1). Les autres présentent des recettes variant entre 25 s. et 40 s. par semaine.
Lors de l'établissement passager des taxes volontaires, en 1544, nous voyons dans quelques-unes d'entre elles que, pour une même période de temps, les sommes perçues se maintiennent peu différentes (2). Saint-Cybard donne 49 s. 1 d. — Notre-Dame-de-la-Ghandelière 5 s. 4 d. et Saint-Germain 13 s. 1 d.
Les taxes consenties librement, mais dont la perception reste obligatoire^ se montent chaque semaine, à partir de 1552, entre 2 d. et 12 d. pour les personnes qui appartiennent à la population la moins aisée. En 1556, Guillaume Mercier, basocheur; Jacques Massoulard, fondeur de cloches ; Martin, épinglier, et Nycolas Normand, imagier, versent chacun 2 d, tandis que le chirurgien-barbier Gervais n'en donne qu'un seul. Les gens riches se montrent plus généreux (3). Le grand prieur d'Aquitaine consente aumôner
(1) Arch. Hôp. — (2) Bibl. Poitiers, cart. 49. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 53.
pour la somme de 12 s. Le pédagogue Fillon donne 6 s., le marchand Jehan Pélisson 5 s. et le médecin François Pidoux, 2 s.
Au début du xvii^ siècle, le montant des taxes particulières varie peu dans sa moyenne, d'après les versements qu'on voit s'effectuer tous les mois. Ainsi, en 1602, la veuve du peintre Dejax doit verser 6 d. Les brodeurs Pierre, Charles et Abraham^ une pareille somme (1). En 1604, le médecin François Citoys est imposé pour sa part à 3 s. et le chirurgien Etienne Thevet à la môme somme. Le droguiste Carré refuse toujours sa cotisation. M. de la Brosse ne doit point être inscrit et le chirurgien Normandeau se trouve oublié sur les listes.
Les paroisses, suivant la fortune de leurs habitants, versent des cotisations plus ou moins considérables. Elles varient également selon les besoins du moment. On les voit augmenter pendant que durent les calamités publiques pour diminuer considérablement en temps ordinaire. C'est ce que nous allons constater par deux recettes annuelles et consécutives, l'une faite au cours d'une famine et la seconde quand elle est terminée.
Paroisses. Année I5:jC
Saint-Didier 260 1. 7 s. 10 d.
Saint-Cybard 241 1. 8 s. 9 d.
Saint-Germain 50 I. 8 s. 9 d.
Saint-Jean de Montierneuf . . . 34 1. 17 s. 1 d.
Sainte-Opportune 140 1. 18 s. 10 d.
NoLre-Daine-la-Grande 125 \. 11 s. 8 d.
Saint-Etienne 16 1. 15 s. 11 d.
Saint-Michel 46 1. 2 s. 11 d.
Saint-Savin 88 1. 5 s. 1 d.
Notre-Dame-la-Petite 303 1. 10 s. 2 d.
La Celle — La Résurrection
et Saint-Palesme 95 1. 11 s. 9 d.
Saint-Porchaire 133 1. » 7 d.
Année 1557
(1) Bibl. Poitiers, cart. 50 et 51.
Sainte-R;ule:,'onde 28 1. 19 s. 10 d. 15 1. 18 s. 11 d.
Sainle-Triaise 5 1. 10 s. 5 d. » U s. 8 d.
Sainte-Pion-e-Loustault 9 1. 15 s. 9 d. » 27 s. 4 d.
Notre- Duine-de- la Chande-
lière 5 1. 9 s. 10 d. » 42 s. 6 d.
Suint-Grésoire. 4 1. 2 s. 3 d. » 13 s. 40 d.
Saint-Paul 120 1. 19 s. 9 d. Total manque.
Saiut-Jean — Notre- I)ame-en-
tie-Eirlises et SaiatHaire-
entre-Ealises 34 1. 4 s. 9 d. 13 1.11s. 2 d.
Saint-Oustril et Saint-Simpli-
cien Néant. Néant.
Total 1.756 L 1 s. 2 d. 942 1. 5 s. 7 d.
Comme on le voit, les recettes de la seconde année sont à peu de chose près moitié moindres que celles de la précédente. Au reste, c'est une vérité nettement établie par les membres du bureau de la Communauté des pauvres. Ils ne cessent en outre de répéter que les laïcs cotisent toujours beaucoup moins que les ecclésiastiques (1). Voici, avec ceux déjà donnés, quelques-uns des chiffres que nous trouvons :
Années 1561 1411 1.
— 1584 ;Taxe obligatoirej. . . 1007 1. 9 s. 3 d.
A partir de cette dernière date, les taxes ne font que décroître pour disparaître à peu près complètement en 1619. En 1693, l'Intendant impose pourtant les paroisses et les oblige, comme nous avons vu, à verser une somme de 3.055 1. 12 s. 6d. Elle est levée sans aucune difficulté et comporte même un excédent de H 1. 9 s.
Jusque vers la fin du xvi^ siècle, les dons testamen-
1) Aroh. Hùp. Note sur les comptes de 1550 et 1557.
taires et autres que reçoit la Dominicale sont largement dépensés, grâce aux fléaux qui viennent périodiquement frapper la ville. En 1584, les pauvres ne possèdent que la huitième partie des dîmes de Sainte-Radegonde-en-Gâtine affermée 11 1. 10 s. 6 d. par an. En 1589, vient s'en ajouter une seconde de 8 1. 6 s, 8 d. sur la paroisse de Leignéles-Bois (1). Elles sont fort modiques et d'un faible secours pour les indigents.
Ces maigres revenus augmentent graduellement au xvii* siècle et atteignent, à son début, 145 1. 49 s. 2 d. par suite de la réunion à la Communauté des pauvres des aumôneries de Saint-Lazare, de Saint-Pierre et de Notre-Dame-la-Grande avec toutes leurs possessions. Viennent ensuite des legs dont quelques-uns, comme celui de Nicolas Gruget, contrôleur général des finances, en 1626, atleignentjusqu'à 3.000 1. En 1645, nous avons vu les habitants de la paroisse de Saint- Paul déclarer que les indigents recevaient tous les ans plus de 6000 I. Cette somme s'accroît encore, quand l'hôpital général prend à sa charge, à partir de 1657, la plus grosse part des dépenses qu'ils occasionnent. En 1700, les fermes des domaines rapportent 889 1. 9 s., les rentes constituées 1.750 1. 17 s. 3 d. et celles provenant d'obligations diverses, 1.192 1. 9 s. Avec la contribution du clergé et le casuel, qui est de 449 1. 1 6 s. 9 d. , le total des rentrées atteint la somme de 8.686 1. 14 s. 2 d. Elles ne subissent guère de variations au cours duxviii^ siècle. Seulement, on ne les utilise, à partir de 1725, que pour subvenir aux seuls besoins de l'Hôtel-Dieu et des enfants assistés.
Nous allons passer en revue quelques budgets de la Dominicale depuis le milieu du xvi** siècle jusque vers la fin
(1) Bibl. Poitiers, cart. 52.
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duxvii*. Comme on le sait, ils partent du 25 mars, et parfois, englobent plusieurs années de suite.
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Il est facile de voir que les recettes les plus ordinaires se maintiennent entre 2.000 et 3.000 1. Quand elles sont supérieures à ce dernier chiffre, c'est, en général, qu'elles correspondent à des années de peste ou de famine. Les excédents et les déficits sont, sauf de très rares exceptions, de peu d'importance. En réalité, si des aumônes particulières n'étaient pas venues de temps en temps améliorer la situation toujours très précaire du budget, les taxes des laïcs et du clergé auraient été sans aucun doute insuffisantes pour le maintenir en équilibre.
Malgré ses faibles ressources, la Dominicale n'en est pas moins appelée, en cas d'urgence, à venir au secours de la municipalité. Les prêts qu'elle lui consent n'ont qu'une durée fort restreinte. En 1569, le maire se voit dans l'obligation, lors du siège de Poitiers, d'emprunter au trésorier Jacques Noël la somme de 1000 1. au denier douze (1).
Elle est deslinée « a aucuns cappilaines qui estoient en la ville avec Monsieur de Poictiers, pour soldayer les soldalz estans en ceste ville ». Cette somme est restituée grâce au don que le Roi fait à la ville pour réparer ses portes et soulager la misère de ses habitants. En plus des 10001. prêtées, le Bureau des pauvres reçoit 200 1., représentant les intérêts échus.
En 1575, l'Hôtel de Ville emprunte 276 1. pour l'achat d'un vase destiné à être offert au roi, lors de son entrée à Poitiers. La restitution de cette somme se fait quelque peu attendre (2). Le 24 juillet 1583, la Dominicale se voit dans l'obligation de la réclamer, mais il lui est répondu qu'elle a été remise au chirurgien de la peste (3). La même année, a lieu un nouvel emprunt de 600 1., qui doit rapporter 50 1. d'intérêt (4). Il est destiné au paiement des maçons chargés de réparer les murailles -
De son côté, la Dominicale paye assez difficilement ceux qui lui font des avances. Ainsi, de 1599 à 1601, Etienne Lemaye, auquel il est dû 585 1. 2 s. , se voit obligé de les réclamer bien souvent, avant d'en être remboursé (5). Il est d'usage, dans certaines administrations, du moins à Poitiers, de mettre peu d'empressement à régler les dettes qu'elles peuvent contracter.
En réalité, le budget de la Dominicale suffît à peine à ses besoins, pendant toute la durée du xvi* siècle. Il en est ainsi, au xvii^, grâce au refus de cotiser provenant aussi bien de la population civile que du clergé, entre 1628 et 1649. Malgré cela, grâce aux libéralités de quelques per-
(1) Bibl. Poitiers, cait. 53, reg.3. — (2) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg.3. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 49. — (4) Bibl. Poitiers, cart. 49. Cette somme de 6001 avait été donnée aux pauvres par lioulard (François), prévôt de Parthenay. — (5) Bibl. Poitiers, cart. 49.
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sonnes, des revenus fixes peuvent être constitués et s'augmenter graduellement. De plus, la création de l'hôpital général, en 1637, ne laisse plus guère à la charge de la Communauté des pauvres que l'Hôtel-Dieu et les enfants trouvés. Ses ressources étant à peu près entièrement consacrées à ces deux institutions, à partir du xviii" siècle, il nous sera donné de les étudier plus longuement et plus à fond, quand nous en ferons l'historique.