‹ L'assistance publique à Poitiers jusqu'à l'an v (volume 2)Chapitre 17 sur 34 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'assistance aux pauvres de Poitiers et de sa châtellenie.

•Première Période (1535-1657)

Le but poursuivi par les habitants de Poitiers en instituant la Communauté des pauvres est de mettre fin à la mendicité qui s'exerce aux portes des maisons et dans les églises. Ses administrateurs ont recours aux moyens déjà employés quand la peste et la famine viennent frapper la ville, en lo31-lo32. Ils ne diffèrent point de ceux qui sont depuis longtemps usités à Paris, à Lyon et à Lille (1). Tous reposent sur la nécessité immuable de venir au secours des indigents pour les empêcher de mendier.

La Dominicale divise les nécessiteux en deux catégories : i° les valides et les semi-valides qui, faute de travail ou autrement, ne peuvent gagner suffisamment pour vivre ;

(1; Paulte (Christian), la Répression de la mendicité et du vagabondage en France sous l'ancien régime (Thèse Paris, 1906).

2" les malades que l'on admet dans les hôpit.iux quand ils ne sont pas atteints d'affections contagieuses.

Les indigents de la première catégorie se subdivisent ainsi au point de vue de leur origine : 1° ceux qui habitent Poitiers d'une façon permanente ; 2° les paysans des paroisses voisines qui, chassés par un fléau quelconque, viennent demander l'aumône ; 3° les mendiants de passage, auxquels il est permis de s'arrêter un ou deux jours dans la ville; 4° les vagabonds dont l'arrivée en masse se produit à l'occasion des foires et des grandes fêtes annuelles, ou quand, les portes des cités voisines leur étant fermées, ils sont obligés d'aller mendier ailleurs.

Nous allons donc examiner comment la Dominicale et la mairie s'efforcèrent, d'un commun accord, de résoudre pour toutes ces catégories d'individus l'éternel problème de la suppression de la mendicité.

Un principe fondamental de l'assistance publique veut que les pauvres d'une ville aient seuls droit aux aumônes de leurs concitoyens. Ce principe est appliqué longtemps avant l'ordonnance de Moulins de 1566 et celle du 22 mai 1586, qui la complète (1). Cependant, ce n'est guère que vers le milieu du xvif siècle que la municipalité se préoccupe de faire rechercher la durée du séjour à Poitiers de ceux qui veulent être inscrits sur le rôle des pauvres (2). Cette durée varie alors entre deux, trois et quatre années.

Avant d'avoir droit aux aumônes, tout individu est tenu^ comme nous l'avons vu, de faire l'abandon de ses

(1) Hibl. Poitiers, cart. 53,reg. 5. — Arrêts du parlement des 9 avriJ, 8 juin, i'r juillet et 4 décembre 1709, ordonnant que chaque paroisse devra nourrii- ses pauvres au moyen de taxes mises sur les propriétés. (Bibl. de Poitiers, ms. n° 347). — (2) Reg. dél. mun. n° 81, pp. 84-02; reg. 83, p. 18;i.

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biens à la Dominicale (1). L'ordonnance municipale du 27 février 1547 déclare d'une façon très nette « que les pauvres qui seront mis et receuz a lad. communaullé se desdiront eux et leurs biens à icelle communaulté ».

L'inscription accomplie, ceux qui sont appelés à bénéficier des secours qu'elle accorde, ne doivent plus se livrer à la mendicité. Une délibération des échevins, du 2 mars 1545, ordonne que « défenses seront faictes aux pauvres qui vaguent par la ville et esglises, de non vaguer et aller par la ville, sur peine d'estre rayés du papier des aulmosnes et estre pugnys comme infraction anx arrests et ordonnances de la Court (2) ». Il est ensuite prescrit de publier cette délibération à son de trompe et cri public. Enfin, chose fort naturelle, celui qui veut être assisté ne doit rien posséder et, de plus, n'avoir aucun parent susceptible de pouvoir le secourir (3). Ainsi, le 22 décembre 1591, les membres du Bureau refusent à l'unanimité d'admettre Renée du Chaigne, dont la famille jouit d'une certaine fortune, d'autant, ajoutent-ils, « qu'il y a beaucoup d'indigents et fort peu d'argent pour leur venir en aide » .

La confection du rôle des pauvres a lieu, au xvi' siècle, de deux façons différentes. La première et la plus ancienne, qui, du reste, n'est employée que fort peu de temps, consiste à les réunir pour les faire ensuite défiler en procession devant les membres de la Dominicale. La seconde, '.'généralement suivie^ se borne à confier le soin de les inscrire aux aumôniersou superintendants, curés, vicaires, marguilliers^ fabriciens, délégués des paroisses et commissaires désignés spécialement pour remplir cette charge.

(1) Reg. (lél. mun.,no 28, pp. 50,133, 134,135. — (2)i(/., n» 20, p. 165. — (3) Bibl. Poitiers, cart. 53 bis, reg. 8.

Le premier de ces deux systèmes se rencontre surtout au début de l'assistance publique. Le 13 janvier 1538, les échevins déclarent « que, de troys en troys moys, l'on doibtfaire la vuhe des pauvres es lieux et places publicques de ceste ville (1) ». Le 12 février 1543, le Bureau décide qu'ils recevront l'ordre de se réunir le dimanche suivant à 7 heures du matin, dans la cour de l'évêché:, pour de là aller en procession à travers la ville, « sur peyne d'estre rayez de lad. aulmosne (2) ;> . Le 18 juillet de la même année, ce sont les quatre aumôniers qui doivent chacun à leur tour conduire tous les dimanches à l'Hôtel de ville, les indigents du quartier dont ils ont la surveillance, afin d'en faire le recensement (3). Le 28 avril 1544, la revue se fera le mercredi et le jeudi suivants (4). Le 10 novembre, elle est reportée au dimanche (5). Celle du 19 juillet 1556 a lieu pour que « le peuple entende le nombre des pauvres auxquels l'aulmosne est distribuée (6) ». Il en est ainsi en 1558 et jusque vers la fin du xwf siècle, pour cesser à peu près complètement au xvii^.

Diverses raisons viennent s'ajouter àla nécessité primordiale de montrer à tous ceux qui payent les taxes la façon dont se distribue leur argent. Une d'elles nous est donnée par la délibération du 26 août 1571. Il y est dit qu'en vue de se rendre bien compte du nombre des nécessiteux inscrits à l'aumône, on les mettra dans l'obligation d'assister à des processions trimestrielles. Ces processions se feront le

(•l) Reg. déL mun., no 20, p. 455. En 1532, les rôles des pauvres furent contrôlés par deux de leurs voisins et par les aumôniers {Id., n® 19, p. 131). — (2) Id., no 25, pp. 14J, 142, 143, 154. — (3) Id., n° 25 p. 262. — (4) Reg. dél. mun., n° 25, pp'. 383-384. — (5)/d., no 26, p. 95. Le 25 mai 1545, la Dominicale prescrit de rassembler les indigents toutes les semaines, à partir de la Fèle-Dieu (Bibl. Poitiers, cart. 53). — (6) Bibl. Poitiers, cart. 53 ; reg. dél. mun., n" 36, p. 48.

premier dimanche de chaque mois (1 ). Elles seront conduites parles superintendants pour en outre «esmouvoirle peuple de pitié et compassion ». Le 15 février 1573, les inscrits se trouvent réunis dans la cour de l'Hôtel de ville afm de recevoir chacun, un dizain valant 1 s. (2). Ces sortes de rassemblements, fort rares au xvii* siècle, se rencontrent pour la dernière fois le 10 juillet 1661 (3). La Dominicale comprend alors que ce système tout en offrant quelques avantages, présente aussi de sérieux inconvénients. Le principal est d'amener les pauvres honteux à repousser de telles exhibitions et par là même à rester sans secours.

La recherche exacte des indigents reste toujours la préoccupation constante de la Dominicale. La confection des rôles est confiée par elle à ses agents les plus directs, les aumôniers ou superintendants qui se font assister des marguilliers, fabriciens ou procureurs des paroisses. Parfois, comme en 1539, ces derniers sont remplacés par les curés et les vicaires (4). En 1543, la municipalité désigne 15 personnes qui reçoivent mission d'aller deux ou trois ensemble à la recherche des nécessiteux (5). Le 19 avril 1544 deux aumôniers et deux commissaires doivent seuls s'en ocuper avec les curés et les fabriciens (6). Le 28 juin suivant, ces derniers sont remplacés par quatre échevins et quatre marchands (7). Il en est ainsi pendant tout le cours de l'année 1571 (8). Les recherches doivent avoir lieu

(1) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 3. Ordre aux curés et vicaires de lire cette ordonnance à la messe paroissiale et au trompette de ville de la publier. — (2) Id., cart. 54. — (3) Reg. dél. mun., n° 111, p. 195. — (4) Reg. dél, mun., n«> 20, p. 698. — (5) Bibl. Poitiers, cart. 53. — (0) Reg. dél. mun , n" 33, p. 57 — En 1630, les marguilliers et procureurs et fabriciens sont tenus de dresser une liste des pauvres de la ville et une des étrangers (W., n» 81, p. 84). — (8) Reg. dél. mun., n» 36, p. 446.

tous les premiers lundis de chaque mois (1). Plus tard, ce sont surtout les curés et les membres du Bureau qui font inscrire les indigents, après la disparition des superintendants.

La confection des rôles est d'une importance capitale. La Dominicale et la mairie tiennent absolument la main à ce qu'ils soient toujours faits avec la plus grande régularité. Les 17 et 27 février 1547, cette dernière ordonne à ceux qui, chargés de cesoin^se sont mis en retard, « d'escripre et d'apporter les noms et surnoms sans fraulde ne faveur, de vraiz pauvres et nombre d'iceulx, selon la paroisse et ce, dedans dimanche, en lad. maison de céans, et ce, à peine de 10 1. d'amende, applicable ausd. pauvres et à la communaulté d'iceux (2) ». Les 18 février et l""" septembre 1571, ils sont menacés^ en cas de négligence, d'avoir à payer 12 s. (3). Les ordonnances concernant les visites des indigents se rencontrent très nombreuses dans les délibérations de l'échevinage et du bureau de l'assistance publique. Elles prouvent avec quel soin on cherche à répartir les aumônes entre les plus nécessiteux des habitants de Poitiers.

Les rôles terminés, la Dominicale délègue plusieurs de ses membres pour en prendre connaissance. Elle décide, le 6 mai 1 547, que le maire et deux échevins verront et examineront le nombre des indigents « pour adviser le taux que l'on pourra bailler à chascun et que l'on recepvra les pauvres qui vouldront desdire à lad. Communaulté (4) ». Le

(i) BibL Poitiers, cart. 53, reg. 3. — Le 7 décembre ITiHi, ordre est donné de faire le recensement, comme autrefois, tous les deux mois {Id., reg. 1). Le 17 juin 1613, les curés sont chargés de ce soin (Reg. dél.mun., n» 68, p. 115). — (2) Reg. dél. mun., n» 28, pp. 133, 134, 135. (3) R*bl. Poitiers, cart. 53, reg. 3. — (4) Reg. dél. mun., n» 28, pp. 140-141.

résultat de leur travail sera communiqué aux chapitres des églises « pour y adviser ^>. Le 21 juin 1657, ce sont deux aumôniers et deux échevins « qui regarderont aux papiers de l'aulmosne pour retrancher ceulx qu'ilz cognoistront avoir moyen de gagner leur vie (1) ». En maintes occasions, ces rôles servent à établir le montant des taxes qu'il sera nécessaire de prélever. C'est ce qui a lieu surtout en temps de peste ou de famine.

Quand les pauvres deviennentlrop nombreux, un Bareau spécial de l'aumône est formé^ comme nous avons dit, par les représentants de toutes les grandes corporations de la ville. Ce sont des personnages de condition qu'il délègue pourdresser les rôles, s'assurer si ceux qui s'y trouvent inscrits le méritent, et recevoir les plaintes des personnes oubliées. En décembre 1544, il est décidé, dans une réunion tenue aux Cordeliers, que, chaque dimanche du mois, onze de ses délégués s'assembleront avec les quatre aumôniers et les quatre distributeurs, «pourouyr les plainctesdes pauvres, augmenter oudyminuer leurs aumônes, vouer comment les bienfaictz se dislribuentet pour vouer au tout, sellon que la nécessité le requerrera (2) ». On les charge, en outre, de visiter les inscrits chez eux, en présence des aumôniers, de s'enquérir de la somme qu'ils touchentchaque semaine et de s'assurer si cette somme est suffisante ou non pour subvenir à leurs besoins. Les précautions de ce genre ne sont pas inutiles, surtout quand on disposed'un budget plutôt insuffisant. Du reste, en 1628, le clergé n'hésite point à dire que sur les listes se trouvent des gens qui ont moyen de vivre et d'autres qui ne sont pas de la ville. Il est impossible dans toutes lesadministralions.mème les mieuxorganisées, d'em-

(1) Reg. dél. iiiun., n» 'M, pp. 44(J-474. — (2; Bibl. Poitier.s, cart. ^3.

pêcher le favoritisme et de se défendre des roueries des intrigants.

A côté des radiations nécessaires, se rencontrent aussi des noms oubliés qu'il faut ajouter. C'est ce que déclare le maire, le 31 mars 1539 : « Il en fut trouvé, dit-il, aulcuns qui estoient vallides et qu'il y a aulcuns qui sont indigens et ne sont pas en papier et au nombre desd. pauvres (1) ». Comme preuve, il cite un certain Faultreau,de la paroisse de Saint-Porchaire, qui, perdu de ses membres, a été oublié.

A chacune des Dominicales sont présentés les noms des gens qui doivent être inscrits sur la liste de ceux qui peuvent obtenir des secours temporaires. Le Bureau décide généralement, en fin de séance, sur les propositions qu'on, lui soumet (2). Les indigents s'adressent aussi directement aux administrateurs sans s'occuper des intermédiaires ordinaires, qui sont les membres du clergé et les échevins. Colette Morelle, qui demande, le 22 octobre 1543, à être inscrite, obtient 20 d. par semaine (3). D'autres fois, les pauvres se réunissent en troupe et se rendent à la municipalité. Le 2 décembre 1658, il est dit dans une délibération que « plusieurs femmes viennent au bas des degrés de la salle, pour obtenir d'être mises à la Dominicale (4) ». Les échevins décident qu'il sera donné à chacune d'elles de 40 à 50 s. par trimestre.

Les paroissiens réclament également l'inscription des personnes qu'ils jugent dignes d'être secourues. Le 11 janvier 1546, ceux de Saint-Etienne recommandent Helayne Pilette âgée de 75 ans. « Après certification de son âge et

(1) Reg. dél. mun., no 20, p. 698. —(2) Id., n° 2"; pp. 72, 73, 74. Une femme avec ses 4 enfants est inscrite de la sorte pour recevoir 2 s. 6 d. par semaine. — (3) Reg. dél. mun., 25, p. 300. — (4) Bibl. Poi tiers, cart. 53 bis, reg. 11 — Reg. dél. mun., n» 27, p. 24.

pauvreté, faite par les paroissiens de lad. paroisse et inspection de sa personne », il est aussitôt arrêté qu'elle sera inscrite au papier de l'auniône « pourveu que lesd. paroissiens satisfassent à la promesse qu'ilz ont faict de norryr lesd. pauvres (1) ». Les inscriptions de ce genre sont obtenues facilement par les curés ou par les 'représentants des paroisses. Il en est de même des réintégrations quand les radiations paraissent injustifiées. Ainsi, le 29 novembre 1544, Pierre Rat fait remettre à l'aumône générale un homme âgé de 70 à 80 ans, incapable de gagner sa vie (2). Des faits de ce genre se rencontrent de temps en temps dans les registres de la Dominicale.

C'est en séance que le Bureau procède aux radiations devenues nécessaires. Les causes en sont diverses, mais elles ont lieu surtout quand les administrateurs constatent que les assistés se trouvent en état de gagner leur vie. Ainsi, Catherine Rolland, qui se dit faussement veuve, n'aura plus ses 4 s. par semaine. Jehanne Noete, dont les enfants sont grands et peuvent en travaillant gagner la vie de leur mère, devra abandonner les 2 s, 6. d. qu'elle reçoit (3). Quant à la Sarete. il lui est simplement ordonné de gagner son pain par le travail, et surtout de ne plus « vaguer » , sous peine du fouet,

A certaines époques^ quand les pauvres deviennent trop nombreux pour être bien connus de ceux qui s'en occupent, il est pris une disposition particulière permettant de les reconnaître et de leur donner l'aumône à coup sûr. Elle consiste à les obliger simplement à porter une marque spéciale. Le 25 novembre 1545,1a Dominicale ordonne « que

(1) Reg. dél. inuii., no 27, [>, 24. —(2) Ueg. dél. mun., iio 20, p. 10(j — (3) Bibl. Poitiers, cart. 53.

lesd. pauvres seront marqués de drap rouge et d'une croix dud. drap(l) » . Le 26 août 1571, il est prescrit « quilz porteront une marque au cousté dextre de couleur rouge et jaulne (2) ». En 1583 et 1584, c'est encore le rouge qu'on emploie (3). Cependant, les indigents « venus des champs se distinguent de ceux de la ville par le port d'une « croix jaulne ».

Au début de la Dominicale, la distribution des secours est confiée à quatre ou cinq aumôniers, superintendants ou intendants généralement choisis parmi les bourgeois de l'Hôtel de Ville. Dans certaines circonstances, des notables sont désignés pour leuj" venir en aide. Le 1" décembre 1544, on nomme avec eux deux membres du clergé et deux échevins (4). Le 6 du même mois, il est dit qu'ils « appelleront les marguilliers, fabriqueurs et gens notables à leurs distributions pour secourir et entendre fidellement en chascune desd. paroisses, quelz pauvres souffreteux et nécessiteux y a » . En 1556, ce sont les chanoines qui les font dans leurs quartiers respectifs, tandis qu'ailleurs onen charge des personnes spécialement choisies dans les paroisses (5). Le 16 mars 1572, il est enjoint à Biais Nouël de distribuer a par chascun dimanche à issue de grand'messe, les deniers et taxes aux pauvres de Saint-Michel ». Les sommes à donner lui seront remises toutes les semaines par le greffier ou secrétaire de la Dominicale (6). Plus lard, ce dernier reste seul distributeur des aumônes et en dernier lieu, c'est le receveur qui prend sa place. Cette façon de procéder,

(1) BibLPoitiers,cart.53.— Le 22 juillet 1556, Jehan Gœslard reçoit 02 s. 6 d. pour avoir fourni deux, aunes de drap rouge, destiné à marquer les pauvres de Tauinône (kl.). — (2) Bibl. Poitiers, reg. 3. La couleur verte indiquée d'abord est ensuite efTacée. — ('.'>) W.,reg. 4. — (4) Ueg. dél. mun., n» 26, pp. 115,116,117. — (5) Bibl. Poitiers, cart. 53, et Arch. Hôp. — (6) Bibl. Poitiers, cart. 53, reg. 3.

employée en temps ordinaire, se modifie, quand surviennent des calamités publiques susceptibles d'exiger l'emploi de secours plus considérables et plus fréquents.

Les pauvres sont tenus d'attendre chez eux la visite de ceux qui leur apportent des aumônes, car, sous aucun prétexte, il ne leur est permis d'errer dans la ville. Une délibération de la Dominicale, du T' mars 1545, après avoir désigné 15 députés, soit 3 pour chacun des cinq quartiers, ajoute que les indigents « doivent demeurer chez eux, en attendant les distributeurs » et surtout ne pas aller mendier ou y envoyer leurs enfants, sous peine d'être punis et « rayés des rôles (i) ». Cette règle, suivie en temps ordinaire, se modifie quand les mendiants des paroisses voisines viennent encombrer Poitiers. Les distributions ont alors lieu, comme nous avons vu, dans certains endroits choisis spécialement selon les nécessités du moment.

Les aumônes, au début de l'assistance publique, se font comme au moyen âge, avec du froment, du seigle, de la baillarge ou du méteil. Quelques années plus tard, les grains sont en partie vendus et l'argent qui en provient distribué aux pauvres.

La liste des personnes secourues en 1462 comporte, 152 noms. Celle de 1535 en a 281. Elle se compose surtout de femmes enceintes ayant ou non des enfants, de quelques hommes et d'un petit nombre de malades (2). Les premières touchent par semaine, depuis 12 d. jusqu'à 3 s. 2 d., les secondes de 15 d. à 2 s. 1 d. et les orphelins 10 d. Une mère avec son nourrisson a droit à une aumône de 2 s. Un garçon qui possède « quatre piez » reçoit 10 d. Le libraire Robert et ses cinq enfants, 2 s. 6 d.

(l) Bibl. Poitiers,. cart. ;i:J, reg.3. — (2) Aich. IIop.

Dans le cours de novembre et décembre 1535, le receveur Jacques Rochier distribue de la sorte la somme de 1261. 11 s.

En 1545, les pauvres sont au nombre de 1430. Chaque semaine on leur verse en tout la somme de 120 1. Le 15 décembre de cette même année, il est dit fi la Dominicale « que c'est encore à ce moins qu'on leur sçauroit donner, en regard de leur vallidité et qu'ils ne peuvent gaigner veu la rigueur du temps (1) ». Seulement, comme les cotisations n'atteignent de leur côté que 20 1. tous les huit jours, il devient de la sorte tout à fait impossible « de balancer les comptes ».

Les années de famine susceptibles d'occasionner de grosses dépenses sont loin d'être rares. Pour donner un exemple du chiffre que ces dernières peuvent atteindre, comparativement à celles qui se font en période normale, nous allons mettre en regard les comptes allant du 25 mars 1556 au l" avril 1557 avec ceux de l'année suivante commençant et finissant à la même date. Ces comptes sont établis pour chacun des cinq quartiers de la ville.

Paroisses 1550-1557 1557-1558

Saint-Michel et Saint-Savin.. 1118 1. 19 s. G d. G12 L 3 s.

Sainte-Hadegonde. — Saint- Paul. — Saint-Saturnin... 862 1. 9 s. 3 d. 171 1. 4 s.

La Celle-Saint-Palesme. — La Résurrection. — Saint- Hilaire. — Saint-Porchaire.

(1) Le 3 décembre 1S45, on établit ainsi le compte de la semaine pour certaines paroisses : Les 70 pauvres de Saint-Didier reçoivent 71. 10 s. — Saint-Paul, 10 1. — Saint-Germain et Montierneuf, 35 1. — Les 140 pauvres de Saint-Grégoire, la Celle, la Résurrection, 12 1. — Les 75 de Saint-Cybard, 7 1. — Les 240 de Saint-Savin, Saint-Etienne, Saint. Michel, Notre-Dame-la-Grande, 13 I. — Les 240 de Sainle-Radegonde, 151. — Les 100 de Saint-Pierre Lhoustault, Sainte-Triaise, et iNotre- Dame de la Chandelière, 18 1. (Bibl. Poitiers, cart. 53).

— Notre-Danie-de-la-Cliandelit're. — Sainte-Triaise.

— Saint-Piene-Llioustault.

— Saint-Grégoiio 1168 1. 18 s. l d. 740 1. 7 s. G d.

Notre-Dame-la-lirande. — No-

tre-Dame-la-Petite. — Saint- Didier. — Sainl-Cybaid. — Saint-Etienne. — Sainte-Opportune. — Saint-tîermain.

— Saint-Jean de Montier-

neuf ..1087 1. 3 s. 6 d. G03 1. 0 s. îi d.

Saint-Pierre-le-Puellier. — Notre-Dame-l'Ancienne. — Saint-Simplicien. — Sainte- Oustril. — Notre-Damq-entre-les-Eglises. — Saint- Hiiaire-entro-Eglises ..... 862 l. 9 s. 3 d. 263 I. 10 s. 1 d.

En 1384, on trouve à Poitiers 55 familles secourues par la Dominicale, mais ce nombre augmente encore au cours de riiiver. il est distribué pendant les mois suivants : octobre, 44 1. 1 s. 1 d.; — novembre, 64 1. 16 s. 6 d.; — Décembre, 89 1. 16 s. 6 d. ; — en janvier 1685, la somme de 101 1. 11 s. 3 d. (1). Le 24 mars, les fonds venant à manquer, un membre de la Dominicale déclare que u les pauvres nécessiteux, vieulx, caducz, impotens et mallades n'ont pas esté payez despuis troys sepmaines ». Beaucoup d'entre eux se trouvent réduits à la dernière extrémité, et « aucuns sont mortz de faim en leur lict comme a esté rapporté (2) ». En cas d'absolue nécessité, les intendants se voient obligés de faire des avances personnelles pour nourrir les indigents de leur quartier. Ainsi dut agir Jacques Laumônier qui, en septembre 1582, distribua de la sorte 90 1.

(1) Au début de d58a, on trouve les sommes suivantes dépensées toutes les semaines dans chacun des quatre quartiers : 1» Montierneuf, 3 1. — 2° Sainte-Triaise, Saint-Pierre-Llioustault, Notre-Dame de la Chandelière, 44 1. 14 s. — 3" Notre-Dame-FAncienne, la Résurrection, la Celle, Saint-Palesme, Saint-Hilaire-entre-Eglisos, 17 1. 8 s. — 4» Sainte- Opportune, Saint-Etienne, Xolre-Dame-la-peti te, Saint-Didier, Saint-Paul, Sainl-Pûrchaire,17l. 12s.(W. cart. '.'y't). — (2) bibi. Poitiers, cart. :i3,reg. 4.

3i0 L'ASSISTANCE PUBLIQUE A POITIERS

de son argent (1). Au surplus, les délégués du Bureau des pauvres se montrent coutumiers de ces sortes de charités.

Pendant le xviii« siècle, la Dominicale délivre elle-même aux indigents les billets qu'ils doivent présenter au receveur pouravoirdes secours (2j. Les distributions ont lieu tous les trois mois et les sommes attribuées à chacun d'eux varient entre 2 l. et 6 1. Ce sont toujours les mêmes qui les reçoivent, vieillards impotents, hommes, femmes, veufs ou veuves chargés d'enfants, .

Quand la misère devient trop grande ou que les ressources du Bureau ne peuvent suffire à tous les besoins, par suite de la mauvaise volonté du clergé ou des laïcs, il faut recourir à l'emploi d'un moyen tout spécial. Ce moyen extrême consiste,comme nous avons déjà dit, à imposer aux habitants l'obligation de prendre personnellement les pauvres à leur charge. Si deux ou trois familles participent ensemble à la nourriture d'un seul, il arrive en général que la municipalité a soin d'en charger celles qui sont riches d'un nombre plus considérable. Le 20 novembre 1595, les échevins constatent que « de nombreux pauvres de la ville

(i) Bibl. Poitiers. Pendant l'hiver de 1612, on distribua 60 1. par mois, somme qui est portée à 70 l.en janvier 1613. [Id., cart, 51 et 53).

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